H DIX AKS DE VOYAGES
au dernier périoiip, ils leçoivent les feuilles enlifrres. Le prix ikt rouilles varie de 5 fr. 60 à 12 fr. le picul (kilog. 60.47).
Après leur éclosioii, les vers mangent conlinueliement peiiitani , rinq jours, puLs dorment pour la première fois pendant deus jours. Au l'éveil, leur appétit n'est pas tout à fait aussi grand ; babitaéltft^ i ment, ils ne mangent que pendant quatre jours et s'endorment tie nouveau pendant deux jours. Us mangent ensuite, pour la troisième fois, quatre jours, et so reposent deux jours, Cette alternative dt nourriture et de sommeil se répète ordinairement quatre fois. Lh vers ont alors acquis toute leur force et commencent à filer leim cocons, travail (jtii dure de quatre à sept jours. L'œuvre accomplie, on dâvide les cocons, ce qui prend trois jours ; une semaine i-nviron après , chaque petit cultivateur apporte sa récolte mi marché et la vend k des négociants indigènes qui l.i disposent en balles.
Sans tenir compte des influences nées de la superstition populaire, la qualité de la soie est affectée, d'abord et avant tout^ par la race des vers qui la lllent, et ensuite par la qualité des feuil* les et le mode d'alimpntation. Comme je l'ai fait remarquer déjà; le ver à soie craint le bruit, la présence et surtout le toucher d'^ traogers, et les odeurs mauvaises. Ils doivent également recevos' leur nourriture à des heures régulières et être placés dans une chani hre dont la température ne soit pas trop élevée.
Le principal défaut de la soie chinoise provient du mode primitif I de dévidage adopté parles indigènes, et s'il était possible de décider" ceux-ci à employer des machines à dévider étrangères, la valeur du produit augmenterait de 40 à 30 p. 100. La façon grossière dont Is soie est aujourd'hui dévidée communique au tll des irrégularités nuisibles.
Shanghai est le grand marché de la soie; c'est là que, vers le 1" juin, s'ouvre la première saison de la soie. Jamais les éleveurs n'apporlent la soie sur le marché étranger. Ces éleveurs sont invariablement des petits fermiers qui acbèlcnt les feuilles, ou entretiennent quelques buissons de mûriers dans un coin de leur exploitation, et qui sont loin de consacrer exclusivement leur temps è l'élevage du ver et à la production de la soie. C'est tout uniment une occupation de printemps pour les femmes et les plus jennss membres de leurs familles. Des négociants ou des courtiers chinois se rendent aux marchés de la campagne et y achètent le produit jusqu'à ce qu'ils en aient assez ramassé pour former une balle destinée aux marchés de Shanghaï ou de Tcbi-fou, où elle est acquise par des étrangers pour l'exportation.
Deux fois j'ai visité Tcbi-fou, et j'y ai éprouvé les extrêmes de température. A mon premier voyage, la chaleur était intense; au se-
DANS LA CHINE ET UINDO-CHINE. i^
cond, le froid était si rigoureux que mon domestique Ahong eut le nez et les oreilles gelés.
. Nous nous étions rendus sur une éminence pour prendre une vue de Tchi-fou. Le vent du nord-ouest, soufflant des steppes glacées de Mongolie, semblait flger le sang dans nos veities. Ayant toutefois réussi à prendre une épreuve, j'envoyai chercher dans le voisinage une bouteille d*eau pour laver la négative; mais je n*eus fias plutôt retiré la plaque de la chambre noire et versé de Teau des- ««S que le liquide gela sur la surface et se suspendit en aiguilles tout autour des bords. Ahong se tenait debout à mes côtés, les jambes presque à moitié enfouies dans la neige, et couvrant sa flgure avec les manches de son habit. Quant à la bouteille, Teau qu'elle contenait s'était solidifiée en un gros glaçon. Malgré ces inconvénients, nous nous rendîmes dans une cabane amie où, après avoir dégelé la plaque sur un feu de charbon de bois, nous la lavâmes avec do Teau chaude. La circulation s'était arrêtée au bout du nez d' Ahong et sur l'ourlet de ses oreilles ; peu après, il s'y produisit dos crevasses qui, pendant plus d'un mois, entretinrent cruellement dans son esprit le souvenir de Tchi-fou.
La première localité importante où je m'arrêtai sur notre route dans la direction du nord, fut Ta-ku, à renibouchure du Pei-ho.Les fortifications en terre de Ta-ku ont été souvent et parfaitement décrites. Au moment de mon passage, on les réparait, mais elles n'étaient pas encore convenablement occupées et les canons n'en étaient pas tous montés.
Je suivis une chaussée empierrée conduisant du fleuve à l'extrémité du talus. C'est Ici qu'en 1859, tant de nos soldats furent tués en essayant vainement d'enlever le fort du Sud, lequel, un an après, fut emporté sans grandes difficultés. Ce fort n'est accessible que par un fosse creusé en arrière. Quant à moi, j'y pénétrai sans qu'on me dît un mot : il n'y avait, en effet, qu'un ou deux coulis flAnant du côté de l'enceinte. Les murs, d'une grande épaisseur, sont faits d'argile et de tiges de millet, amalgame parfaitement approprié pour résister aux boulets. A l'intérieur se dressaient, Vune au-dessus de l'autre, deux batteries de plus de cinquante pièces chacune, commandant les abords du fleuve. Quelques-uns de <?e« canons, grossiers, mal montés, avaient évidemment besoin de réparations. En dernière analyse, je remarquai deux pièces américaines à âme lisse, à moitié enfouies dans la vase, vis-à-vis du quartier des officiers. Le tout avait plutôt l'air d'une carrière boueuse abandonnée que d'une forteresse.
Cependant j'ai appris que, depuis, un grand changement s'était produit, et que ces forteresses placées de chaque côté du Pei-ho avaient été armées de canons Kruppet munies de fortes garnisons;
de sorte que la défeiisu ilti la cu|iilule a él6 assurée d'après un \i\nu imagina et arrOLé longtemps avant qu'eût éclaté le différend de Formose. J'ai vu moi-même débarqufer une batterie de cauoiis Krupp à Tien-Lsin, au momenl où j'allais quitter ce lieu de lupubrr mémoire. Pai- le •fait, il est indiscutable que les Chinoi» s'occupcnl activement à se procurer des armes modernes, à emmapasinerdcs projectiles et des munitions et à se prémunir contre loule invasion.
11 y a peut-ôtre,je dis plus, il y ji certaine meiil nu but à tout ceci. Le gouvernement chinois tient depuis ces dernières années ses yeux ouverts sur ce qui se passe au Japon, sans parler des prévisions qu'il peut entretenir relativement à ses rencontres avec des eunerai» plus formidables, incontestablement, il continue à enlretenir l'idéi^ qu'il a le droit absolu de ffiire ce qu'il veut du pays et dans le pays ; et probablement il ne fait que se préparer à aflirmer ou fi soult^uir ce droit, quand l'occasion s'en présentera.
Daus sa dépCcbe relative à la barre de Won-soung, à Shanghaï. le prince Kung a refusé de draguer un canal destiné à faciliter le commerce; il considère ce banc de sable comme une barrière établie par la Providence pour défendre le pays et ses abords. Il faut observer, en outre, que chaque nation a le droit de gaiiler et de protéger son territoire parles moyens qui lui semblent les plus convenables, et dont elle est seule juge. II est peul-ftre très-naturel de supposer que la Chine a été faite esnlusivement pour les Chinois; qu'aucune autre race n'a le droit d'intervenir dans cette divine disposition, ou de chercher, par le simple creusement d'un canal, h contrecarrer les plans d'une bienveillante Providence, qui a ain^t fermé les cours d'eau au commerce, lequel apporte nux Chinois, pour se nourrir et se vûtir, des moyens qu'ils n'auraieni jamais pu se procurer autrefois.
Cette politique étroite se garde absolument de reconnaître le merveilleux progrès qui, par la télégraphie, les chemins de fer, les industries de toutes sortes, tend de plus en plus à confondre toutes les nations de la terre dans une fraternité universelle, et qui, grâce à la liberté commerciale, ainsi qu'à un gouvernement libéral et érJairé, a rendu solidaires les peuples de tout pays, de toute race et de toute langue.
Peut-ùtre les mandarins chargés de l'hydrographie du Pei-tchi-li prétendent-ils aussi que les inondations qui ravagent périodiquement la province où s'élève la cité impériale sont suscitées par la Providence dans le but d'empêcher l'ennemi d'approcher de la grande métropole. Et cependant il est peu d'ennemis qui puissent infliger, par des razzias annuelles, aux fertiles plaines du Shantung et du Pei-tchi-li, des désastres comparables à ceux que les eaux bourbeuses du fleuve Jaune y occasionnent chaque année avec une terrible certitude. Et cependant, grâce h un peu de prévoyance et d'honnêteté, le grand Hwang-ho, qui autrefois n'était qu'un messager de paix et d'abondance, pourrait être maintenu dans les limites de son lit naturel.
Les inondations furent prédites, précisément comme elles se sont produites, bien des années avant que le fleuve grossi eût rompu ses barrières à Lung-men-kan ; on aurait facilement pu les prévenir en entretenant en bon état « ce qui, d'après le Journal de la Société royale anglaise de géographie, a toujours été un canal artificiel. » Mais ce travail fut difl'éré d'année en année, jusqu'à ce qu'enfin la rouge inondation envaliîtles plaines, transformant une région fertile et riante en lacs, en lagunes et en marais pestilentiels.
En remontant le Pei-ho, je reniarquai qu'en beaucoup d'endroits, il était impossible de découvrir les berges du fleuve, et plus nous avancions, plus devenaient apparents les efl*rayants ravages de l'inondation. Les plantations de millet croupissaient sous l'eau ; des hameaux tout entiers avaient été balayés. Pour la plupart, les habitations de ces villages étaient, comme les forts de Ta-ku, construites en tiges de millet et en argile ; mais quoique parfaitement calculées pour résister au feu d'iui ennemi ordinaire, ces frêles demeures s'étaient l'une après l'autre dissoutes devant le flot envahisseur, ne laissant derrière elles que des sortes de tumulus de terre, traces mélancoliques de chaque nouvelle œuvre de dévastation. On voyait les infortunés villageois accroupis au sommet de ces monticules, abrités sous des fragments de chaume ou de nattes qu'ils avaient sauvés de l'inondation. Tous ceux qui en avaient le moyen se retiraient à Tien-tsin où, disait-on, les autorités faisaient leur possible pour soulager les victimes du désastre. Chose assez singulière ! j'entendis un Chinois affirmer qu'il considérait l'inondation
lomnie une punition ilu mussaci uupiiruvant.
il est absolument impossible d'évaluer les misères occasinnnéos par de semblables désastres li la population iodig^ue qui se trouve privée de nourriture, d'abri et de combustible, précisément au moment où va sévir l'hiver. Tout le pays n'était qu'une nappe d'eau coupée par des ruines de hameaux et des bancs de vase où les troupeaux de bestiaux accumulés périssaient faute de pâturages. On j voyait hommes, femmes et enfants pftcher dans leurs champs noyés,' I^e poisson abondait, heureusement, car c'était â peu prés runiqOik' moyen de subsistance de ces pauvres gcm. Comment ils supporte-' renl les brûlantes journées et les froides nuits ; combien d'entré eux résistèrent à ces épreuves pour y être soumis l'année suivante, i-'ont ce qu'il est impossible de déterminer. Le nombre des cadavrc-i entraînés Ters la mer par le courant prouvait que la mort avait largement fauché parmi ces misérables, soulageant h sa façon les malt-' des etlcs affamés.
Les Chinois, comme tous^les peuples anciens et modernes, éprou^vent une crainte superstitieuse & déranger les cendre» de leursmorts. Sur un grand nombre de kilomètres autour de Ticn-tsin, )e «ai n'est qu'un vaste cimetière, etc'était vraiment pitié de voir les elTorta ijue faisaient les vivants pour hisser les cercueils de leurs morts sof des arbres ou sur des perches Rchées par eux dans la vase. Maïs de* oombreuses bières flottaient à la dérive sans qu'un parent s'occupât^ de leur silencieux conl|enn.
L'eau était si profonde qu'en beaucoup d'endroits le tortueux ranal du lleuve avait été abandonné, et que les bateaux indigènes naviguaient, pour ainsi parler, sur la terre forme pour se rendre k la ville.
Notre steamer, le Sin-uan-stng, éprouva beaucoup de difficultés à doubler les brustiues coudes du lleuve, l'avant pointant dans la vase d'une rive tandis que l'arrière s'enfonçait dans l'autre. EnHn nous atteignîmes Tien-tsin; nous y trouvâmes de un mètre cinquante à deux mètres d'eau, en arrière de la colonie étrangère, et la route de Pékin submergée. Le club était aussi entouré d'eau et l'on ne pouvait y accéder qu'en bateau. Les étrangers s'attendaient à être hientAt enfermés dans une mer de glace.
Ici, sur la rive du fleuve, se trouvait un hûtel anglais, du nom d'Astor-House, dont une enseigne immense dissimulait complètement les modestes proportions. Cet établissement construit en terre avait perdu, d'un côté, une croisée tombée en dehors, de l'autre, une porte effondrée en dedans. Après avoir examiné ce triste extérieur, je causai avec le propriétaire, un Anglais, qui m'adressa ses doléances sur la ruine de son exploitation, il existait encore sur la
façade deux salles contenant Tune un billard, l'autre un comptoir ; mais deux chambres à coucher s'étaient effondrées et l'on en apercevait les ruines à travers le mur lézardé. Sur le derrière, l'écurie, de chagrin sans doute d'avoir perdu ses locataires, s'était précipitée dans l'eau et avaitdisparu. Jesortis ensuite pour constater les ravages exercés par l'inondation sur les communs; mais la vue était obscurcie par une nuée de moustiques, la peste de] cette localité pendant les mois d'été.
Au comptoir je rencontrai un Ecossais attaché à la fabrique de poudre de Tien-tsin, et qui se plaignait amèrement d'un tailleur chinois auquel il avait confié du drap excellent pour lui confectionner un pantalon. 11 paraît que cet industriel avait jugé à propos, pour affaires de famille, de quitter Tien-tsin et d'emporter le drap, sans avoir la politesse de laisser sa carte.
Je passai la nuit à bord du steamer et partis pour Pékin le 19 août. Avant de partir, j'engageai un homme de Tien-tsin nommé Tao, c'est-à-dire Vertu, au taux de quarante-cinq francs par mois, somme insignifiante en proportion de ce qu'il entendait tirer de moi ; car à chaque transaction, qu'il s'agît simplement de changer un dollar ou d'acheter des provisions, il prélevait une comnyssion pour luimême. Mes gens du Sud m'auraient mieux servi, quoiqu'ils ne connussent pas le dialecte du Nord et qu'ils ne pussent se faire comprendre que par écrit. Je m'aperçus bientôt que le vo systématique est'le péché mignon des domestiques du Nord.
Nous louâmes un bateau ^pour nous rendre à Tung-tchow, le point le plus rapproché de Pékin par eau. Ce bateau portait à son centre une cabine en bois qui pouvait Otre close de tous côtés, de façon à garantir du froid de la nuit. Juste assez grande pour recevoir mes gens et mes bagages, elle était divisée en 'deux compartiments ; dans celui d'arrière se trouvait une petite cuisine en terre autour de laquelle s'arrimèrent les domestiques. Notre équipage se [composait du père, Wong-tsing, et de ses deux fils, Wong-su et Wong-soun.
Nous dûmes traverser la ville de Tien-tsin en suivant un canal étroit et tortueux, entre des milliers de bateaux de commerce indigènes. Beaucoup de ceux-ci, à en juger par l'apparence, étaient dans le dernier période de la décrépitude, quoique, suivant les étranges notions chinoises, on les crût susceptibles de naviguer jusqu'à la complète disjonction de leur membrure. Les seules pièces de bois sain qu'ils possédassent étaient fixées sur leurs flancs, afin d'empêcher les gaffes ferrées des bateliers de passage d'effondrer leurs vieilles carcasses.
Ce ne fut pas sans un libéral usage de ces gaffes et un déluge des injures les plus grossières, que nous parvînmes à nous dégager
(le cftto Babel UotlaïUii. La rive gauche était couverte de tas de sel empilé sous des hangars, érigés par les monopoleurs pour protéger leur précieuse denrée.
Ici, aussi, se trouvaient des jonques chargées de coton ou de cotonnades que des négociiints chinois envoyaient aux marchés de l'intérieur. Ces marchands indigènes entretiennent à Shan|2;haî des ^Gots qui leur envoient du coton, des élolTes, de l'opium et d'autres produits étrangers parles steamers qui naviguent entre Shanghaï et Tien-tain.
Le fleuve a, en cet endroit, environ IHO mètres de largeur. Tao nous montra, sur la rive gauche, les murs nus et noircis la chapelle des Sœurs, incendiée douze mois auparavant. L.*!. également, nous apertjùmes les ruines de l'hApital où ]es Sœurs de la Miséricorde consacraient leur vie h soulager les malades et à ecueillir les enfants abandonnés, et où, en reconnaissance de ces mes œuvres, elles avaient été brutalement massacrées par une uule ignorante et superstitieuse. Devant l'édiflces'élevait encore un aonceau de cendres et l'on distinguait, dans le mur, la lat^e brèche par laquelle les meurtriers avaient traîné à la mort leurs malheureuses victimes. -Celte brèche avait été bouchée avec de l'argile, preuve palpable de l'insuffisante façon dont les Chinois cherchèrent à racheter un crime commis presque en vue du yamen du gouverneur général.
De là, aussi, on découvrait, il l'extrémité supérieure du bief, les imposantes ruines de la cathédrale catholique romaine, le seul détail frappant de la ville de Tien-tsin. Familiarisé comme je Tétais avec la superstition indigène, l'idée me vint spontanément que lenohle édifice, qui écrasait par sa grandeur tout ce que les Chinois considèrent comme ce qu'il y a de plus sacré, les yamens et les temples, a dii par lui-même porter à son paroxysme le sentiment d'animosité contre les étrangers. Ce sentiment fut, sans aucun doute, exaspéré par les horribles contes ingénieusement répandus par les lettrés, relativement h la fabrication par les étrangers de médicaments composés avec les yeux et le cœur d'enfants, et même d'adultes chinois. Et c'est pour obtenir de l'aident que ces infâmes mélanges seraient pratiqués! Qu'on en Juge par le passage suivant extrait d'un livre indigène qui, an moment du massacre, se trouvait dans presque toutes les mains :
« La raison pour laquelle les yeux sont arrachés est celle-ci. Cent livres de plomb chinois fournissent huit livres d'argent, et les quatre-vingt-douze livres restantes peuvent être vendues au prix originel. Mais la seule manière d'obtenir cet argent consiste à mélanger avec leplomb des yeux de Chinois. Lesyeux des étrangers ne peuvent servir, el voilà pourquoi ils respectent ceux de leurs compatriotes. »
On lit plus loin :
« Les Français sans exception pratiquent la religion fausse et <:orrompue de Tien-tchu. Ils ont des arts diaboliques au moyen desquels ils transforment les hommes en bêtes, etc. »
Ce pamphlet, qui regorge d'imputations indignes d'être relevées, se termine par un appel au peuple qu'on exhorte à se lever en masse et à exterminer les odieux étrangers :
«En conséquence, ces êtres méprisables ayant excité notre juste colère, attachés profondément comme nous le sommes à l'empire de notre souverain, nous sommes disposés non-seulement à laisser un libre cours à la haine qui ne nous permet pas de vivre sous le même ciel qu'eux, mais encore à mettre fin pour toujours au malheur d'être obligés de les sentir auprès de nous... Si l'on adopte la politique de temporisation, cette diabolique engeance ne fera qu'augmenter. »
L'auteur poursuit, sans ambages, en recommandant l'extermination radicale des étrangers afin de sauver les vertueux serviteurs de Confucius .
Quand on considère que ce pamphlet * a été largement, quoique secrètement, dit-on, répandu ; quand surtout l'on songe à l'ignorance profonde, à la superstition, à la férocité sauvage des classes affamées qu'il prétendait avertir et éclairer, et sur lesquelles le style calme, modéré et subtil de quelques-uns des pires passages ont dû produire un effet effrayant, on ne peut s'étonner du résultat obtenu. Autant aussi qu'il m'est permis d'en juger, l'avenir est sombre et menaçant; la situation ne pourra même jamais s'améliorer tant que les missionnaires catholiques romains persisteront à heurter les préjugés chinois en élevant leurs églises beaucoup au-dessus du niveau des plus hautes toitures du palais impérial lui-même, et en exerçant une sorte de protection semi-politique sur leurs prosélytes.
Tfio croyait implicitement aux histoires étranges qu'on lui avait contées sur les prêtres et sur les pauvres sœurs si inhumainement assassinées. Les ruines étaient actuellement soigneusement gardées par une flottille de canonnières indigènes ; mais il ne s'en trouva aucune au moment où l'on eût eu réellement besoin de leur secours, et elles n'arrivèrent sur les lieux que longtemps après les faits accomplis.
Je ne pus m'empêcher de faire quelques observations à mon nouveau domestique au sujet des misérables huttes de terre servant de demeures à ses compatriotes. Avec la vanité qui est inhérente à sa race, mais qui me surprit à ce moment, il chercha à me démon-