DIX ANS DE VOYAGBS
somptueuse table. Il avait exercé le commerce sur la côte de Omif pendant de nombreuses années, fait naufrage plusieurs toi$f ^^ puté sa vie aux pirates, et résisté aux typhons plus impitoyàb^ que les pirates. C'était dans son genre un homme de génie. Ainsi il avait inventé plusieurs instruments nautiques, trop avancés popr^ notre siècle, et môme un bateau de sauvetage capable de résister j^ la plus terrible tempête. Mais ni ce bateau ni ces iAstruments n*% valent encore été ni construits ni ç^^|[é8. Il avait aussi une nouvi^ théorie sur les tempêtes, basée sur tu propre expérience et uic ses observations personnelles. 11 faudrait pourtant que rbpi^^ qui voudrait vérifier ces importantes conclusions, non-âeî4em0iii9| risquât sur la mer profonde, au plus fort de la tempète^nûim poussât hardiment son navire jusqu'au milieu -du qrclone, pour j mesurer la force du vent avec son anémomètre, et éprouver sur soa baromètre là rareté de Fair. Gomme nous approchions'de Shan^ial» le baromètre nous apprit qu'u]^ typhon approchait, ou que 000^ étions juste sur la limite de son aire. Cette dernière conclusion ilait la vraie. Il se trouva que nous avions navigué dans le sillôû d*ini typhon, et nous reconnûmes par expérience Fespace limité qu*em^ brasse souvent le cercle de ces météores. Nous n'avions rencontré que des veht^ calmes et légers pefi|ant notre voyage, et cependant» quand nous entrâmes 4ans la rivière de Shanghai, nous trouvâmeà beaucoup de navires 4|peipparé8, quelque-uns même le pont rasé, les mâts, les vei^pnSf^fit tout le ^réement ayant été emportés par-dessus bord. Nous eûmes à attendre douze heures qu^un pilote patenté vînt à bord, et quand enfin ce personnage apparut, il fit gravement remarquer qu'il n'était qu'un homme de quinze pieds, mais qu'il prendrait les mesures nécessaires pour qu'un autre pilote d'une profondeur plus grande nous conduisît au port. Ce qu'il voulait dire par là, c'est que sa patente ne lui permettait pas de piloter des navires ayant un tirant de plus de quinze pieds. 11 arriva un accident très -malheureux pendant que nous remontions le Wongpu, jusqu'au débarcadère de Shanghaï, Les Chinois ont une croyance superstitieuse : c'est que la mauvaise fortune doit les accompagner pendant tout le voyage, s'ils manquent au départ de passer sous l'avant d'un bâtiment naviguant en travers de leur route; en conséquence, comme pous marchions à toute vapeur, nous aperçûmes un bateau marchand indigène, faisant force de voiles et de rames pour passer sous l'avant de notre navire.
On fit jouer le sifflet à vapeur, mais en vain. Ces malheureux couraient involontairement à leur perte ; et le bruit déchirsg^it du sifflet à vapeur dut retentir aux oreilles de quelques-unes des victimes comme un glas de mort. On ne pouvait faire marcher la machine en prière au milieu d'une telle foule de navires, et comme jo jetais ul
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regard désespéré par-dessus le bastingage, nous arrivâmes sur Tinfortuné navire dont nous écrasâmes la charpente. Un cri de désespoir déchira Tair, et nous vîmes les débris flotter à la dérive. Plusieurs hommes de Téquipage avaient été jetés par le choc à quelque distance dans Teau ; d'autres se cramponnaient à quelques planches de leur navire ; mais, fort heureusement, aucun d'eux ne périt, car un grand nombre de bateaux, témoins de l'accident, s'étaient hâtés de leur porter secours.
- Shanghaï a toujours tenu la première place en Chine pour le commerce étranger. Ce fut donc avec un sentiment de profond intérêt que, pour la première fois, je contemplai le splendide quartier étranger qui s'élève aujourd'hui sur les rives du Wong-Pou, en un lieu où, il y a environ trente ans, il n'y avait qu'un marécage, couvert de petites huttes clair- semées habitées par une misérable population chinoise à demi aquatique. En 1831, le docteur Gutzlaff, qui pour la première fois visita Shanghaï dans une jonque, représente cette ville comme le centre d'un grand commerce indigène> et nous dit que de ce port plus de mille petits navires partent pour le nord plusieurs l'ois par an, exportant des soieries et^'autres produits des manufactures de Kiangnang, et qu'en outre les gens de Fu-kien font un grand commerce entre les îles de l'archipel Indien. Mais nous pouvons remonter bien plus haut dans l'histoire de la ville. 11 y a des siècles, avant môme que le fleuve Wong-Pou fût devenu navigable, un grand marché était établi dans cette localité, sur les bords de la rivière qui porte aujourd'hui le nom de Fou- Tchow, cl AO kilomètres du port où nous venons de jeter l'ancre. L'histoire topographiquo de ce district est pleine de détails sur les changements physiques, auxquels, dans la suite des temps, a été soumise la vaste plaine alluviale où s'élève Shanghaï: des rivières ont été ensablées, d(^ nouveaux lits se sont sponlanrment ouverts, et cependant, malj.'ré de constantes difflcullés et des modifications incessantes, l'important commerce qui se fait là s'est maintenu dans les limites de l'estuaire oîi les inondations annuelles du Yang-tszékiang déposent sur le rivage de l'Océan des alluvions qui font sortir de nouvelles terres de son lit.
L'histoire politique de cette région ne présente pas moins d'intérêt que son histoire physique et commerciale. A la longue, le vieux Wu-sung-kiang cessa d'être navigable, et, au treizième siècle, une ville fut fondée sur l'emplacement actuel de Shanghaï, vers laquelle le commerce se dirigea rapidement à mesure que se fermait la vieille embouchure du fleuve. Enfin, en 1544, la ville dut s'entourer d'une muraille pour se défendre contre les attaques répétées des Japonais. Les invasions japonaises qui datent de l'année 1361, époque où la dynastie Ming venait de monter sur le
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tp6nei ne se bonuiieB^ pn i oette.parlie delà t6(Le ; dlease jÉéà bfUdeQt gébéraleineiit rar toutes .1^ pffMneesdo Nord. Xesiîfb^ nais^ r^mpiortèrent bien souvent, èurleim ennemis moinfc aguei^ mais les deniers réussirent toiqburs l^la longne à empddier îé audacieux envahisseurs de s'étabUr d'une manière permanente iMr ces rivages enviés. Du reste, les .Cablnois durent le pluasravîîl leurs succès A l'intrigue et à la diplomatie, ou aux belles ptùméièà et à la corruption, la lente strat^e de leur lourde armé^ o^éwt mise en jeu que lorsqu'il ne restait plus aucune resaouKcel b^' queHe^enpjlit avoir recours. ' ii.. ,.
Gomme preuve de ces deux moyens 4ei rq^usser unç JEoi^ce w* vidiissante, je i^conterai l'histoire suivante. ^En 1543, l<MrsqiM^ Jir poduais Profit piHé et dévasté unevaste ^ndue de pajrs autour is Shanghai/ les Chinois, voyant qulls étaient trop bibles pour CQiih bàtire avec succès contre ces ennemis, eurent recours A Tintiigiié In eonséquence le gouverneur de la province invita les chefs jifiii» nais, Thsou-Hai, Tchen-Tung, Mayehet Wang-Tchen, & abandçitttt leur parti pour celui des GhincHs, leur promettemt en récompèaséf les rangs les plus élevé» et d'immenses trésors. Tentés parcetteofie^ ils se présentèrent pour discuter lira conditions du marchéi,'fMil aussitôt saisis et emmenés à Ptidng, où ils subirent une ûiM ignominieuse. . ' '"^
' 'L'histoire rapporte que, dans une autre occasion, les JaponUI'^ vinrent sur une flotte de troh cents navires, et après avoir tMt til^^ perse devant eux et dévasté le pays tout à leur aise, s'en retourna rent chargés de dépouilles; les troupes chinoises montrèrent leur vaillance en accourant sur le rivage au moment où ils quittaient le pays et en faisant une imposante démonstration en vue des navires japonais qui venaient de déplier leurs voiles.
On peut conclure de ces détails de l'histoire topographique de Shanghaï, que Taffaire de Pormose, si elle ne s'était pas terminée pacifiquement, n'eût pas été la première dans laquelle la Chine et le Japon auraient croisé le fer. Autrefois les Japonais avaient toujours le dessus, mais à la longue, grâce à leurs richesses et à leurs ^essou^ ces supérieures, les Chinois parvinrent à chasser leurs ennemis et à leur apprendre à contenir leur humeur belliqueuse dans les limites étroites de leurs propres îles. Si ces deux anciens ennemis en venaient encore aux mains, le monde civilisé qui les regarderait et res* terait juge des coups, assisterait à une lutte dont les résultats seraient pour les mêmes causes semblables à ceux que nous venons de dire. Il n'est pas probable qu'une invasion japonaise pût réussira Shanghaï, vu les intérêts internationaux dont la petite colonie étrangère est le centre, et qui seraient protégés par les drapeaux des nations les plus puissantes et les plus civilisées de la terre.
Cette colonie comprend, en effet, une vingtaine de nationalités différentes, gouvernées par un conseil municipal dont les membres sont choisis parmi les résidents étrangers sans distinction de nation, de caste ou de croyance.
Quant à la colonie elle-même, ceux de mes lecteurs qui n'ont pas visité la Chine s'intéresseront sans doute à la courte description que je vais en donner.
En y arrivant par le fleuve on se croirait presque en présence d'un port de mer européen prospère. On y trouve des navires de toutes les nations, et, à l'ancre, ou se dirigeant vers leur mouillage, une longue ligne de grands navires à vapeur; de plus petits bateaux à vapeur, qui font le service de la poste, vont et viennent parmi la foule des navires indigènes dont les voiles bnmes se gonflent au souffle de la brise et ressemblent à des insectes ailés passant rapidement à la surface du fleuve qu'ils effleurent.
Partout l'on voit les signes d'une activité incessante et d'une vie affairée; aussi loin que l'œil peut pénétrer dans le vague lointain, il ne peut trouver sur le vaste fleuve un pouce d'espace qui ne semble occupé, et cependant, à travers une forêt de mâts et de vergues, au milieu d'un nuage épais de fumée, nous voyons la coque d'un grand bateau à vapeur s'avancer pesamment pour rejoindre la foule des navires qui attendent leurs précieux chargements pour descendre jusqu'à la mer. Le long des quais l'on ne voit que des navires chargeant ou déchargeant des cargaisons, et, parmi le tumulte des voix et le grondement des machines, on entend les chants des matelots, le grincement des chaînes et le clapotement sourd des ancres tombant dans l'eau boueuse. A mesure que nous avançons plus haut sur le fleuve, nous laissons derrière nous des rangées de docks, de magasins, de fonderies et de chantiers de construction. Près de ceux-ci nous voyons les solides bâtisses du quartier américain, et bientôt s'étalent à nos yeux le jardin public et l'imposant ensemble des édifices européens qui bordent le fleuve du côté du quartier anglais. Ce qui frappe le plus dans ces constructions, c'est l'absence de tout caractère provisoire dans le style : rien qui puisse vous rappeler que ce lieu n'est en définitive qu'un comptoir de commerce établi sur des bords inhospitaliers, sinon hostiles, et maintenu en dépit de la jalousie que sa seule vue excite chez ceux qui gouvernent le pays. Quelles angoisses, quels regrets, quels remords, doivent torturer le cœur de ces hommes aussi fiers que peu éclairés, lorsque, dans leurs moments de sincère réflexion, ils jettent les yeux sur cette colonie modèle, et voient qu'une poignée de ces étrangers qu'ils traitent de barbares, ont, en moins de trente ans, tait plus sur ce petit bourbier qui leur fut à contre-cœur accordé, qu'eux-mêmes, au prix de leurs plus grands efforts, n'ont pu faire
sur un point quelconque de leur. vaste empire, pendant les longs siècles de leur grandeur.
Comme je Tai dit déjà, il y a dans toute la colonie une splendeur, un fini, qui éclate dans ses bâtiments, ses larges rues, ses places bien aérées, ses quais spacieux, ses élégants magasins, solennel et vivant contraste avec ce ruineux et stupide despotisme qui, dans les étroites limites des villes murées de la Chine, agglomère dans les bouges les plus temporaires des centaines de milliers d'êtres humains, qui y luttent incessamment contre les difficultés de Texistence, plongés dans la fétide atmosphère de ruelles étroites et couvertes d'immondices, perpétuellement exposés à des incendies épouvantables, aussi bien qu'aux horreurs de la peste et de la famine.
Il y a, parmi les fonctionnaires chinois, des hommes pleins de bonté et de franchise. Aucune de ces misères n'échappe à leur attention; ils savent de quels bienfaits, aux points de vue de la liberté et du bien-être, jouissent les États d'Europe, et ils déplorent les chaînes qui entravent leurs compatriotes au physique et au moral. Ces chaînes, ils les briseraient volontiers, s'ils le pouvaient faire, et si, par suite de son affaissement, le peuple chinois n'était pas incapable de goûter la liberté à laquelle cependant il n'a jamais cessé d'aspirer, ainsi que le constatent les rébellions que nous retracent ses annales historiques.
Peut-être, le Tien-wang, plus connu sous le nom de chef Taîping, ou « Roi Céleste », avait-il eu une vision semblable, au début de sa carrière, avant que, grisé par ses trop faciles succès, il fût de — venu le fanatique absurde qui s'éteignit sans être plaint ni regretta dans son sanglant palais de Nankin.
Sii-Kwang-Ki, ou Paul Sii, le fameux disciple de Matthieu Ricc i^, célèbre missionnaire du seizième siècle, semble avoir été un dt^^s hommes qui ont déploré le plus anjèremenl la situation de lei^'»'' pays. Natif de Shanghaï, fort instruit, non-seulement il aida Rïc ^î dans sa traduction d'un certain nombre de livres d'Euclide, mais ii laissa d'excellents ouvrages de son propre cfru, un surtout sur l^ -»griculture qui est encore très-estimé. Mais quoique l'empereur K ma- Tsing et son successeur le reconnussent pour un homme d'un px^ofond savoir et d'une remarquable prescience, ses avertissemei^its furent dédaignés, et les manœuvres de rivaux jaloux le maintinrent môme trop souvent en état de suspivion. On n'écouta donc pas si<^> sages conseils, et l'on négligea de prendre les mesures qu'il indiqticii^ pour défendre et perpétuer la dernière dynastie chinoise. Mais on lui a élevé, dans un des temples de Shanghaï, un autel qui exi^^t^ encore, et ses concitoyens viennent l'y vénérer comme un sage i»' spire par le souffle d'en haut.
Je ne dirai qu'un mot en passant sur la situation actuelle de Shanghaï.
Mes lecteurs, pour la plupart, savent qu'en dépit des troubles nombreux — dont le plus grave, peut-être, fut la rébellion Taïping, ou plutôt, à mon sens, Tattaque de la ville par les rebelles armés de leur sabre court ou poignard, — la ville a continué à marcher vers le progrès d'un pas ferme et n'a cessé de garder son* rang du plus grand emporium de la Chine. Il ne faut, toutefois, pas oublier que ce succès commercial doit, dans une certaine mesure au moins, être attribué au système douanier semi-européen inauguré à Shanghaï en 1B43; et qui, aujourd'hui, étend ses ramifications dans tous les ports ouverts de l'empire.
Certes, il est certains griefs — comme la taxe Lekin et les droits de transit dans l'intérieur — qui demandent à être redressés par le gouvernement central ; mais il est impossible de ne pas reconnaître que le remaniement de l'administration des douanes fut le début d'une ère commerciale nouvelle, et a été d'un avantage immense, non-seulement pour les nations européennes, mais | pour les Chinois eux-mêmes.
Naturellement, quelques-uns de mes lecteurs demanderont quel est l'auteur de cette réforme radicale et de la construction de ces édifices dignes de toute capitale d'Europe, infiniment supérieurs même à ceux qui ornent nos plus grands ports. On pourrait penser que des constructions semblables ont été élevées par d'habiles ouvriers européens ; cette idée, le plus court séjour à Shanghaï suffit à la détruire. On remarque immédiatement l'ardeur avide déployée par les charpentiers, les maçons, les ouvriers indigènes de toutes sortes, pour se disputer le travail rémunérateur que demandent ces constructions ; on constate également l'extraordinaire facilité avec laquelle ils s'assimilent les multiples connaissances qui leur sont nécessaires pour les mettre à môme de réaliser leurs engagements, et pour donner à leur œuvre ce cachet d'élégance et de perfection qu'exige le goût éclairé de l'architecte étranger.
Mais ce n'est pas seulement ces édifices qu'il faut regarder, si Ton veut se faire une idée exacte des ressources cachées du travail chinois. Qu'on visite les chantiers et les ateliers des docks et qu'on y étudie les ouvriers chinois, constructeurs de navires, mécaniciens, charpentiers, peintres, décorateurs, travaillant activement sous la direction de contre-maîtres européens qui rendent aux capacités de leurs hommes l'hommage le plus éclatant. Qu'on se rende ensuite à l'arsenal Kiang-nan^ hors les murs, et l'on y rencontrera le plus haut développement peut-être de l'industrie technique chinoise, dans la fabrication des fusils et des canons et dans la construction des navires de guerre*
La ville indigène morée deBh«t|^ B^i^e^wa, jto&^itB UfHkk
étrangère ; elle en est séparée par la cdionie finoiçaise et #«il»r canal foi se r6co«Hi>e là, el, avec le fleuve el la |ietite^givièn»<ljHt tchôw, constitué la limite de rétaUissemept aiu^ais totti emUtat^êm la rive occidentale 'du «fleuve réaide une. popiiIalion«<4ânoise^éi>(É|4^ quante , milto émes ; mais la' i4Ue. dûn<Mse, amiiffMsant dasM^ii^ murs une superficie d'un peu pkis deisrîze cents nittree *4& l#»if gueur sur une ku^ew de douie cenis ilsètresy €ft un tusàorni^ très- peuplé bordant la berge vDisiiûa,f eontiennoDii ensemble onl^ trente mille Incitants. ' : i » f; m u
• Ciômme toMes les autres villes diiaoisesi .Shan^ial possède so» dieu tutélaire, auquel rempereuc, e»; saqcMlité de frère du SoM,' a coiiféré ttniiti^1iondriflq|èBtBegardiflÉ>jeS! destinées de^Shang* hâl habite le « Toheng-Hwto-^Miali îi(muirimtlè:d situé dans le qçartiel) Étej^tenliridmikdè^ift vlUèrtJBl bien qoe^-et son atitel aient étérdè tetnps à «M»^ 9tatUiÉléiil'.T«iv«méSyV toes deux, la tourmenle ipteA^) eiti i&fi&rm^edhÉessemoai 'téMÊL Aujourd'hui (m peut.leiinn^^éomînervîdea'd'intévteKti^ vastes terrains de réjouissances populaires, — dansm^étitfdedégnh^ dation pluÀ onflioinsgkviidraestvni^-^ fsMf» ntendlM i^^ Uèrement régalé -dé rejfféseiitàtidnadramatiqlierèl-tt^^ 9pM tout, pour ûi]iëâdole,mle.6iastepoeaâmi^^Q^^
Au même findrcût. s'élèvent deuk lerurg ji 'tfimbotfi^ fffééiâées par un certain Abknbre île divinités HÊètiem^ét'jAm ejpécidemenittil' tées potir répaaxdrrralàrnw'en'eàSid1inMndié,tyiK^^ proche d'un ennemi.
Il y a ensuite le temple de Confucius ; puis une foule d'autres édifices sacrés bouddhistes et taoïstes, occupant les meilleurs emplacements dans une ville où une population misérable a souvent à peine assez d'espace pour respirer.
La colonie étrangère entretient trois hospices au bénéfice del indigènes ; mais, comme je l'ai déjà fait observer, il faudrait beau-coup d'autres établissements charitables de ce genre pour soulager les infortunés malades, empoisonnés et abrutis, que comprend la prodigieuse population du pays.
Actuellement, nous faisons route à travers les montagnes drapées il'azalées de la province de Tché-kiang. Mais avant de nous embart quer, jetons un coup d'œil sur les rues de la « Colonie modèle ».
Ici, pas de voitures publiques ; mais les résidents, pour la plupart au moins, possèdent leurs équipages particuliers. Le substitut (lu fiacre est la brouette, sorte de véhicule sans dignité aucune, mais assez commode cependant quand on y est habitué. C'est un spectâ^ cle fort original que celui de ces Chinois et de leurs familles, ou decés dames indigènes vêtues de soie, leurs cheveux luisants retenus par
un ruban de velours orné d'un rang de perles, circulant dans leurs Toitures à bras. Les Européens s'en servent rarement, et seulement quand la nuit s'est faite.
Ahong se procura deux de ces brouettes à la place la plus voisine ; et c'est ainsi qu'avec mes deux domestiques, mt's bagages et mon cbien Spot, je me dirigeai vers le steamer Ning-po. Il n'y a pas beaucoup d'accidents à redouterdans un semblable véhicule convenablement dirigé. Le couli qui le pousse n'est'ni rétif ni ombrageux, et l'allure qu'il prend n'est jamais dangereuse.
Stiangliu
Les grandes voles et les rues qui s'y emhrancbent dans toutes les directions, sont larges, ce qui est d'un immense avantage pour le commerce qui tend eonstaninicnt à s'accroître; elles sont planes et aussi unies qu'un tapis de billard, el l'on n'y court pas le risque de se briser Ifs membres ou de prendre un bain de boue dans une de ces profondes et immondes ornières qui interceptent les grandes routes impériales de la Chine.
Le steamer quitte le quai, descend le fleuve en circulant avec précaution Ji travers les navires et, arrivé A l'emboucbure, plonge gaiement dans la vague. Uu des passagers nous fait une étrange description de l'ancien port de Ningpo.
Il y avait quelques années qu'il n'y était venu ; mais, lors de sa dernière visite, il avait eu du mal à y trouver quelqu'un, . « Le commerce, nous dit-il, avait déserté la place et semblait
courir rapidement à sa ruine totale. Le bâtiment sur lequel je me trouvais jeta Tancre en aval de la colonie^ et je remontai dans un petit bateau pour me mettre à la recherche de mon consignataire. Arrivé en face de deux vieilles maisons semi-européennes, précédées chacune d'un petit terrain nu, je débarquai. Je n'y vis tout d*abord personne. Enfin, un misérable Européen, portant des vêtements d*ixi autre âge, sortit de Tune des maisons. En m'apercevant, cette étrange créature poussa un hurlement de joie.
<c Mon cher ami, s'écria-t-il, qui que vous soyez, je suis enchanté de vous voir. Vous êtes le seul Européen qui ait paru ici depuis longtemps. J*ai presque oublié ma langue maternelle. Avez-vous quelque chose comme un dollar ?
— Oui, répondis-je. Je suis assez heureux pour en posséder un ou deux.
— Faites-m'en voir un, ami. Oh ! par grâce, faites-m'en voir un ! »
Pendant quelques instants, il examina la pièce de monnaie d'un œil enfiévré.
« Ah ! soupira-t-il ensuite, il y a de bien longs jours qu'il ne m'a été donné de voir une de ces pièces.
— Pouvez- vous m'indiquer la demeure de M. Moulds, mon consignataire ?
— C'est moi-môme, et il y a cinquante ans que je loge ici. Mais entrez au bureau. »
« Aux abords du bureau s'épanouissait le règne végétal en toute liberté ; les herbes et les arbres envahissaient le tranquille domaine des afl'aires. Les portes, tombées d'elles-mêmes ou arrachées de leurs gonds, reposaient actuellement contre le mur gracieusement festonnées de plantes grimpantes. Le plancher était garanti par un épais tapis de mousses et de champignons, elles sièges étaient couverts de moisissures ayant l'apparence de housses de velours vert. De tous les coins pendait une draperie soyeuse de toiles d'araignée et dans l'un d'eux se trouvait ....
• « Eh bien! dis-je à mon ancien ami, vous êtes un amant de la nature, un botaniste peut-être. Quel splendide herbier vous aviez dans ce coin I Quelles magnifiques fougères !
— JXe riez pas, cher monsieur, répondit mon consignataire. Ceci, sachez-le, c'est ma caisse de sûreté. Elle n'a pas servi depuis quelque temps, et, en vérité, l'exubérance des fougères et de la matière végétale dans cette région est fort gênante. Mais quand les affaires reprendront, nous ne permettrons pas à la verdure de nous marcher ainsi sur les talons ; non, nous ne le permettrons pas ! »
A mon sens, le tableau était un peu chargé ; ce vieux marchand ainsi dépeint était probablement un malheureux survivant des Por-
tugais établis sur le fleuve Yang, au commencement du seizième siècle, et qui flnirent par être massacrés par les indigènes, en raison de Tatrocité de leur conduite, s'il faut en croire les relations chinoises.
On afûrmait que, vers cette époque, les Portugais s'étaient alliés -aux Japonais pour exécuter des razzias dans les provinces maritimes de la Chine ; et il faut se souvenir qu'il y a environ seize ans, un massacre de Portugais et de Manilliens eut lieu dans cette même ville. Ils étaient, dans une certaine mesure, impliqués dans les actes de piraterie accomplis journellement alors dans la mer de Chine, et, d'après le sentiment général, les représailles n'étaient pas imméritées.
Ningpo subit un autre désastre en 1861, quand la ville tomba entre les mains des Taïpings, qui l'occupèrent pendant six mois. Reprise, pour les impériaux, par les flottes anglaise et française, elle fait, comme beaucoup d'autres villes chinoises, de languissants efforts pour regagner ce que lui ont fait perdre les rebelles et les troupes impériales.
Le jour se levait quand nous commençâmes à remonter le fleuve Yang. Les rudes contours des îles et du cap Tchin-Hai qui les avoisine s'adoucissaient dans l'aube matinale. La scène était égayée par une flotte nombreuse de bateaux pêcheurs se dirigeant vers la ' mer ; parmi eux se trouvaient des jonques du Fukien tellement chargées de bois qu'elles ressemblaient à des chantiers flottants.
Ce qui donnait au paysage une physionomie tout à fait nouvelle, c'était la suite interminable de maisons à glace qui bordaient la berge, sur nombre de kilomètres, et présentaient toute l'apparence d'un campement des troupes. Ces glacières sont couvertes d'un toit de paille ; on se sert de la glace pour conserver le poisson frais pendant les mois d'été.
Sur les bords du Yang est établie une petite colonie étrangère, comptant en tout environ quatre-vingts résidents de nationalités diverses, y compris les missionnaires. La ville indigène, entourée d'une muraille un peu plus longue que celle de Shanghaï, a une population double de celle de cette dernière ville. Quant à son com- ; merce étranger, il n'a jamais eu une grande importance, malgré la proximité de Hang-tcho\v-fu, capitale de la province, que l'il- Uistre Vénitien, quand il l'a traversée, a nommée le Paradis de rOrient.
Parmi les curiosités de Ningpo, il faut ranger en première ligne rhôtel de ville de Fukien, le « Tien-how-kung », comme on le iiomme. ou « Temple de la Reine du Ciel » ; c'est l'un des plus beaux édifices de cette espèce que l'on puisse voir en Chine. Par le fait,
les seules constructions de ce pays qui aient quelque valeur architecturale sont les temples, les yamens et les habitations des riches, — ces derniers, en dehors des rangs officiels, peu nombreux et très-disséminés par rapport à l'immensité de la population. Les confortables et élégantes demeures de la classe moyenne qui, en Angleterre, font Tornement des faubourgs de nos villes, brillent par leur absence dans le « Pays des Fleurs ».
L'hôtel de ville de Fukien possède un spécimen vraiment splendide de Tarchitecture sacrée chinoise. Le corps principal de ce temple commercial est soutenu par une série de piliers monolithes merveilleusement sculptés et représentant chacun le dragon de la mythologie indigène ; la toiture oilre un exemple parfait du système complexe chinois de tasseaux ornés et découpés à jour, au moyen duquel est soutenue la masse des combles.
Dans cette ville, aussi, je rencontrai les débris de cette o armée invincible » qui a remporté tant de triomphes. Aujourd'hui, « après leurs glorieuses campagnes, » ces guerriers se reposent de leurs labeurs et constituent la garde civique de Ningpo, petit corps compacte de troupes indigènes, bien discipliné, bien soigné, bien payé, et commandé par deux officiers anglais. C'est, je le crains, plus qu'on n'en peut dire de toutes les forces chinoises actuellement sous les armes, ou au moins de la majeure partie d'entre elles. Dans tous les cas, elles ne sont pas toutes bien payées, et il en est peu qui le soient régulièrement. Néanmoins, la condition des soldats chinois est meilleure qu'elle ne l'était autrefois. Je crois que s'il y était contraint, le gouvernement impérial pourrait mettre sur pied une armée infiniment mieux équipée et beaucoup plus formidable qu'on ne le suppose généralement, bien qu'absolument dépourvue de la discipline, de l'organisation et de la science, nécessaires pour lutter contre les masses réunies sur les champs de de bataille modernes de l'Europe.
Telle est l'impression que m'a laissée une observation attentive des grands corps de troupes campés et inspectés en Chine. Je pense qu'un Chinois doué d'une instruction anglaise, seulement primaire, serait aussi incapable d'écrire une lettre en bon anglais que son gouvernement, avec sa connaissance actuelle de la stratégie moderne, d'envoyer contre nos troupes une armée complètement efficace.
S'il m'est impossible de faire manœuvrer devant mes lecteurs un régiment de Chinois, au moins puis-je leur donner un curieux échantillon de leur style épistolaire.
Un Anglais, ayant eu occasion d'écrire à l'aide indigène de son médecin, reçut en réponse le billet dont voici le fac-similé :
« Cher Monsieur, Moi pas connaître cette choses le D' *** pas
DANS LA CHINE ET L'INDO-CHINE. 38i
Tenu Jeudi Plus préférable lui demander de me dire pour savoir quelle Sorte de chose je puis vous envoyer.
« Tout à vous.
« Hang Sin *. »
Dans ce qui précède nous avons un exemple frappant de Tespèce de résultat auquel arrivent les Chinois qui se flattent de savoir écrire purement Fanglais. Us ont appris Talphabet et quelque peu de syntaxe et de grammaire, mais pas assez pour en tirer quelque profit. Il en est de même du soldat chinois d'aujourd'hui. 11 a de bonnes armes, mais il manque des connaissances nécessaires pour s'en servir utilement, ainsi que de la discipline absolue qui seule est susceptible de Vunir à son camarade sur le champ de bataille, comme unité importante dans une masse compacte et bien organisée.
Le 4 avril, je partis de Ningpo pour la Vallée-Neigeuse dans un bateau indigène que je louai pour remonter le Kong-Kai. 11 était près de minuit quand nous quittâmes le quai de Ningpo, et nous espérions arriver au village de Kong-Kai le lendemain matin entre 9 et 10 heures. Mais nous avions compté sans l'indolence native des indigènes de Ningpo.
En amont de la ville se trouveun pont de bateaux unissant les deux rives ; là, nous dûmes, tout d'abord, attendre l'arrivée d'hommes pour retirer le ponton central et ouvrir un passage à notre bateau. Une fois ce travail accompli, nos bateliers s'aperçurent tout à coup qu*ils avaient contre eux la marée ; ils se préparèrent, en conséquence, à jeter l'ancre et à l'aire un somme. Je leur commandai alors de me ramener à la ville, et après une chaude discussion et un long délai, j'obtins d'eux qu'ils se remissent en route. Peu après je m'endormis. Quand je m'éveillai, je constatai que je glissais sur un plan incliné. Sautant sur mes pieds, je vis que nous avions atteint une écluse et que notre bateau, halé au sommet par un cabestan, descendait la pente opposée. Nous finîmes, toutefois, par arriver à Koug-Kai à l'heure convenue.
J'avais avec moi mes deux domestiques chinois et quatre coulis de Ningpo engagés pour transporter mes bagages aux montagnes. Notre route se prolongeait à travers des champs de fèves et de colza, actuellement en pleine floraison, et dont les parfums délicieux contrastaient avec les effluves matinales des engrais qui, en Chine, affectent d'habitude et d'une si désagréable façon les organes olfac-
1. LatraducUon exacte de ce billet sans ponctuaUon aucune, mal orthographié, est, à proprement parler, impossible. Au reste, en voici le texte original :
c Dear Sir, — I not Know this Ihings D' — no came Thursday More better you uk he supose you what Fashtion thing can tell me know I can send you.
{Note du tradttdeur.)
tifs du voyageur. Tout ici rayonnait de fraîcheur et de beauté ; il était évident que nous nous trouvions dans un véritable Éden de culture.
En face de nous, le village niché dans des arbres ! A mesure que j'avançais, je me représentais un tranquille hameau, de la nature de ceux qui se rencontrent dans nos contrées d'Angleterre. Cottages charmants, où la rose et le chèvrefeuille grimpent sur les murs rustiques et projettent leurs branches dans toutes les ouvertures; enfants éclatants de santé jacassant et jouant ; robustes villageois poursuivant leur utile labeur quotidien.
En dépit des beautés naturelles de son site, Koug-Kai me causa un profond désappointement. Aucun parfum de rose et de chèvrefeuille n'arriva jusqu'à moi ; je n'aperçus ni maisons rustiques, ni enfants sains et allègres, ni vigoureux laboureurs, si ardemment désirés. La localité semblait frappée de décrépitude. Dans la rue principale, les maisons agglomérées se poussaient et se coudoyaient l'une l'autre pour gagner de l'espace et de l'air, et se penchaient vers le pavé rompu et boueux dans tous les états possibles de dégradation. Quant aux habitants, ils ne valaient guère mieux. Chez la plupart, il était facile de reconnaître des victimes émaciées de la pipe d'opium ; la majorité était maladive et malpropre.
De l'antique pont de ce petit hameau, un contraste violent frappa mes yeux. Du côté des montagnes, à travers l'écran de feuillage d'un vert pâle ombrageant le vieux mur, on apercevait le fleuve coulant sur ses bas-fonds couverts de roseaux, et réfléchissant dans ses eaux les plumules ondoyantes des bambous qui garnissaient ses rives et la nuance pourprée des montagnes lointaines; on le suivait dans ses méandres jnscju'au point où il disparaissait à l'horizon dans les chaudes brunies de la plaine. Sur un plan plus rapproché, un radeau chari^M^ de poteries descendait paresseusement le courant ; le propriétaire, couché sur une jarre et se ebauffant au soleil, fumait la pipe du conlentenienl et du repos. Toujours à gauche, dans la direction de Kong-Kai, s'élevait, sous l'ombrage d'un arbre centenaire, un petit temple auprès duquel les sordides villageois s'étaient attroupés pour considérer mon étrange apparition. Ouelques-uns, pour mieux voir, avaient escaladé les dangereuses hauteurs d'un monticule de fimiier qui, succombant sous ses propres émanations, s'éUiil all'aissé contre la porte du temple. L'idole lutélaire qui l'habitait ne pouvait être qu'une divinité indigne et méprisable, puisqu'elle laissait ses fidèles souillés d'ordure croupir dans une aussi triste condition. Dans cette localité, nous nous procurâmes des palanquins pour nous rendre au monastère de Ticn-tang situé à vingt kilomètres dans la montagne. Mes porteurs étaient aussi chélifs que faibles; mais comme je fis à pied une grande partie du chemin, je ne les surmenai point. J'avais abordé la plaine, heureux de sortir de Tat-
DANS LA CHINE ET L'INDO-CfllNE. 383
mosphère empestée du village. Un ou deux dés hameaux que nous traversion,s avaient un aspect beaucoup plus séduisant que celui de Kong-Kai. Par le fait, la condition de la population semblait s'améliorer au fur et à mesure que Ton s'avançait dans rintérieur. Près des montagnes, les femmes et les enfants ornent leur noire chevelure de la fleur éclatante de Tazalée, plante très-commune dans les hautes terres de cette région.
Les lieux de halte étaient de petits temples bordant la routé. Dans l'un de ces temples, je rencontrai les prêtresses, deux vieilles et abominables sorcières ; et ce ne fut pas sans une extrême appréhension que je leur permis de préparer mon repas. En les considérant penchées sur un feu de roseaux, dans la demi-obscurité d'une cour intérieure, au milieu d'un cercle de hideuses idoles, je m'étonnai de ne pas les voir s'évanouir en fumée. Je crus presque être la victime d'un sortilège ou d'une incantation, quand je vis une de ces créatures étendre son bras décharné et cueillir une feuille d'une plante étrange qui croissait près de l'autel, et jeter cette herbe mystérieuse dans la tasse de thé qu'elle me présenta. En buvant l'infusion, je ne cessai de tenir mes yeux fixés sur la vieille prêtresse ; mais il ne m'arriva rien. Probablement, elle avait lu dans ma pensée, car un sinistre sourire rida sa face cuivrée.
Les porteurs se reposaient autant que possible et gaspillaient leur argent et leurs moments de loisir à jouer entre eux, ou avec des colporteurs forains. Quelques-uns des petits temples du canton différaient de tous ceux que j'avais vus en Chine. Leurs porches extérieurs étaient ornés de deux ou trois statues de grandeur naturelle, bien modelées et revêtues de l'uniforme des anciens licteurs de la dynastie Ming. Mais les idoles de l'intérieur étaient invariablement les mêmes, la triade ordinaire do la mythologie bouddhiste.
Chacun des coins ombreux avoisinant le temple était le rendezvous des voyageurs, et quelquefois leur chambre h coucher; là aussi, les marchands de fruits et d'autres comestibles avaient installé leurs éventaires, prêts h vendre au voyageur sa nourriture quotidienne, ou à la lui jouer, s'il préférait ce mode de transaction. A la scène ne manquaient ni le ménestrel ambulant, ni le diseur de contes, gagnant leur repas du midi avec quelque ballade étrange ou quelque histoire extraordinaire puisée dans le riche répertoire des traditions du pays.
A l'une de ces haltes, tandis que les coulis jouaient aux dés avec un vieux colporteur, arriva un marchand ambulant chinois qui se débarrassa de son fardeau pour prendre un peu de repos. Cette charge se composait de deux paniers suspendus à chaque bout d'une perche ; il en sortait un tel caquetage et un tel remue-ménâge que la curiosité me poussa à les ouvrir pour en examiner le contenu. J'y vis une centaine de tout jeunes canetons, agitant leurs ailes rudi-
mentaires et ouvrant an large bec pour réclamer leur pitance. Ces oisillons, couvés personnellement par notre ami, n*avaient pas plus d'un jour ou deux d'existence, et, dans ce court espace de temps, rinstinct de la conservation s'était développé en eux avec autant d'énergie que chez leur propriétaire qui, misérablement vêtu et famélique luimôme, les portait au marché pour les vendre.
L'art de l'éclosionarlificielle a atteint en Chine une grande perfection. Ces nichées d'êtres déplumés excitaient chez mon chien Spot un intérêt tout particulier ; les yeux pleins de larmes, il baissait tristementla queue etpoussait un gémissement plaintif, quand je lui ordonnais durement de cesser son examen des paniers et de leur contenu.
Spot était un animal d'une intelligence véritablement remarquable. Le matin, il avait l'habitude de me réveiller en gambadant et en me poussant doucement les côtes de son nez noir et froid ; puis, quand il me voyait les yeux grands ouverts, il allait faire lever les domestiques pour la préparation du déjeuner. Plein d*une gaieté qui se manifestait par les frétillements incessants de sa queue, il éprouvait pour les Chinois une invincible animadversion. Quand je prenais mes repas, il croyait de son devoir de se tenir à mes côtés, entretenant une sorte de conversation muette, une oreille dressée, l'autre pendante, et répondant à mes questions par divers clignements d'yeux et de graves mouvements de sa queue si expressive. Le repas terminé, et après avoir reçu lui-même sa part de nourriture, il se préparait au voyage, en tournant sur lui-même à la poursuite de sa queue ; puis il partait en avant pour inspecter la route. Il était aussi doué d'un certain amour-propre national; non-seulement il se refusait énergiquement à faire commerce d'amitié avec ses congénères chinois, mais il ne daignait môme pas leur accorder la plus légère marque d'attention.
La plaine que nous traversions était parsemée de petits tombeaux couronnés d'arbrisseaux. Çà et là, on apercevait une ferme blottie dans les taillis, ou une meule de foin dressée autour du tronc d'un arbre jusqu'à une hauteur d'environ deux mètres.
L'ascension au monastère de la « Crevasse Neigeuse » présente une série des plus beaux points de vue que l'on puisse rencontrer dans la province de Tcheh-Kiang. Les azalées, qui pullulent dans cette localité, étaient alors en pleine floraison ; elles couvraient les montagnes et les vallées d'un manteau rosé, et s'épanouissaient en grappes dont la splendide nuance se détachait vigoureusement sur le vert feuillage des buissons qui bordaient le sentier. Les montagnes elles-mêmes se groupaient dans un désordre sauvage; ici, s'arrondissant en tertres richement boisés, ou se dressant en falaises géantes et en rocs surplombants ; là, s'enfonçant dans de sombres ravins rocailleux ou dans des vallées couvertes de futaies d'où arri-
vaient à nos oreilles le gazouillement des oiseaux et le faible murmure d'un ruisseau. Mais ce fut au moment d'atteindre le monastère qu'il nous fut permis d'admirer le plus grandiose de ces panoramas. De ce point, à une altitude de cinq cents mètres, l'œil embrassait une série sans fin de montagnes. Un unique nuage posé sur l'un des sommets, aux limites de l'horizon, semblait surveiller les méandres d'un cours d'eau qui se développait, sous les rayons d'un glorieux soleil couchant, comme une ceinture d'or coupant les vallées et encerclant les flancs des montagnes lointaines.
A mesure que déclinait le jour, les montagnes semblaient s'immerger et se fondre dans les nuages en feu ; de grandes ombres, engloutissant les fonds boisés, se prolongeaient jusqu'au sentier et nous avertissaient que la nuit approchait.
L'obscurité s'était faite avant que nous fussions arrivés à destination. Spot avait pris l'avance ; son apparition fit sortir un vénérable bonze qui, presque sans mot dire, interrompit l'examen de conscience du soir qu'il faisait en roulant les grains de son rosaire, et nous conduisit à nos logements dans un bâtiment de derrière.
L'appartement qui nous fut assigné était une chambre construite en sapin, revêtue d'une couche de plâtre et blanchie à la chaux ; elle renfermait un magnifique lit de bois dur, le plus magnifique peut-être et certainement le plus dur (sauf un ou deux faits de briques) de ceux qui m'étaient échus en partage dans le cours de mes voyages. Après nous avoir insinué que le vin étranger était de beaucoup préférable à aucune des liqueurs de son pays, notre vieux guide prit congé de nous.
Nous eûmes bientôt découvert notre cuisine, et les domestiques y allumèrent du feu tandis que j'allai fumer avec les moines. Parmi ces reclus se trouvait un beau gaillard à mine joviale, semblable à un moine du vieux temps, un de ceux qui comprenaient non-seulement la culture de la vigne, mais encore l'usage de son vin. Faisant, plus qu'il ne l'aurait dû peut-être, bon marché des austérités de son ordre, il pratiquait cette discipline moins sévère qui permet de temps à autre des excès de la nature de ceux auxquels s'abandonnent volontiers quelques-uns des membres de la confrérie bouddhiste en Chine.
Le monastère de la « Crevasse Neigeuse » repose, loin des habitations des hommes et du bruit des villes, dans une large et fertile rallée, portion du patrimoine impérial sur lequel subsistent ses Oiembres. Naturellement il possède une histoire miraculeuse, et. U'instar d'un grand nombre d'établissements du même genre, il passe dans la population pour remonter à une très-haute antiquité. Il a probablement été érigé dans les temps préhistoriques. D'après Tune de ses traditions, en l'an 1264 de notre ère, l'empereur Li-
tang eut un songe sur le temple et lui attribua, en conséquence, le nom de « Le fameux palais des Songes ». C'est Tévénemeat le plus important des annales du monastère, le rêve ayant été suivi de dons substantiels. Une autre légende parle d'un anachorète el d'un empereur qui tenta vainement d'assassiner le saint homma. A la fin, le monarque s'humilia et adora le prêtre, n'ayant jamais encore rencontré être vivant qu'il ne pût tuer. Cet empereur, qui se distinguait par sa conduite sage et réglée, avait déjà mis à mort un million de ses sujets ; mais, à cette époque, il cherchait avidement une victime plus éminente et plus sainte qu'aucune de celles tombées jusque-là sous ses coups. Il finit par se faire prMn/' et termina ses jours dans la dévotion après avoir convenablement ; doté le monastère. s-^ /
Des faits à peu près semblables se passent de nos jours. Il y a,^ me dit-on, dans les couvents, des moines qui, après une existenéë "' criminelle, ont cru devoir se retirer dans ces retraites choisies — " lieux de refuge, comme les temples des anciens Hébreux et des anciens Grecs — afin d'y mourir agréablement en chantant « Omita- Foh !»
Mais ces saints personnages, ainsi sauvés des grifies de la justice et des profondeurs de l'oubliette, s'arrangent de façon à vivre le plus longtemps possible. Sans aucun doute, les bouddhistes sont, pour la plupart, de bonnes gens, au point de vue des prescriptions de leur croyance ; presque tous ceux que j'ai rencontrés se sont montrés aussi bienveillants qu'hospitaliers à l'égard d'un étranger. Toutefois, quand le présent que je leur offrais ne leur semblait pas en rapport avec ceux qu'ils recevaient d'habitude, ils manquaient rarement de me le faire savoir.
Le lendemain, à la première heure, un moine vieux et muet me mena voir le « Précipice des mille brasses * ». Un nuage épais couvrait le paysage comme d'un suaire, tandis que je suivais mon guide le long d'un sentier de montagne; en face de nous et sur nos têtes, les arbres, semblables à de noirs fantômes, étendaient leurs branches à travers le brouillard. Mon compagnon, dont les moments paraissaient comptés, s'avançait rapidement, et sa longue robe flottante lui donnait l'aspect d'une figure spectrale projetée sur les nuages.
Enfin, nous arrivâmes au faîte brillamment éclairé quoique humide encore des vapeurs matinales. Et là, sous un petit abri perché sur l'un des rochers, nous nous assîmes prêtant l'oreille au mugissement du torrent qui écumait à nos pieds.
Le moine me conduisit ensuite à un endroit où, m'accrochant à