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Saint-Boniface est le pied-à-terre de tous les missionuaires qui ont visité la baie d'Hudson, depuis la conquête du Canada par les Anglais.
De Montréal à Saint-Boniface il n’y a pas moins , de huit cents lieues; mais mon ardeur ne calculait pas les distances, — et le 25 août, c’est-à-dire huit jours environ après mon arrivée, je m’embarquai sur le lac Ontario.
Ce lac, élevé de 672 mètres au-dessus du niveau de l'Océan, a environ 800 kilomètres de circuit; c’est un des plus beaux lacs et des plus facilement navigables du Canada.
Ce ne fut cependant pas sans une certaine émotion que je mis le pied sur le vapeur qui devait me transporter si loin. J'étais seul de Français au milieu d’une cinquantaine de passagers aux allures peu cordiales, . et dont je ne comprenais pas les diverses langues ; mais j'étais sûr du respect de tous, avec ma robe de prêtre et ma croix de missionnaire.
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Le soir de la deuxième journée nous touchâmes à Gallena, petite ville située sur le bord d’une rivière dont elle porte le nom. — Là, une grande joie m'attendait : Une famille chrétienne du Canada, la seule qui habitât cette cité, ayant connu mon arrivée, vint me chercher, et je passai auprès d'elle une soirée délicieuse.
Le lendemain je m’embarquai sur le Mississipi et je fis voile pour Saint-Paul, petite ville située sur le bord de ce fleuve.
Saint-Paul n’était composé, à cette époque, que de quelques cabanes de pêcheurs et de chasseurs; aujourd’hui cette paroisse compte dix-huit mille âmes, et tend chaque année à s’accroître davantage.
Dans le vapeur se trouvait M. de Luto, fils du premier Français qui ait habité cette ville, qu’ila, on peut dire, fondée. Ce fut là pour moi une rencontre bien douce, à une pareille distance de la Franc: : i: me semblait voir, dans ce compagnon de rou'‘c. ::: frère que la Providence m'avait réservé, comme pou‘ me dire que la France catholique est partout.
M. de Luto me donna des détails sur les lieux que nous traversions, il me parla beaucoup des missionnaires.
« Malheureusement, me dit-il, l’Europe ne se . « doute pas assez du bien immense que pou.rient « faire ici les missions, si nous en avions en plus « grand nombre, et si elles avaiert pius de moyens « pécuniaires. — Seul, ie cathnlicisme pourrait
uchâmes à ’ « régénérer ces peuples, que la barbarie tend à rd d’une : ; k Este « faire disparaître du monde. »
6 Ces paroles enflammaient mon ardeur.
enne du , de Enfin, après une heureuse navigation de trois nt connu k à $ LU à à jours, nous arrivâmes à Saint-Paul, où je quittai ai auprès
mon bienveillant compagnon, qui désorsnais était un ami pour moi.
J’eus encore la consolation de trouver là un ami, dans la personne du seul missionnaire qui alors évangélisât ces vastes contrées. C'était M. Raoux, actuellement grand-vicaire de Monseigneur Grâce, évêque de Saint-Paul.
sissipi et ituée sur
1e, que de
eurs ; au- V
Ii y avait environ deux mois que j'avais quitté
o, fils du la France; jusqu’à ce moment, j'avais voyagé assez
re cormmodéinant, sur les vapeurs de Ja Compagnie de
| contre la baie d Hudson; mais aujourd'hui, pour me rendre
nb: il à Saint-Boniface, j'avais à traverser des déserts et
MG un des prairies immenses. J'allais me trouver enfin en
nme pouc plein pays des sauvages. ;
Et. Je demeurai trois semaines environ à Saint-Paul,
lieux que le temps de former une éaravane et de chercher un
Hé os guide, puis nous partimes sur des charrettes trai-
nées par des bœufs.
bi: “vdi: : Notre caravane se composait 18 Canadiens et de
dirontés sauvages métis, La plupart de mes compagnons Det D avaient reçu lc baptême, et j'étais en sureté au mi-
s en plus lieu d’eux.
e moyens
pourrait
internet crime
Nous étions en route depuis deux jours à peine, que la neige commençait @éjà à blanchir le sol, un
. vent froid aveuglait les bœufs et les arrêtait souvent.
Le huitième jour, à la nuit tombante, nous débarquions à l’/le au Corbeau, où, pour la première fois, je dus coucher sur la neige ; mais, arrivé là, le guide
signifia qu’il ne voulait p'as faire un pas en
ava.t de peur des sauvages. En effet, à peine étions-
nous en repos, que prés de trois cents sauvages, en état d'ivresse, nous environnèrent en hurlant.
J'avoue que j'eus quelque frayeur; mais j'étais certain que Dieu veillait sur son missionnaire.
Quand le jour fut venu, les sauvages, qui avaient hurlé et fait des libations toute la nuit, s’approchèrent de notre caravane, avec des dispositions peu hostiles en apparence. Celui qui paraissait être leur chef s’approcha de moi, et, avec force gestes, me fit comprendre qu’il voulait que j'’allasse boire avec eux. Un métis de nos compagnons, qui comprenait la langue sauvage, eut beau lui dire que ie père ne buvait point de liqueur forte, l’enragé sauvage fut si opiniâtre dans 5on idée, que, bon gré, mal gré, pour couper court à sa panlomime, j’accédai à ses désirs, et, prenant la chose en plaisanterie, je lui fis dire par mon interprète improvisé que je boirais à sa santé.
Le sauvage, flatté de la condescendance du père, se retira parmi les siens. Quelques instants après, je me dirigeais vers le groupe des sauvages, et
à peine, > sol, un Souvent.
1S débarière fois, le guide n pas en Le étionsages, en n{.
is j'étais ire.
i avaient )prochè- >ositions sait être > gestes, se boire ui come que ie agé sau- Jon gré, , J'accéanterie, que je
lu père, s après, ges, et
je tenais la promesse que j'avais faite à leur chef.
Enfin, ces voisins incommodes disparurent; ils se contentèrent de nous voler deux bœufs. — Dieu soit loué, me dis-je quand ils furent partis, voilà une rencontre qui est d’un bon augure pour moi : — J'ai vu les sauvages, j'ai fraternisé avec eux, j'ai bu à leur santé!
Nous restämes quatre jours à l’Zle au Corbeau, n’osant plus aller en avant, de peur de plus fâcheuses rencontres, lorsqu'’enfin arriva une autre caravane venant de Saint-Louis, et nous nous remimes en roule avec elle.
Trois jours après,.et au moment où nous venions de dételer nos bœufs, nous fûmes épouvantés par une nouvelle alerte.
— Les Sioux, les Sioux! — crièrent nos guides.
Les Sioux sont les plus méchants de tous les sauvages de ces contrées.
Aussitôt toutes les charrettes sont mises en rond, comme pour nous en faire des remparts, — nos voyageurs armés se placent au milieu, prêts à faire bonne contenance. Toute la nuit la caravane fut sur pied de guerre; mais, au lever du soleil, nous ne vimes pas trace de sauvages.
C'était une fausse alerte.
Nous reprimes alors notre marche à travers les bois et les prairies, satisfaits d’en avoir été quittes pour la peur.
Jusqu'à ce moment, je n’avais couru aucun danger réel, lorsque, le surlendemain, un accident auquel je ne m'attendais pas, n’ayant souci que de la rencontre des Sioux, me rappela que le danger est souvent où nous le voyons le moins.
A un passage appelé Détroit des Deux-Lacs, la charrette sur laquelle j'étais monté versa, mais si précipitammentet d’une manière si complète, que je fus précipité la tête la première au centre d’un bourbier ; un instant je crus que j'allais être étoufté, ayant sur moi la charrette chargée de plus de huit cents livres. Un enfant qui suivait l’attelage criait :
— Le père est perdu, — le père est perdu!
— Non, le père n’est pas perdu, pensai-je, celui qui m'envoie me soutiendra et me sauvera.
Et, faisant un suprême effort, je parvins à soulever le poids énorme qui pesait sur moi. Avant que les voyageurs eussent accouru à la voix de l’enfant, je me trouvais debout, à côté de la charrette. |
Ici, je dus remercier Dieu de m'avoir donné en partage une grande force corporelle.
Enfin, le 8 novembre, c’est-à-dire cinq mois depuis mon départ de France et trois mois depuis mon départ de Saint-Paui, j'arrivaià Saint-Boniface, sur ia Rivière-Rouge, où je fus reçu par Monseigneur Provencher, premier évêque de cette résidence.
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