CHAPITRE XI
Havre de Ta-kaw, Formose. — La-ma-kai. — Difficultés de la navigation. — Taiwan-fu. — Le Taolai. — Son yamen. — Comment se liquide une dette d'Élat. — Les Hollandais en 166L — Sentiers dans la forêt. — Missions médicales.— Excursion dans l'intérieur. — Anciens cours d'eau. — Fondrières. — Colons de Ilak-ka. — Poah-bi. — Villaj^e pépohoan. — Vallée de Baksa. — Origine du nom d'île Formose. — Une longue marche. — Les montagnes centrales. — PonL< de bambou. — Village Pau-ali-liau. — Le médecin à l'œuvre. — Village Ka-san-po. — Scène d'ivrognerie. — Intérieur d'une cabane. — Habitations Pépohoan iennes. — Danse sauvage. — Terrains de chasse sauvages. — Villaj^e La-lung. — Village Lakoli. — Retour.
Un pilote chinois, nommé Opium, vint à bord du steamer et le conduisit à un ancrage sûr, à deux kilomètres environ du rivage. A ce moment, la mer était assez grosse pour rendre dangereuse rentrée de la rade, môme pour un bateau pilote à ressac ; aussi le docteur Maxwell et moi nous drciddmes-nous li nous rendre à terre avec Opium, nous con liant h ses connaissances locales pour être déposés sains cl saufs quelque pari le long de la cote.
Ce pilote clail un mann froid, imperturbable, aventureux, prenant la mer en tout temps et qui, dit-on, devait son surnom d'Opium à sa notoriété comme conlrehandici'.
Le génie déployé par la race (chinoise pour introduire subrepticement l'opium en Californie confond l'imagination; et cela sous un système de police qui n'oubliait qu'une chose, à savoir de soumettre les Chinois et ses ellels a une opération de sublimation qui en aurait extrait le narcoticiue. Néanmoins toutes les tromperies ont été découvertes l'une après l'autre. Désormais l'opium n'arrive plus à terre, fùl-il placé entre les voliges polies d'une malle, dans la semelle d'une botte de soie, ou dans la jiq)e d'une robe ouatée.
Mais nous nous trouvons actuellement au sommet des brisants; notre bateau plonge de l'avant de fa(;on à nous faire croire à une infaillible submer.-ion. Cependant Opium n'a rien perdu de son sangfroid ; sa physionomie reste calme et assurée. Une dernière vague nous soulève et nous jette dans un petit havre au milieu de rochers.
Ceux-ci, de rormation ignée, ressemblent à du métal en hision rerroidi subitement tandis qu'il se trouvait en état d'ébuUition.
Nous atterrissons et franchissons une multitude de cavités prorondes dont les parois sont aussi dures que du silex et aussi aiguSs que du verre cassé. Pour la plupart, ces cavités renferment un sol légèrement sablonneux où poussent de vigoureux arbrisseaux et une espace de dattier nain. Le sable humide le long de la rive est d'un noir intense.
En traversant la ville indigène de Ta-kaw, je fus frappé de sa physionomie tropicale et des palmiers ombreux ijui nous rappelaient
les hameaux de l'archipel malais. Mais évidemment ni mahomctans ni Malais n'y résidaient, car des cochons de forte taille vaguaient librement sur la voie publique ou se tenaient accroupis à la porte des cabanes.
Nous arrivâmes enfin S la station de la mission où nous re(;ùmes un accueil cordial.
J'y recueillis de la bouche du révérend M. Ritchie quelques renseignements sur les désordres qui régnaient dans celle partit
nie.
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Pendant une de ses excursions apostoliques dans l'intérieur, il rroisa un jour, &ur sa route, le magistrat adjoint (un Chinois) du district de Tung-sbang, lequel venait d'une localité nommée La-mahkai et retournait à son « yamen » suivi par une troupe de soldatsfin arrivant à La-mah-kai, mon ami y rencontra une bande de bris armés de lances, de poignards et d'armes à feu ; derrière eux 'marcbait une vieille femme qui suppliait les maraudeurs de lui restituer le fusil de sou llls que l'un d'eus venait de voler dans si maison.
La première question adressée à M. Hitchie lorsqu'il fut arrivé i la maison du Chinois où il avait l'intention de passer la nuit, fut si l'on avait vu ces hommes armés, constiluant «uo bande de voleurs
de grands chemins qui avaient pillé les fermes du voisinage. Le nugistral, parait-il, avait été dépc^ché par son supérieur avec ordre de s'emparer d'un riche parent de l'un des bandits et de le retenir comme otage. Maïs les brigands, avertis de l'expédition, probablement par un des domestiques de la suite du mandarin, s'étaient portés à la rencontre de leur ennemi avec une force assez écrasanla pour le contraindre à une piteuse et prompte retraite.
La crainte des Européens, inspirée par la vigoureuse conduite du lieutenant Gordon à Tai-wan-fu, empêcha seule mon ami de lombeientre les mains de la bande, pour laquelle il oùL été une proie facile.
Deux ou trois maisons de commerce européennes d'Amoy ont les succursales à Ta-kaw, ou les avaient à Tépoque dont je parle [avril 1871). Derrière ces succursales s'élève une montagne de plus le trois cent mètres d'altitude, communément désignée sous le nom le mont des Singes, à cause des grands quadrumanes, ses seuls habitants, que Ton voit en quantité considérable parmi les rochers. De cette hauteur j'obtins une excellente vue de la rade de Ta-kaw; les observations que j'y ai faites, corroborées par des études plus approfondies faites sur d'autres points, me conduisirent à cette conclusion qu'entre les mains d'une puissance civilisée, une portion de la lagune sablonneuse, qui envahit et rétrécit graduellement l'ancrage de la rade, serait bientôt utilisée au bénéfice, si limité aujourd'hui, de la navigation, et qu'il ne serait pas plus difficile de détruire la barre qui se trouve à l'embouchure du port. Actuellement, quand le vent et la marée sont favorables, une barque tirant douze pieds d'eau peut aisément se frayer un chemin à travers l'entrée hérissée de rochers.
Depuis une période relativement récente, l'aspect physique de cette partie occidentale de l'île Fomose a subi de rapides modifications, comme je serai à môme de le démontrer quand j'aurai atteint un point plus septentrional.
Ce qui me frappa, néanmoins, c'est que la formation naturelle de la rade de Ta-kaw est de date moderne. Ainsi, à l'époque de l'occupation hollandaise, une rivière considérable existait à la pointe méridionale de l'île, et son lit, aujourd'hui presque à sec, est encore désigné sous le nom de « Ang-mang-kang », ou estuaire de la race à cheveux rouges. L'action combinée de la mer amoncelant des débris, d'une part, et de la rivière, de l'autre, a formé un barrage naturel dé plusieurs kilomètres de développement, actuellement couvert d'un rideau des plus magnifiques arbres tropicaux. A son extrémité septentrionale, cette barre se rattache à une chaîne de roches ignées ; et c'est dans cette chaîne que se trouve la brèche qui constitue l'embouchure de la rade. Les dix ou douze kilomètres englobés par ce mur naturel consistent, pour la plupart, en une lagune peu profonde avec fond de vase presque liquide. Ce n'est que vers l'extrémité septentrionale que les bâtiments de commerce peuvent trouver une suffisante profondeur.
En raison de la situation troublée du pays, je diff'érai la tournée que j'avais Tintention de faire chez les tribus aborigènes, et j'allai, en compagnie du D' Maxwell, visiter Tai-wan-fu, la capitale, située à quarante kilomètres plus loin sur la côte.
Partis au point du jour sur le steamer Fot^iose, nous arrivâmes en vue de Tai-van-fu à huit heures. Fait singulier, cette ville n'a pas encore de port. Nous découvrions le vieux fort Zélande, construit
pur les Hollandais en IG33, k trois kilomètres environ du )ieu ob nous nous trouvions, et entouré il'une eau si peu profonde que l'approche en est impossible; et cependanl les relations hollandaises sur Formose constatent que Zélandc était une île où avait élé creusé itQ vaste port; et, en outre, que le 1" avril 1061, la flotte de Koksinga parnt devant Tai-wan-fu, entra dans le havre spacieux situé entre Zélande et Province et jeta l'ancre entre les deus forts.
\A\f. loris ;iiixniip)s il r-^l luit allusion sniil Z.-lan.lp cl Provinre,
Fort ilp ZWiuiile,
séparés par une distance de près de cinq kilomètres ; et le havre dans lequel l'envahisseur chinois ancra ses navires n'est plus maintenant (|u'une plaine aride traversée par une grande route et où a été rrciisé un canal communiquant avec l'ancien port de Tai-wan-fu, Line petite partie de celte plaine est inondée par les grandes marées, tandis qu'aux environs du fort il y a aujourd'hui si peu d'eau que les navires doivent jeter l'ancre, comme nous l'avions fait, à trois kilomètres en mer. 11 n'est, non plus, ni aisé ni prudent de traverser ces hauts-fonds, au moins quand la mer est mauvaise ; il y faut renoncer absolument quand soufile une forte mousson du sud-ouest. Quant à nous, nous nous rendîmes à terre dans un catamaran, sorte de radeau fait avec des perches de la plus grande espèce de hambou. Ces perches sont courbées par le feu de faqon h donner au
leau une forme curviligne et sont reliées ensemble avec du rotin. r un massif bloc de bois, fixé au centre du radeau, est planté le kt qui porte une grande voile de natte. Pas un clou n'entre dans construction de ces étranges bateaux dont le trait le plus curieux . l'emplacement réservé aux passagers. Ce n'est rien moins qu'un mense baquet. Ma première impression fut que ces radeaux lient les bateaux des blanchisseuses du pays ; mais, en ce qui conme le blanchissage, les naturels de Formose se bornent à laver.
'occasion, le linge de leurs clients à terre dans le baiiuet et t le resser sur la plage, procédé d'une simplicité extrOme, le baquet itant en aucune façon lixé au radeau, de sorte qu'un coup de îr peut le lancer par-dessus bord, ce qui ai rive fréquemment. Le baquet dans lequel nous descendîmes est susceptible de conlir quatre pertonnes, et, quand nous fûmes à l'intérieur, c'est à