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l'escalade et la descente d'énormes crevasses semblables à celles que nous avions rencontrées pendant notre premier jour de marche ; le fond de quelques-unes d'entre elles était tapissé de gros caillons roulés arrachés probablement à la montagne par les torrents.
Nous nous trouvions actuellement sur Tun des éperons se projetant du pied de la chaîne centrale; en face de nous, une vallée splendide dont une partie était cultivée et dont Tautre gardait son originelle grandeur ; derrière nous, les pics de la sierra s'étageant es uns au-dessus des autres et dominés tous par la cime bleue du mont Morisson. Sous nos pieds, à une grande profondeur, une rivière ; malgré Téloignement, nous percevions le bruit que faisaient ses eaux en poursuivant leur course impétueuse, à travers de sombres ravins, sur un lit rocailleux. Cette rivière, quoique alors à son minimum d'étiage, était encore d'une grande largeur et ses rives étaient unies par un certain nombre de ponts de bambou, si Ton peut donner le nom de pont à ces constructions grossières. Dans le lointain, à l'extrémité septentrionale de la vallée, on pouvait apercevoir le village de Pau-ah-liau émergeant d'une épaisse verdure et appuyé contre des montagnes teintées de rose et enveloppées de leur manteau de forôts vierges, habitat de bêtes fauves et d'hommes sauvages. Ces tribus montagnardes lèvent un lourd tribut sur leurs compatriotes plus civilisés de la vallée ; non contents de ces exactions, de temps à autre ils viennent, au nombre de soixante ou soixante-dix, ^etter les voyageurs, qu'ils volent et assassinent, ou faire une razzia dans linéique hameau du voisinage.
Nous atteignîmes enfin la berge de la rivière que nous dûmes franchir pour gagner le village, mais le pont qui avait, au point de vue de l'art de l'ingénieur, le mérite de la simplicité, constituait la machine la plus détraquée, le plus complet casse-cou qu'il m'eût encore été donné de rencontrer. La construction se composait en tout et pour tout d'une ou deux perches de bambou étendues d'une rive i\ l'autre h trois mètres environ au-dessus du courant qui, en cet endroit, était assez profond pour noyer même le géant Chang. Ces perches reposaient sur des pierres émergeant du sol à quelques pas de la berge. Pour moi ce pont était la chose précisément faite en faveur de quelque misérable décidé à tenter la Providence pour échapper à une tombe humide. Mais les naturels le traversent à la façon des acrobates, se servant de leurs fardeaux pour maintenir leur équilibre. Aussi, n'avions-nous rien de mieux à faire que d'imiter ce tour de force si nous voulions accomplir le but de notre excursion.
Le docteur, qui connaissait déjf\ ces chefs-d'œuvre d'architecture, s'en tira avec assez de facilité. Quant à moi, après avoir mouillé
mes sandales de paille pour leur donner plus d^élasticité, j^étendis les bras, posai carrément les pieds et passai comme un danseur de corde. Ce ne fut pas sans une vive satisfaction que je me retournai pour jeter im coup d'œil sur l'obstacle franchi, dès que je me trouvai sain et sauf sur la terre ferme.
Ces élégantes constructions sont la propriété des indigènes et elles suffisent, dans ce pays béni, à tous les besoins du commerce et des mutuelles communications. Il est entendu qu'elles seront reconstruites ou réparées par Tindividu qui viendrait par hasard à les briser, dans le cas où il ne serait pas victime de Taccident, et, à son défaut, par le premier survenant. Les terrains d*alentour et les berges de la rivière fournissent^ en abondance, les matériaux bruts nécessaires. On y trouve les pierres pour remplacer les culées et, dans les taillis, les rotins propres à y fixer les perches ; quant aux bambous, il y en a partout.
A huit cents mètres environ de Pau-ah-liau, nous passâmes sous rimmense branchage de l'arbre désigné par les indigènes sous le nom de « Png-tchieu » et dont les racines rampent sur le sol en se contournant de la façon la plus curieuse, formant tantôt un fauteuil commode, tantôt un lit des plus confortables pour les chaudes nuits. Entre les racines de beaucoup des plus beaux arbres sont de petits autels dus au fétichisme des villageois, et consistant ordinairement en un soubassement de pierre et de quatre autres plaques pour les trois côtés et la toiture. Dans Tintérieur, au centre, se trouve une petite pierre, sur laquelle sont déposées les offrandes. Le tronc du Png-tchieu a deux mètres environ de diamètre et son feuillage a un développement assez considérable pour abriter toute la population du hameau voisin.
La nouvelle de notre arrivée nous avait d'une façon ou d'autre précédés, ainsi que cela arrivait invariablement sans que nous ayons jamais pu nous rendre compte du fait. Des têtes se glissaient mystérieusement à travers les haies et les fourrés pour considérer les « hommes à cheveux rouges », comme on nomme poliment les étrangers.
Nous suivions une belle route ombreuse le long d'un cours d'eau utilisé pour les besoins de l'irrigation. A notre gauche, une haie faite de fleurs sauvages — fuchsias, roses, guavas, menthe et convolvulus — et entremêlée d'une profusion de buissons de framboisiers sauvages qui avaient été chargés de fruits aussi sucrés que nos framboisiers anglais s'il est permis d'en juger par le peu qui en restait. Nous eûmes à franchir un nouveau pont de bambou, puis à suivre un sentier longeant des champs de riz où les jeunes pousses d'un vert éclatant s'élevaient au-dessus de l'eau juste assez haut pour obscurcir la réflexion des montagnes sur la surface
DIX ANS DE VOYAGES aqueuse. Puis nous ubordâmes le village de Pau-ah-liau et marcMmes droit à la maison d'un vieux Pépnboan aveugle nommé Siii- Ichieu.
Nous y tûmes accompagnés par des bandes de femmes et d'enfants à la physionomie sauvage; quelques-uns de ces derniers, quoique Agés au moins de dix ans, n'avaient pas un haillon pour
mie pe|)uliuuii
couvrir leur nudité. Certains habitants du village conservaient le vit souvenir d'une visite que leur avait faite le docteur dix-huit mois auparavant et des soins bienveillants qu'il leur avait donnés, lis examinèrent curieusement nos bagages et nos vêtements et finirent par décerner la palme de la beauté h ma chemise de II
^^ci, hommes, femmes et enfants étaient tous munis de pipes de bambnu dont ils faisaient un vigoureux et incessant usage. Presque aussitôt après notre arrivée, une vieille femme aux yeux hagards viol me présenter une pipe. Dès (jue j'eus accepté cette offre polie, elle me demanda mon cigare, en lira deux ou trois énormes bouffées et aussitôt sa face se convulsionna et passa par une série de contorsions exprimant toutes le plaisir que lui faisait éprouver la force
Ousitéedu tabac. Aprts quoi, le cigare circula do bouche en houle et me fut soigneusement restitué quand chacun des assistants «ut aspiré une fois.
Pour la plupart, les villageois, d'une taille haute et bien proportonoée, avaient de grands yeux bruns dont les éclairs intermittents
témoignaient suffisamment d'un caractère indépendant et indomptable, fruit naturel de la sauvage grandeur et de la solitude de ces plateaux. Et cependant il est parfaitement reconnu que cette race est aussi douce qu'inoffenSive, en dépit de son apparence de crânerie sauvage, laquelle ne manque ni de dignité ni de grâce.
Les femmes portent une profusion de cheveux châtains très-foncés ou noirs, lissés sur les tempes et ramenés derrière la tète ; les longues tresses sont ensuite nattées en une sorte de cable avec une bande de drap rouge ; le tout est ramené derrière par-dessus Foreille gauche, passe sur le front comme un diadème et revient à Tocciput où on le fixe solidement. L'effet de cette simple coiffure «st des plus frappants et forme un gracieux contraste avec la chaude carnation olivâtre de celle qui la porte.
Les Chinois prétendent que les femmes sont les plus barbares que Ton puisse voir, parce que même la plus belle d'entre elles ne cherche jamais à augmenter artificiellement sa beauté. Le temps semble les éprouver cruellement à mesure qu'elles avancent en âge; le dur travail auquel elles sont soumises et leur perpétuelle exposition à toutes les intempéries des saisons leur enlèvent rapidement les attraits de la jeunesse; mais jusqu'à la fin leur chevelure reste l'objet de leur sollicitude, malgré le rude combat qu'elles ont à soutenir contre les rigueurs du sort. La plus vieille des matrones se mépriserait elle-même si elle se croyait capable de déguiser sa décrépitude et ses infirmités avec une couche de peinture et de poudre, un front postiche ou de la teinture. Les joues bronzées et ridées, les cheveux gris de la vieillesse sont partout traités avec vénération et constitueraient môme le plus sûr des passe-ports sur le territoire d'une tribu ennemie.
En ce moment, les hommes revinrent en foule des champs. Grands, bien faits, leur physionomie rayonnait de bienveillance, de franchise et d'honnôteté. En dépit de leurs mains calleuses et de leur-» misérables vêtements, il y avait dans leurs allures une dignité virile^, une douceur, une cordialité, une simplicité hospitalière qui fa.^ saient plaisir à voir.
A ces points de vue, il existait, entre les divers villages, une dil rence sensible. Où les Pépohoans se trouvaient en contact pi intime avec les Chinois , ils étaient mieux vêtus , mais moi virils que ceux des villages où nous rencontrâmes les indigèi seuls.
Sin-tchieu nous ayant invité à entrer dans sa cabane, je m'éten^»' sur une natte et tombai presque aussitôt dans un sommeil profoi^^** Je fus subitement réveillé par un courant d'air fétide qui traver^i*-^ la chambre. Il faut dire que ces indigènes ont une singulière lura^' nière de saler leurs navets : il les placent dans un baquet d'eau et î^*
y maintiennent jusqu'à parfaite décomposition; ils s'en servent ensuite pour rehausser le goût de leur riz.
Le fait est que le dîner étant prêt, le jeune Sin avait ouvert ce trésor domestique, de sorte que je fus complètement saturé des émanations du gaz emprisonné s'échappant du baquet, sensation qui me fit sauter sur mes pieds et me précipiter dehors pour prendre mon repas en plein air. Le docteur dîna à Tintérieur, tandis que moi, je me régalai d'un bol de riz, de deux œufs durs et d'une volaiUe. En voyage, j'avais adopté comme règle de me nourrir exclusivement, autant que possible, de ce que je pouvais me procurer le plus facilement sur place.
Quand le dîner fut terminé, le docteur, selon son usage, commença à s'occuper de ses malades ; il y en avait bon nombre qui réclamaient ses soins, quoique tous eussent l'air assez bien portants. Les uns avaient la fièvre; d'autres des indispositions plus ou moins graves. Beaucoup accusèrent dans diverses parties du corps des douleurs qui nécessitaient une application d'iode. Il fallait donc une plume pour faire une brosse et on dût se procurer une volaille. Mais les volailles étaient plus difficiles à attraper qu'on n'aurait pu le supposer, et le village tout entier s'était mis en chasse avant qu'on eût pu en saisir une, puis une seconde, pour lui arracher une plume. Quelques minutes après, une douzaine de bras, de jambes et de dos nus étaient enduits d'iode et exposés au soleil pour sécher. La quinine fut également instamment demandée et libéralement distribuée.
Il était trois heures de l'après-midi et nous nous trouvions encore à dix kilomètres de Kasanpo. Reprenant notre route le long de la rivière, nous arrivâmes à ce village à cinq heures et nous dirigeâmes vers la demeure d'un certain Ah-toan, vieillard que le docteur connaissait.
Il était absent, mais il parut bientôt, poussant devant lui son troupeau. Il fut, lui aussi, enchanté de nous voir, et nous prépara une chambre où nous déposâmes nos effets. Sur la véranda, derrière le logis, on avait ménagé et voilé sous un écran une petite salle de bains, dont nous nous empressâmes de profiter.
Dès notre arrivée, les villageois s'étaient rassemblés pour nous regarder; mais il me fut difficile de comprendre pourquoi la portion masculine du hameau, semblant considérer notre visite comme un incident comique, avait mis de côté les allures respectueuses p^Uculières à leur race. Un vieux sauvage, d'une taille d'au moins d^uz mètres, s'empara de mon chapeau de moelle végétale, le tourna et le retourna, l'examina au dedans et au dehors, et finit pat* ^Î96er éclater un bruyant éclat de rire. Je remarquai également que ses muscles faciaux n'obéissaient plus à sa volonté, et que.
maiftré s'en lUsïr évident do rester poli, il lui était imposi^ible de rendru à s;i physîomimie son expression normale de gi-iivilé: tous ses efforts n'aboutirent qu'à rendre sa grimace plus affreuse encore. Son haleine me donna l'explicfitii m de celte coupable désinvolture; je flairai le sam-shu, et j'appris btenl&t que les villugeois, ayant couvert de chaume la maison d'un voisin, avaient élé, selon l'usage. conviés i une orgie do boissons. 11 faut savoir que les Pépohoans distillent une eau-de-vie Irèa-forle de la pomme de terre don ce qu'ils cultivent, de mPme que le risi, comme article d'alimentation.
lonlagiiard dv Kor
Au bout d'un rerlain temps, Tang chercha à faire comprendre à la population l'absurdité de l'idoliltrie et la nécessité d'adorer un seul vrai Dieu. Quelques indigènes l'écoulèrent attentivement; quant aux ivrognes, et ils étaient en grand nombre, le sermon resU pour eux lettre morte.
Je vais maintenant essayer de décrire notre chambre à coucher; mais avant tout je dois dire que les huttes pépohoannes sont infectées de rats et que notre domicile n'était pas à l'abri de leurs ravages. Cette chambre mesurait environ deux métrés et demi en tous sens; la moitié de cette superficie était occupée par une plateforme de bambou s'élevant de quarante-cinq centimètres au-dessus de l'aire d'argile. C'était là notre lit; le mobilier se composaiL
uniquement de deux billes de bois servant de coussins. Sur cette dure couche je m'étendis en attendant que le souper fût prôt, lequel souper devait consister en une volaille qui nous avait coûté une demi-couronne (trois francs) et que Ahong apprêtait dans la chambre voisine. Le pauvre diable était très-fatigué ; mais il aimait à cuisiner, spécialement quand il y avait abondance de lard de cochon.
Rien ne stigmatise davantage le sauvage que son insouciance pour ces organisations sociales, de peu d'importance, il est vrai, mais à défaut desquelles la vie serait à peine* supportable pour les races civilisées. Ainsi, les Pépohoans, avec le plus vif désir de nous être agréables, s'arrangèrent de façon à allumer un grand feu de roseaux destiné à cuire le riz de nos gens, dans une situation telle que des nuages de fumée épaisse arrivaient jusqu'au lieu où nous reposions. Sans doute, il ne leur était jamais venu à l'idée que la ftunée pût incommoder quelqu'un.
En guise de lampe, nous avions une petite coupe d'huile dans laquelle brûlaient quelques brins de moelle végétale. A la lueur de cette lumière tremblotante, je vis, grâce à la fumée fuligineuse, les murs d'argile se noircir et les chevrons se vernisser. Dans un edfaiy au-dessus de ma tôte, se trouvaient une gerbe de tabac vert, une ou deux lances, un arc, une poignée de flèches, un fusil privatif. Enfin — chose que je n'avais pas encore remarquée — une grande huche de riz non vanné était placée à côté du lit, ce qui me donna Tespoir que les rats trouveraient là pendant la nuit assez d'occupations pour ne pas venir troubler notre sommeil. ' Ahong m'informa, en grand secret, que l'adresse des sauvages 'im ce .canton, dans le maniement de l'arc et des flèches empoifonnées, n*était pas moins extraordinaire que le sang-froid avec lecpiel ils-faisaient bouillir et mangeaient leurs ennemis les Chinois au cœur si tendre, mais aux membres si coriaces. Il me supplia de ne pas m'aventurer plus loin, les montagnards ne se montrant jamais quand ils attaquent, mais lançant leurs flèches en l'air avec une telle précision qu'en tombant elles s'enfoncent dans le crâne de leurs victimes qui meurent instantanément. Je me contentai de recommander à Ahong de se garantir soigneusement la tète. Le poulet qu'il nous serait était aussi dur qu'aurait pu l'être nn Chinois môme bouilli pour un festin de cannibales; quanta notre théière, elle avait contenu du sam-shu.
Presque toutes les habitations pépohoannes forment les trois côtés d'un carré et comprennent, sur le devant, une cour où sèchent •les récoltes et où la famille se livre à tous les soins domestiques. Dans la soirée, vers neuf heures, les indigènes se réunirent en grand nombre autour d'un feu de bois qu'ils avaient allumé dans cet espace libre. Les vieillards et les enfants s'accroupirent autour du
arrière-plan, tantAt s'éTanouis&aienl en ombres i[npalp;i1iles, t que les flammes montaient ou s'afTaissaient sous le souflle iatennât^ tent de la brise.
On empila (Uns le foyer du bois et des roseaux; le feu s plus en plus, et l'entrain de la réunion sembla se développer 1i mesure que la ihaleur devenait plus intense. Enfln, les jeunes gen^ des deux sexes déblayèrent un certain espace de terraiu, se prirent
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les mains, et, s*étant formés en demi-cercle, entonnèrent un chant plaintif dont le rhythme réglait une danse aussi légère que gracieuse. Un homme entama seul le motif, auquel les autres hommes se joignirent par un chœur d'interrogations terminées toutes par Texclamation : Hai! Les femmes y répondirent par un autre chœur. Puis vint une seconde strophe dont chaque stance finissait par Sakiéol Le mouvement s'accéléra graduellement, entraînant les danseurs dont les pieds agiles s'agitaient vivement tout en suivant la mesure avec la plus extrême précision. Les belles proportions des danseurs se détachaient gracieusement sur les lueurs projetées par le foyer. La mesure se fit de plus en plus rapide, jusqu'à devenir enfin furieuse ; le mot Sakiéo avait fait place à des cris sauvages ; on n'apercevait plus que vaguement les danseurs plongés dans une poussière lumineuse, comme des fantômes vaguant dans l'espace.
La danse se prolongea jusqu'à une heure avancée ; l'hôtesse, prudemment, n'avait pas encore seni à ses invités, de boisson plus enivrante que du thé, discrétion due, probablement, à la présence d'Européens. Quoi qu'il en soit, je dois dire que jamais encore, même chez les montagnards écossais, je n'avais assisté à un si sauvage déploiement d'esprits animaux.
Nous ne pûmes dormir beaucoup, les rats n'rtant pas la seule vermine que nous eussions à redouter ; deux ou trois fois même je sentis des rongeurs me passer sur le corps pour gajrner la huche au riz.
Le lendemain matin nous partîmes pour Lalung. Les dix-huit kilomètres qui nous en séparaient se développent sur l'un des plus grandioses paysages que j'aie jamais vus. Le vieux Atouan nous donna un guide armé, jeune homme de bonne mine, répondant au nom de Teng-Tsai. La route n'était rien moins que sûre, car elle traversait les terrains de chasse des sauvages tribus do la montagne. Teng-Tsai appela un de ses amis, qui nous rejoignit avec son fusil; tous deux portaient des poires à poudre en corne de cerf suspendues à leur cou avec un cordon de perles de verre. Sur des bracelets de bambou attachés à leur bras gauche s'enroulaient des mèches de corde. Ces mèches brûlent pendant vingt-quatre heures ; quand elles sont allumées, le bout enflammé est fixé à une pince i\\\\ l'amène dans le bassinet quand la détente est poussée. Tous les sauvages de ce canton se servent de poudre anglaise qui leur est fournie par les Chinois.
Aussitôt que nos guides eurent perdu de vue le village, ils allumèrent leurs mèches et nous enjoignirent de rester côte à côte et de marcher en silence. La première moitié de notre voyage s'efl'ectua le long d'un cours d'eau ; puis, nous abordâmes un étroit défilé bordé de rochers immenses, couronnés par places de grands arbres fores-