LE RETOUR DE PETRHS
Je leur disais la ville et ses sourds mouvements, Ce qu'on nomme le monde avec ses chatoîments , Ses décevants plaisirs, tant suivis de fatigues, Ses trames, ses complots, ses ruses, ses intrigues.
Je voyais frissonner l'auditoire naît.
Comme un pâle nocher, quand il touche au rescif.
Je m'accusais tout lias d'amasser des nuages Dans cette zone bleue étrangère aux orages.
L'esprit est ainsi fait, il lui faut tout savoir. S'il nage dans l'azur, il veut sonder le noir.
Pour ramener le calme, en cette humble demeure Oii l'amitié coupait ses deux ailes à l'heure. Je priai de chanter mon mâle amphitryon . Qui , sans cérémonie , et , sans prétention . De son gosier de coq, enflant toutes les veines , Fit jaillir et vibrer ses notes les plus pleines.
Que j'avais de plaisir à ee chant aaturel . Primitif, sans apprêt, pur comme l'eau du ciel
Sans savoir le bémol . le bécarre ou le dièze, Un simple paysan vous fail tressaillir d'aise. Tout son mérite ^rit dans sa simplicité.
Je voulus que sa femme, après lui, par bonté Consentît à nous dire une ancienne romance, Dont le mérite est tout dans une souvenance, Comme celle qu'un jour de douce émotion, Notre Chateaubriand ennoblit de son nom.
Sun âme s'envolait de ses lèvres riantes, Comme un vol de colombe, avec des variantes Dont sauraient s'inspirer Meyerbeer, Rossini; La mère soupirait la chanson de son nid !
Après elle, ce fut le tour de son aînée.
De ses beaux dix-huit ans fleurie et couronnée.
LE RETOUR DE l'ETIUS. 20
L'églantine et l'oiseau cachent clans le buisson', La fleur , sa couleur rose, et l'oiseau , sa chanson ;
Elle se lit prier, rougit, eut des excuses,
Que le moins innocent aurait pris pour des ruses.
Une fille naïve est coquette parfois.
Et vous fait désirer son cœur, avec sa voix.
Attiré par ce chant jusque sous la fenêtre . Un groupe curieux applaudit sans paraître.
Un garçon, plus hardi, se montra le premier, Puis d'autres à la file, enfin, le groupe entier, Composé de vieillards, d'enfants, d'hommes, de femmes. De filles, de garçons, bons cœurs et belles âmes, Qu'attiraient cette voix et ce nouveau venu . Ce revenant, plutôt ; Petrus n'était connu Que de ceux qui l'avaient pu voir dans son enfance; Tous voulaient renouer, ou faire connaissance.
30 ËGLOGUES.
Il étail . disait-on, un chanteur renommé, Comme enfant iln village, étant surtoul aimé, Il ilui subir l'assaul de toutes les prières.
« Chante I » loi disait-on, au cliquetis des venus: Lui , se sentait brisé par son émotion , El cherchait, vainement, une diversion ; Un nuage montait de son cœur à sa vue. Et troublait à ses yeux cette joie imprévue.
Apaisant de ses pleurs le flux et le reflux .
Il leur dit : « Mes amis, non je ne chante plus;
« La corde de mon luth esl brisée , et j'arrive .
« Avec mon cœur éteint, ici pour qu'il revive.
« Vos cloches que j'aimais, n'ont plus pour moi qu'un glas.
« Ma vigne qui se meurt , cherche un vieil échalas.
« J'ai voulu voir vos prés, vos pampres, vos luzernes,
« Retremper à vos Ilots si purs, nos mœurs modernes.
« L'aspect de vos labeurs . les jeux de vos enfants.
« Ces sourires voilés, ces rires triomphants,
« Que je vois , frais éclos sur ces lèvres de rose ,
« Otent sa teinte sombre à mon humeur morose;
LE RETOUB UK PETRIIS. .'il
La joie et la gaîté des amis d'autrefois ,
Ainsi qu'une éclaircie au plus profond des bois.
Ouvrent devant mes yeux les longues perspectives :
« Du rocher de mon cœur jailliront des eaux vives ; « Que je reste avec vous encore un peu de temps , « Et mes chants réveillés salûront le printemps. »
Ljon, quai Saint-Clair, li octobre 1862.
ARGUMENT
Qui n'a entendu vanter les rives de la Saône, à l'égal des plus beaux sites? La nonchalance de la rivière , la douceur du climat. la variété d s points de vue, la fertilité du sol , l'abondance des eaux, l'aspect animé du vignoble, le pittoresque des montagnes et, je le dirai, l'aménité des habitants, en font un petit coin réservé, où l'on goûte le calme sans éprouver d'ennui. Il s'y produit à chaque instant de petites scènes qui prêtent au développement de l'églogue. Celle-ci a été inspirée par le contraste de deux caractères, que l'auteur a, pour ainsi dire, calqués sur nature (2).