I . Raffles, History of Java, I
(If la part du gouvernement des Êtats-Uitis. It faut ou que les Etats- Unis arrêtent le flot d'émigrants 'chinois qui se dirige ^ers leurs rAtes, ou qu'ils modifient leurs lois et adoptent quelque forme spéciale d'administration moins libérale mais plus éclairée^ qui leur permette de prendre les précautions nécessaires contre un peuplt* qui lui apporte avec des habitudes de patiente industrie et le travail le moins cher et le plus satisfaisant qu'on puisse imaginer, des caractères «turbulents, une religion inacceptable, et quelques-uns des vices les plus alTreux qui aient jamais souillé la race humaine. A Pénang, où les Chinois n'ont, dans les travaux auxquels ils se livrent, que très-peu ou point de concurrents, et où leurs vices ne M! montrent que sous une forme mitigée, la difficulté est moinit pressante. Là, les Chinois, convenablement tenus en respect, sont les membres les plus utiles et, il faut bien le dire, les plus indispensiibles de la société. Sans doute, ils fument de l'opium, mentent à cœur joie, et, toutes les fois que l'occasion s'en présente, se montrent improbes, rusés et déloyaux ; mais disons aussiqUe ceux d'fntre eux qui ont obtenu des places de confiance sont complète-, ment exempts de ces vices, ou, — ce qni est plus probable. — le* cjichent avec l'art consommé qui est propre nnx Chinois.
S'il vous arrive jamais, ami lecteur, d'aller vous établir à Pénang, voua y serez d'abord mis en relation avec un entrepreneur
("hinois qui s'engagera par écrit à faire n'importe quoi. A son costume, vous le reconnaîtrez pour un homme d'habitudes peu dispendieuses, mais propres. Il vous bâtira une maison sur le modèle qu'il vous plaira de choisir et avec un dédit stipulé pour le cas où la maison ne serait pas terminée dans le nombre de jours convenu. 11 vous fournira un devis détaillé, dans lequel il n'y aura pas un clou d'oublié. Il aura un frère qui s'engagera aussi par contrat h vous faire, sur les dessins ou modèles que vous lui donnerez, tous les meubles dont vous pourrez avoir besoin. Un second frère vous fera, ainsi qu'à Madame votre épouse, tous les habits et articles de toilette qu'il vous plaira de lui commander. Un troisième vous trouvera des domestiques et s'engagera, pourvu, bien entendu, que le paiement de sa note mensuelle ne se fasse pas attendre, à vous fournir tout ce que le marché peut ofTrir de plus délicat en fiiit de denrées indigènes ou européennes.
C'est, il faut bien le dire, aux Chinois que les résidents étrangers doivent de trouver sur cette terre lointaine un intérieur où ils jouissent de toutes les aises d'une maison tenue à l'européenne. Le maître n'a môme pas besoin d'ordonner pour que son majordome chinois couvre chaque jour sa table de mets substantiels et de fruits et de fleurs de premier choix, attributs de cette prodigue hospitalité qui est l'orgueil de nos nian^hands dans cette partie du globe.
L'île est habitée par une population malaise bien plus nombreuse que les Chinois ; mais il est fort difficile de dire à quoi s'occupent les Malais, car ils n'exercent ni métier, ni profession, et il n'y a point de marchands parmi eux. Quelques-uns sont employés sur les plantations à détruire les insectes nuisibles, à tailler les arbres, à bêcher la terre ; mais, en fin de compte, les Malais travaillent aussi peu que possible. Il en est parmi eux qui possèdent de petits jardins et cultivent des fruits ; d'autres sont matelots et ont des praus ou embarcations capables de tenir la mer et qui servent au commerce que font les Chinois ; mais je ne sache pas avoir jamais vu un seul véritable marchand malais. Il y a dans l'île des villages ou campongs malais, composés de quelques grossières huttes de bambou entourées de bouquets d'arbres fruitiers ; mais la plupart de ces villages sont au bord de la mer, et là vivent les Malais, pochant un peu, dormant beaucoup, mais, dans le sommeil aussi bien que dans la veille, du moins je le crois, mâchant un composé de limon, de siri et de bétel qui leur agrandit la bouche, leur rougit les lèvres et leur revêt les dents d'une croûte de dartre aussi noire qu'indestructible.
Il nous reste à parler d'une autre classe d'habitants, postérité dégénérée des anciens colons européens Bon nombre de ceux-ci,
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bien que très-flers de leur origine européenne, sont plus noirs que les indigènes eus-mOmcs, et, sous tous les rapports, leur sont inférieurs. Peu de jours après mon arrivée, je fus accosté par une sorte d'avorton de la race humaine, qui, me dit-i), était d'origine portugaise. Il était aussi impossible de discerner dans les traits effacés de ce visage d'un noir terreux les signes distinctifs d'une bonne nature que ceux d'une mauvaise. Ses vêtements semblaient le produit d'un étrange mais caractéristique compromis entre les modes européennes , chinoises et malaises. Sa lHi> était surmontée d'un chapeau noir eu forme de tuyau de pot>le.
NouTesa genre.
<|uun lambeau d'étoffe de coton rouge, introduit comme un coin entre la tête et le chapeau trop large, empêchait seul de lui tomber sur le nez comme un éleignoir. 11 m'offrit poliment de me présenter, en ma qualité d'étranger, aus personnes de sa connaissance, qui toutes, me dit-il, étaient des Européens comme lui. J'était fort embarrassé pour deviner ce qui pouvait bien constituer sa qualité
d'Européen, et j'en fus réduit h cette conclusion, que ce devait être le chapeau castor.
Les naturalistes nous endiguent qu'une complète transformation physique est, pour les animaux et les insectes, le résultat d'une longue résidence dans certaines régions, mais que toujours on peut reconnaître Torigine de <îes animaux à certains attributs de leur famille. Je pus reconnaître alors le bien fondé de cette assertion : l'influence transformatrice n'avait laissé qu'un indice de la ressemblance originelle avec l'ancêtre portugais ; c'était l'inflexible et respectable castor. Je dus cependant reconnaître une autre trace de l'antique domination portugaise dans le nom de Da Costa, qui se trouvait être celui de mon petit ami. Da Costa est le type d'une «•lasse d'hommes que l'on rencontre fréquemment dans les îles malaises et sur divers points de la côte chinoise et indo-chinoise. C'est à ce titre que nous avons donné la description de cet étrange produit d'un long mélange de sang asiatique et de sang européen.
D'un autre côté, il n'est que juste de constater l'existence dans ces mêmes lieux d'une nombreuse et très-respectable communauté, composée de descendants bien élevés des Européens, dont les uns sont des employés du gouvernement, les autres des négo- (iants ou des membres des professions libérales, justement fiers du rang qu'ils tiennent, et dont les femmes et les filles font l'ornement de la société et sont, pour la plupart, d'une beauté qui partout serait admirée. Leur beauté, toutefois, n'est pas de longue durée. Gomme celle des fleurs précoces, qui concentrent toute leur vitalité dans un puissant efTort de splendide coloris, elle s'épanouit soudainement, et non moins soudainement s'efface et disparaît.
Le teint des hommes est le plus souvent très-jaune. Je garde de l'un d'eux un aussi durable que déplaisant souvenir. J'étais alors fort novice. Ce monsieur, qui avait fait son éducation à Calcutta et qui se présenta à moi sans autre forme d'introduction, poussa la politesse jusqu'à m'olfrir un dîner à l'établissement de bains qui est situé au pied des collines de Pénang. Un ou deux de ses amis, aussi jaunes et pâteux de teint que lui et d'une puissance gastronomique absolument efl^rayante, étaient au nombre des convives. Le festin fut en somme agréable et nouveau pour moi ; mais le lecteur peut juger de la surprise que j'éprouvai lorsque, deux ou trois jours après, je me vis apporter la carte à payer pour tous les invités.
La présence d'un serpent de quinze pieds de long dans un salon plein de danseurs est peut-être ce que j'ai jamais vu de plus extraordinaire en fait de partie de plaisir. Ce fut à un bal donné par M. C.^ gentleman d'origine écossaise, et voici comment cela arriva.
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La maison de mon ami était depuis quelque temps troublée par les entreprises nocturnes de ce serpent, qui dévastait sa basse-cour et s'était tout récemment régalé d'un cochon. Une troupe d'indigènes qui avaient fait le guet, venaient de s'emparer du reptile qu'ils avaient trouvé dans les bosquets, plongé dans un état de somnolence. Les Malais, peu excitables cependant, sauf dans les rixes et les scènes de vengeance indiscriminée connue sous le nom de AmoA* rimning *, mais sachant qu'il n'y avait pas de danger , parce que le serpent n'avait momentanément de force que pour la digestion très-pénible chez lui d'un trop fort repas, résolurent, dans un accès de joie frénétique, de venir déposer leur trophée aux pieds du maître de la maison. Ils le prirent donc par la queue, et, traînant le monstre aux sons joyeux d'un quadrille, ils lui firent ainsi monter le grand escalier, et, se précipitant bruyamment dans la salle de danse, y étalèrent l'énorme reptile. Celui-ci, incapable de se remuer, ouvrit sur l'étrange scène des yeux assoupis, et rêva peut-être du repas splendide qu'il ferait s'il pouvait recouvrer sa force première et étouffer ses hôtes dans ses visqueux embrassements. Quelques-uns des invités se retirèrent avec une remarquable promptitude ; d'autres déployèrent leur audace et leur bravoure derrière une barricade de chaises ; un très-petit nombre firent bonne contenance et restèrent à soutenir dans leurs bras leurs danseuses affolées de terreur, pendant que le fâcheux animal était traîné dans la cour du logis où l'attendait la juste expiation de ses crimes.