‹ Dix ans de voyages dans la Chine et l'Indo-ChineChapitre 38 sur 69 · Eq français dans l'original. (Sote du traducteur · texte numérisé non relu

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servant de fourchettes, et, enfin, les pipes, sont tous en bambous. L'indigène de la localité mange les tendres rejetons de la plante. Si vous rinterrogez, il vous dira que ses premières impressions lui sont venues du clayonnage de son berceau de bambou, et que son dernier espoir est d'être enterré dans quelque bosquet de bambou sur le flanc d'une fraîche montagne.

Pour leurs cérémonies sacrées, les temples bouddhistes font aussi une énorme consommation de la plante. Les plus anciens livres classiques bouddhistes étaient gravés sur des bandes d'écorce de bambou ; les baguettes magiques et la boîte qui les contient sont fabriqués avec sa tige ; les cours extérieures du temple sont ornées et ombragées par ses panaches ondoyants.

On fait avec le bambou diverses sortes de papier; la plus curieuse de toutes, en ce qu'elle dévoile une propriété nouvelle de la fibre de la plante, est celle qu'emploient communément les batteurs d'or du Fukien pour confectionner la feuille d'or, et qui remplace le parchemin usité en Europe dans le même but. On fabrique aussi avec le bambou des éventails et des flûtes, et même les métiers sur lesquels les Chinois tissent leurs étoff*es de soie.

En somme, il est impossible d'énumérer tous les services que rend le bambou aux Chinois. Ils sont si nombreux, d'une nature si diverse et d'un usage si répandu, que je n'hésite pas à affirmer que c'est la plante la plus utile qui existe dans l'Empire.

Nous passâmes la nuit à la station de la mission de Baksa et partîmes de bonne heure, le lendemain matin, pour nous rendre cl Ka-san-po ; distance, quarante-deux kilomètres.

La première montagne que nous rencontrclmes en quittant Baksa nous donna une idée affaiblie de la route que nous avions h parcourir, (rétait une côte escarpée dont le sol était complètement ell'ondré et (jue nous dûmes gravir en suivant une arôte étroite. Ce n'était pas sans un certain sentiment d'appréhension que, de temps en lenq)s, je tournais la [C^lv pour surveiller nos porteurs (six vigoureux Pépohoans de Baksa) que le moindre faux pas aurait précipités dans une fondrière d'au moins cent mètres de profondeur.

Nous arrivâmes enfin sains et saufs au faîte, et nous fûmes récompensés de nos fatigues par la vue d'une vallée splendide entourée d'une ceinture de montagnes d<Mninées à l'horizon par les pics de la chaîne centrale.

A l'extrémité orientale de la vallée on distinguait vaguement le petit village de Kamana.

Après une courte pause dans une cabane pépohoanne, où l'on parut enchanté de notre visite et où nous nous désaltérâmes avec de l'eau de source, nous marchâmes vers Kamana. Nous y fûmes reçus par un vieil indigène nommé Tang, bien élevé pour un Chi-

nois, et qui avait jadid été employé dans un yamen. €*était un homme de bonne mine à qui sa conversion au christianisme avait valu de nombreuses persécutions.

Vers une heure, avec Tang pour guide, nous quittâmes la station et commençâmes une autre pénible ascension, sous un ciel de feu et sans que le moindre soullQe d'air vînt tempérer l'intensité delà chaleur. Enfin, après avoir escaladé les premiers contre-forts, nous rencontrâmes un troupeau de buffles et un vieillard habitant une grossière cabahie dans un désert brûlé par le soleil. Ce brave homme nous accueillit cordialement et partagea avec nous sa provision d'eau conservée dans un tube de bambou.

Notre présence était évidemment une grande joie pour lui, et il désirait vivement nous retenir pour fumer et bavarder.

Nous nous mîmes en route pour gravir une autre montagne, ou plutôt pour nous hisser à l'aide des pieds et des mains le long de profondes fissures sur une strate crevassée d'argile et d'ardoise, exhalant des miasmes délétères et réfléchissant les rayons du soleil d'une si terrible façon que je faillis perdre le sentiment avant d'avoir atteint le faîte. Le docteur affirma que jamais , dans ses précédents voyages, il n'avait éprouvé une semblable fatigue.

Une fois au sommet, nous nous jetâmes sous l'ombrage de quelques rares arbrisseaux qui avaient pris racine dans une fente de rocher, délogeant, par la même occasion, des myriades de scolopendres d'une belle couleur chocolat, aux pattes d'un jaune vif, et longues à peu près comme le doigt. La piqûre de ces insectes est cruelle ; mais nous étions trop épuisés pour nous en éloigner, et, fort heureusement, elles s'éloignèrent de nous. Plus d'une fois, je m'imaginais les sentir se glisser sur mon dos ; mais, après examen, je m'aperçus que cette sensation provenait uniquement d'un courant de sueur froide.

Une pénible descente le long du flanc opposé de la montagne nous conduisit à notre prochaine halte où, disait-on, se trouvait un petit ruisseau. Le lit existait en effet, mais il était depuis longtemps desséché. C'est là, pendant notre déjeuner, que nous arriva subitement la plus cruelle de nos tribulations. Un des porteurs ayant inconsidérément brisé la tige d'une plante, celle-ci, en retour de l'outrage, nous envoya la plu^ nauséabonde des odeurs. Nous fûmes quelque temps à nous rendre compte de l'origine de ces miasmes putrides, les narines des Pépohoans semblant les aspirer avec délices. Cette plante était désignée par eux sous le nom de « abominable ordure » ; elle devrait être fort appréciée par les Chinois, ses exhalaisons seules devant suffire à fumer une région tout entière.

Comme bien on le pense, nous ne fîmes pas un long séjour en ce lieu empesté. Reprenant notre route, nous recommençâmes

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