H DIX ANS DE VOYAGES
(lu pilla beau noir d'ivoiro, car dans ccUp petite îl(> se renrontir une iDenciileuae variétf' de races, et des formes de peligion aussi diverses que les natioiinlités.
Uutre les résidents anglais, ijiii comprennent les représentants dn guiiverneinent, les pi-or^ssions lilH^rales et les négociants, il y a des descendants des anciens aventuriers portugais, des Chinois, des Malais, des Parais, des Arabes, des Arméniens, des Klings, des Benffrilais, el des nègres d'Afrique. En outre, les négociants européens ci.mptcnl des hnnimr's de différentes nalionalilés. Aussi est-il vrai-
inenl bien diflicile de reconnaître, en débarquant du steamer, que l'un est dans une Ile de l'archipel Malais. On rencontre bien çà et là quelques Malais accroupis sous les arbres et vendant de la canne h sucre ou des •■ hommes de loi de Pénang » (canne polie lerminét* par «ne grosse ot lourde racine en forme d'œufj. mais il y a aussi une fuule de Klings qui font le service des bateaux et dus giianien
(cabs) '. Bruns, vifs, actifs, sans une trace de mollet sur leurs jambes droites comme des fuseaux, ces Klings n'en sont pas moins de force à courir tout le jour à côté de leurs petits poneys, sans montrer la moindre trace de fatigue. A force de se frotter d'huile de la tête aux pieds, ils revêtent une cduleur de bronze verni, et' c'est sans doute à cette habitude qu'ils doivent leur souplesse. Tous parient malais, et quelques-uns s<ivent un peu d'anglais. Je me souviens que l'un d'eux, tant était grand son désir de me voir accepter ses services, m'offrit de me conduire partout où je voudrais, même au diable, pour un dollar. Je refusai l'offre, me figurant déjà, rien qu'à le voir, que j'étais en présence de sa noire majesté, ou tout au moins de son blanchisseur.
A George-town, au nord-ouest, en face du continent, il y a un bazar kling où l'on trouve toutes sortes de marchandises étrangères à des prix qui rarement dépassent le cours des pays où elles ont été manufacturées. On v trouve aussi un certain nombre de Ciibarets et de maisons garnies. La ville contient en outre une population chinoise considérable, composée de marchands, de boutiquiers, d'artisans, immigrants de l'île de Haïnan et des provinces de Kwangtung (Canton) et de Fo-kien. Malgré tout le mal (ju'on dit des Chinois, il est évident que l'importance de leur rôle est extrême, et Thompson le constate parfaitement. Ces hommes sont, de tous les Orientaux, les plus aptes au commerce et les plus patients au travail. Ils nous sont indispensables pour nos possessions malaises, et cependant ce ne sont point des membres de la société qu'il soit facile de contenir dans de justes bornes. Pour donner une idée de leur utilité, il suffit de dire que de tous les objets dont un Européen peut avoir besoin, il n'en est pas un qu'ils ne puissent fabriquer et que pour le commerce nous ne pouvons nous passer d'eux, à cause des relations qu'ils ont établies dans presque tous les pays d'où nous tirons nos produits étrangers. A Sumatra, à Bornéo, dans l'Indo- Chine, ils (mt des agents qui entretiennent un commerce d'échanges avec les indigènes auxquels ils sont unis non-seulement par des liens commerciaux , mais bien souvent par des liens sociaux. C'est ainsi (fu'une grande partie des marchandises qui de Pénang prennent la roi^e de l'Angleterre et des autres pays occidentaux, passent par les mains des intermédiaires chinois.
Ce n'est pas tout, car dans presque tous les ports de l'Orient, les marchands européens sont forcés d'iivoir à leur service un compraé)t\ ou trésorier chinois, qui non-seulement eft'ectue leurs paiements et fait leurs recouvrements, mais qui est en outre responsable
I. Est-ce le mot français carrosse (\\ïU en passant par l'anglais canirif/r, est devenu le malais ghmries? [Hypothèse du traducteur.) •
(lu poids et de la pureté de l'argent reçu. Le comp^ador a sous ses ordres des assistants appelés schroff'Sy dont l'office est de découvrii* la fausse monnaie, et qui déploient dans ces fonctions une finesse de perception dont un Européen peut à peine se faire une idée ; car leschroff'yoït au premier coup d'œil et saisit sans hésitation au milieu d'un tas de dollars la pièce suspecte que le comprador lui-même, (juelque expert qu'il soit en pareille matière, aurait pu ne point dérouvrir. 11 est vrai que parmi ces schroffs il en est un assez grand nombre qui ont fait leur éducation chez les habiles faux-monnayeurs de la Chine. Le comprador engage aussi les hommes de peine qui rhargcnt et déchargent les nfivires, et souvent il remplit le rôle de courtier en marchandises pour la maison qui l'emploie. C'est par lui qu'on obtient des renseignements exacts sur l'importance et la solvabilité dès maisons de commerce chinoises, et c'est également par son intermédiaire qu'on se procure des employés et des domestiques, pour la bonne conduite desquels il engage personnellement sa responsabilité. Il est rare que de ce chef il ait des ennuis, car les gens qu'il emploie sont de sa race, de son clan, et se piquent d'une grande loyauté vis-à-vis de leur chef. Je ne doute point que cette loyauté ne tienne tout autant à la terrible influence des congsis ou sociétés secrètes auxquelles le comprador et ses employés appartiennent, qu'aux puissants liens de la parenté, qui sont tenus en haute estime ptir les Chinois.
On voit d'après cela que le comprador doit être doué d'une capacité incontestable pour les affaires. 11 est vraiment, dans son genre, le commerçant modèle de l'Orient, et c'est en grande partie à lui et à ses pareils que nous devons notre succès commercial dans ces îles. 11 est en général digne de la confiance la plus absolue ; il mène une vie sobre, et à toute heure jouit de la vivacité d'intelligence nécessaire à la conduite des afi'aires. Cependant vous jugeriez à voir ce gras, gros et prospère personnage, qu'il n'a, comme le dit M. Wallace, qu'à se laisser faire pour devenir d'année en année plus riche et plus gras.
Une simple promenade dans les rues de George-town suffit pour montrer quelle position importante les travailleurs chinois occupent à Pénang. On ne voit partout que charpentiers chinois, forgerons chinois, tailleurs chinois, artisans chinois de toute espèce, se livrant sans relâche aux travaux de leurs divers métiers, dans des boutiques ouvertes ou sous l'ombre des arbres qui bordent la route.
11 en est de môme sur toute la surface de l'île, où les Chinois sont disséminés et cultivent la terre pour leur propre compte ou pour celui d'autrui. Quelques-uns, établis depuis longtemps et mariés avec des femmes du pays, habitent de grandes et élégantes maisons entourées de vergers et de jardins, tandis que leurs plus humbles
DANS LA CHLNK ET LINDO-GHLNE.
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[ frères vhenl dims des huttes gnissières, bâties do bamijou cl de l'Ieuilles de palmier, au centre de petits jardins pntagers et de plnn- \ tations de poivriers. A en juger sur les apparences, ces derniers sont de beaucoup les plus patients, les plus induslrieus et les plus I heureux cultivateurs que l'on puisse trouver sur ia surface du globe, l Mais, comme nous le verrons plus loin, ils ne sont pas sans ambî- I tion. Le Chinois, hors de son pays, et en possession de ia séniriti'-
l ni de lu pmspi^rité qu'une adiuiiiistralioii plus lib^ruk' lui assuri'. ■semble devenir uu nouvel homme. Débarrassé des fers qui le te- I Saicnt attaché à lu glèbe sous un gouvernement despotique, il voit Itltn vaste horizon ouvert ù son activité, et do hautes récompenses Kpromises à son industrie. Mais la passion dos associations, des Kunions, des socié(és de métier, passion dominante chez les Chinois, l'entraîne souvent plus loin qu'il ne faudrait. Les Chinois s'us- Itocient d'abord eulrc eus pour se rendre les uns aux autres le plus "c services possible, et, quand cela se peut faire, pour monopoliser t commerce et dominer le marché ; puis, lorsqu'elles ont éprouvé Il force de leur organisation, ces sociétés établissent des règles pour e gouvernement et laprotertion de leurs membres, et eela bien souu mépris des lois du gouvernement local. Le cotigiie, qui a
<îommencé par n'être qu'une association purement commerciale, devient ainsi une ligue semi-mercantile, semi-politique, qui plus d'une fois a menacé la puissance des Etats faibles, par les efforts qu'elle a faits pour secouer un joug qui cependant n'est point un joug oppresseur. Les troubles qui naguère eurent lieu à Pérak sont le dernier symptôme de cette tendance ; mais nous avons eu précédemment, à Pénang et ailleurs, bien d'autres exemples de cet esprit d'insubordination. Les dangers de cette sorte ne sont pas les seuls : les immigrants apportent avec eux leurs dissensions intestines, qui éclatent avec une nouvelle violence lorsqu'ils sont bien établis sur la terre étrangère. C'est ainsi que, tout récemment encore, à Pénang, il y avait deux sociétés chinoises, connues, si je ne me trompe, sous les noms de Hiloum congsie et de Fokien congsie. Les membres de la première étaient tous originaires de l'île de Hainan, province de Kwangtung ; les membres de la seconde étaient tous de la province (le Fokien. Ces deux provinces, dit-on, à une époque reculée de l'histoire de la Chine, formaient deux Etats indépendants, et les dialectes (ju'elles parlent sont encore assez différents pour que les natifs de la province de Kwangtung soient regardés par les basses classes de la province de Fo-Kien comme des étrangers. Or, il m'est arrivé de visiter à Pénang un village qui, la nuit précédente, avait été saccagé et brûlé par les gens du clan ennemi, et il ne fallut rien de moins que la forte main du gouvernement pour mettre un terme aux luttes fratricides de ces factieux.
C'est exactement cette guerre de village à village que parfois dans le sud de la Chine, — nous le verrons quand nous arriverons à la « Terre des Fleurs», — le gouvernement impérial n'a pas pu ou n*a pas voulu supprimer. Il y a environ trois ans, dans le voisinage de Swatow, par exemple, les clans villageois ne purent ôtre réduits que par une sorte de massacre qui rappelle les exécutions sommaires qui eurent lieu à Java en 1663 (ère Javanaise) lorsque les Chinois tentèrent de soustraire le pays au gouvernement hollandais. Un historien, né à Java, dit des Chinois : « Ce sont des gens dont le cœur s'enfle à mesure qu'ils s'enrichissent, et bientôt après les querelles s'ensuivent. » La façon dont on doit traiter les immigrants chinois a donc toujours été, dans ces îles, un problème des plus difficiles à résoudre. Sir Stamford Raffles en fit l'expérience dans le cours de sa remarquable administration ; et les troubles ré- 4'ents, dont je parlerai dans un autre chapitre, ne font que confirmer cette opinion, « qu'on ne saurait prendre trop de précautions 4'ontre l'ascendant auquel partout aspirent les Chinois *. »
C'est une question qui déjà demande la plus sérieuse attentiou