‹ Dix égloguesChapitre 6 sur 28 · LE RETOUR DE PETRIS · texte numérisé non relu

LE RETOUR DE PETRIS

Tout ce qui remuait , de la cour à l'étable . Les poules picotant les miettes sous la table , Etaient de son domaine , et , les enfants venus A sa voix . en haillons, propres et demi-nus, Un garçon déjà grand , l'aînée à la fenêtre, Qui cousait ; tout cela respirait le bien-être.

Il sortait de ce groupe ingénu , familier , Une émanation de bouquet printannier.

On me les présenta d'un bloc , puis par rang d'âge, Ensuite, on désigna d'un nom chaque visage Qui me tendait sa joue, et, j'en étais flatté. Pour moi . c'était jouer à la paternité ; Dans les yeux de la mère , et dans ceux de Maurice , Je voyais approuver cet innocent caprice.

La mère, en un clin d'œil , mit un linge grossier , Mais exquis de senteur , sur la table en noyer : On tira du dressoir, presque aussi noir que l'âtre, Une antique vaisselle en faïence bleuâtre,

"20 ÈGLOGUES.

Peinte en vert perroquet, en gros rouge, en azur; Le ton était grossier, mais le fond était pur.

Un saucisson surprit nia narine gourmande

D'un vif parfum de thym , de poivre ci de lavande:

Dans une blonde crème, un fromage baignant, Un melon frais coupé, lout fondant et saignant, Des fruits de leur verger, des raisins de leurs treilles. Un pain bis savoureux à tenter des abeilles, Une jaune salade, en un vieux saladier, M'invitant , l'hôte ému ne se fit point prier.

Un vin clair arrosa (U^ récits pleins de charmes . Où le rire éclatait, puis, se mouillait de larmes : Les souvenirs lointains, les parents regrettés, Les essaims disparus des plus fraîches beautés. Les naissances, les morts, surtout les mariages. Les scandales d'amour, et tous les commérages.

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