‹ Dix ans de voyages dans la Chine et l'Indo-ChineChapitre 42 sur 69 · SI · texte numérisé non relu

SI

I mendinnt ct

it en pleine rue. Espérons que, dans notre colonie, an loinS, il existe aujourd'hui quelque asile où ces malheureux puistnt cacher la mort visible qui les dévore rapidement. Il y avait à Pénang un endroit où les lépreux aimaient tout parlitrement à se rassembler. Sous les vastes rameaux d'un arbre vert étendait une belle pelouse, et sur cette mCine pelouse, quand les îpreux étaient absents, j'ai vu jouer des entants européens gardés ar des bonnes indigènes. Je dois dire, toutefois, que beaucoup 'Asiatiques, aussi bien qu'un certain nombre de médecins euroéensqni ont soigné les lépreux, regardent la lèpre nomme itnr ma-

idie qui n'est point contagieuse, et pour ma paii, j( adopter cette manière de voir. 11 est certain aussi que cette malaie, bien que, dans une certaine mesure héréditaire, disparaît à la >ngue d'une famille. Ainsi, dans la léproserie de Canton, il existe ctuellemenl des descendants directs d'anciens lépreux chez les- [oels on ne retrouve aucune trace de la maladie, et l'on m'a cer-

liûé que dans celle de Fou-ichow il est permis aux habitants de se marier et d'élever leurs enfants. Le fait est évidemment vrai, car nous y vîmes des pères et des mères entourés d^enfants bien portants, dont quelques-uns, adultes, étaient encore exempts de l'effroyable maladie qui sévissait sur la misérable communauté dont ils faisaient partie.

Le village dont je parle est entouré de murs et situé à environ 1,600 mètres à Test de la ville. Ce fut le 25 février 4871 que j'allai, en compagnie du révérend M. Mahood, visiter cet asile. Il était environ quatre heures de l'après-midi lorsque nous arrivâmes à la porte du village ; il tombait une pluie battante et une obscurité soudaine assombrissait le ciel. Ce temps affreux, l'aspect sinistre des nuages amoncelés sur nos têtes, ajoutaient à l'horreur de la scène. Nous fûmes bientôt entourés d'une foule d'hommes, de femmes et d'enfants, dont quelques-uns étaient trop répugnants à voir pour qu'on puisse songer à décrire leur effroyable aspect, et qui tous imploraient quelque aumône. îLeurs importunités ne cessèrent que lorsque le gouverneur du village, lépreux lui-môme, vint rétablir l'ordre parmi ses sujets.

Il paraît que l'objet que s'étaient proposé les fondateurs de cet établissement a été perdu de vue et qu'aujourd'hui, on en fait aussi bien un moyen d'extorquer de l'argent aux lépreux riches que de rendre service à la société en séquestrant les lépreux et leur interdisant tout contact avec le monde extérieur. A ceux qui sont trop pauvres pour subvenir à leurs propres besoins, le gouvernement alloue annuellement une somme nominale, à peine suffisante pour les faire vivre un mois sur douze ; aussi ces malheureux sont-ils obligés d'aller tendre la main sur la voie publique. Je pense que, comme dans le cas des mendiants ordinaires, certaines boutiques et certaines rues s'associent pour s'assurer à prix d'argent contre ces visites importunes.

Cette léproserie contenait un peu plus de trois cents âmes et avait, au temps de sa prospérité, possédé un théâtre pour l'amusement de ses habitants ; mais cet édifice était depuis longtemps tombé en ruines. Les rues toutefois étaient fort proprement tenues et il en était de môme des maisons. Quelques-uns des habitants se livraient h divers travaux ; mais le plus grand nombre étaient incapables de travailler, par suite de la perte totale ou partielle de leurs doigts rongés de lèpre. Eh bien, le croirait-on ! le nombre était considérable de ces malheureux chez qui l'on pouvait encore observer toutes les apparences d'un caractère joyeux. Privés de toutes relations sociales avec le monde extérieur, ils manifestaient un tendre et reconnaissant attachement pour les fleurs qui, grâce à des soins assidus, ornaient les portes et les fenêtres de leurs cabanes; et les

DANS LA CHINE ET LINDO-GHINE. 353

fleurs, en retour, donnaient à ces 'sépulcres des vivants leurs parfums et leur beauté avec une prodigalité dont les jardins du rirhe auraient pu être jaloux.

Les mes de Fou-tchow ressemblant exactement à toutes les rues des villes du sud de la Chine, nous ne nous arrêterons pas à les décrire. Fou-tchow a aussi ses promonades, ses yamens, ses temples, ses pagodes, objets du plus haut intérêt pour les citoyens de cette ville, mais sans grande importance pour Tétranger, à moins que celui-ci ne tienne à se familiariser avec d'innombrables détails concernant la religion, les Feng-tchui et l'administration locale, sujets que le cadre de mon travail ne me permet pas de traiter.

H faut cependant, avant de quitter cette ville, mentionner les huîtres de Fou-tchow, qui non-seulement sont excellentes, mais en même temps fort curieuses. Ce bivalve estimé n'est pas, que je sache, un animal grimpeur ; ce n'en est pas moins le long des perches de bambou que les huîtres sont suspendues en grappes, et les marchands de poissons de Fou-tchow les servent ainsi h leurs pratiques Les éleveurs d'huîtres, pour obtenir ces grappes de coquillages, enfoncent, à répoque de Tannée qui convient à cette opération, de grandes perches de bambou dans les bancs d'huîtres ; les huîtres s'y attachent, et lorsqu'elles sont arrivées h maturité, on retire les perches et on les apporte ainsi chargées au marché. Chose singulière, les huîtres de Fou-tchow, différentes en ceci des nôtres qui sont presque toutes pareilles, ne suivent aucune loi commune quant à leur formation : chacune s'adapte aux circonstances et revêt la forme qui lui convient le mieux, de sorte que, dans ces longues grappes d'huîtres, il est rare qu'il s'en trouve deux qui se ressemblent.

Parmi les métiers les plus florissants de Fou-tchow, il en est un qui mérite une attention toute particulière, c'est celui des fabricants de lampes. Une espèce de lampe des plus fragiles, mais extrêmement jolie, est faite de minces tiges de verre rapprochées et croisées de façon à imiter un treillis. La lumière tamisée par cette sorte de lampe à jour brille d'un éclat tout particulier. Je ne pense pas qu'aucune de ces lampes ait jamais été introduite en Europe ; mais je crois qu'elles y auraient un grand succès, particulièrement dans les fêtes de nuit.

Les environs de Fou-tchow sont en maints endroits charmants; à mon avis pourtant, Fang-kouang-yen-tien-lchiian, mieux connu sous le nom du monastère de Youan-fou, est le plus ravissant de tous. J'eus la bonne fortune de visiter ce lieu de plaisance en compagnie d'un marchand étranger qui avait organisé une partie de promenade sur le Youan-fou, l'un des affluents du Min. Deux yachts avaient été équipés pour cette expédition, et vers minuit, à la marée descendante, nous partîmes de Fou-tchow. Lorsque nous

Page 1