Route de la batterie
DANS LA CHINE ET LINDO-CHINE. i7
« sampans » * malais et les « lighters » ^ chinois. En traversant celte crique sur le pont de fer récemment construit, nous atteignons Beach Road ^ et TEsplanade, et arrivons en vue de plusieurs hôtels européens fort bien tenus, qui surgissent du milieu des arbres des jardins qui les entourent. L'Esplanade s'étend autour d'une grande et belle pelouse, — admirablement disposée pour servir aux joueurs de cricket et à toute sorte d'autres jeux, — tandis que la route ellemême offre un lieu de réunion fashionable aux familles des résidents, qui, à la fraîcheur du soir et dans des voitures élégantes, dont la double file se croise incessamment, se promènent pendant une heure ou deux. C'est dans ces promenades familières que l'on rencontre ses connaissances, que l'on échange avec elles des signes d'amitié, et que l'on jouit d'un doux exercice et de la fraîche brise de mer si nécessaire à la santé sous les tropiques. Le nombre et l'élégance des équipages font éprouver au spectateur un vrai sentiment de surprise. Aucun résident de quelque importance ne peut aujourd'hui, paraît-il, se dispenser d'avoir sa voiture, parce que les habitations se trouvent h de fort grandes dislances les unes des autres. La mode aussi exige que la voiture soit une voiture de prix et que la maison soit tenue sur le pied le plus somptueux possible. Somme toute, le faste que déploient les résidents étrangers explique, en grande partie, comment il se fait que les temps sonl «changés, et comment les grandes fortunes ne se font plus si aisément et si promptement qu'autrefois.
Peut-ôtre le changement n'est-il point h regretter, car je doute qu'il se puisse trouver en aucune partie du monde un lieu où il soit plus agréable de se fixer.
Les résidents me semblent donc se faire un sentiment très-juste delà situation. Us savent devoir rester longtemps dans le pays, et ils prennent leur parti d'y passer M temps aussi agréablement que possible. Leur grand train de maison, leurs beaux équipages doivent sans doute entretenir parmi eux un esprit de rivalité et un sentiment de vanité ; mais ce serait un triste et prosaïque monde que celui où ces deux instincts ne seraient pas à l'œuvre parmi les hommes.
En repartant du square dans une autre direction, on arrive au quartier indigène ou « Kling-bazaar, » où de petits boutiquiers vendent des éloffes de laine et de coton, de la coutellerie et toutes sortes de verreries et de poteries. De l'autre côté de la rue habitent les ouvriers et les boutiquiers chinois, et 1<\ vous pouvez être à peu
1. Bateaux de 12 à 15 pieds de long, marchant au moyen d'un aviron à la proue et d'une godille à la poupe.
2. Grands chalands qui servent à charger et à décharger les navires. •J. Route do la grève.
près sur qu'on loiis fabriquera tout ce dont vous pourrez «voir busoin.
Ces Chinois sont posilivement affreux à contompler. Beaucmip d'entre eux sont aussi peu vCtus que possible, et, pour peu qu'ils soient corpulents, ils se plaisent à exposer leurs beautés porcines h ce qu'ils croient Ctre les regards d'admiration d'un puhlir enchanté. L'amplitude de la face et de l'abdomen sont regardés par i^Ibs Chinois comme des beautés de premier ordre. Celui qui Icspoitide est nécessairement, à leurs yeux, un homme riche et généreux, n de sagesse et destiné à vivre de longs jours. Aussi prend-il soin d'exposer sans voile d'aucune sorte sa corpulence à l'admiralioii di-
ses compatriotes. Vous le verrez, on conséquence, diins le milieu du jour, vfitu d'une paire de panloudes de paille et de culottes de colon d'environ siii pouces de hauteur, tandis que, si le temps est frais, il se couvrira les épaules d'une jaquette de coton blanc qu'il aura bien soin de ne pas boulonner. Mais arr&tons-nous pour jeter un coup d'coil dans une boutique de tailleur. Une longue table, recouverte d'une natte de paille blanche, occupe le centre de l'appartement, el tout autour sont assis une douzaine d'ouvriers qui cousent divers arli-
DANS LA CHINE ET L'INDOCHINE. Ai)
clés d'habillement. Ces industrieux tailleurs sont aussi nus que le gros personnage qui les emploie. Ils font des vêtements pour les autres, mais eux-mêmes s'abstiennent de couvrir leur nudité. Leurs aiguilles sont de manufacture anglaise, bien qu'on en fabrique d'exactement pareilles en Chine, et ils cousent en poussant leur aiguille loin d'eux, au lieu de la tirer à eux, comme le font nos ouvriers.
A Singapore les Chinois sont beaucoup plus nombreux que les Malais et occupent en conséquence une position bien plus importante qu'à Pénang, où c'est la population malaise qui l'emporte sur la chinoise. Mais si de sérieuses émeutes venaient à éclater parmi les Chinois de Singapore, je crois qu'on pourrait aisément les réprimer en armant les Malais, qui font d'excellents soldats, ou en excitant les diverses factions chinoises les unes contre les autres. Il y a actuellement des Chinois qui occupent des postes élevés. L'un est membre du Conseil législatif, d'autres sont juges de paix, et d'autres enfin sont concessionnaires des fermes de l'opium et de l'eau-de-vie. Un bien plus grand nombre possèdent de vastes étendues de terre cultivée, ou ont de grands capitaux placés dans le commerce, et il est évidemment de l'intérêt de personnages comme eux d'encourager les habitudes paisibles -et industrieuses parmi leurs compatriotes de la basse classe.
Si nous ne savions rien de l'esprit de corps et des sociétés secrètes des Chinois, nous pourrions trouver singulier que les Chinois les plus riches aient été rarement victimes des brigandages auxquels, de mon temps, se livraient des bandes considérables de leurs compatriotes. Ces bandes ne comptaient quelquefois pas moins de cent coquins qui se réunissaient pour entourer et piller une maison, toujours la demeure d'un étranger. Les voleurs chinois sont d'une habileté incomparable et ils eipploient, pour arriver à leurs fins criminelles, les stratagèmes les plus ingénieux. Je me souviens d'un vol accompli avec une audace extrême chez un de mes amis. Le voleur, ayant pénétré jusque dans la chambre à coucher du maître de la maison, usa, avec le plus grand sang-froid, la moitié d'une boîte d'allumettes avant de réussir à allumer la bougie. Sa patience ayant enfin reçu sa récompense, il se mit, avec le même sang-froid, à dévaliser l'appartement, n'oubliant pas de fouiller le lit, sous l'oreiller duquel il trouva un revolver et une montre. On dit que ces voleurs chinois ont l'art de stupéfier leurs victimes au moyen d'un narcotique dont ils ont le secret. Je ne doute point qu'il n'en ait été ainsi dans le cas ci-dessus mentionné, et cela grâce aux domestiques chinois qui peut-être introduisirent la drogue stupéfiante dans le lit de mon ami.
Les Chinois ne sont pas hommes à se laisser arrêter par des bagatelles dans l'exécution de leurs projets. On en peut juger par ce fait
oO DIX ANS DE VOYAGES
qu'un Chinois, regardé jusque-là comme un membre respectable de la société, tenta un jour d'empoisonner toute la communauté étrangère de Hongkong, avec le pain qu'il lui fournissait. Les Malais m'ont affirmé avoir eu connaissance de cas où le rusé voleur chinois, en passant devant la maison destinée au pillage, y avait lancé par la porte ouverte une poignée de ris imprégné de quelque drogue aromatique. Cette drogue plonge bientôt les habitants de la maison dans un profond sommeil d'où ils ne sortent communément que longtemps après que le voleur a dévalisé la maison, et cela, avec le calme et la perfection qui plaisent si particulièrement aux Chinois. Il faut dire, en effet, que, quelle que soit l'affaire dans laquelle ils sont engagés, un empressement vulgaire est ce qu'ils détestent le plus au monde. Ils n'aiment pas les surprises, les attaques soudaines, et prennent leurs précautions en conséquence. Le plus léger bruit leur fait lâchement prendre la fuite et abandonner leur butin, voire leurs culottes, s'ils en ont, et si leur fuite peut leur permettre de s'échapper plus agilement.
Lorsque le vol à commettre exige une hardiesse plus qu'ordinaire, ils se mettent complètement nus, se frottent d'huile de la tète aux pieds et font de leur queue une pclotte fixée au derrière de la tête et de tous côtés hérissée d'aiguilles. Voici à ce sujet une aventure dont un de mes amis fut le héros. Vers minuit, ne dormant pas, bien ([ue sa lampe fût éteinte, et la fenêtre étant restée ouverte pour admettre l'air, il vit une figure noire grimper sur le rebord de la fenêtre et se glisser dans l'appartement. 11 se tint coi jusqu'à ce que le voleur, se figurant que tout allait bien, fût parvenu au milieu de la chambre, et alors, sautant hors du lit, il tomba inopinément sur l'intrus. Tous deux étaient des hommes robustes, et une lutte furieuse s'engagea. Mais le voleur eut l'avantage, car, n'ayant pour tout vêtement qu'une couche d'huile, il glissa comme une anguille entre les mains de son antagoniste, arriva jusqu'à la fenêtre et allait se laisser tomber dans le jardin quand son adversaire, dans un dernier effort, réussit à le saisir par la queue. Mais, hélas! la queue, pleine d'aiguilles, était une fausse queue ; elle se détacha, par le poids de la chute, de la tête du Chinois, et resta, trophée ridicule, aux mains de l'Européen que son propriétaire avait sans succès essayé de voler.
L'intérieur de lîle de Singapore offre un aspect moins grandiose que celui de Pénang, sa plus haute colline, « Buket Timor, » ne s'élevant que de 500 pieds au-dessus du niveau de la mer. Cependant Singapore a des beautés particulières telles que peu d'autres terres peuvent en offrir de pareilles. Les collines, peu élevées, mais nombreuses, donnent de la variété au paysage, et entre elles courent, larges et unies, de fort belles routes bordées à perte de vue d'arbres fruitiers ou de palmiers dont le feuillage forme de longs arceaux de
verdure. Çà et là, de chaque vMé de ces voies sylvestres, on aperçoit, sur le penchant ou le sommet des collines, les toits de tuiles rouges des maisons habitées par les Européens. Les magnifiques avenues qui conduisent à ces habitations ne manquent jamais "d'exciter Fadmiration des voyageurs. C'est partout une profusion inouïe de feuillage et d'ombre, et à cela viennent quelquefois s'ajouter de ravissantes haies d'héliotrope sauvage taillées à angle droit comme des murs de pierre et formant des* barrières compactes de feuillage vert sur lequel s'épanouissent des fleurs de pourpre et d*or.
Derrière ces haies s'élèvent des bananiers qui, de leurs grandes feuilles tombantes, éventent doucement le brûlant chemin, tandis que des brises plus fraîches, bien haut au-dessus de nos têtes, font frissonner le feuillage des grands palmiers. De beaux parterres et une pelouse au gazon court et épais, sur lequel on a établi un jeu de croquet, sont communément l'ornement de ces résidences.
Les premières heures du matin ont dans ces lieux un charme dont il est impossible de donner une idée. L'air est frais, vif môme, et sous un bouquet d'arbres fruitiers que la hache a volontairemeièl épargnés, on voit pendre aux branches les curieuses fleurs des orchidées, et Ton respire un air saturé du parfum qu'exhalent ces étranges et belles plantes. Des oiseaux, auxquels malheureusement la nature a refusé le don du chant, piaulent ou coassent dans le feuillage au-dessus de nos tôtes ou dans les buissons que le convolvulus aux diverses couleurs pare de ses légères clochettes. Çà et là l'aloès à la tige élancée élève au-dessus d'un faisceau de feuilles acérées son cône de blancs grelots, ou l'ananas ouvre, pour laisser voir son beau fruit orange foncé, sa ceinture de feuilles charnues et répand autour de lui le doux parfum de sa maturité.
Après avoir tourné le dernier coude de la route, nous arrivons bientôt en face delà maison où conduisent quelques larges degrés. Autour du bâtiment couvert de tuiles court une spacieuse vérandah qui s'appuie sur une rangée de piliers aux proportions classiques. Un treillage en bois dur du pays, fort élégamment travaillé et verni, règne tout le long de la vérandah. Des persiennes ou stores de jonc sont disposées entre les piliers, de façon à pouvoir être baissées ou relevées, selon que la position du soleil l'exige ; sur les degrés et de place en place dans les allées sont échelonnés des vases de Chine garnis de fleurs rares. D'un côté une véritable muraille de feuillages d'un vert sombre entretient la fraîcheur du bâtiment, tandis que de l'autre nous pouvons voir, entre des masses de verdure, le soleil levant qui projette de longues ombres entravers des vallées et des collines ou fait briller dans le lointain comme des taches d'or les sommets des îles à la ceinture de palmiers, qui peu
à peu émergent des brouillards du matin à la surface de cette mer splendide.
Si une paix parfaite ptnit par les sens pénétrer jusqu'à Tâme, si elle peut, comme un élher subtil, être distillée par tout ce qu'il y a de beau dans la nature, sûrement c'est dans une île comme celle-ci qu'on pourrait s'attendre à trouver la suprême félicité, à laquelle, nous le savons, l'homme nulle part ailleurs ne saurait atteindre. Mais ici, comme partout, bien que les résidents, ou du moins la plupart d'entre eux, vivent comme des princes, bien que l'air y soit embaumé et la nature généreuse jusqu'à la prodigalité, les soucis et les désappointements font sentir leur amère présence. Que j'en ai connus qui, pleins de jeunesse et d'espérance, confiants dans le plus riant avenir, ont quitté le vieux et bien aimé foyer paternel pour venir chercher fortune dans cette île éloignée, et se sont éteints loin des êtres chéris dont les soins auraient pu adoucir l'amertume de leurs derniers jours, contemplant d'un œil indifférent les sombres palmiers dont ils suivaient le balancement de leurs fenêtres, ou rêvant à la douce musique des voix familières qu'ils ne devaient plus entendre î
La vie à Singapore a aussi ses inconvénients particuliers. La chaleur, par exemple, est grande et produit à la longue son effet, même sur les constitutions européennes les plus robustes. Le thermomètre marque, pour toute l'année, une moyenne de 85 à 95 degré^ Fahrenheit à l'ombre (30** à 35° centigrades), et cette température élevée tend, avec les autres influences qui l'accompagnent, à produire quelques-unes des plus graves maladies auxquelles la nature humaine soit sujette , sans parler d'une multitude d'inconvénients moins sérieux, parmi lesquels l'espèce de prurigo appelé « prickly beat » mérite d'être mentionné comme particulièrement insupportable.
Les Chinois, qui supportent bien la chaleur, doivent jouir de tous les agréments de la vie dans un lieu comme celui-ci.
En faisant le tour de la maison, nous arrivons au quartier des domestiques, qui est à moitié caché parmi les arbres, et nous apprenons qu' « Ah-Sin, » le cuisinier, a passé la nuit au jeu et n'est pas encore éveillé. Nous avons le plaisir de le voir couché sur une natte malaise qu'il a étendue sur un banc et la tête confortablement posée sur une bûche qui lui sert d'oreiller. 11 nous semble qu'une odeur d'opium se fait sentir dans la chambre ; mais ce doit être un effet de notre imagination, car jamais domestique chinois, on peut l'en croire sur pjirole, n'a fumé cette infâme drogue. Un long fourneau de briques et une cheminée au-dessus desquels est disposée la batterie de cuisine occupent un côté de la pièce. Les pots et les casseroles ont l'air remarquablement propres, et cette preuve de la
propreté du cuisinier chinois n'est pas à dédaigner, car je me rappelle avoir un jour trouvé un cuisinier Kling qui était en train de faire cuire un poudding dans Tun des bouts de l'étroite pièce d'étoffe qui formait son unique vêtement, et qui par l'autre bout s'enroulait autour de ses reins. L'aide cuisinier ou « larn pidgin, » comme on l'appelle à Hongkong, a déjà allumé les feux, et pro- <*ède à sa toilette. 11 ne doit pas avoir trop chaud, car, en fait d'accoutrement, nous ne lui voyons que sa queue, et il est en train de se frictionner avec un torchon trempé dans de l'eau chaude. A notre approche il remet à la hâte ses vêtements et prend un air souriant. Peut-être s'est-il levé de bonne heure pour voir le soleil se lever ? Nous nous en informons, et la réponse est : — « Non. » 11 n'a jamais vu le soleil se lever, et il croit sans doute que nous nous moquons de lui, car il ajoute qu'il n'a jamais connu personne qui se souciât de le voir. Peut-être a-t-il quelque admiration pour le paysage ? — Non î Mais il aimerait bien savoir, si nous pouvions le lui apprendre, comment d'un dollar en faire deux, et de deux en faire quatre, et, selon toute probabilité, avant qu'il soit longtemps, il aura découvert le secret.
La maison des domestiques est bien bâtie, propre et confortable, et, à l'exception du groom et du jardinier, tous les domestiques sont des Chinois appartenant à un même clan originaire de Haïnan. Us sont tous levés maintenant et au travail, et l'un d'eux, sans doute pour leur donner du cœur â l'ouvrage, leur joue des airs du pays, sur une espèce de violon chinois fait d'une peau de serpent fortement tendue sur les deux tiers environ d'une coquille de noix de coco munie d'un long manche et d'un cordier.
Notre ami, le maître du bungalow, est allé faire à cheval une promenade matinale, et le voici qui revient pour nous donner cordialement la bienvenue et nous inviter à déjeuner avec lui quand nous aurons terminé notre inspection de sa demeure.
La maison tout entière est planchéiée en bois dur et poli. Au centre du bâtiment sont le salon et la salle à manger, où l'on entre par la vérandah et qui ne sont séparés l'un de l'autre que par des paravents de soie montant à mi-hauteur de l'appartement. A droite et à gauche sont les chambres à coucher, dont les ouvertures intérieures sont aussi garnies de paravents qui tournent sur des gonds et sont construits de façon à admettre l'air tout en garantissant la plus complète solitude. Dans la chambre où nous entrons, le lit est enfermé dans une grande cage de mousseline montée sur un cadre de bois et assez spacieuse pour contenir aussi une table, une lampe et un fauteuil. C'est par une porte fermant hermétiquement qu'on entre dans cette cage, seule protection efficace contre ces insupportables insectes, les moustiques. 11 faut savoir
qu'un seul moustique peut suffire pour vous priver toute une nuit de sommeil. 11 y a dans les salons de grands « punkahs *, » et même de cette chambre à coucher si bien aérée ce luxe n'est pas exclu, car durant les nuits les plus chaudes un indigène veille toute la nuit pour éventer son seigneur et maître pendant son sommeil. C'est incontestablement un grand luxe que d'avoir constamment, sous un climat comme celui de Singapore, un domestique attaché à votre personne ; mais je n*hésite pas à dire, d'un autre côté, que cette coutume et quelques autres dont le résultat est un contact incessant avec une race inférieure, ont sur les natures faibles un effet très-corrupteur. Des jeunes gens, qui n'avaient été accoutumés à aucune de ces choses, ayant une fois acquis la noble science de faire du claret cup^Ql du cocktail'^, en arrivent bientôt, à la suite de cette éducation tropicale, à exiger les plus vils services de leurs trop patients domestiques. Aussitôt qu'ils peuvent parler le patois malais, ils prennent l'habitude ou d'injurier leurs ser\iteurs de la façon la plus grossière ou de leur parler sur un ton d'indulgence offensée. C'est le plus souvent dans la gamme que voici qu'ils psalmodient leurs plaintes : <( Qu'ai-je donc fait pour que vous négligiez de m'ôter mes bottes et mon habit, de me préparer mon bain ou de m'aider à me mettre au lit? Ne pouvez-vous m'offrir un verre de xérès et de bitter quand je vous semble pris de langueur, ou un ^ocA:/ai7 quand vous me voyez abattu? »
La chaleur du climat rend certaines natures extrêmement irritables, et j'ai connu des gens foncièrement bons qui, cependant, étaient toujours de mauvaise humeur avec leurs domestiques, tantôt les renvoyant dans un accès de colère, et tantôt les suppliant de rester et de reprendre leur service. Il arrive ainsi à certains maîtres d'être méprisés par les plus humbles de leurs domestiques chinois, qui, entre eux, regardent un homme qui ne sait se maîtriser comme un des plus tristes échantillons de la nature humaine.
Les résidents de Singapore se sont créé une foule d'amusements. Ils ont leurs cercles, leurs jeux de paume et de boule et leurs champs de courses. Les pique-nique sont nombreux et les parties de plaisir auxquelles ils s'invitent les uns les autres sont agréablement variées par les représentations données au théâtre et les concerts qui ont lieu dans la salle de l'hôtel de ville.
Il y avait aussi un spoi^ting club *, et plus d'une fois je suis allé
1. Kvcnlails. Il y en a do toutes sortes et de toute dimension^ depuis l'évontait de plumo jusqu'aux grands cadres garnis de toile et mis en mouvement, de l'extérieur, à l'aide de cordes et de poulies.
2. Boisson anglaise faite de vin de Bordeaux sucré et aromatisé.
3. Boisson américaine faite de plusieurs spiritueux mêlés ensemble et épicés.