‹ Dix ans de voyages dans la Chine et l'Indo-ChineChapitre 43 sur 69 · M DIX ANS DE VOYAGES · texte numérisé non relu

M DIX ANS DE VOYAGES

nous éveillâmes, au matin, il faisait un froid glacial, accompagné de grésil. Cela ne promettait rien de bien récréatif. Les montagnes escarpées que les indigènes ont nommées les Wou-hou, ou chatne des « GinqTigres », étaient enveloppées d*un épais voilede brouillard qui se dissipait si lentement, que vers midi seulement les dernières vapeurs disparurent. Nous pûmes alors admirer, dans sa rugueuse beauté, le formidable rocher surplombant qui porte le nom de « Saut de TAmant ». On suppose que les « Cinq Tigres » exercent quelque influence géomantique sur la ville de Fou-tchow située un peu au nord de ces montagnes; pour contrecarrer leur action, on n'a pas manqué d'élever cinq lions de pierre que Ton peut voir dans une des principales rues de la ville.

Les montagnes se dressent à une hauteur considérable et se terminent en rochers nus et escarpés; mais sur leurs versants, partout où a pu s'implanter un peu de terre végétale, des terrasses ont été construites, grâce auxquelles la végétation s'étale sur le flanc même des rochers. Une promenade le long de la rivière, une ascension dans la montagne ont pour récompense la contemplation de mille détails charmants de forme et de couleur. Ce ne sont que fleurs et fougères de variétés infinies, pins majestueux, rochers surplombant des précipices au-dessus desquels les bouquets de bambou agitent leurs gracieux panaches. Ici un roc de forme étrange, à la tôte grise de lichen, à la barbe de fougère, semble un géant couché dans la mousse ; là s'étend un banc de gazon, plus riche qu'aucun manteau de velours et brodé de mille jolies fleurs sauvages. Dans cette vallée là-bas, il suffirait d'un peu d'imagination et de la traînée lumineuse de quelques fulgores pour nous persuader que nou sommes dans le séjour des fées. Au-dessus de la vallée, dans une fissure du rocher, une branche d'arbre a formé un pont naturel sur lequel la fantaisie poétique peut placer un elfe malin, soufflant, par un soir d'été, dans son cor magique et appelant à la danse les milliers de petites fées pour lesquelles la vallée s'est couverte de son tapis de gazon. Cependant, quelque admirable que fût le coup d'œil, Fendroit, vu 1 humidité qui y régnait, n'était pas parfailement agréable.

Nous passâmes ainsi deux jours au milieu de l'incessante dive^ site de paysages que nous offraient la rivière et la montagne, et h matin du troisième jour, à peu de distance des premiers rapide^ nous débarquâmes pour continuer à pied notre voyage au mona tore de Youan-fou. Mes amis avaient amené avec eux leurs chai? et leurs porteurs ; j'en louai une au village prochain, et mon chi selon son habitude, s'y élança et se blottit confortablement sou siège. La chaise, destinée aux exrursions dans la montagne, t étroite, et je dus m'asseoir dans une position fort gênante. Lor

nous arrivâmes aux pentes les plus raides du sentier, les porteurs imprimèrent intentionnellement à la chaise un balancement si insupportable qu'il me fallut descendre et les menacer de les renvoyer, ajoutant que j'étais décidé à ne point marcher et que, s'ils voulaient ôtre payés, ils n'avaient qu'une chose à faire : cesser de me secouer de cette façon.

C'est une vieille ruse commune aux porteurs de chaises. Dans tous les pays montagneux, ils prétendent que, dans les sentiers escarpés, il est impossible d'empêcher ce balancement. Mes menaces n'en eurent pas moins l'efl'et désiré, et la montée, à partir de cet instant, fut aussi facile qu'elle peut l'être en chaise à porteurs. Un escalier de 400 marches (j'eus la curiosité de les compter) nous amena au ravin que domine le monastère, et qui est, je crois, le paysage le plus romantique de tous ceux que nous rencontrâmes sur notre route. Au-dessus de cette rampe, le sentier s'enfonce dans une forêt, sous laquelle croissent des fougères et des.arbustes llorescents, et qui aboutit tout à coup à l'entrée d'une caverne. Cette caverne n'est qu'un passage au bout duquel s'ouvre le ravin. Une petite idole, devant laquelle on brûle de l'encens, est placée au pied du rocher, à droite de l'entrée.

Sur les murs de pierre de ce tunnel et sur les rochers voisins sont gravées de nombreuses inscriptions, parmi lesquelles la suivante^ qui peut ôtre considérée comme un exemple: « Le paysage que l'on voit ici n'a d'égal que celui où les génies ont fixé leur demeure. » Beaucoup d'inscriptions ne sont que les noms des pieux visiteurs qui sont venus en pèlerinage au temple voisin. Au sortir de ce tortueux passage, nous passâmes subitement de l'obscurité à la lumière et nous nous trouvâmes au-dessus d'un vallon où croissaient des palmiers. Il nous sembla que ces (luclciucs j)as nous avaient conduits d'une latitude tempérée à un climat tropical. Toutefois la végétation qui nous cachait les profondeurs du ravin n'était guère composée (|ue d'énormes fougères. En nous penchant en arrière et en cherchant h voir le ciel à travers le feuillage, nous ne pûmes apercevoir que les couleurs éclatantes d'un curieux édifice suspendu au-dessus du ravin. Nous escaladâmes un sentier étroit taillé sur le flanc du rocher et nous pûmes enfin contempler cet étrange monastère perché sur un énorme roc au-dessus de nos têtes et ombragé par un véritable bosquet de stalactites tombant en pointe comme des ornements suspendus à la voûte d'une cathédrale. Jamais je n'avais vu, ni même rêvé de voir, rien de pareil à ce fantastique édifice, aux larges toits sculptés, et aux balustrades peintes des plus brillantes couleurs, n'ayant, pour le soutenir audessus d'un épouvantable abîme profond de plus de soixante mètres, qu'une légère charpente de poutres de bois .

Le rebord extérieur du dôme était frangé de plantes grimpantes dont les couleurs contrastaient violemment avec la sombre hor* reur de la caverne qui s'ouvrait au-dessous. Laissant mes amis s'en retourner à Fou-tchow, je résolus de passer quelques jours dans le monastère. Il n'était occupé que par trois moines, le premier un adolescent plein de malice, le second un homme dans la force de Tâge, et le troisième un vieillard infirme et aveugle. On me donna un appartement fait de minces planches de pin blanchies à la chaux, mais d'où j'avais une vue magniûque de la vallée qui s'étendait bien loin au-dessous de nous. Cette chambre avait pour tout mobilier une table^ une chaise et un lit de bois, et sur ce der» nier le dur oreiller de bois qui forme l'accompagnement obligé de cette couche peu luxueuse, mais inusable. Quant au lit lui-même, ce n'était qu'une espèce de coffre de bois peint en brun, et c'est dans cet appartement peu confortable que j'eus à passer des nuits extrêmement froides. Mes coulies dormaient dans un appartement audessous du mien, entassés comme des harengs dans une caque, pour se garantir du froid. Chaque soir, à l'heure où le soleil se couche, les trois moines, vêtus de leurs robes jaunes, se rendaient au tem* pie pour prier. L'un s'agenouillait à droite d'un petit autel, le second à gauche et le troisième entre les deux, et alors, s'accompagnant des monotones instruments bouddhistes, ils donnaient la sérénade à leurs (lieux. Leur ferveur perdit beaucoup de son prestige à mes yeux, lorsque je reconnus que leur longue prière n'était qu'une insignifiante niomerie pour le jeune drôle qui la chantait. Après avoir prié, il saisit un maillet de bois et se mit h frapper sur une grosse cloche, puis attaqua avec une égale vigueur un monstrueux tambour. Ainsi finit le service religieux, et le vieux moine, au sortir du temple, me parut, on vérité, infiniment plus aveugle qu'il le croyait lui-même.

A l'aube je fus éveillé par la répétition des mômes rites bruyants. Les matinées étaient humides et froides ; les montagnes ressemblaient à des mammouths endormis sous un voile de brouillard; les pins aux teintes noires se balançaient en craquant tristement, et les bambous pliaient à tel point que je m'attendais à les voir se briser sous le vent qui soufflait sur la vallée.

Sur l'un des autels je vis une statue connue sous le nom du « Bouddha riant, » ou dieu de la longévité ; devant cette idole à l'air jovial était établi un chronomètre fait de bois de joss. Cet instrument se compose d'une série de cierges placés dans une boîte de bronze, sur deux lignes parallèles. Chaque cierge met douze heures à brûler, et quand l'un d'eux est sur le point de s'éteindre, on en allume un autre. De cette façon l'heure du jour ou <\e la nuit peut ôtre exactement connue. Ce feu, me dit le vieux

moine, avait été déjà, comme celui des vestales à Rome, entretenu pendant une suite innombrable d'années, avant qu'il eût reçu la mission de Tentretenir à son tour.

Kou-shan, ou la Montagne-au-Tambour, est située à environ sept milles (une douzaine de kilomètres) de Fou-tchow, et fait partie •d'une chaîne qui s'élève brusquement au milieu d'immenses plaines cultivées. La montagne jouit d'une grande célébrité due au fameux monastère de Kou-shan, bâti au-dessus de la plus haute de ses vallées, dans un lieu que hantaient autrefois, dit la tradition, des serpents ou dragons venimeux qui pouvaient, à leur gré, produire la peste, soulever les tempêtes, ou flétrir les moissons.

On supplia un sage, nommé Ling-tchïau, d'intervenir pour mettre fin à ces ravages. 11 se rendit au lac où les dragons malfaisants avaient établi leur demeure, et y récita une incantation appelée le formulaire de Houa-Yen, à l'audition de laquelle les serpents, en sages serpents qu'ils étaient, prirent aussitôt la fuite. Ce devait être en effet une composition littéraire d'une puissance merveilleuse, puisque ces terribles serpents eux-mêmes n'osèrent pas s'exposer à l'entendre une seconde fois; aussi l'empereur n'eut pas plutôt appris ce miracle, qu'il ordonna d'élever en ce lieu le monastère de Houa-Yen. C'était en l'an 784.

L'établissement, plusieurs fois détruit, a toujours été rebâti, et, h diverses époques, a reçu de tels agrandissements qu'il peut contenir aujourd'hui deux cents moines.

La montée est dure, longue et fatigante, mais on obtient en route un bon nombre de vues pittoresques, et l'on arrive enfin au monastère en traversant un bosquet de vieux pins qui croissent â 800 mètres au-dessus du niveau de la mer.

L'établissement s'étend sur un espace considérable et ressemble sous ce rapport au grand Lnmam7*y de Pékin. C'est de beaucoup le monastère le plus grand et le plus prospère que j'aie vu dans le sud de la Chine. Au dedans de l'entrée sont quatre statues colossales représentant les protecteurs de la foi bouddhiste, et dont le lecteur peut se faire une idée par la gravure ci-après. . Le monastère de Kou-shan, comme presque tous les édifices du même genre en Chine, se compose de trois grands bâtiments séparés, placés l'un derrière l'autre dans une vaste cour pavée. On y montre des reliques de Bouddha qui, chaque année, attirent de fort loin une foule de dévots. Des animaux sacrés, recrutés parmi ceux qui ont fait preuve d'un instinct extraordinaire, y sont aussi entretenus. Le plus remarquable de ces animaux était, à l'époque 4e ma visite, un taureau en prière. Ce taureau, dit-on, étant conduit à Vabattoir, rompit ses liens, s'élança par les rues de la ville et ne &*arrêta qu'à la porte du yamen du gouverneur général, au moment

358 DIX AHîS DE VOYAGES même nii Son Excellenre allait monter dans sa chaise k porUnr». Aussitôt, tombant à gênons devant le représentant du I^)^^e impérial, ce suppliant romu fit entendre une courte prière par laquelle il implorait îapitié du gouverneur. Celui-ci, muet d>tonnemeul, nepui que fairesi^eà ^es garde» d'emmener laniroal qui. axissîtôt, fut dirigé ver* le monastère, "ù, depuis lors, il a vécu aussi beureia qnc peutlVtreunbœufsurla l*le duquel n'est plus suspendu lecoulemi dubourher. Le bniit a couru plus tant n **"■'■ "■'■'minimal, en ar-

rivant au yiiiuen du gouverneur, était par hasard tombé ?l genou*-Sii »" les degrés ; mais cette histoire ne peut être qu'une scandaleuse in — venlion des impies, et nous ne ia rapportons que pour la condamner — Les trois personnes de la sainte trinité étaient représentées .>comme il est d'usage dans tous les temples hotiddliistes, par Iroi^^' statues 'colossales dressées sur l'autel central. Ces statues avaient— plus de trente pieds de hauteur. Autour d'elles^ étaient des candé- — labres chargés de cierges allumés et d'offrandes votives de toule»sortes.

i passai trois jours dans ce lieu, ornipant la plus grande partie de mon temps à visiter les priîlrps dans leurs cellules. L'une de ces cellules fut plus que les autres l'objet de ma curiosité. On y montait par une.échelle. La cellule aux murs nus. éclairée par une petite Teui^tre percée dans le loit, n'avait pour tous meubles qu'une table de bois et une chaise. J'étais toujours sûr d'y trouver quel<iuG membre de l'ordre occupé à méditer les préceptes de sa secte et faisant sonner à de longs intervalles une cloche suspendue dans une tourelle voisine. A quelque distance du temple central, dans l'une des magnitiques avenues qui s'étagent sur les lianes de la montagne, on entend son-

ner nuit et jour une cloche hydraulique, et juste au-dessus de la petite chapelle à laquelle appartient cette cloche, une profonde et sombre vallée serpente sous l'épais ombrage des bois entre des monts rocailleux qui l'enserrent comme des murailles. Un jour je m'aventurai dans cette étroite vallée et m'y trouvai soudain en face d'une statue, bouddhiste élevée sur un piédestal de roche. Comme

j'adminic oatto aUtnt, In trouvanl la plus bolle qui d^nit longtemps, U tète fil un monvcment en avant, les membres pwdirent l«ar itÛenr et l'idol» descendit de son piédestal : •' Vena iaettm pahdt it*m^ »\\.. Mais je ne puis vraiment affirmer cela de 06 diea-à robe jaune et autrom- dumvê.

<i Tsinfj;. Isin^. inunsi(:ui-, bonjour; d'où venez-vous? » Telltit Ié M i^.'ilnt <|u'il m'adressa en mettant le pied sur le sol. Moins ternlf I qu'on n'aurait peut-f^lre pu le craindre, je répondis à sa demande 1 en lui disant à mon tour : » Et vous, d'où venez-vous ? ■• Sa répoiue' | ne se fit pas altcndi'e. « 11 y a longtemps que je suis ici, ■> me liil-iL A

C'était donc là l'ermite dont la renommée était si grande. J'ippris qu'il avait été commerçant ii Amoy et qu'après de lon)niet années de lutte avec le monde, il était venu Unir ses jourt> et (aire pénitence de ses péchés dans cette vallée ombreuse. i

A la chapelle, on sonnait la cloche hydraulique, nous trouvlmet J lin grand ut maigre prêtre, à mine sinistre, qui, lorsque nouscAuus I examiné la roue raotricc de la cloche, nous suivit en demandant ' un présent avec un entêtement si insupportable que je résolus dr ne lui rien donne'. Los bouddhistes ne snppiîment jamais la vie. sans quoi je suis certain que ce brave ministre aurait volontic» offert mes jours en holocauste à son idole.

Parmi les autres temples qui se trouvent dans le voisinage de Fou-tchow, l'un des plus remarquables est le « Temple de l'Ile » qui.couvre la surface entière d'un flot situé au milieu du fleuvo à eoitJ ron huit milles (f3 kilomtlres) de la ville. Ce temple esl dédié àlo H Reine du Ciel », divinité chère aux bateliers du Min. Un banyan (figuier d'tnde) croit sur l'île et ombrage en partie le temple. On suppose que cet arbre compte, pour sa nourriture, sur les bontés de la déesse, car ses racines ont l'apparence d'être tout simplement soudées sur le roc.

Les plantations de thé les moins éloignées, dans cette province, sont celles des montagnes de Paëling, à environ quinze milles (M à 25 kilomètres) au nord de Fou-tchow. J'y Tus conduit par deux de mes amis de Fou-tchow. Nous passâmes trois jours dans cette localité et logeâmes dans un petit temple qui s'élève sur Vane'iAes plantations. Des étrangers qui avaient visité le district avant nÀos avaient appris quelques mots d'anglais au prêtre chargé du soin de ce temple, et nous ne fûmes pas peu surpris, en approchant de l'édifice, de nous entendre saluer en ces termes par ce serviteur d^iwnttlé de Bouddha, évidemment fier de faire parade de son savoir : « Goodmoming, ean do I you hei! >< (Bonjour, peux faire ! vous paiieit)

I, « Le dieu se flt reconniltre à sa démarche. ■ Virgile dit : Vem iate^mp^ tttii dea. La faute de prosodie était Décessa ire aux besoins de la cause. ''

ISolt dtt IrmhKltmr.)

n Que pouves-TOUs faire? » lui demandâmes-nous. Mais, hélas ! le vocabulaire de notre ami se bornait à cette seule phrase. S'il en avait jamais su pluslong> il l'avait oublié, et peut-être n'y avait-il pas lieu de déplorer profondément cet oubli.

Durant tout le temps de notre séjour, les nuages ne cessèrent de peser sur les monts comme une couverture mouillée. En vain demandions-nous au ciel chaque matin la promesse d'un rayon de soleil ; la brume soulevée par te vent retombait bientôt dans sa position première pour ne plus la quitter. Néanmoins, nous visitâmes les plantations, autant que nous le permirent le brouillard et la pluie, et nous remarquâmes les curieux effets du brouillard qui tantAt s'étendait en couches épaisses sur les vallées, tantôt nous

permettait de voir, à travers inic érUiirrie, les plaines parsemées de villages qui s'étendaient bien loin au-dessous de nous. Quand nous reportions les yeux sur le sentier rapide que nous suivions au âanc de la montagne, c'était à peine si nous pouvions distinguer la tWe et les épaules de nos coulios enveloppés d'un nuage de brume dans lequel tout le reste disparaissait.

L'une des plantations de ce district appartenait, dit-on, à un comprador de Canton, employé <i'une maison étrangère. Cette pianlation avait une étendue considérable, ce qui est rare dans les régions où l'on cultive le thé et où la culture de cet arbuste se fait pièce îpiëce, à peu prés comme suit. Les plantations sont habituellement petites, c'est-à-dire qu'elles ont rarement plus de quelques hectares, et sont affermées aux pauvres par les propriétaires du district.

Bnven ces piopriétaires, kt fenkiiétk sWgàgrat i e6^ leiéj récoltes moy«uiànt un certain pris stipulé dTatvinde* iààA êeiik qui cultivent le thé, source de si 'granâéfr:rldiesa«ipour la GUiie, possèdent bien rarement un capitd qtaelémique» et, comme An millions de leurs semblables^ ils peu^nt i peine gagnw' de quoi vivre- misérablement, en produisant ce qui Dsit la fortûnï d'autrui. Les petits f erraiers asses fortunés pouf pouvoir àlEtt^' mer leurs terres sans hjrpothéquer leurs récoltesi ' sont regir^ déscojBUne des gens à l'aise. La première récolte des feuilles^ fait au cètnmencement de la saison, c'est-à-dire vers les premilMr jours d'âvriL Une fois cueillies, les feuilles, d*abord sédiériil e mi au soleil , sont mises en vente, • par paniers, à une espèce dif foire où Ton vient de tous les points du voisinage. Les marchands indigènes établis dans les ports ouverts aux étrangers se font entre eux une vive concurrence et achètent autant de thé qulls peuvent^ s*«i procurer. lies achats faits, les thés provenant de ces diverses petites plantuticms sonC mêlés ensemble par l'acheteur et souisÉ au procédé dli 8éeliti|;e décrit plus haut. * ^

Des milliers dé femisies et d'enfants pauvres sont employés à té-^ parer des feuilles les queues et les bouts de tiges; après quoi ter feuilles sont triées, les meilleures emportées et les inférieures soiif^ mises à un nouveau séchage. Quand cette opération estterminéei' le thé est réparti en deux ou trois sortes ou qualités diflérentosqid' varient selon la quantité de thé préparée i la f(»s. La première qoa^ lité se compose des feuilles les plus petites etles mieux roulées; h seconde est un peu inférieure, et la troisième contient les queues, les bouts de tiges etles rebuts. Cette dernière sorte de thé, parfaitement saine et inofFensive, s'emploie pour produire, en la mêlant à une petite quantité des meilleures sortes, les bons thés que le commerce peut livrer à bas prix.

Les thés sont ensuite mis en caisses d'environ 28 kilogrammes, en demi-caisses de 1 i kilogrammes et en boîtes d'environ 6 kilogrammes, et dirigés sur les ports libres pour y être vendus. La plus grande partie des thés de Bohéa vient à Fou-tchow par la voie du Min, et ce voyage, comme nous le verrons bientôt, exige beaucoup de courage et d'habileté. Les cargaisons commencent à arriver à la fin d'avril, mais à l'époque dont je parle (1871), les deux ou trois dernières saisons ne s'étaient guère ouvertes que dans les derniers jours de juin. L'année précédente, les mandarins avaient fait crédit aux marchands indigènes des droits sur le thé, et les avaient ainsi aidés à garder leurs produits jusqu'à ce que la rareté eût amené les prix à un taux très-favorable à la Chine. Les Européens ne, paraissent pas réussir aussi bien que les Chinois à s'entendre pouc acheter les récoltes à des conditions avantageuses. La perspective

des bénéfices que Ton peut faire en devançant ses concurrents sur les marchés de l'intérieur offre des tentations auxquelles le marchand étranger ne sait pas résister. Mais, quoique les négociants chinois jouissent de grandes facilités, comme, par exemple, d'emprunter de l'argent aux banques de Fou-tchow sur les thés qu'ils ont en magasin, il leur faut payer de gros intérêts ; la concurrence qu'ils se font sur les marchés de Tintérieur est aussi très-forte, de sorte qu'il leur arrive quelquefois de subir des pertes assez considérables. Après tout, cependant, ils ont, à force de prudence et d'habileté dans leurs associations commerciales, créé un commerce prospère et sûr. A l'appui de ce fait, on ne saurait donner de meilleures preuves que les grandes fortunes des marchands de thé chinois à Fou-tchow et ailleurs.

Mais visitons l'intérieur du pays, et faisons-nous une idée des difficultés qui s'offrent au transit de cette précieuse denrée. Je fis une excursion de plus de deux cents milles (plus de 300 kilomètres) sur le Min, que je remontai jusqu'à la ville de Yin-Ping en compagnie de M. le juge Doolittle, dont l'ouvrage très-estimé sur la Vie sociale des Chinois est le résultat de longues années de travail assidu et d'observations exactes sur les mœurs do la population de ce district. Muni des passe-ports nécessaires, nous partîmes pour Tchui-kow, à midi, le 2 décembre, sur un yacht mis à ma disposition par un des marchands anglais de Fou-tchow.

Voyager en bateau sur une rivière chinoise et avec un équipage chinois est une dure épreuve pour un Européen, à moins que les hommes ne se soient engagés par contrat à accomplir leur tâche pour un prix fixe et dans une période de temps déterminée. Si cette précaution a été négligée, les bateliers se mettent invariablement dans la tête que les étrangers étant riches de leur nature, tandis qu'eux-mêmes sont, nécessairement et par le simple fait de leur naissance, extrêmement pauvres, ils se doivent à eux-mêmes de tirer le meilleur parti possible de la rare bonne fortune qui leur arrive. Sous l'empire de ces considérations, ils mangent plus sérieusement, se reposent plus longuement, fument plus de pipes d'opium et donnent de plus fréquentes accolades à la bouteille de sam>hu. Le résultat de tout ceci est que le carnet reçoit beaucoup plus fréquemment des notes comme celles-ci : « Mes hommes se sont amusés tout le long du jour à faire passer le bateau sur les bancs do sable et à s'empiffrer de riz. » — « Notre corde de halage s'est encore enchevêtrée avec celle d'un autre bateau; les deux équipages se sont querellés pendant une demi-heure ; on a passé une autre demi-heure à se faire des excuses réciproques, et une troisième à se dégager. »

Je m'arrêtai pour prendre une vue à un endroit nommé Pak-

taou (lèlp blam^he). Un pauvre colporteur qui niari'hail le long 4u Uenvo portant ses marchamlises sur son dos s'absorba tellement

Y 'dans la conleniplalion du mes opérations qu'il ne s'aperçut pas que

7 deux burQeti venaient sur lui d'un autre cftlé. Ces buflles. cITriiyés i Is vue de mes instruments, s'6lancËrcnt à Tond de train sur le cbemin que suivait le pauvre colporteur et renvoyèrent rouler la ICte

[ la première sur la bei'ge. Mais ce n'était pas un homme ordinaire; il nassa son paquet, l'assujettit de nouveau sur ses épaules et reprit

J son examen à l'endroit même d'où il venait d'Mre si violemmonl

I 4élogé.

Nous passâmes le dimanche dans un lieu tranquille noid •H Teuk-kai », ou n Rocs aux Bambous ». Je descendis k terre iâ mon domestique Ahong, et m'arrêtai un instant pour me repc sur un talus de gazon, d'où l'on pouvait vaguement aperc notre bateau à travers une couche épaisse de brouillard qui a'âî^l vait sur la rivière comme la vapeur à la surface d'un chaudron placé ■sur le feu. Cette vapeur montait sur les flancs de la montagne en formes grotesques, laissant voir, çà et là, comme de magnifiques

vignettes, des bosqjuets de pins géants, et soudainement cachant le paysage en roulant capricieusement le long des pentes boisées. Ces vapeurs étaient un phénomène de chaque jour, causé, à ce que je suppose, par la différence de température entre l'air etTeau.

Nous passâmes ensuite h travers une ravissante région, où les plantations d'oliviers et d'orangers se succédaient, où les arbres pliaient sous le poids de leurs fruits, et où l'air semblait chargé de parfums perpétuels. Dans un verger, nous rencontrâmes un garde retiré sous une petite hutte de paille très -confortable contenant une table de bambou, une théière, deux chaises et une jolie chatte avec ses petits. Le vieillard, — il était si vieux qu*il ne put nous dire son âge, mais il y avait, dit-il, plus d'un demi-siècle qu'il était garde dans ce lieu, — nous montra le chemin pour aller à la ferme, et, à travers de beaux champs de canne à sucre, il nous conduisit à un groupe de maisons de brique bien bâties et fort pittoresques. Nous remarquâmes que les bâtiments réservés à la famille du propriétaire étaient entourés de fortes murailles. Près de là, dans une petite maison séparée, le médecin de la famille avait élu domicile. Lorsque nous arrivâmes, ce praticien, nommé Akoum, regardait travailler un chaudronnier ambulant. Il nous reçut d'une façon qui me parut amicale ; mais l'expression de son visage n'était pas facile à interpréter; il avait perdu une partie de l'os et de la pointe de son nez, et, de plus, tandis qu'un de ses yeux nous regardait avec une affectueuse cordialité, l'autre semblait occupé surtout à veiller sur le nez cassé. Nous entrâmes dans sa boutique et de tous côtés les gens arrivèrent pour me dévisager. La plupart sans doute n'avaient jamais vu un étranger ebje devins l'objet du plus curieux intérêt pour un groupe composé de femmes vraiment jolies et d*enfants charmants. Aussitôt que je me levai, ils s'enfuirent tous dans leurs maisons, d'où ilb continuèrent â m'observer par toutes sortes de trous et de tous les recoins où ils pouvaient se dissimuler. Je fis un petit présent au vieillard qui, en retour, me donna quelques belles oranges.

Nous quittâmes ce lieu et allâmes nous asseoir sur le penchant d'une colline où nous causâmes du temps passé et de nos précédents voyages. Ahong m'avoua, entre autres choses, qu'il n'avait, pour son compte, de sentiments religieux d'aucune sorte. Il s'était fait chrétien à Singapore, mais ses amis l'avaient tant tourmenté qu'il avait abjuré le christianisme. En fait d'idées générales, il pensait (jne c'était une bonne chose (jne d'avoir de son vivant autant de porc qu'on en pouvait manger, qu'il était aussi fort bon d'avoir la certitude d'être après la mort déposé dans un cercueil confortable, enterré dans un endroit sec, et de devenir l'objet des soins pieux de fils survivants. Je lui parlai du christia-

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