RENÉE
Fragment (fuite lettre du capitaine Dorsanne à Jean Z. . .
Figure-loi, mon cher vieux, que je suis depuis une quinzaine, avec ma compagnie, dans un couvent de nonnes. Il y avait là, quand nous sommes arrivés, une vingtaine de béguines et une demi-douzaine de pensionnaires, — cachées dans les caves, car les obus pleuvaient dru- Ces nonnes étaient de bonnes filles, qui n'avaient pas trop peur, et avec qui nous avons vécu pendant dix jours dans le; meilleurs termes. J'ai trouvé là une vieille sœur Rantanplan, qui a connu noire ancien « poireau » en Crimée. Mais la plus brave de toutes, la plus gentille, lafilus gaie c'était une petite pensionnaire, de seize ou dix-sept ans,
je pense, qu'on appelait mademoiselle Renée. Elle avait une petite sœur de cinq à six ans avec qui elle jouait à la petite mère de la façon la plus adorable.
J'ai conduit toute la bande à Courbevoie Fautre jour, car elles ne pouvaient rester plus longtemps dans leurs -caves. Les nonnes s'étaient habillées en « fumistes » et avaient vraiment de bonnes têtes. Comme j'allais les quitter, un obus nous siffle aux oreilles : mademoiselle Renée, qui donnait la main à sa petite sœur, enlève l'enfant et me la met dans les bras sans rien dire, mais d'un geste si confiant et avec de si beaux yeux, que je me suis senti tout chose... Il est du reste extrêmement probable que je ne reverrai jamais cette petite. Ce n'est qu'une jolie apparition que je note en passant...