‹ Dix ans de voyages dans la Chine et l'Indo-ChineChapitre 47 sur 69 · DIX ANS DE YOTAGBS · texte numérisé non relu

DIX ANS DE YOTAGBS

le blanc manteau dont le sol était revota ; sur un seul moroein de terre horizontal, s*étageaient les feuilles d*une plante d*hi?er tmmant, sur la surface neigeuse, un dessin d*un vert pâle.

Un peu plus loin en amont se trouvait la ville de Shang-tchai-frin où nos domestiques passèrent une demi-journée à rechercher viinement du charbon. Il fallut ensuite pourchasser nos hommes dans la ville et les ramener à bord un par un dans un état complet d^ivresse de samshu ou d*opium. Nous trouvâmes le capitaine Wang dans une ruelle sordide, s*ingurgitant du grog, en compagnie de quelques indigènes et d*une demi-douzaine d'énormes porcs qui semblaient écouter avec un vif intérêt la conversation roulant sur les étrangers et sur leurs manières d*6tre et d^agir. Les indigènes se montrèrent assez civils. Il en était peu qui eussent encore eu Toccasion de voir un blanc pur-sang ; tous nous adressèrent de naïves questions sur nos parents et sur nos vêtements. Un vieillard émit ridée que la pâle couleur de nos visages et de nos mains provenait de remploi de quelque mirifique cosmétique, et que nos corps devaient être aussi noirs que le péché. Pour repousser cette calomnie, je mis à nu mon bras dont la peau blanche, palpée par plus d*une rude main, excita l'admiration générale. Gomme on ignorait quelle pouvait être notre barbare appréciation de la pudeur, un indigène non décrassé, mais plein de politesse, nous engagea oUigeamment à ne pas satisfaire une curiosité vulgaire en nous déshabillant complètement, puisque nous avions convaincu déjà les plus intelligents d'entre eux.

D'après des incidents de cette nature, le lecteur comprendra facilement quelles notions erronées les Chinois entretiennent sur nous et sur nos usages. Ils semblent toujours croire que nous avons beaucoup à apprendre; le moindre couli, pourvu qu'il soit d'une bonne nature, s'empressera de placer son expérience à notre service et de nous mettre à môme de tirer profit de la civilisation chinoise bien plus avancée que la nôtre. J'ai en ma possession un des remarquables ouvrages qui entretiennent cette croyance populaire. C'est une sorte de traité ethnologique, borné à cette compréhension limitée des faits et à cette passion pour la fable qui caractérisent les basses classes dans cette nation éminemment superstitieuse. L'auteur décrit gravement des races d'hommes comme nous-mêmes, vivant sur les limites extérieures de la civilisation, c'est-à-dire en dehors de la bénigne influence du gouvernement chinois. Quelques-uns sont des hommes très-chevelus, vêtus de feuilles d'arbres ; d'autres sautillent sur une seule jambe; d'autres, encore, sont ornés de griffes d'oiseaux. Il y a une tribu des plus singulières, qui n'a qu'un œil énorme au milieu du front, et dont les femmes portent une multitude de mamelles. Il existe aussi des hommes avec de grands trous à travers le

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corps dans la région du cœur, de sofrte qu'ils peuvent ôtre embrochés comme des harengs, ou transportés sur des perches. 11 y a enfin une tribu mieux douée encore, puisqu'elle porte des ailes qui lui permettent de voler dans les airs.

A Shang-tchai-wan, un vieillard vint h nos bateaux pour nous vendre des sucreries. Ses mains, ses pieds et sa tOte semblaient sortir d'un vieux couvre- pieds piqué rendu imperméable, grâce à une luisante couche de fange. Nous envoyâmes quelques-unes de ses marchandises aux indigènes comme présents d'adieux.

Ce fut aussi en cet endroit que notre secrétaire Tchang, qui prétendait souffrir du froid, envoya h terre un des bateliers pour acheter une bouteille de samshu. La confiance qu'il accordait à rhonnùleté du messager était aussi merveilleuse que touchante. « Je ne sais pas combien il y a là dedans, dit-il en mettant sa bourse dans la main du messager ; mais prenez ce dont vous aurez besoin et rapportez le reste. » Un moment auparavant j'avais vu le rusé roquin compter soigneusement le contenu de cette même bourse, laquelle, après tout, ne contenait que la somme exactement nécessiiire à Tticquisition.

Le 20, en passant devant une station de douane, nous fûmes poursuivis et atteints par un fougueux agent, qui monta abord, accepta un cigare et un verre de vin, et se relira parfaitement convaincu de notre honorabilité. Nous croisâmes également une grande jonque chargée de coton, échouée contre la berge, et une autre jonque qui s'était ensablée h l'endroit où les eaux avaient la plus grande profondeur, et dont les propriétaires attendaient, dans un trou de vase, que le fleuve fût assez haut pour remettre leur bateau à flot.

« Trois jours sans intérêt aucun ; quelques huttes temporaires rencontrées à de longues distances, » telle est Tannolation suivante de mon journal.

A Shi-show-hien, nous achetâmes une grande quantité de poissons, parmi lesquels il s'en trouvait un décrit par le capitaine Blakiston, lequel porte une épée au-dessus de sa large bouche édentée. Cette épée lui sert, dit-on, h creuser dans la vase pour eu déloger les petits poissons qui s'empressent de chercher un asile dans son vaste gosier. L'estomac de l'individu dont nous fîmes l'acquisition contenait un ou deux de ces poissons de vase à moitié digérés. Sa couleur, de la tète à la moitié du ventre, était bleu sombre ou ardoise ; ventre blanc ; queue et nageoires blanches et rouges ; longueur^ de la pointe de l'épée à l'extrémité de la queue, un mètre et demi ; longueur de Tépée, 35 centimètres.

Shi-show-hien a été jadis occupé parles rebelles, qui y construisirent un fort dont on voit encore les ruines.

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