I . Tables des jeunes gens
la longue, cependant, on s'accoutume à tout cela, et le lieu n'est ni malsain ni désagréable pour ceux qui y résident.
Je me trouvais à Hong-Kong en 1869, quand Son Altesse royale le duc d'Edimbourg visita la colonie. C'était le premier prince anglais qui fût venu si loin et eût tant voyagé autour du monde, ou plutôt, pour interpréter un tel événement selon les idées chinoises, qui eût bravé les dangers de l'Océan pour « fêter ses regards, une fois dans sa vie, des merveilles glorieuses du grand royaume du Milieu. »
Quelles qu'aient été les impressions que firent sur lui le Céleste Empire et ses gouvernants, il n'est pas de sentiments de désappointement, s'il eût existé, qui n'eût été forcé de disparaître devant la réception qui lui fut faite lorsque la Galatée parut au milieu de l'innombrable foule des navires indigènes et européens et mouilla enfin dans les eaux paisibles du port de Hong-Kong.
Je le vois encore débarquer. Les vaisseaux de toute nation s'étaient à Tenvi pavoises des plus somptueuses décorations ; de longues lignes de vaisseaux marchands gardaient les approches des quais, et, sur des milliers de navires indigènes ornés de drapeaux et de bandes de tapis de Turquie rouges, apparaissaient des multitudes de figures bronzées se pressant sur tous les points ou se suspendant aux agrès des vaisseaux. Quais, jetées, débarcadères, tout disparaissait sous une mer houleuse de faces jaunes avides d'entrevoir le grand ^ prince anglais. Jamais non plus je n'oublierai le regret que ne purent s'empôcher d'exprimer quelques personnes en découvrant que ce prince n'était après tout qu'un homme et un marin. Il y eu eut qui allèrent jusqu'à sup:f;érer que « Sailor-nian no saby propor Prince pidjin 2, » et le fait est qu'il portait tout simplement l'uniforme d'un capitaine, et nclalait ni pourpre, ni broderies, ni aucun de ces mystiques emblèmes dont la royauté éprouve communément le besoin de rehausser sa dignité. Quelle différence entre un prince j)areil et le rejeton d'un ^Tand empereur qui est frère du soleil, et cousin germain de la lune et dont aucun mortel ne peut contempler le radieux visage sans mourir.
Le séjour du prince dans la petite île est un des plus brillants et des plus joyeux épisodes de son histoire. Le prince et ses braves ofllciers ne se firent jamais prier quand il fut question de' contribuer aux plaisirs des résidents. Ils mirent le comble à leur amabilité en donnant au théâtre de la ville une représentation dans laquelle ils firent preuve de talents remarquables, non-seulement comme acteurs, mais aussi comme musiciens, car l'orchestre, dirigé par le prince en personne, contribua pour une forte part au succès de la soirée.
1. N'est-ce pas pousser la loyalty un peu loin? Ce fameux prince n'est guère célèbre jusqu'ici que par son avarice.
2. Cela veut dire sans doute qu'w/i marin 71e saurait faire un prince ronvniaf/le. .î. T. ne donne pas la traduction.