‹ Dix égloguesChapitre 16 sur 28 · I.ABKILI.EII · texte numérisé non relu

I.ABKILI.EII

Entendez- vous dans l'air ce bruit éjouissant? On dirait un orchestre! Il faut prêter l'oreille: Quels sont ces violons?... Des murmures d'abeille.

Les voilà ! les voilà, piétinant sur les fleurs, Toutes, séparément, aux diverses couleurs, Répondant par ce flair que donne la nature À tous les ouvriers de son architecture, Aux cellules de cire en serrant le doux miel , Substituant la ruche, à la voûte du ciel.

Le vieillard cultivait des abeilles nombreuses

Que son gouvernement rendait toutes heureuses ;

Dans ce modeste enclos, sagement abrité,

Elles se gouvernaient en toute liberté,

Suivant leur instinct pur, secret du grand système

Qui rattache les fils de l'être à l'être même.

Le vieillard s'était fait de l'observation Un moyen de guider vers la perfection Son instinct épuré, son sens divinatoire.

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L'abeille dans la ruche a son laboratoire : Ces niches lui servaient de type, il concevait Une ruche idéale, et, sans cesse en rêvait.

Mais voyons-le plutôt dans l'asile rustique

Où l'hospitalité garde sa forme antique,

Sous un toit aéré, vous offrant sur le seuil,

Les aspects et les fleurs qui suffisent à l'œil :

Une vigne, un figuier, des roses du Bengale;

De simplesse et d'honneur, un parfum s'en exhale :

L'œil doux de la pensée, et le vif réséda Ne vous enlèvent point aux sommets de l'Ida ; Mais, qu'importe ! L'abeille , en passant les lutine , Et je suis amoureux du miel qu'elle y butine.

Nous entrâmes, un jour d'été, chez ce vieillard ; !l nous enveloppa de son profond regard , Et, de son cœur jaillit cette bonne parole, Comme un miel abondant d'une pleine alvéole :

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« Entrez ! Que vous faut-il? Ma maison est à vous! »

On ne rêverait pas un accueil aussi doux.

« J'ai du vin au cellier, mais le lait de mes chèvres,

. Plus pur, s'il est possible, est plus doux à mes lèvres.

c Quant à ma vache brune, à trois fois je la trais,

« Chaque jour, pour avoir crème et fromages frais ;

« J'ai quelques saucissons au saloir dans l'attente

« Du voyageur, en marche, il faut qu'on se sustente,

« Suivez votre appétit ; pardonnez si je bois

« Du lait, et si je mange avec mon pain des noix;

« A notre aise! »

On fêta, non sans choquer le verre, Son accueil, et l'on but à ses longs jours sur terre.

Lorsque suffisamment on se fut restauré, 11 s'agit d'aller voir l'abeiller, lieu sacré Où, ce noble vieillard éloignant les embûches, Les abeilles vivaient heureuses dans les ruches.

« J'entrerai le premier, dit-il, en homme expert. » Car l'accès des essaims n'est pas à tous ouvert ,

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Ce sont des garnisons avec des sentinelles, annonçant le danger par des roulements d'ailes Qui mettent chaque ruche en révolution; Et lui n'y produisait que douce (''motion. Redoublement d'ardeur au travail, bruit de fête; L'abeille vénérait cette admirable tête, A l'égal de sa reine; il avait ce pouvoir Que donne la vertu mariée au savoir.

Et nous en subissions l'invincible prestige, Désireux d'en garder en nous quelque vestige.

Il nous fit voir comment le miel s'élaborait, Formé de tous les surs des fleurs, dans le secret De la ruche, gardé jusqu'il l'œuvre finie, Comme l'artiste fait des fruits de son génie.

C'est merveilleux à voir ce long enfantement, Et l'ordre harmonieux de ce gouvernement ;

1! nous fit contempler à part chaque cellule, Celle où s'enclôt le miel, celle où l'essaim pullule

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Le ver d'abord, la nymphe, et, dans .s;» majesté, La reine qui gouverne et pond en liberté.

Il nous fit un récit épique de leurs guerres Avec les lourds frelons aux abeilles contraires, Et de l'étouffement clandestin des petits Qui peuvent à la reine opposer des partis.

Or, l'application de cette loi fatale Nous troublait; nous cherchions le fd de ce dédale; Et lui nous répondait par ces mots les meilleurs : « Ce que l'on tue ici , se reproduit ailleurs. »

Un de nous essaya du bout de sa baguette De toucher à la ruche, et de prendre en cachette, Comme fit Jonathas, de ce miel savoureux... Le vieillard dit : « Il reste, en quelque chêne creux, « Un peu de miel sauvage ; au ravin coule une onde; « C'est pour le pèlerin que cette source abonde. « L'aiguillon du besoin ne se fait point sentir. « Et celui de l'abeille aurait droit de punir, « Ici... »

Cette leçon (l'une voix grave et douce Fut prise en lionne part; quand une jeune pousse, Trouve une habile main qui sait la redresser, L'arbre en sera plus droit : qui peut s'en offenser?

Par ce groupe inconnu qui foirait leurs retraites, Les abeilles semblaient à la longue distraites Et cessaient leurs travaux, comme en ces ateliers, Où l'on voit des oisifs qui sont trop familiers.

Le vieillard dirigeant notre troupe nomade, S'offrit à nous guider dans une promenade, A travers prés et champs et bois, laissant toujours Se dévider sans art le lil de ses discours.

11 nous conta comment il aimait les abeilles; Leurs longs travaux avaient favorisé ses veilles; Par le prix de leur miel, nourri dans cet air pur, Il rêvait, il pensait, il contemplait l'azur, Il était ii la luis leur maître et leur élève; Elles l'aidaient souvent à préciser son rêve;

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Les suivant sur les fleurs, il avait découvert Aux plantes des vertus dont le secret se perd.

Pour soulager un peu sa mémoire fidèle, J'osai de questions aiguillonner son zèle :

MOI

Comment vous est venu ce louable dessein D'appliquer votre étude aux travaux d'un essaim?

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