LA FEMME DE MAURICE
J'aimerais mieux mourir que de voir mon Maurice Suivre un pareil exemple et pourrir dans ce]vice. Aller au cabaret le chercher! Animal!
Je porterais plutôt ma plainte au tribunal , Pour savoir s'il existe une justice au monde, Et si l'homme doit être un animal immonde.
MAURICE
Arrête-toi, ma femme, et ne suppose pas Que je veux t 'engager à faire ce faux pas. Ce brave braconnier, car je sais qu'il est brave. Etant indépendant, ne veut pas qu'on l'entrave,
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Et d'ailleurs, il n'a pas hérité, comme nous, D'un bien qui contribue au bonheur des époux.
Il n'a pas des l'en lance, étant sur le domaine
Du père et de la mère, appris comment on mène
Les bœufs et les chevaux, aux champs, à l'abreuvoir.
Sa mère n'allait pas lui laver au lavoir
Une chemise; enfant, il allait à maraude,
Quand il voulait manger. Cette première fraude
L'a conduit pas à pas à son vilain métier.
Mais ne nous plaignons pas toujours du braconnier !
Rien ne pullule autant que la mauvaise graine;
Sans lui nos champs seraient bientôt une garenne.
En somme, il est brave homme, il esl de mes amis; S'il ne faut que payer pour qu'il lui soit permis De chasser à sa guise, et d'être un honnête homme, Ma femme, si tu veux, nous prêterons la somme: Il saura nous la rendre, en lièvres et perdrix; Assez.... tant pis pour toi si tu n'as pas compris.
Comme d'un vétéran vaincu que l'on désarme , L'œil du vieux braconnier roule une grosse larme:
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La l'anime efe Afâùfice ekt âtteiïdne aussi :
Le braeoïîiM s;inglotto et dit tout luis : « Mi'ir.i ! »
^vez-vous vu pleurer de ces vieux de la vieille?
.Maurice va chercher une vieille bouteille .
D'un village nommé Guris, pour les lions soins Dont il sait entourer la vigne et les bons vins.
La femme de Maurice, et tous trois, nous trinquâmes, Moins pour boire, à coup sûr. que pour unir nus âmes Dans un doux sentiment de paix et d'union. On se quitta. ..
La lune éclairait d'un rayon Tremblottant, bois et champs ensevelis dans l'ombre, Les astres déliaient les calculs par leur nombre ; Le braconnier et moi, regardâmes le ciel.
Il sentait dans son cœur expirer son vieux fiel.
Tout à coup son barbet, en remuant la queue, Détourne ses regards de l'immensité bleue :
« Il est temps » me dit-il « de commencer mon tour « Sans adieu ! nous allons travailler jusqu'au jour. »
29 Novembre 1862.
ARGUMENT
Contrairement aux églogues précédentes, celle-ci n'a pas précisément son théâtre sur nos bords de la Saône , quoiqu'on y ;iit la veillée comme dans les autres pays de la France; mais un souvenir spécial de l'auteur et le séjour qu'il a fait longuement dans les contrées du Nord, lui ont inspiré de mettre en lumière un type qui a moins de rusticité dans la forme et qui n'est pas moins réel. En effet , dans ce qu'on appelle la vieille France, on trouve des aïeules unissant à l'habitude simple et familière de la vie des champs, une distinction parfaite qui lient de la race.
Adieu les beaux mois d'août, de septembre et d'octobre ! Novembre des rayons du soleil est plus sobre ; Cet astre s'éloignant , les jours sont raccourcis Et de brouillards épais tristement obscurcis.
D'abord il gèle blanc, la glace devient dure , Il pleuvait... il bruine, il neige; la froidure
~> ÊGI.OGUËS.
Ramène sous les toits les hommes, les troupeaux.
L'hiver a ses douceurs, c'est un temps de repos ;
La jeunesse naïve est tout émerveillée
Et bondit de plaisir au seul nom de veillée.
autant vont remuer aiguilles et ciseaux Kl. tourner bruyamment les rouets, les fuseaux, Autant vont les cœurs battre, et les langues agiles Se délier aulant, au moins, que dans les villes.
Le bétail est enclos; les poules au perchoir Donnent, et le repos accoutumé du soir S'achève lentement pour prolonger la veille. C'est vraiment trop dormir!
Faut-il <pie l'on sommeille Quatorze heures de nuit, pendant ces mois d'hiver Oii l'on attend souvent midi, pour y voir clair?
La lampe après souper jette une lueur terne; Devant l'âtre on s'enfume... Allumez la lanterne : Pourquoi laisser brûler l'huile inutilement ' On se rougi1 d'ennui, dans cet isolement, En roule! A la veillée !
A relie alerte fille Dont l'œil, comme une étoile . au bord du ciel scintille; D'éclairer le chemin...
Déjà , de tous côtés , Comme des feux follets jaillissent des clartés ; On s'appelle de loin en loin ; c'est un délire Que la gaîté rustique et ses éclats de rire.
La jeune fille a peur, on vient de l'effrayer
En lui montrant la lune au milieu d'un pommier :
Ce n'est qu'une citrouille avec une chandelle
Qui fait voir par deux trous, deux grands yeux à la belle
On veille dans rétable, en pareil lieu naquit
L'enfant Jésus, plus tard appelé Jésus-Christ.
EUl.dlil ES.
Une lampe qui peml d'une vieille solive
Vous éclaire; on s'asseoit aussitôt qu'on arrive
Sur des sièges grossiers, sur la paille ou le bois;
Les femmes font aller la langue avec les doigts Et se tiennent en cercle autour de la lumière; Les hommes, à la file ou groupés, sont derrière. Sauf le plus amoureux , qu'on voit sur le devant Venir la bouche en cœur, et, le nez à l'évent. Méditant quelque niche, et c'est lui qu'on attrappe: De son sabot mutin l'amoureuse le tape D'un coup si vigoureux qu'il porte jusqu'au cœur.
Or, l'unique foyer qui donne sa chaleur, Douce comme un reflet de lampe, à l'assemblée. C'est l'haleine des gens et des bêtes mêlée ; Ils sont dans celle étable, ainsi que sous le ciel. Unis dans un accord touchant et naturel.
Et, qu'on ne cherche pas sous ces mots l'ironie! Le chemin n'est pas long de l'instinct au génie.
De l'homme à l'animal, il existe un lien;
L'homme, en le protégeant, trouve en lui son soutien.
Sous les chevrons noircis la lampe se balance , Les vaches et les bœufs ruminent en silence, Les poules et les coqs, trompés par la lueur, Par quelque note aiguë expriment leur stupeur.
Les hommes, les vieillards, causent de leurs affaires Les filles, d'une oreille, écoutent les commères, Dont la salive sèche autant à leur babil, Qu'à mouiller leur étoupe et qu'à lisser leur fil.
Plus d'une a l'œil baissé, qui redoute d'entendre Divulguer le secret dont souffre son cœur tendre, Supposant qu'une vieille, avec ses yeux malins, D'un cœur de jeune fille éclaire tous les coins.
Enfin, pour couper court au scandale notoire Que l'allusion cause, on réclame une histoire,
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Un récit du vieux temps, sans malice et sans fiel, Qui n'attaque personne, et toutes font appel A la mémoire antique, et pourtant toujours sûre, De mère Anne.
On pourrait redouter la morsure De sa dernière dent, car son esprit narquois Garde plus d'une flèche au fond de son carquois; Mais l'âge polit tout, et son expérience La rend, sur ses vieux jours, portée à l'indulgence.
Peut-être que touchant de près l'Eternité, Elle avait entrevu sur le seuil, la bonté.
L'auditoire promit de n'être pas revêche; De la lampe qui fume on redresse la mèche.
Mère Anne attend un peu que s'apaise le bruit. Et d'un ton cadencé commence comme il suit:
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