‹ Dix ans de voyages dans la Chine et l'Indo-ChineChapitre 51 sur 69 · C DIX ANS DE VOYAGES · texte numérisé non relu

C DIX ANS DE VOYAGES

trer Ifis iivantaufs dt» rps liubiUilioRH. Sa dialftliquc ri-posait sur île» arRumeuts semblables h ceus-(;i : — I^s malériaus, argile et tiges de millet, se récoltent à peu de fiais dans la plaine, au seuil même de tout ucrupant trop pauvre pour acheter le bois et la pierre nécessaires. Avec ces malériaus, thaiiue individu peut ôlre à la fois arcbitccte eta)a<;oD. Ëufin, quand les inondations ou les pluies dissolvent l'habitation, celle-ci s'affaisse tranquillement et laisse un monticule sur lequel on peut placer le mobilier et les ustensiles domestiques cl où la Tamille peut s'installer jusqu'au retrait des eaux ; rien n'est plus facile alors que de relever les murs détruit».

Ici sont établis un ou deux ponts de bateaux que l'on dut ouvrir pour nous laisser le passage libre. Ces ponts constituent de graves obstacles au commerce fluvial et terrestre à la fois, le passage n'étant ouvert que lorsqu'une douzaine de jonques et de bateaux se trouvent réunis, et alors les propriétaires, eiaspérés par l'attdule, hurlent à l'envi l'un de l'autre et se battent à qui passera le premier. Pendant le passage des bateaux, la circulation est forcément « interrompue, et une foule de piétons et de voitures s'agglomèreul sur chaque rive attendant le rétablissement du pont. Un ou dfux àei piétons, incapables de retourner sur leurs pas, furent poussés dan^ l'eau et repêchés avec des gaffes au moment où passait notre bateau. L'étroite chaussée du pont était rendue plus étroite encore p<ir une bordure d'échoppes, de lépreux, de mendiants et de bateleurs.

La contrée, sur l'une et l'autre rive, avait uu aspect misérable et ne semblait rien moins que peuplée. Dans les villages de terre que mois rencontrâmes, les huttes étaient, pour le plus grand nombre, tellement couvertes d'herbes et de roseaux, qu'elles avaient ù peine l'air d'habitations humaines ; quant aux plus beaux, ou plutôt aux moins critiquables, des spécimens d'architecture locale, quoique ayant l'air d'être solidement établis en briques, ils n'étaient pas réellement ainsi construits. Quelques-unes de ces maisons se trouvaient en voie de confection, et l'on pouvait voir que les murs ne consistaient qu'en deux minces couches de briques encastrées dans de l'argile ; mais si ces murs deviennent humides par suite d'infiltration, ils s'affaissent graduellement. La barrière de brique bombe peu ù peu et finit par expulser l'argile dont elle ne peut plus supporter la présence. D'autres maisons, d'une forme plus ingénieuse, représentaient des sortes de ruches en briques dont les interstices étaient bouchés avec de l'argile. Ce genre de construction peu coûteui conviendrait aux murs des magnifiques terrasses de Londres, dont les maisons, à ce que je crois, sont faites de blocs continus, uniquement pour les empêcher d'être renversées comme des quilles. Mais ces murs et treillis de briques sont fort ingénieux, tandis que notre mai^onoerie métropoUtaine est tout le contraire.

Le sol s' élevant en pente douce jusqu'aux collines qui se déploient en croissant au nord de Pékin, nous sortîmes des plaines inondées et abordâmes une région moins désolée, où la population était moins dépourvue des nécessités ordinaires de Texistence et où les berges étaient bordées de champs de millet arrivé à pleine maturité. Nos bateliers^ comme les habitants, vivaient de la farine de cette utile céréale qu'ils assaisonnaient avec du poisson sec et de Tail. La farine est convertie en pain, ou plutôt cuite et allongée en bandes de pâte dure et élastique. La population en consommait d'énormes quantités, et semblait s'en trouver fort bien, quoique cette pâte me parût à peine plus digestible que des pelotes de laine, des rouleaux de flanelle, ou des câbles de caoutchouc.

On se servait ici de chevaux, de mules et d'ânes ; les mules appartenaient à une race magnifique et étaient, pour la plupart, zébrées sur les jambes. Quant aux ânes, complètement domestiqués., ils suivaient leurs maîtres comme des chiens.

A mesure que nous approchions de Tung-tchow, les huttes prenaient meilleure apparence ; les villageois semblaient robustes, mais en dépit de leurs demeures nichées dans des saules et de leurs champs cultivés, tout en eux prouvait qu'ils payaient chèrement le droit de vivre.

Jamais je n'oublierai certain coucher de soleil auquel j'assistai dans ces parages, et qui parut même produire une vive impression sur l'esprit matériel de nos serviteurs chinois. Ce fut â ce point que la famille Wong insista pour faire un temps d'arrôt et que mes domestiques préparèrent mon dîner avec de l'ail indigène, — gracieux compliment rendu aux charmes de la localité, mais parfaitement désagréable à mes goûts plus raffinés.

La chaleur était d'une intensité anormale et il ne faisait pas un souffle d'air. Le ciel enflammé avait la couleur du safran, tandis que, sur les rives, le millet avec ses mille barbes se dressait comme un entablement d'or soutenu par les flèches brillantes que lançait le soleil sur les eaux tranquilles du fleuve. A mesure que déclinait le jour, les montagnes lointaines passaient de la nuance du saphir à celle du plomb; de larges ombres s'étendaient sur la plaine pendant qu'un menaçant nuage noir, semblable à quelque esprit de la nuit, recevait, en se déployant à l'ouest, la dernière lueur du soleil couchant.

Wong, le patron, jeta silencieusement une seconde ancre, et ses ftls amarrèrent le bateau à la rive par l'avant et par l'arrière. C'est en vain que j'insistai pour poursuivre notre route. « Non, répondit Wong; personne au monde ne me ferait bouger; ce ciel étrange, ce calme accablant n'annoncent rien de bon. » Ce disant, il s'assit et se mit à fumer, tandis que ses fils prenaient les mesures de sûreté né-

CËtt8aires. l.t^R insectes s'agitaient avec un ait' de malaise ; les oiseaux cbercbaient un abri. Bientôt s'établit un profond silence que Iroablaicnt seulement par intervalles les soupirs du vent h travers li> raillet.

Wong fuma plus que d'babitude et veilla, ce en quoi il euf parfaitement raison. Quant à moi, après avoir placé mon revolver soui* mon oreiller et des allumettes auprès de la bougie, je m'cndornii* profondément. Vers minuit je fus brutalement réveillé par un chor subît qui m'envoya la léle la première sur le plancher de mon étroite cabine. J'essayais de me dégager des objets divers amoncelés autour de moi, lorsque te bateau sembla se dresser tout A fait hors de l'eau, puis retomba et faillit chavirer. Nous étions pris daiiN un ouragan. Au moment où je sortis de la cabine pour connaître notre sort, le vent qui, un instant avant, souDIait avec fureur, semblait réunir ses forces pour un autre assaut. Les bateliers étaient sur la berge suneiilanl les amarres ; ils me dirent que le plus lort du danger était passé.

Ahong et les autres s'étaient aussi empressas de monter sur le poiil, dès qu'ils furent panenus à se dégager des ruiues de la cuisine. Mais tout n'était pas fini encore. Comme un Qotde larmes repentantes suivant un accès de colère, ta pluie se mit à tomber par torrents, noyant tout autour de nous; de sorte que mes allumettes étaient complètement trempées et hors de senice avant que j'eusse pu mettre la main sur elles. Mes vêtements et mon matelas de coton se Irouvaienf dans le même état pitoyable. Touletois, lorsque lu pluie cessa, et que je me fus arrangé aussi confortablement que le permettaient les circonstances, je me rendormis. En me réveillant, à l'aube, je trouvai nos gens qui faisaient sécher leurs effets, afin de pouvoir paraître h Tung-tchow sans froissement d'amour- propre.

Nous n'atteignîmes cette localité que dans l'après-midî du quatrième jour, quoique nous n'eussions fait qu'une seule halte, pour visiter un village où je vis un pauvre bateleur accomplir pour quelques sous des tours qui auraient fait sa fortune sur un théâtre de Londres. Le plus merveilleux de ces tours consistait à cbangcr trois pièces de cui\re en autant de pièces d'or. Ses bras étaient absolument nus, et, après avoir mis ses pièces de cuivre dans la paume de sa main, il me laissa fermer sur elles tous ses doigts. Passant ensuite une baguette sur son poing fermé, il rouvrit la main déployant aux yeux ébabis de ses rustiques admirateurs un métal qui avait toute l'apparence de l'or. Il tua aussi un petit garçon qui l'accompagnait en lui plongeant un couteau dans le corps. L'enfant devint subitement tout pâle, eut l'air d'expirer, puis, sautant de nouveau sur ses jambes, retira le couteau d'une main et nous tendit l'autre pour implorer notre générosité. Un autre tour fut exécuté avec une

dextérité merveilleuse. L'escamoteur étendit à plat sur le sol un carré de toile, le prit par le milieu entre le pouce et Tindex et agita sa baguette; puis, soulevant graduellement la toile, il mit au jour un grand vase plein d'eau pure.

A Tung-tchow, notre bateau fut abordé par au moins une douzaine de coulis demandant à transporter nos bagages. L'un d'eux s'était emparé d'une malle et l'emportait, lorsque Tao lui enleva subitement son fardeau et le jeta lui-môme dans le fleuve. Gë procédé sommaire faillit coûter sa queue à mon homme de Tien-tsin, ce vénérable appendice ayant été presque arraché par les coulis avant que j'eusse pu venir à la rescousse.

Nous louâmes ici des chariots pour nous transporter jusqu'à la métropole. Ces chariots sont les suppléants impériaux de nos chemins de fer, de nos voitures et de nos omnibus ; mais ils manquent absolument de ressorts. Néanmoins, ils seraient assez commodes s'ils permettaient aux voyageurs de s'iisseoir, et s'ils parcouraient une route parfaitement unie. Tao s'était installé dans le sien après l'avoir soigneusement bourré de paille ; quant à moi, que l'aspect de ces véhicules ne séduisait aucuinement, je préférai faire à pied au moins une partie de la route.

Ce que j'ai encore à raconter pourra sembler étrange à un lecteur européen; je me crois donc obligé ici de lui rappeler que je ne décris rien que je n'aie vu et expérimenté moi-même.

Nous entrâmes bientôt dans Tung-tchow. Derrière nous, les charrettes suivaient, en cahotant, ce qui avait été jadis une massive route mongole. Hardiment, les conducteurs s'étaient engagés sous une vieille voûte, lorsque tout à coup ils trouvèrent l'issue interceptée par une charrette pesamment chargée, attelée de mules et d'ânes, et qui se trouvait en panne parmi des blocs -ile pierre brisés. Aussitôt l'air retentit des blasphèmes dune cenluine de charretiers qui voyaient leur marche interrompue, et il se passa près d'une demi-heure avant que nous pussions nous frayer un passage. Il est à croire que les membres éminents du bureau des travaux publics de Pékin n'ont pas jugé à propos de prolonger jus(iu'i\ Tung-tchow leurs tournées d'inspection. (Juehiues petits murs de pierre jetés en travers des rues n'apporteraient pas plus d'obstacles sérieux au commerce que cet horrible passage.

Quant à la ville et à ses habitants, nous eûmes tout le loisir de les examiner avant que les charrettes fussent parvenues à se dégager et à prendre la file dans les rues.

Les devantures des magasins, tout î\ fait différentes de ce que l'on voit dans le sud, étaient en bois richement sculpté, mais souillé en apparence par la poussière qu'y avaient accumulée les siècles. Les habitants aussi semblaient desséchés et ternis, comme si, de même

qiH' leurs bouliquGH, ils app a rien ai eut à qudquo siècle écoulé, cl qu'ils fussent subitement sortis de lerre pour reprendre leurs travaux avec des facultés atrophiées par défaut d'usage.

En dehors même de Tung-lchow, on enfonçait dans la bone jusqu'à mi-jambe, par suite de la forte pluie tombée la nuit précédente ; aussi, n'ayant pas le choix, je me réfugiai dans le chariot. Mon conducteur, qui empestait le samshu et l'ail, avait en sa mule une confiance si absolue, qu'une fois au milieu de la chaussée, ît s'endormit sur le brancard ; je dus fréquemment, d'un coup de si perche, lui rappeler qu'il ferait aussi bien de tAcherde dépêtrer sabëU harassée et son chargement des ornières cl des Saques de boue du chemin. Un long détour, ayant pour bul d'éviter une partie infranchissable de la roule, nous remit enfin une fois encore sur ta voie. Prudemment, je me décidai alors à recommencer h marcher, jugeant parfaitement inutile de risquer de me briser quelque membre. Enân nous fîmes halte devant une auberge. Ces établissements, qui donnent à manger aux hôtes et aux gens, se rencontrent fréquemment le long des roules; elles rappellent, sous certains rapports, les vieilles hôtelleries fashionables des grands chemins de notre pays, qui aujourd'hui disparaissent l'une après l'aulre.

Cette auberge était entourée d'un mur bas, peint en blanc et portant en grands caractères noirs celle devise : « Ici on trouve la félicité perpétuelle. »

Tout le long de la façade de l'établissement courait une table basse cl étroite, anlour de hiqiielle des voyageurs dégustaient des bols de soupe ou de thé, en discutant les dernières nouvelles de la capitale. Leurs hètes étaient altachées à des crochets fixés au mur. Tao el mes hommes du Uunan partirenl en avant ; quant à moi, je m'arrêtai en cet endroit pour me reposer et prendre ma part d'un dîner à la chinoise qui me fut servi dans une chambre à coucher sordide contenant pour tout ameublement une table, une chaise, et un lit, ou kang, fait de briques. La table était recouverte d'une épaisse couche de crasse dans laquelle mon couteau entrait comme dans du fromage. Je m'empresse d'ajouter que le dîner qu'on me servit était lo meilleur que j'eusse encore goûté dans une aubei^ chinoise. Le menu se composait de mouton coupé en petits morceaux, de riz, d'une omelette, de raisins et de Ihé. Cette chambre avait tout récemment servi d'écurie, et les fenêtres, originairement garnies d'un cadre en bois recouvert de papier, étaient actuellement festonnées d'épaisses toiles d'araignées.

Un autre long détour nous amena enfin à la porte Tchi-ho de la métropole chinoise.

Décrivons, avant d'entrer, quelques-uns des traits les plus caractéristiques de la ville.

Gomme on Ta vu déjà, elle s'élève sur une plaine s'inclinant en pente douce vers la mer, et se compose réellement de deux villes, le quartier tartare ou mandchou, et la colonie chinoise, réunis par un mur dont le pourtour dépasse 32 kilomètres.

Au temps de la conquête mandchoue, ces deux divisions étaient séparées par un second mur intérieur. Les indigènes, au moins ceux que Ton supposait partisans de la nouvelle dynastie, se trouvaient confinés dans un étroit espace, au sud; tandis que Tarmée tartare était campée au nord de la ville, autour du palais impérial qui couvre une superficie double de celle de la ville chinoise.

A ce point de vue de physionomie générale, Pékin est aujourd'hui ce qu'il était, il y a deux cents ans, lorsque le descendant de Kublai-Khan monta sur le trône impérial. La ville tartare possède toujours le même grand mur percé de neuf portes doubles, les mêmes tours, les mêmes fossés et les mêmes fortifications. A l'intérieur, le palais est entouré encore par une garnison mandchoue permanente, semblable à celles qui ont été installées dans la plupart des chefs-lieux provinciaux de la Chine.

A l'origine, Tarmée était divisée en quatre corps qui se distinguaient par la couleur blanche, rouge, jaune et bleue, des bannières sous lesquelles ils combattaient respectivement. On y ajouta successivement quatre bannières bordées et huit corps de Mongols ; on y adjoignit plus tard huit corps de Chinois adhérents.

Chacun des corps de bannerets mandchous possède, ou est censé posséder, le sol qui lui a été primitivement alloué dans la cité impériale. En face des portes des cottages, se dressent encore des lanternes en papier dont la couleur indique la bannière h laquelle appartient le propriétaire. Mais le temps a modifié les lois rigoureuses qui obligeaient les Chinois à se confiner dans leur propre quartier. Ceux-ci, grâce à la suprématie de leur industrie, grâce à leurs richesses toujours croissantes, se sont graduellement rendus maîtres des guerriers tartarcs et de leurs concessions de terrains dans l'enceinte de la ville sainte. Par le fait, l'énergie chinoise a triomphé des vaillants Mandchous qui ont renversé le trône des Mings.

L'étranger qui visite la métropole chinoise croira avec peine que les misérables êtres qu'il voit vêtus de peaux de mouton dues à la munificence impériale, et servant de gardes aux riches Chinois, sont en réalité les descendants de ces illustres nomades, jadis la terreur de l'Europe occidentale, et, plus tard, les conquérants de la « Terre des Fleurs».

Les vieux murs de la grande ville sont des monuments vraiment merveilleux de l'industrie humaine. Ils ont une largeur de 18 mètres à la base et d'environ 12 mètres au sommet, et une hauteur

moyenne de 12 mètres également. Mais, hélas! le temps et la stratégie moderne les ont virtuellement réduits à l'état de reliques intéressantes d'un âge passé. Aujourd'hui, une simple palissade de bois serait, pour le trône impérial qu elles enferment, une protection tout aussi efficace. Ils semblent cependant bien défendus. La grande tour qui surmonte la porte d'entrée est hérissée de canons ; mais grâce h une petite lunette de campagne, on s'aperi^oit bien vile que ce n'est 1î\ qu'une artillerie postiche, — des bouches de canons peintes sur planches représentant de fausses embrasures.

Sous la porte giseilt quelques canons rouilles, démantelés, et selon toute apparence absolument hors de service. Les fossés sont convertis en lagunes de minime profondeur ; je vois un convoi de cent chameaux suivre un de ces fossés d'un pas calme pour entrer dans la ville. Le gouvernemenl, qui sait probtiblement tout cela, a dirigé prudemment ses efforts sur la défense de la ligne des côtes et des frontières, dans Tespoir, peut-Olre, que jamais un ennemi ne se hasardera désormais à braver les dangers des routes eiTondrées pour apporter la guerre aux portos du palais. Vaine illusion, tant que la Chine se refusera à profiler des tristes leçons de la guerre moderne, et h s'assimiler la srience progressive sans cesse à l'œuvre dans les arsenaux européens!

Comment viendrait-elle à bout de le faire? Elle peut créer des flottes et des armements avec l'or extrait du sang, des nerfs et des sueurs d'une population souffrante; mais où trouvera-t-elle le génie capable de s'en servir? En ras de rollision avec une puissance élraiigcTC, à quoi lui servirait la h;\live acquisition de uiivires cuirassés cl d'arnies pcrfeclionnoes? Si, roinnic me le faisait observer tout récenmient un savant indigène, il faut douze cents ans aux Chinois pour introduire dans leur langue un nouvel acrent, combien de temps leur faudra-t-il pour faire comprendre, dans toute retendue de l'empire, que pour avoir une armée utile, il est nécessaire que les soldats soient payés, et payés régulièrement et généreusement, afin qu'ils ne soient i)as plus dangereux pour leurs compatriotes qu'ils ne le seraient probablement pour l'ennemi. Quant aux armes nouvelles que fabrique le gouvernement, il faul espérer que celui-ci ne sera jamais assez aveugle pour les confier <\ des troupes mal disciplinées, chargées de défendre rancienne politique d'exclusivisme si fatale au développement de la Chine.

Mîiis h.'ltons le pas et franchissons la i)orte pour voir la grande métroi)ole. Une foule épaisse se pressait sous l'arche sombre, et je remontai dans mon chariot, persuadé que mon passe-port me serait demandé parles hommes de garde. Mais nous passâmes inaperçus au milieu d'un convoi de chameaux chargés de combustibles extrait des mines de charbon voisines.

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Grand bruit et grande confusion ! Deux courants de charrettes, de chameaux, de mulets, d'ânes et de citoyens, se heurtent sous Tarche et cherchent à se fraver un chemin dans l'obscurité. La voie, plus large de beaucoup que toutes celles que j'ai encore vues en Chine, a les dimensions des plus grandes voies de Londres. Toutes les principales rues de Pékin peuvent se targuer de cet avantage ; mais le chemin charretier suit le centre de la voie et n'est que juste assez large pour permettre à deux voitures de passer de front.

Les réparations de la chaussée se font avec la matière extraite par des coulis des profondes tranchées boueuses qui la bordent de chaque côté. Des citoyens passant la nuit sur cette partie de la voie sont parfois noyés dans ces bourbiers. C'est ainsi qu'une vieille femme trouva la mort pendant mon séjour à Pékin; aussi n'étais-je pas rassuré lorsque je circulais à cheval dans les rues pendant la nuit.

Le matin, par contre, quand les humbles agents de la voirie manœuvraient leurs pelles, il me fallait affronter les insalubres émanations d'une boue putride. Au milieu du jour, surtout pendant un temps sec, l'atmosphère était saturée d'une poussière si épaisse qu'en lavant ma barbe, j'aurais pu contribuer, pour une bonne part, aux réparations de la voie publique.

Malgré tout, quand il n'y a pas de nuages de poussière pour obstruer la vue, les rues de Pékin sont pittoresques et intéressantes au plus haut degré. De chaque côté de la voie principale, s'aligne une suite interminable d'échoppes et de baraques, où l'on peut se procurer presque tout ce qui se trouve sous le ciel de la Chine. Derrière ces échoppes sont les trottoirs, bordés parles boutiques qui constituent les limites de la voie. C'est un tableau compliqué, et j'espère que le lecteur ne s'y perdra pas, comme cela m'est arrivé plus d'une fois, dans le dédale des rues.

Les boutiques exerçaient sur moi une grande fascination. Dans les deux villes, elles sont tenues par des Chinois, les Tarlares étant trop fiers pour exercer un commerce quelconque, même quand ils ont des capitaux ; et quand ils n'en possèdent pas, ce qui est généralement le cas, ils n'ont ni l'énergie ni l'industrie nécessaires pour entreprendre quoi que ce soit.

La plupart des Chinois, au contraire, trafiquent de rien ; quelques-uns môme semblent capables de vivre de rien, jusqu'au jour où, grâce à leur patience et à leur activité, et à l'aide d'une ombre de chance, ils ont réussi à faire fortune.

Les boutiques de Pékin sont fort attrayantes, aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur. Les façades sont, pour la plupart, si richement sculptées, peintes et dorées, qu'elles semblent dignes d'être mises sous verre ; l'intérieur est organisé et garni avec la même

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