‹ Dix ans de voyages dans la Chine et l'Indo-ChineChapitre 15 sur 69 · Dirtionnniro snnsrrif-rfmiois du D' Eitol, art. \eoa · texte numérisé non relu

Dirtionnniro snnsrrif-rfmiois du D' Eitol, art. \eoa

DANS LA CHINE ET LINDO-GHINE. 10!>

laissés derrière eux par les anciens peuples du Cambodge nnl révélé l'existence. Leurs cités de pierre sont aujourd'hui enterrées au milieu de forêts et de jungles malsaines, et, bien ([ue plusieurs de ces cités en ruines aient été découvertes, il en reste beaucoup à décou- Trir, Vraiment il est impossible h quiconque n'a pas personnelle-

liiU'i'imii' ài: lu Kiilcril' awM di! Mukliuii \V,ii.

tent examiné les lieux de se Taire une juste idée de la richesse et I génie des ancien» habitants du Cambodge. Non moins impossible est-il de se figurer l'état de sauvagerie et de désolation auquel les ravages de la guerre ont réduit leur pays, les rapides empiétements de In jungle tropicale, l'ignorance, la paresse et l'inditTérence s habitants actuels. La disparition do cette civilisation uutrefoi) qilendide, le retour de ce peuple à un état de barbarie qui, dans laïQS districts, frise la condition desanimausinférieuri^, semblent

prouver qu(! rhoiiime est un ôli'e rêtrogccssil' auasi bien (jue jii'ogrcssir, et qu'il n'y a inèmu pas de raison pour qu'il ne puisse rétrograder jusqu'aux simples formes de la vie oi^anique d'où l'on suppose qu'il est originairement issu.

Les bas-reliefs sculptés sur les murs des galeries de Makhon-Wnt K)ntextr?meiiient intéressants. Ils sont contenus dans huit comparli- Cinenls qui mesurent chacun de 230 ;ï 300 pieds de longueur el I 6 pieds et demi de hauleur. Dans chaque espace carre' de ti pieds ol l'demi de côte le nombre moyen des hommes ou animaux repr^ ' sentes est de soixante. La plupart de ces ligures sont si remartiuables crinnuL' (lcs-<Ln i.'l cnninn' i'\r'ciili'iii. iiii'il csl ini|ni--il)U' di- ne

pas en conelure que l'art élail puibsaumiL'iil encourante cl avail atteint un haut depré de perfection chez les Khumcn-le-houran ou anciens Cambodgiens.

Les principaux sujets sont des scènes de bataille lù-ées du Haïaayana et du Mahabarala, poëmes épiques indiens que les Siamoie' i reçurent, dit-on, vers le quatrième ou ie cinquième siècle. Ob^ ■ voit, marchant vers le champ de bataille, des troupes disciplinMf | dont les caractères dîstinclifs se perdent bientôt dans la conrusion fe. combat. L'ardeur qui brille sur les visages et dans les attitudes dw guerriers qui se hâtent, en passant devant leurs bandes de mtufciens, nous montre qu'alors comme aujourd'hui on savait tiritr parti de l'inlluence martiale de la musique. Nous assistons avs^ à des actes de bravoure et d'humanité; ici un groupe de soldats pen* l'hés sur un camarade blessé chei'chent !t extraire une flèche de la btessuie ou s'occupent d'emporter le guerrier tombé loin du champ de bataille; lii des soldats sauvent la vie à leur chef; là des chefs penchés sur leurs coursiers accourent pour se mesurer en combat

singulier avec les chefs de Tarmée ennemie; finalement Tarmée victorieuse quitte le champ de bataille chargée de dépouilles et emmenant les nombreux captifs entre deux troupes de cavalerie.

Le plus merveilleux peut-être de tous ces bas-reliefs est celui qui représente la bataille de Rama-Kean. C'est à propos de cet événement, Tun des principaux du Ramayana, que Coliman a dit : « Les Grecs eurent leur Homère pour immortaliser les glorieux combats de la guerre de Troie: les Latins eurent leur Virgile pour chanter les prouesses d*Énée; et les Hindous eurent leur Yalinac pour transmettre à la postérité les hauts faits de Rama et de son armée de singes. »

Les sculptures de Makhon-Wat représentent de nombreux incidents de la vie de Rama, et entre autres son triomphe final sur le dieu Ravana et la délivrance de sa femme Sita. La principale scène reproduite comme illustration du poëme est la bataille qui est livrée après que le singe-dieu Hanuman a manifesté sa puissance par q|ULelques-uns des hauts faits qui forment les incidents journaliers de sa vie, comme par exemple la construction de ce que Ton appelle aujourd'hui Pont d'Adam (ou de Rama) à Ceylan. A cet effet, il choisit judicieusement des montagnes d'environ 100 kilomètres de circonférence, et, à court de bras, mais non d'expédients, pour les porter à Ceylan, il en mit une en équilibre sur le bout de sa queue, une autre sur sa tète, et alla les jeter dans la mer pour fprmer entre Ceylan et le continent le pont sur lequel son armée de singes passa pour se rendre à I^anka.

Un autre compartiment semble représenter le second avatar de Vichnou. L'on y voit le dieu sous la foripe d'une tortue qui porte la Terre submergée. Au-dessus est assis le Brahma aux quatre bras. On voit sortir de l'eau les sept têtes d'un serpent qui entoure la Terre de ses replis. Les dieux, à droite, et les dinytas, à gauche, se disputent la possession du serpent. Hanuman le tire parla queue, et des anges ailés apportent un câble pour lier le reptile quand le conflit sera terminé.

Le dessin que nous reproduisons permettra au lecteur de se faire une idée de l'exactitude des scènes de bataille, et de juger du degré d'habileté dans les arts mécaniques, auquel les Cambodgiens avaient dû de construire des chariots qui fussent tout à la fois assez forts pour résister aux terribles chocs de la guerre, et assez légers pour fournir les courses rapides dont pouvait dépendre l'issue du conflit.

Prenez, par exemple, la roue du chariot. Cette roue devait être massive, et cependant rien de plus léger et de plus élégant, même aujourd'hui, ne se pourrait construire chez nous. Elle devait, au moins en partie, être en métal, d'où, sans autre preuve,

nous pouvons conclure que les constructeurs du Cambodge travaillaient habilement les métaux. Dans un autre compartiment, nous voyons des engins de torture, une scie à double poignée, un levier, des coins, un mortier avec son pilon, et quelques autres instruments qui devaient être alors d'un usage aussi commun qu'ils le sont aujourd'hui parmi nous.

Il est impossible de donner en quelques pages un compte rendu tant soit peu complet des renseignements de tout genre que nous recueillîmes durant notre expédition au Cambodge. Je puis dire, néanmoins, avant de quitter ce sujet, que les ruines de cette ancienne civilisation occupent une étendue de pays infiniment plus grande qu'on ne l'avait cru d'abord ; que ces pays ont été occupés par divers Etats indépendants, et que la ressemblance que i'on ne peut s'empêcher d'observer entre les ruines trouvées dasftjte royaumes de Siam, de Laos et d'Annam, aussi bien que l'tdavlîié des caractères dont on s'est servi pour les inscriptions, ne laii^lt aucun doute sur la vaste étendue de l'empiie sur lequel les souverains du Cambodge ont dû régner autrefois. On en sai long sur la véritable histoire de cette race quand on sera parvenal chiffrer les inscriptions ciselées sur les anciens temples. J'ai pritfdtti moulures de quelques-unes, mais jusqu'ici tous mes eflbrto pouaritt obtenir la traduction ont été stériles. M. Kennedy, toutef(HS,\;(jât parvenu à en interpréter certains fragments, et peut-être ne.piDÉJ^.. mieux faire que de citer ce qu'il en dit. « Ces inscriptions olBrii^ trois sortes de styles : je ne dis pas trois sortes de langues, car je soupçonne qu'on pourra reconnaître leur identité ; quant aux oa» ractèrcs, ils sont, à ce que m'ont affirmé des personnes plust^om-^ pétentes que moi, des modifications de l'alphabet Devanagari. » Sur les difficultés qui jusqu'ici ont rendu vaines toutes les tentatives de traduction, il dit : « Cet insuccès tient peut-ôtre en partie à ce que les auteurs de ces inscriptions, partisnns du langage monosyllabique, ont réduit i\ leur plus simple expression les longs mots du pâli ou du sanscrit. C'est ainsi que le nom (ïindra devient m, samanera (disciple d'un prôtrei devient 7ien, et que le nom du chameau est ut au lieu ^'uchtra, et celui des lettres, akson au lieu à^akcham. Bien souvent, quand ces mots sont écrits, leur dérivation est indi- (juée par des terminaisons muettes surmontées d'un accent qui montre que cette partie du mot ne se prononce pas. Or, en examinant ces inscriptions, on est conduit k se demander si le graveur n'a pas écrit au lieu du mot tout entier l'abréviation seulenicnt *, le mot tel qu'il se prononçait et non le mot tel qu'il s'écrivait. » A

1. Voir 1«> niùinoire d«î M. IL G. Kennedy, Indian Section of Society of Arts^ May, I, 1874.

DANS LA CHINE ET L'INDO-CIllNE. Il">

^oser qu'il en soit ainsi, il est tout à la fois élrangecl inlérossant db Ipuuver au déflié de Naiikun. sur une vieille arche où passe ia roule qui conduit nu grand mur de la Chine, une prière bouddhistu qui si M. Wylie dil vrai, est écrite en vieux caracltres devanagari el porlc ladatedel34o.ll est probable que la construction du Makhon- Wat remonte à peu pri's à celte époque, et si nous considérons lu'U est constaté que les anciens souverains du Gambodpc avaient tntimie d'envoyer des ambassailours en Chine pour nblenir la ron-

técration irapi^riule de leurs édifices religieux, nous regarderont comme possible que les architecles du Cambodge aient été employés jt construire l'arche de Nankun, et cela d'autant mieux i|ue nous trouvons srulpté, sur la clef de voûte, ce même serpent à sept l^tes qui forme un des principaux ornements du grand temple du <^iiinbodge.

Ka tout ciis, nous voyons 1& le serpent à sept létes orner une ^irnctnre purement bouddhiste, surlaquellc est inscrite en plusieurs 'au^es une prière bouddhiste. Les bas-reliefs qui se trouvent sons I' voûte, bas-reliefs représentant des divinités hindoues, sont les plus bc<iiix que j'aie jamais vus en Chine et ressemblent infiniment

plus aux œuvres des anciens sculpleiips du Cambodge quh celles d'aucun artiste chinois.

D'après le» annales de la Chine, les Cambodgiens ôlaient autrelois une race très-guerrière, et s'annexèrent plusieurs royaumes environnants. Dans l'histoire de la dynastie des Soungs il est question du royaume de Sanbotsi. Ca pays y est décrit commo li-

erminiis de MukJioji

iiHlrophe de Iti Cochinrbine (Tclieng-Tcheng) etsitu^ entre le Cambodge (Tchinla) et Java. Il y esl dit en outre que le Sanbotsi est Irès-civilisé, que les institutions du pays sont hindoues et chinoises, et que l'on y fait usage des papiers d'État chinois. Enfin, nous y trouvons cette précieuse information que l'éducation dn pays se fait en langue oali. U y est dit aussi qu'en l'an 1003, A. B, le monarque régnant envoya une ambassade à l'empereur do la Chine, pour lui faire savoir qu'il bâtissait un temple bouddhiste dans l'espoir qu'une œuvre si méritoire pourrait ajouter quelque chose au nombre des années qu'il avait â vivre. Il serait possible

in

l'édillce en question fût Makhoi-Wat. CependanL d'uiilrcN témoignages nous induisent à donner à cette (■nustructiun uiif date pins récente. Le voyageur chioois, dontM.de Rénius)il.a traduit ta récit, n'ayant fait aucune mention de Makhon-Wat, il y n lieu

Tour sculjili'C il MiikliuiiTIiaiil, i:d|jiUlL> ilu Cambudgi'-

É croire que cet édifice n'a été bâti que postérieurement à son Rlgc, qui eut lieu dans le treizième siècle. C'est en li9a que ce piar visita le Cambodge; c'est en 1373, selon M. Garnior, |['eul lieu le renversement linal de l'empire par les Siamois, et ce fut iîors que l'édifice inachevé lut abandonné et que le roi s'enfuit ft Aiiiiani.

M»l(]iou-Wnt même porte sur ses murs la prouve rertaine que ce (ul durant sa construction que l'empire de tlambodge périt sous quitlfiue épouvantable désastre. Ce qu'il y a de sur. c'est que l'édillre i« lui jamais terminé. Dans un des pavillons extérieurs, l'on voit

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