DIX ANS OE VOYAGES
nouvelles lignes de bateaux à vapeur destinés au commerce de la Chine, ont en grande partie rendu inutiles les flottes de Ans voiliers qui autrefois transportaient en Angleterre, par la longue route du Cap, les produits de la Cbine et de Singapore. De même Tabsenee des jonques chinoises s'explique par les facilités croissantes que la navigation à vapeur offre au commerce indigène aussi bien qu*au commerce étranger dans les mers de la Chine. Du reste les Chinois et les Japonais apprennent peu à peu à tirer tout le profit possible des inventions mises à leur service.
C'est sur des bateaux h vapeur européens qu'ils s'embarquent comme passagers et qu'ils chargent leurs marchandises ; et ce n'est pas tout ; car eux-mômes ils organisent, pour leur propre compte, de nouvelles compagnies de navigation à vapeur. Le commerce de Singapore, sauf dans les temps de stagnation exceptionnelle, n*apas cessé d'augmenter, et, depuis que l'administration des établissements des Détroits a été transférée au ministère des Colonies, leur commerce, dit-on, a augmenté de 25 p. 100.
Dans Commercial Square *, — centre des affaires, à Singapore, où acheteurs et vendeurs se rassemblent, — les types les plus différents, les hommes appartenant aux nationalités les plus diverses, frappent les regards de robser\ateur. Le plus remarquable peutêtre entre tous, — à le voir on dirait une statue de bronze, — est le Klingde la côte de Malabar, immobile près de son gharry ^, ou s'élançant hors de l'ombre épaisse des arbres pour amener son petit et agile poney et la gentille voiture qu'il traîne, devant quelque magasin sur lequel, dans Tespérance d'un engagement, il a plus ou moins longtemps tenu braqué un œil d'éper^'ier en chasse. Une demi-douzaine au moins de ses compatriotes accourent avec le même empressement et laissent éclater leur dépit en bruyants éclats de voix, aussitôt que l'un d'entre eux a eu la chance de prendre les voyageurs que tous convoitaient et qui sont probablement des Européens en partie de plaisir, s'en allant, vôtus de blanc et résolus à employer leur temps le mieux possible, visiter les beautés de Fîle, qui certes ne sont ni peu nombreuses ni situées à de grandes distances les unes des autres. La place retentit de cette babel de sons que des Klings se disputant excellent à produire. Déçus dans leurs espérances, ces voituriers s'en prennent les uns aux autres et assourdissent les passants du plus discordant jargon qu'il soit possible d'entendre. Ces Klings en viennent rarement aux coups, mais, en fait de violence, leur langage ne laisse vraiment rien à désirer. Un jour je vis un matelot anglais aborder à terre, où il venait passer