DIX ANS DE TOYAGES
peine si nos yeux dépassaient le rebord. Nous trouvant fort mal à l'aise diins celte cuve, nous en sortîmes et nous mimes sur le radeau auquel nous devions, de temps à autre, nous accrocher des pieds et des mains lorsque les vngues venaient se briser sur nous. Tai-wan-fu, capitale de l'île Formose, est une ville forlifiée de 7U,000 habitants. Les murailles ont un développement d'environ 8 kilomètres; l'espace qu'elles enserrent est presque partout oo«verl de champs et de jardins et garde encore des vestiges de l'ancienne occupation hollandaise, les ruines du fort de Province, et d'immense parcs ombragés par de magnifiques vieux arbres et des bosquets do grands bambous. Les Taubourgs sont sillonnés par une
P^elieurs ï Ta-kao.
multilude de sentiers verdoyants courant entre deux rangées de cactus, entrecoupés de fuchsias sauvages aux fleurs éclatantes, de grappes du grand convoivulus, et ombragés par une ceinture de bambous se réunissant au sommet de manière à former une arche aigufi.
Les habitants de cette partie de l'île sont, pour le plus grand nombre, des indigènes de la pronnce de Fukien et des Hak-kas dont il a été parlé plus haut. Ceux-ci s'entendent pour introduire peu à
peu rindustrie et ragriculture dans le territoire appartenant aux tribus aborigènes.
Muni d'une lettre d'introduction officielle, je rendis visite au Taotai (gouverneur) de Tai-wan (Formose). Tandis que, dans ma chaise à porteur, j'attendais, à rextérieur de son yamen, que ma carte de couleur rouge et de la dimension d'une feuille de papier à lettre lui eût été remise, je fus entouré par cette foule désceuvrée qui invariablement, en Chine, ce pays des badauds, se groupe autour de tout étranger. Une foule de conjectures s'échangeaient sur la nature des affaires qui m'amenaient dans le pays. Un petit garçon tout nu, la physionomie empreinte d'une innocente mais indomptable curiosité, s'étant aventuré trop près de moi, je me penchai vers lui en fronçant les sourcils. Saisi d'une folle frayeur, il s'enfuit en poussant des cris perçants, tandis que la foule devenue grave cherchait à comprendre quelle sorte de diablerie j'îivais pratiquée sur l'enfant.
Bientôt parut un officier suivi d'un certain nombre de gardes du yamen, portant Thabitucl chapeau conique à plumes rouges, donnant l'idée de flammes brûlant à la pointe d'un éteignoir. C'est sous cette escorte que je fus introduit dans le yamen.
En traversant la salle de justice, je remarquai divers instruments de torture, substituts du serment européen, destinés à arracher la vérité à un témoin ou l'aveu à un prisonnier. Là, je rencontrai un agent officiel plus respectable vôtu d'une longue robe de soie retenue par une ceinture empesée et des bottes de satin à épaisses semelles. Il me fit traverser une cour et une interminable série de corridors, et finalement me présenta au Taotai, avec infiniment plus de pompe cérémonieuse que lorsque j'avais été introduit auprès du prince Kang, ou de Li-Hieng-Chang. 11 me semble en vérité que les Chinois sont particulièrement imbus de ce sentiment qui rend les officiers subalternes si susceptibles en ce qui concerne leur importance, et si extraordinairement jaloux de tout ce qui touche à leur dignité personnelle. Le Taotai s'était mis en frais de représentation ; les gardes avaient revêtu leurs uniformes ; les cours, ombragées de palmiers, étaient garnies de vases de fleurs, d'arbrisseaux, de fougères et de plantes grimpantes Tout à l'entour une série de salons et de pavillons.
Conduit dîins l'un de ces derniers, je me trouvai en présence d'un Chinois à figure large et ouverte, lequel, à ma grande surprise, me tendit la main et me dit en excellent anglais :
« Bonjour, monsieur Thomson ! Enchanté de vous voir. Depuis quand ôtes-vous débarqué ? »
Au bout de quelques instants, je reconnus dans mon interlocuteur un individu que j'avais connu à Hong-Kong en qualité d'atta-
Sn DIX ANS DE TOTAOBS ' "
ch6 à une maison de banque, n me dit qaH était le navn 4o Taotai, et je soupçonne véliémentement le fcMictioimaire U-mtBB d'avoir autrefois ezerc6 le commerce «t d'avoir, d'une maniiie on d'une antre, obtenu le poste dont, ^ la chronique ne ment pas, S tirait m lu^e profit.
kpris une coUation de thi et de fruits, mon ami. qui évidonmont semblait convaincu que j'Atds chargé .de quelque mbaioa secrète, essaya de me sonder. Je toi' répondis sans ambages qae mon miiqne but était de pénétrer au eoinr de l'Be j^oot nàt les aborigènes. H me demanda poorquoi Je prenais la peine de voj^er li loin i, pied, dans un pays 06 fl n'ôitte A prcqir«ment pariwancone ronte, nniqoement pour te visiter et en coonnt la chance d'être assasBfbé.
« Soyes persuadé, me dit-il, que vous n'aniveres jamais jns- ' qn'aox naturels ; on vous recevrez une Sèche empoisonnée, 00 tcdk vous égarères dans led bois. Mais venei voir le Taotai. »
Ce pènonaage était un h(HDme de belle apparence, d'Age moyen, et renommé pour ses qualités administratives. Quoictn'il conQtt certains soupqonH sar le but réel de ma visite aux indigènes, il im témoigna assez de bienveillance, et, en retoor d'une photograplâe que Je fis de lui, il m'envoya une petite caisse de tbé et quelques fruits confits. Maibenreusement, le thé se g&ta avant mon retour i Hoiig-Kong, mais les ftuits étaient excellents.
Un curienx incident arriva dans cette ville sons l'administratioB du précédent Taotai. Quand le fort d'Auping fut pris d'assaut par le lieutenant Gordon et ses soldats, le mandarin militaire commaDdant lc& troupes à Auping fut soupçonné d'avoir, dans une certaine mesure, failli à son devoir. A cette charge venait s'ajouter une accusation de trahison ; car on savait que lorsque M, Gibson, l'ancien consul britannique, était parti pour Amoy, il avait salué ce fonctionnaire de trois coups de canon. Donc, cet indigne commandant dinait un soir chez le préfet, lorsqu'arriva un messager du Taotai ordonnant au préfet de détenir son hôte jusqu'au matin. Au point du jour, un second messager se présenta intimant au préfet l'ordre de se rendre avec son prisonnier au yamen du Taotai, et sans aucun relard, vu l'urgence.
Dès qu'ils furent arrivés au yamen, un domestique viol leur dire que le Taotai ne recevrait pas le mandarin militaire et que ce dernier eût à se préparer immédiatement à la mort. Le malheureux officier réclama instamment une entrevue, força avec ses gens l'entrée du yamen oîi il demanda à faire appel à l'empereur. Le Taotai lui répondit qu'il avait reçu de Pékin des instructions formelles ; puis, il le flt dépouiller de ses vêtements officiels, traîner hors du yamen et exécuter sur l'heure.
Autre exemple de justice sommaire. Un riche mandarin, qui avait prêté au gouvernement de grosses sommes d'argent, ne voyant aucun moyen de rentrer dans ses fonds, jugea à propos de s'approprier une partie des impôts locaux. Peu après, le gouverneur général envoya un agent officiel chargé d'examiner Tafifaire. Le gouverneur du district invita le coupable à dîner afin, disait-il, de lui ménager une entrevue avec l'émissaire du gouverneur général ; et pendant le repas, l'amphytrion et son ami s'entendirent pour blesser si profondément les sentiments de l'hôte qu'une violente querelle finit par éclater. Alors on fit entrer les « coureurs du yamen » et le mandarin fut massacré sur place. C'est de cette façon originale que fut soldée une vieille dette d'État.
Le lieu des exécutions est un vaste terrain situé hors des murs de Tai-wan-fu. Je le visitai en compagnie du D' Maxwell. J'essayai d'en faire le dessin, mais il n'avait rien de séduisant ni de gracieux. C'est une plaine absolument plate, d'où l'on peut voir les grands vieux arbres de Tai-wan-fu se reculer vers les arrière -plans, comme s'il leur répugnait de s'implanter sur un sol profané. A peine un arbrisseau relève-t-il la monotonie de ce funèbre champ de mort; et cependant avec quel intérêt mêlé d'épouvante a-t-il dû être considéré par les cent soixante Européens qui y furent conduits pour y être exécutés un matin d'août 1842! La populace de la ville les suivait en poussant des hurlements de triomphe; mais avant la fin du terrible massacre, leur joie sauvage se convertit en terreur panique ; le ciel s'était obscurci et un violent orage éclata sur la scène de carnage. Les cours d'eau, grossis par les torrents, inondèrent la plaine, balayant les arbres, les habitations et les récoltes, tandis que les cris d'angoisse des gens qui se noyaient se perdaient dans le grandiose fracas de la tempête. Dieu, dirent les superstitieux indigènes, voulait ainsi enlever au sol sa tache de sang. On assure que deux mille personnes périrent ce jour-là.
Une tragique histoire , plus récente encore que celle dont je viens de parler et que la prise du fort d'Auping, s'est passée à Taiwan-fu ; mais les détails en sont trop compliqués pour qu'il me soit permis de la raconter ici.
Il y a deux siècles, la ville fut le théâtre de la lutte acharnée qui se termina en 1661 par l'expulsion des Hollandais de Formose, après un siège de près de douze mois. Koksinga, qui chassa les vaillants Hollandais de cette belle île, était certainement un hardi aventurier. Sorte de roi de la mer de Chine, il levait des tributs sur toutes les îles environnantes. Actuellement, la Chine aurait besoin précisément d'un amiral semblable pour commander sa nouvelle flotte à vapeur. Disposant de ressources aussi considérables, il ne tarderait pas à prouver aux ambitieux habitants du petit royaume
du Japon que la politique la plus rationnelle serait de garder leurs troupes chez eux. Et aujourd'hui, nous voyons deux mille soldats japonais occuper Lang-kiau, dans le sud de Formose, tandis que, du continent, les autorités chinoises considèrent avec une sorte de stupéfaction rêveuse Taudace de cette entreprise.
Mais au moment où je parcourais les routes forestières de Taiwan-fu, ce qui me frappa le plus ce fut leur parfaite tranquillité; rien n'y rappelait les effrayants conflits dont le pays avait été trop souvent le théâtre. En fait de bruits guerriers, on n'entendait que le bourdonnement des insectes, le roulement des charrettes chargées de denrées se rendant au marché et le joyeux babillage des enfants. Hélas ! bientôt peut-être les tranquilles clairières de Formose seront de nouveau troublées par une lutte capitale : lutte de suprématie entre deux races qui, pour la première fois, se trouveront en présence armées de modernes engins.
Ce conflit, s'il éclate jamais, sera sans aucun doute aussi long que rude; son issue pourra amener des résultats importants en ouvrant le vaste continent de la Chine ; peut-être aussi, les Chinois, dans l'exaltation de la victoire, seront-ils entraînés à une dernière tentative pour fermer à jamais leur pays à l'intrusion détestée des étrangers. Cette dernière éventualité, toutefois, n'est rien moins que probable ; car la Chine s'apercevra certainement que l'intérêt de sa sûreté lui ordonne impérieusement de se tenir toujours en mesure de lutter avec avantage avec ses infatigables rivaux japonais.
Je ne saurais quitter Tai-\van-fu, sans dire quelques mots de la mission médicale présidée par mon ami le D*" Maxwell, et sans exprimer mes regrets de ce que des hôpitaux de même nature ne soient pas plus nombreux dans d'autres cantons de la Chine. Celui qui habite une ville anglaise, — où les pauvres ne manquent pas, mais où ils sont veillés et soignés d'une foule de façons tout à fait inconnues à la vieille civilisation de la Terre des Fleurs — ne peut s'imaginer le nombre et le misérable étal des malades qui chaque jour se traînent à l'hôpital de la Mission. Beaucoup, aux oreilles desquels est par\'enue la réputation du bon médecin étranger, accomplissent de longs et fatigants pèlerinages ; toutes ces pauvres créatures croient presque, comme la femme de la Bible, qu'il leur suffit de toucher le pan de l'habit du médecin pour être guéries de maladies qui, depuis longues années, ont fait de leur existence une période ininterrompue de douleurs.
Parfois, les maladies sont simples en elles-mêmes quoique incompréhensibles aux praticiens indigènes ; et un unique coup de lancette produit un tel soulagement que le pauvre patient est tenté de tomber à genoux et d'adorer son sauveur. Les scènes auxquelles
j*ai moi-même assisté en un seul jour dans cet hôpital m'ont réellement épouvanté, quand je songeais aux cris de douleur qui doivent s'élever constamment des plaines de la Chine où pulullent des millions d'indigents. Ici dans ce petit sanctuaire, ce n'est que l'écho affaibli de cet immense gémissement ; et les malades de la poitrine desquels il échappe finissent par obtenir la sédation.
Les maladies communes dans ce canton proviennent, pour la plupart, directement ou indirectement, d'indigence, de nourriture insuffisante ou malsaine et de négligence. C'est ainsi que le missionnaire médical est en possession d'occasions nombreuses de répandre la connaissance du christianisme, d'effectuer des conversions, et de faire le bien d'une infinité de manières qui, je l'affirme, sont généralement toutes tentées. Dans un pays comme celui-ci, l'existence de ce missionnaire n'a rien d'enviable ; le seul plaisir dont il puisse jouir, il doit le trouver dans la conscience de l'accomplissement d'une œuvre de charité. C'est une vie entière de sacrifice et de travail systématiques. Chaque jour de nouveaux malades arrivent en foule à l'hôpital; on les traite tour à tour, et les seuls moments de répit que puisse espérer le missionnaire sont ceux qu'il dérobe pour prendre ses repas et les quelques heures de nuit qu'il consacre au sommeil.
Nous nous déterminâmes, le D^ Maxwell et moi, à faire une excursion dans l'intérieur, et à visiter les missions excentriques, où mon ami espérait ouvrir, autant que possible, des relations avec les sauvages montagnards. En conséquence, le 11 avril, nous quittâmes Tai-wan-fu, pour nous rendre au village de Poah-bi ; seize kilomètres de plaine à traverser sur des palanquins indigènes. J'engageai un certain nombre de coulis pour porter mes instruments, voulant photographier tout ce que je rencontrerai d'intéressant sur la route.
En parfait état de culture, cette plaine était parsemée de fermes chinoises et de hameaux nichés dans des bosquets de bambous. Les produits principaux sont le riz, les pommes de terre douces, les kunicems (noix de terre) et les cannes à sucre. Pres(|ue toutes les femmes travaillent aux champs; pour la plupart, elles avaient les pieds comprimés, si fort en vogue parmi le beau sexe de la province <ie Fukien ; aussi se traînaient- elles péniblement dans les sillons. Généralement, elles portaient de gracieux vêtements de calicot blanc bordé de bleu pâle. Quant aux hommes, chargés d'embonpoint et le visage bronzé, paresseux et insouciants, ils semblaient abandonner aux femmes tout le poids du travail. On y voyait aussi des enfants, simplement vêtus d'une breloque pendue à leur cou par une ficelle.
Comme à Tai-wan-fu, nous traversâmes de splendides sentiers
forestiers ombragés de palmiers arecs et de bambous et conduisant à des fermes, charmantes à distance, mais beaucoup moins attrayantes , absolument chinoises , quand on les examinait de près. Le voisinage immédiat d'un de ces hameaux se manifestait par des senteurs d*ail et de fumier, mêlées aux effluves de quelques fleurs odorantes dont les Chinois sont fanatiques, et qui absorbent complètement les doux parfums de la rose blanche sauvage qui crott à profusion sur les haies. Parmi les fleurs sauvages de la localité nous reconnaissons les délicates teintes de fleurs de nos climats plus tempérés tranchant déliciBusement sur les vives couleurs de la flore tropicale. Nous écoutons aussi avec plaisir le chant de Falouette champêtre, oiseau très-commun dans certains districts de la terre ferme, tout à la fois au nord et au sud de la Chine, et, autant que je me le rappelle^ dans quelques cantons de Siam.
Arrivés au pied de la première chaîne de montagnes, nous renvoyons nos palanquins et nous attendons mon domestique Ahong et les coulis restés de beaucoup en arrière. Peu accoutumé à marcher, Ahong avait déjà les pieds endoloris. Contrairement à mon conseil, ri avait chaussé des sandales de paille et la plante de ses pieds ét^ tellement gonflée qu'il eut beaucoup de mal à faire les dooieUPmètres qui nous restaient à parcourir.
La chaleur était écrasante ; si écrasante que, maintenant encore, quand j'y pense, je me sens mal à Taise et disposé à retirer mon habit. La route, s'il est permis de lui donner ce nom, était un sentier effondré franchissant des montagnes desséchées, intercepté presque à chaque pas par des blocs d'argile durcie et par des fondrières de deux à trois mètres de profondeur. Mais cela n'était rien comparativement à ce qui nous attendait.
Nous avancions lentement, tantôt contournant la crête d'un précipice d'argile de plus de soixante mètres de profondeur, tantôt plongeant dans les entrailles d'une immense crevasse d'argile également dont les parois étaient Icllementé chauffées par le soleil que nous nous brûlions presque les mains en les touchant. Le sol se ravinait de plus en plus à mesure que nous nous enfoncions dans Tintérienr ; les crevasses aussi se faisaient plus larges et plus profondes. Au fond de quelques-unes d'elles, nous trouvâmes des champs cultivés et des traces de torrents alpestres qui, pendant la saison des pluies, se frayent un passage souterrain à travers le sous-sol argileux, cfTecluant ainsi le drainage de la chaîne centrale, tout en rendant^ '^ h cette môme époque, l'agriculture fort périlleuse dans cette régioÉâl montagneuse. Le laboureur, en effet, ameublit une terre traîtresse» et doit craindre de voir ses champs et son habitation englouties parHl un subit effondrement du sol.
Mais les Hak-kas, qui cultivent cette argile mouvante, sont prépa-
We DIX ANS SB TOTAflBS
forestiers ombragés de pslmien arecs «t de banboos et conduisaBi à des fermes, cbarmantes i distance, maïs beaocotqp aurini itp trayantes , absolument cbinoises , quand on las examinait da prës. Le Toinnage immédiat d'un de ces hameaux se manlfastatt par des sentenrs d'ail et de fiimier, mêlées anz efflnves de quelques fleurs odorantes dont les Chinois sont bnatîqnes, et qui abscntoat complètement les doDz parfums delà rnseblaniiie sauvage qui croil à profusion sur les haies. Parmi les lleiu's sauvages de la locatilé nous reconnaissons les délicates teinics de flt^urs de nos cliinaU plus tempérée tranchant délicîensement sur les vives couleurs de la flore tropicale. Nous écoutons aussi avec plaisir le chant de l'alouette diampfitra, oiseaii très-commun dans certains districts de la terre ferme, tout i la fois an nord et au sud de la Chine, et, autant que je mêle rappelle, dansqnehpies cantons deSiam.
Arrivés an pied de la première chaîne de montagnes, nous renvoyons nos palanquins et nous attendnns mon domestique Ahong et les coulis restés de beaucoup en arrière. Peu acroutumé à marcher, Ahong avait déj& les pieds endoloris. Contrairement à mon conseil, il avait chaussé des sandales de paille i^t la plante de ses pieds if tellement gonflée qu'il eut beaucoup de mal à faire les douce k mètres qui nous restaient à parcourir.
La chaleur était écrasante; si écrasante que, maintenant cncorsK quand j'y pense, je me sens mal i Taise et disposé à retirer mon.< habit. La route, s'il est permis de lui donner ce nom, était un sentier effondré franchissant des montagnes desséchées, intercepta presque à chaque pas par des blocs d'argile durcie et par des fondrières de deux à trois mètres de profondeur. Mais cela n'était rien comparativement à ce qui nous attendait.
Nous avancions lentement, tantôt contournant la crfite d'un précipice d'argile de plus de soixante mètres de profondeur, tantAI plongeant dans les entrailles d'une immense crevasse d'argile également dont les paroisétaienttellemen té chauffées par le soleil que nom nous brûlions presque les mains en les touchant. Le sol se ravinait de plus en plus à mesure que nous nous enfoncions dans l'intérienr; les crevasses aussi se faisaient plus larges et plus profondes. Aa fond de quelques-unes d'elles, nous trouvâmes des champs cultivés et des traces de torrents alpestres qui, pendant la saison des pluies, se frayent un passage souterrain à travers le sous-sol argile^ effectuant ainsi le drainage de la chaîne centrale, tout en rendai h cette m£rae époque, l'agriculture fort périlleuse dans cette régi montagneuse. Le laboureur, en effet, ameubht une terre traître et doit craindre de voir ses champs et son habitation englouties p un subit effondrement du sol.
Mais les Hak-kas, qui cultivent cette argile mouvante, sont prépa-