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nous débarquons du bateau pour descendre dans une berge qui nous amène aux restes d’un vieux quai en pierre que les vagues n’ont pas emportés. Ici nous rencontrons les passagers dé la Californie qui se rendent à New-York.
Comme nous, ne consultant que leur bourse, ils ont pris la ligne de Nicaragua qui fait opposition: à celle de Panama. Cette dernière ne se montre point aussi libérale que l’autre envers les missionnaires.. Parmi les voyageurs, les uns ont la joie peinte sur la figure, à la pensée qu'ils ont fait fortune ; d’autres. moins heureux, retournent à l'Est, regrettant le vieux foyer et se promettant à l'avenir de ne plus prendre pour de l'or tout ce qui brille ; d’autres enfin vont voir des parents et des amis chéris. Un voyageur à mine assez douteuse, apostropha soudainement J’une des religieuses et lui dit, en l’'apercevant vêtue avec des habits de couleur de deuil ; ‘“ La mort vous a-t-elle enlevé votre mari ou quelqu'un de vos proches ? ” Et l’impertinent passa outre, avec précipitation, sans attendre de réponse. La bonne sœur s’estima heureuse d’avoir à endurer une petite humiliation pour l’amour de son Divin Epoux. Dans le petit village de la baie de la Vierge, nous eùmes un diner qui consistait en pain frais et en volaille à demi-cuite. Nous nous dépêchämes, car il fallait faire douze miles par terre cet après-midi, pour erriver de l'autre côté de l'Isthme, à St. Jean du Sud. Le trajet se fait en wagons traînés par des bœufs, ou à dos de mulets. Le tout est fourni par ia compagnie des Vapeurs, et deux piastres et demie sont
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agées à quiconque désire fatre le chemin à ied.
C'était le jour de la St. Pierre; le 29 juin. Oh ! comme nous reportämes nos pensées vers notre cher Canada,en ce jour solennel ! Les Religieuses ne voulant point passer ce saint jour, sans en faire, au moins, une commémoraison, toutes installées qu’elles étaient dans les wagons bizarres, elles entonnèrent les vêpres. Il se passa bien des scènes drôles, durant le trajet des douze milles par terre, surtout si l’on considère que les Sœurs se trouvaient comme claquemurées dans ces voitures, couvertes de peaux toutes vermoulues. En ce pays, la säison des pluies est l’hiver comme les naturels l’appellent, et il n’y a point de crépuscule, de sorte qu'aussitôt le soleil couché, il fait nuit. Les éclats de rire, les plaisanteries, les propos joyeux cessèrent bientôt au milieu des ténèbres épaisses et surtout aussitôt qu'une pluie battante commença à tomber pour durer bien avant dans la nuit.
I] fallait voir les mines piteuses des voyageurs et des voyageuses, trempésjusqu'aux os, lorsque nous arrivâmes au Village, sur le bord de TO. céan Pacifiqhe. Pour comble de disærâce, le maître d'hôtel, qui avait promis au Grand-Vicaire de loger la caravane, se dédit de sa parole, . et nous n’eûmes pour tout logement qu'une vieille masure qui menaçait denous tomber sur le dos. : À l'exemple de Notre Seigneur, n’ayant qu'uñe pauvre étable à Bethléem, nous acceptâmes volontiers ces antiques lambris, tout en nous réjouissant de souffrir quelque chose pour gon amour. RRT: EUR RE En
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Après avoir pris un assez léger souper, longtemps attendu, la caravane partit pour le vapeur . sur l'invitation gracieuse de son bon capitaine. Jugez de notresitnation : une pluie torrentielle. une -obscurité complète et un demi-miile au moins à parcourir, dans la boue, avant d'embarquer dans une berge qui devait nous conduire au navire. Et là, quels dangers et quelles perplexités ! Comment escalader l'échelle sur le côté du vaisseau ? Avec les longues lames, la berge montait et descendait, s’approchait du bateau et s’en éloignait avec fracas. Peu s’en fallut que deux Sœurs, qui tentaiert l'escalade ne redescendissent dans la berge ou ne fussent
écrasées entre celle-ci et le vapeur. .
” Quand la compagnie fut à bord dans le and salon de première classe, tout le monde religieux de s’écrier : Après lès larmes, c’est la joie ; après les peines, c’est le bien être. Comme le bon . Dieu sait entremêler les cousolations, l’amertume et le doux miel ! Après une bonne nuit de sommeil qui nous reposa des fatigues et des iraverses du jour précédent, tous se levèrent gaiement et remercièrent la Divine Providence de.ses bienfaits et de sa: protection. Le reste des passagers ayant pris leur place, de bon matin, l’ancre du Moses Taylor fut levée.
Nous voilà, en ce moment, sur l'Océan Pacifique ; qu'il mérite bien son nom! quel calme dans cette immense étendue! A peine, une brise légère effleure la surface de l’eau ; à peine une faible lame vient frapper les flancs du vaisseau. .. Tous les malades sont debout, même les deux Religieuses, que le mal e mer avait tant
äffaiblies, pendant la première partie de notre voyage. Le trajet sur l’Isthme, pendant cinq jours, l’eau donce ile la rivière S. Jean et du lac Nicaragua, le pain bis, le jambon, etc. ; bref, tout avait été favorable aux malades. Maintenant que noùs voguons sur le doux Pacifique personne ne trouve à redire aux légers ballottements du navire. Aussi tout le moxde est joyeux, tous se livrent à d’innocentes récréations. C'est le chant, c’est la guitare, c’est le piano, ce sont les agréables chuchottements que l’on entend de tous côtés. Les passagers sont les mêmes; on se connait mieux, on se lie presque d'intimité. On parle d’une manière enjouée des mésaventures du passé et des espérances de l'avenir. Ici, je remarquerai que la chaleur est excessive, pour la bonne raison que le soleil est vertical. Nous ne sommes qu'à onze degrés de l'équateur. Il faut des toiles au-dessus du navire, sans cela, nous fondriens, et l’eau est si chaude dans les réservoirs que, maintes fois, plusieurs ont été tentés d’en casser les verres de dépit. Sur l'Atlantique il y avait ample provision de glace; ici nous en avions d'abord, mais maintenant elle est épuisée ou fondue.
Les quatre jours qui nous séparent d’Acapulco, ville mexicaine, s’écoulèrent rapidement. Le 4 juillet, fête nationale des Américeins nous trouva dans la jolie baie de ce nom; elle a une forme ovale et elle offre un abri sûr à un nombre considérable de vaisseaux. La chaleur y est insupportable ; c'est un vrai martyre que de passer la nuit dans la cabine. Pas un souffle
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de vent, pas une brise pour nous rafraîchir.
Nous descendimes à terre, pour aller entendre
- la sainte messe, dite par un prêtre mexicain.
L’indigène qui la servait était en chemise et nu-pieds ; pour imiter le diacre qui tient la patène, pendant que le célébrant distribue la communion, il nous sembla qu'il se servait d'un vase ressemblant beaucoup à un porte-mouchettes. Les ecclésiastiques et les religieuses firent retentir l'antique égitse de leur musique et de leurs cantiques, ax grand étonnement des naturels qui <e pressaient aux portes pour examiner lès visiteurs étrangers. Les oïseaux, de leur côté, voltigeaient en tous sens dans les
. vieille masure et semblaient par leurs douc
accents témoigner leur joie en voyant les nouveaux venus, Comme le Padre ou Curé n'avait pas jugé à propos d'accorder aux prêtres l’autorisation de célébrer, pour des raisons connues de lui sel, ils reçurent la sainte communion avec les autres Ecclésiastiques et les Religieuses, en formant un demi-cercle, au milieu de la nef de l’église. Nous fûmes grandement édifiés à la vue des femmes rhexiçaines, qui, en entrant dans la maison de Dieu, se prosternaient la face contre terre, baisaient respéctueusement le pavé du temple et récitaient ensuite en com.
mun le ckapelet de la sainte Vierge.
Au sortir de l’église, c'était l'heure du marché ; le vaste espace qui se trouve en face était couvert de denrées de toute espèce. Nous remarquâmes que les femmes étaient, toutes sans «exception, habillées modesteisent; la tête couverte d’un moucho‘r, avec des robes atta-
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chées sous le menton et descendant gracieusement jusqu'à terre. De jeunes demoiselles, bien mises, portaient en leurs mains de magnifiques agrafes ou de jolies épingles avec des têtes en verre de diverses couleurs, et sans mot dire, en mettaient une à votre boutonnière avec lespérance que vous l’acheteriez pour un réal, douze sous. S’apercevant au bout de quelques instants que vous n’en vouliez point,elles vunaïient bonn :ment la réclamer. Nous échangeân es quelg”.es paroles, moitié latin, moitié espagnoi, avec les habitants de la ville, et nous allâmes ‘ensuite visiter l’autre sanctuaire, consacré au culte du vrai Dieu. Cette église est supérieure à celleoù nous avions assisté au saint-sacrifice. L’autel en est doré etsculpté, les peintures sur les murailles paraissent être l’œuvre de grands maîtres. La statue de la Sa:nte Vierge nous parut passable : ornée qu'elle était d’une couronne enrichie de pierres précieuses et couverte d’un manteau de pourpre, parsemé d'étoiles d'or. Ces deux églises sont les seuis édifices religieux d’Aca-: pulco et suffisentamplement pour la population qui ne compte que 2 à 3,000 âmes. La caravane prit le diner, en même temps que le ‘déjeüner, chez une dame française qui tient une maison de-pension. On était à achever le repas, quand un coup de canon annonça le signal du départ ‘ prochain du vapeur, toutes les montagnes d’alentour en résonnèrent, Nous nous ‘hâtâmes de regagner le vaisseau.
Lè, nous fûmes étonnés de la souplesse, de l’agilité et de l’habilité des petits nageurs mexicains ; vous n’aviez qu'à lancer, aussi loin que vos
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forces vous le pe-mettaient, un réal, qu'aussitôt, prompts comme l'éclair, ils l’attrappaient et vous le montraient dans leur bouche. Vousauriez dit de véritab.es poissons à les voir nager, plonger et faire toutes sortes d’évolutions dans l’eau. Ce qui semble périlleux pour les nageurs, c’est de voir des requins à une petite distance d’eux. On rapporte, néanmoins, que c’est très-rare qu'il arrive des accidents, que les plongeurs ont le jalent de charmer ces animaux, ou de les effrayer, en les regardant fixément et au moyen de certains signes. À Acapulco, notüs achetämes à pleins paniers, de l’écume de mer, des écailles, des coquillages et toutes sortes d'objets de. ce genre, à très-bon marché. On peut.en-orner les tables des paxloirs et lestablettes de. cheminée. Lorsque la provision de charbon -ent.ét6 faite et l'ancre levée, nous dimes adieu à Acapulco ; puis, ayant jeté un dernier regard sur les beautés naturelles de l'endroit ..et sur. les quelques vaisseaux étrangers stationnés dans da rade, nous reprimes motre élan vers la huute mer, Nous voguions à pleinés voiles et à toute vapeur, quand on vint nous annoncer qu'un homme se mourait dans-l’entrepont. C’était un bon Irlandais qui avait reçu un -coup..de soleil, lors d:: chargement .du. charbon. :Il fai- * sait pitié de voir cet homme, dans la foree de l'âge, se débattre péniblement, étendu sur le plancher et privé de sa rison. Sur la foi de quelques connaissances, nous lui donnämes les consolations de la pre 5e “et nous conjurâmes Notre Seigneur de vouloir bien lui pardonner ses péchés et d’avoir pitié de son âme. - 9 ‘
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Après vingt-quatre heures de souffrances et de convulsions, il remit son âme entreles mains de son Créateur. Dans l'intérêt des passagers, on l’ensevelit immédiatement et on le plaça dans un apartement jusqu’au coucher dusoleil, heure à laquelle ïl devait être lancé à la mer. Le soleil commencait: à disparaître sous l'horizon, quand un Prêtre alla trouver le Capitaiñe pour le prier de vouloir bien modérer là course dn bateau et même l'arrêter si c'était possible. Il fit la réponse suivante : ‘“ Ce n’est pas la pre- “ riière fois, Monsieur, qu'un homme meurt à ‘“ bord, et ce n’est pas notre habitude de modérer “ la course du Vapeur ; toutefois, vous aurez tout “ ]e temps nécessaire pour réciter les prières “des défunts, suivant le rite de votre Eglise.” Alors les Ecclésiastiques et les Religieuses, avec un grand nombre de passagers, se rassemblèrent sur le pont, autour du cadavre, qui était enveloppé d’une forte toile à voile‘et recouvert du drapeau étoilé. Le /ibera fut chanté en quatre parties par les missionnaires. Le chant plaintif, la gravité des assistants, la scène douloureuse et triste que l’on avait sous les yeux, tout contribua à prêcher le néant de la vie et des choses terrestres. L’aspersion de l’es&u bénite et les oraisons terminées, on enleva la bannière nationale et on laissa glisser le cadavre sur une planche, aussi doucement que possible, dans la mer. Durant cette péuible opération, il y eut un silence parfait, et tout le monde religieux de répéter : Que le bon Dieu ait compassion de son âme ! Oh! qu'il est triste de mourir loin ‘de ses proches et de n’avoir que l’océan pour tom-
beau ! Pas une larme jetée par. des yeux amis ! Pas un soupir poussé par une bouche chérie!
Console-toi, étranger, ton corps est privé de la sépulture : chrétienne ; tu es même deveuu;.en ce moment, la proie des animaux voraces de la mer; console-toi, il y a des prêtres et des religieuses à bord, ce sont tes frères, tes sœurs en Jésus-Christ ; ils oublient point ta pauvre âme devant le Seigneur ! ! Combien ont.les soins les plus empressés, pendant leur maladie, et: les funérailles les plus pompeuses, après la mort, et cependant pas une prière n'est adressée au ciel pour le repos de. leur âme ! Cette cérémonie funèbre rendit toutefois les pessagers un.pen sérieux et les fit penser àla vanité des. choses humaines ; de sorte que ce soir là, du moins, il n'y eut point de bal. Chacun se eontenta de converser avec ses. amis et de se retirer tranquillement au lit.
Le trajet sur le Pacifique fat des plus heureux; à peine.deux ou trois de la compagnie eurent-ils de temps à autre quelque, pew le mal de mer. Le temps était tranquille et -le ciel serein, l'océan uni comme une glace. Les balei: nes et les. requins décrivaient autour de nous toutes sortes de figures ; ils plongeaient pour ne reparaître qu’à cent verges plus loin et faisaient jailir des volumes d’eau de leurs narines, à trente ou quarante pieds de hauteur. - Bien souvent, on les voyait suivre le vaisseau, pour en attraper les restes d'aliments et leg balayures, ou seulement ils en agissaient ainsi quand ils sentaient la fièvre à bord. Les.vaches marines ont ceci de remarquable: vous. les. voyez-pres-
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que toujours en bandes de vingt ou trente, nageant à la file et en droite ligné jusqu’à ce qu'elles disparaissent l’une après l'autre, en commençant par celles qni sont en tête. | Le traitement des -missionnaîïres à bord ‘du Moses Taylor étaitsupérieur à celui qu’ils eurent sur l'Añnerica. . Ils avaient uné table à part, et les serviteurs leur témoignaient continuellement beaucoup d'égards et de courtoisie. Mais tout h’était. pas rose dans l’entrepont. Au dire de certains passagérs, ils y mouraient de faïm ; quelques pommes de térre, de la viande à demigâtée, des biscuits de matelots, et une espèce très-inférieure de thé où de café, voilà ce qui constituait le support de la vie des centaines de gens qui y étaient entassés. Un jour, on apporte, sur un immense plat en fer blanc, un jambon tout'eñtier, d’une odeur à soulever le cœur du plus vigoureux. Un Américain, voyant que pérsonne n’osait s’en approcher, s'avance et prénant le plat des deux mains lance hardiment le contenant et le contenu à la mer, ajoutant qu'il'avait des doutes si les poissons voraces de l'océan oseraïent y toucher. Ainsi, H n'y a pas lieu de s'étonner d’entendre bien des plaintes et des malédictions, contre la compagnie, de la part des gens du fond de cale, surtout quand ils viennent vous dire qu’on jette plus de pain et de viande, qui restent sûr les tables de la première classe, qu'il en faudfait poür nourrir suffisamment tous les passagers de l’entrepont. On éxagérait, sans doute, mais leurs murmures étaient passablément fondés. °° ‘© 7" Sur le Pacifique aussi bien que sut l’Atlanti-
que, les Sœurs missionnaires eurent leurs exercices de piété en commun, sur le pont. Plus d'une fois, des protestants, se tenant à une distance respectueuse, ne cessaient de regarder, d'examiner et de scruter leur conduite, Après la réfection de l’âme, elles s’adonnaient à quelque travail manuel: les unes au tricot, d’autres à la couture. Ainsi, comme l’abeille.-qui butine sans cesse, toutes celles que la maladie ne retenait point dans la cabine, étaient occupées tantôt à une chose, tantôt à une autre. Les Sœurs portaient leur costume complet et furent habituellement lobjet de la politesse et des prévenances des Dames et des Messieurs qui étaient à bord. . Î
Huit jours s'étaient écoulés depuis Açapuleo, quand, le 12 juillet, nous entrâmes par la Porte d'Or, d’un mille de largeur sur cinq de longueur ; nous passâmes sous les canons du Fort Point et d’Alcatratz et entrâmes dans la baie de San- Francisco, qui ressemble à une véritable mer ; car elle se déroule devant vous avec majesté sur une longueur de cinquante milles. Le bateau décrivit un demi-cercle autour des hauteurs romantiqnes, connues sous le nom de Russie et de Télégraphe, et laissa, à la droite, une forêt de mâts appartenant à des vaisseaux de toutes les nations, pour venir accoster le quai de la ruo Folsom. Delà on a en vue la belle ville «de San Francisco, les collines pittoresques qui l’environnent et les plaines etles montagnes situées à l’Est de son incomparable baie.
Quelle foule encombrait le quai ! Les uns rencontraient un tendre père, une mère chérie ;
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d’autres des amis, des proches. Il était assez difficile de se frayer un passage à travers cette multitude: Le Révd. Père King, prètre de San Francisco, avait une diligence prête à conduire les Religieuses aux divers couvents de la ville. Les Ecclésiastiques et quelques canadiens, sur la foi d’un misérable; se rendirent à un hôtel, où ‘il ‘fallut jeuper ‘et dormir dans ‘des lits sales ét couverts de toiles d’arraignée. * Le lendemain matin, nous ‘primes logement chez M.
Kelly, bon catholique irlandais: Les Jésuites, apprenant l’arrivée des Prêtres, se hâtèrent de leur offrir une bienveïllante hospitalité. Cinq jours nous restaient avant le départ au bateau pour l’'Orégon. Ils furent employés à visiter la grande ville avec ses nombreuses Eglises et Institutions de charité. La population qui, en 1863, était de 90,000 est maintenant de 174,223, de toute nationalité, de toute couleur. La Cathédrale de Ste. Marie, bâtie en brique, s'élève majestueusement sur le flanc d’une : belle colliné et: domine une bonne partie de la ville et de la baie. Sa tour a 140 à 150 pieds de hauteur. On estime à $150,000 le: prix qu'elle coùûta; dans un temps où les matériaux et les maçons recevaient les plus hauts gages Le tableau de l’Immaculée Conception que l'on remarque dans cette église est d’une grande : beauté. L'église de St, Françoïs d’'Assize, aussi en brique, est capable de contenir 3000 personnes. Ses flèches élancées montrent à une grande qu’elles portent le signe du salut. En entrant dans le sanctuaire de Notre Dame des Victoires, bien fini et d'une très grande propreté, vous
— 31 — | vous dites : ce doit être l'église des Français et des Canadiens. Tout y rappelle, en effet, les églises du Canada : la disposition des‘bancs, le jubé, la balustrade et la distribution destableaux. A côté de l’orphelinat catholique, nousentrâmes dans l’église St. Patrice, tout nous parut bien modeste. Nous célébrämes le saint sacrifice de la messe dans la chapelle provisoire des Jésuites, qui occupe une aîle de leur beau collége en brique. Ce dernier est une grande bâtisse à trois étages et presque carrée, avec des supports ajustés aux murs extérieurs pour les soutenir dans les tremblements de terre, Au milieu de la cour du Collége, sur un haut échaffaudage, est une cloche du poids de 15,000 livres, don fait aux enfants de St. Ignace par des généreux citoyens de la’‘cité.
Je quittai mes confrères, chez les Jésuites, et j'aillai prendre le bateau pour rendre visite à des parents que j'avais à San José, ville située à cinquante milles au sud de San Francisco, à l’extrémité de la baie. J'en étais bien aise, car la chaleur accablanteavec une brume épuisse, le matin, et l'après-midi, an vent qui vous pénètre d’outre en outre, m’avaient fort dégouté du climat soi-disant agréable de la. grande ville du Pacifique. De chaque côté de la rade, vous apercevez des résidences primcières avec des pares spacieux , c'est la retraite de l’aristocratie pendant la saison de l'été. Il y a des personnes qui, après avoir traversé les plaines, ont, à force d'énergie, de travail et d'intelligence, amassé des fortunes colossales. ‘Pour: un petit nombre, les rôles ont changé, les” maîtres sont
ER devenus valets, et les valets les maitres, Met Mme Auzerais ét Mme Lueier, mes parents,-et les familles Pinard, mes compatriotes, me reçurent.à bras ouverts. Jus le bonheur de célébrer dans la vénérable église espagnole de St. Joseph ; elle avait revêtu ses plus beaux atours à ‘cause du mariage du consul autrichien, qui eut lieu ce jour là. La ville de San José, la 4ème de la Californie, en étendue et en importance, était et est encore le rendez-vous de la richesse .et.du luxe. :: Sa population qui était alors de 5000 est. maintenant. de 10,000 âmes. Des puits artésiens ae 100 à.200 pieds de profondeur fournissent äe l'eau pure en abondance pour tous les besoins de la cité. Les rues, éclairées par le gaz, sont larges et macadémisées. L'hôtel de ville a coûté un quart de million de piastres. Les édifices d’une grande beauté sont en nombre assez considérable. Je nommerai, en particulier, l'immense et magnifique couvent des Sœurs de Notre Dame, qui a coûté au moins un demi-million. Une. visite que:j y fis fut pour moi une agréable compensation de mes fatigues passées: J’allai voir aussi, à San José, le plus beau jardin de la Californie : il y a, des plantes detous les pays du. morde.et elles y croissent cobame si elles étaient indigènes; vons y voyez des arbustes du Japon et de la Chine; des acacias et des arbres à gomme de l'Australie ; des roses et des passeroses ‘de l'Angleterre ;'les jones:et les épines noires de l'Irlande ; le vigoureux pin du Nord; le cactus, le palmier:et l'olivier du Sud ; tout y-est ‘en-parfaite harmonie; une bordure de rosiers, de toutes les cou:
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leurs et de toutes les espèces se remarque à Pentour. { SEE :1Ce fut à regret que je pris congé des proéhes et des amis. L’omñibus me conduisit, entre une double haïe d'arbres à coton et de peupliers, à Santa Clara, village voisin, distant de trois milles.: Les bons pères Jésuites me recurent avec leur cordialité accoutumée. - Là, ‘je' rencontrai le vieux Père Louis, ancien missionnaire de l'Orégon ; il re faut pas demander si nous eûmes un long colloque sur les missions.’ Ma curiosité fut bien excitée, en entrant dans l’antique église, qui se distingue par ses nombreux autels: à l’ancienne mode, et ses peintures de grands maîtres, presque toutes de l'école espaœhole. Les vastes salles du nouveau ‘collége es Jésuites, la grande bibliothèque, la salle dramatique, le musée, le laboratoire chimique, et principalernent la galerie des portraits, tout m'intéressa vivement. Les études y sont trèsfortes: le latin, le grec, la philosophie, ete, tout, jusqu'à la télégraphie, s’apprend dans cette maïson. Près de la petite ville, il y à des jardins et des vergers d’une grande étendue. Un jardinier de l'endroit, me dit-on, avait sette saison là vendu des pêches pour la valeur de #4000.
Avant d'aller me reposer, je maniféstai le désir de célébrer, le lendemain; mais le bon frère oublia de m'éveiiler à temps; et il me fallut païtif préeipitamment pour San: Francisco, car la dilifénce m’attendait à la porte du collége, Dans un an, ceux qui n'aiment ni le bâteau, ni la diligence, feront letrajet entre San José et San Frenciseo, en déux heures, par la voie du chemin de fer qui se construit rapidement.
Un seul. jour restait avant le départ pour l’'Orégon ; mes confrères et moi, nous l’employâmes bien, en compagnie « ‘n bon Père de la société de Jésus, nouvellement arrivé d'Italie, d’où il en avait été chassé, ainsi que ses frères. En. effet, la, plupart des Jésuites, à San Francisco, viennent du beau ciel de l'Italie. A l'exemple des Grecs, après la prise de Constantinople, ces. bons Pères emportèrent de riches trésors, en Californie, bibliothèques, mustes, etc., et la science et les habitudes qui les placent parmi les plus habiles professeurs de l'Univers.
Le 17, juil'et nous dimes adieu aux dignes enfants de St. Ignace et nous embarquâmes sur le vapeur Orégon. Les Religieuses, qui avaient reçu l'hospitalité des Sœurs de Charité et de la Merci; étaient à. leur poste. La caravane fut encore mieux traitée sur ce bateau que sur les autres : -on passait le café à 5 heures du matin, avant de sortir de la cabine, outre les trois repas ordinaires au réfectoire. La-mer devint bientôt houleuse.et la violence du vent faisait plonger le vaisseau comme un canard. Un bon nombre de voyageurs eurent encorc le mal de mer, sans recevoir de sympathie, de la part des autres passagers,..comme c’est l'habitude. On allait même jusqu'à rire d'eux en face Tous, néanmoins, étaient sur pied quand le 22 juillet, au matin, nous abordions Esquimali, à trois ou quatre milles de Victoria, dans l’Ile Vancouver.
C'était, l'anniversaire de mon baptême, : Ce fat avec joie que je. dis la sainte messe, dans la jolie.chapelle. des bonnes sœurs de Ste. Apne. L’allégresse fut au moins aussi grande pour les
Religieuses de ce couvent, à la vue d'anciennes oémpagnes qui venaient leur aider à porter le fardeau de lenseignement. Mgr. Demers, le digne: Evéque du diocèse, donns aux ecclésiasquesuns hospitalité tout-à-fait canadienne. Nous visitämes la cathédrale de ‘St, André ; eïle est humble, maïs bien finie et bien tente. Cinq à six cents personnes peuvent s'y assembler pour les: offices.’ Victoria est une belle ville de 1500 à 2000 habitants. y a de beaux édifices publics ; éntre autres dla Cathédrale anglicane et de superbes magasins. Les principales rues sont'très-propres. Il y a un magnifique pont, jeté sur un bras de mer, en dehors de la ville, qui à dû coûter plusieurs: mille louisi Le seul jour de relais que nous eùumes à Victoria fut rapidement passé, et le soir nous quittions avec:chagrin cetendroit charmant. C'était notre dérnière étape avant d'arriver à Portland, en Orégon, terme de notre long voyage: Ensdeux jours, nous étions à l'embouchure de la rivière Colombie ; il fallut attendre la haute marée et là lamière du'jour avant de teuter de passer la barre; l’affreuse et dangereuse barre,rémplie de rescifs. : Je remarquerai ici, que lès vapeurs de la compagnie d’Orégon font:un voyage de San Francisco-à Portland ét à Victoria, et le suivant. à Victoria d'abord, puis à Portland. Nous nous trouvions par hazard, dans le bateaw qui se rendait à Victoria en premier lieu, c'est ce qui explique pourquoi nous fimes quatre cerit milles de'trajet, hors la route ordinaire, Nous w’en
fûmes pas fâchés, GE SES DEUST
:Nôus ‘traversâmes la barre ‘heureusement,
puis, pendant une journée et une nuit nous remontâmes la Colombie, enchantés de la belle verdure de seB rives. De temps à autre, de jolis villages, perchés sur les flancs des montaones, nous faisaient l'effet de nids d'oiseaux. et à treize milles de Portland, nous laissâmes. le fleuve et entrâmes dans la rivière Willamette, sur la rive gauche de laquelle cette ville est construite. ;À cinq heures du matin, le canon anñônça de sa voie puissante notre arrivée et bientôt :les Révds. Poulin et Piette étaient rendus au débarcadère, Le trajet d’un mille étant parcouru, nous arrivàmes au couvent des Religieuses des SS. NN. de Jésus et de Marie. Il va sans dire que la joie des Sœurs fut sans bornes, en voyant des compagnes qui venaient partawer leurs travaüx, et surtout en présence des Révérendes Mères Thérèse. et Véronique.
Après les félicitations de bienvenne, -un salut solemnel fut chanté par Sa Grandeur, Mgr. l'archevèque Blanchet, pour remercier Dieu, des gTàces Sans noïnbre, qu'il nous avait accordées, pendant notre voyage de quarante jours et de trois mille lieues. Partis en effet, de Montréal, le 11 juin, fous ne faisions notre pos à Portland que le 25 juillet.
L'établissement des Religieuses :à Portland était assèz convañable, quoique humble, excepté la chapelle qui est un vrai bijou. Tout était dans un ordre parfait, Le couvent couronne une éminence qui lui donne une belle vue sur la ville etla rivièré à une bonne distance. Mgr. l’archevêque était logé plus que modestement ; le prêtre, 4 plus pauvre, à Québec et à Mont-
réal, s un meilleur presbytère. À la vue de l'Eglise Catholique, au centre de la ville; nous nous dîimes; voilà un temple qui parle peu en faveur de la piété’ des fidèles. Mais étant peu nombreux, ils sont peut être excusables.
La ville de Portland est située sur un plateau, qui s'élève graduellement à mesure qu'il s’éloigue de la rivière. En a:rière de la jeune cité ona du sommet &es collines, un magnifique coup-d’œil dans la direction des monts Hood, Ste.-Hélène, Raïmier, et autres pics, de la lo: re chaîne des Cascades, qui portent, dans tou 3: les saisons, une immense couronne de neige.
Portland est un port de mer, parceque les vaisseaux de l'Océan peuvent y arriver, quoiqu'il se trouve bien avant dans Fintérieur des terres. Ce-qui la rend la rivale de San Francisco pour leg affaires commerciales. La construction de deux lignes de chemin de fer, le long de la Willamette, en fait l'entrepôt du commerce de tout le pays au nord de la Califorhié. Sa population, qui n’était en 1863, que d'environ 5,000 esten ce moment de 10 à 12,000 âmes. La rivière avec ses' nombreux bateaux lui dénne un aspect agréable et animé. i | : Les bonnes Sœurs de la Providence, destinées à travailler dans le diocèse de Nesqualy, partirent le même jour de Portland et se trouvaient vers le soir, au . Fort Vancouver, au milieu de leurs anciennes compagnes. : Vancouver n’est qu'àvingt milles par eau de Portland. Ce joli village s'élève en amphithéâtre, sur larive droite de la Colombie ;. c’est sans contredit, dans ‘toût le pays situé au nord de la Californie, l’éndroit le
plus propice et le plus beau pour: y bâtir une ville grande et, florissante. Vancouver est. la résidence épiscopale. de l’Evêque du Territoire : de Washington. Là, je rencontrai un frère chéri que je n'avais point, vu depuis ‘1853. :