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CHAPITRE III

La chasse des buffles. — Cent ving-cinq chasseurs suivis de leurs familles. — Le missionnaire est nommé général en chef de l'expédition. — Comment on chasse les buffles. — Une messe dans le désert. — Rencontre des Sioux. — Menace de guerre. — Le missionnaire parlemente avec les Sioux. — La paix est conclue. — Les deux camps se réunissent. — Le calumet de paix. — La guerre menace de se rallumer. — Les Sioux s’apaisent. — Rentrée à Saint-Boniface.

C'était vers la fin du mois d'août, — les chasseurs devaient partir pour la chasse du buffle. — Or, com-

me ces chasseurs vont au loin, dans les prairies, avec leurs femmes et leurs enfants, je m'offris pour les accompagner,

La chasse se composait de cent vingt-cinq chasseurs à cheval, suivis de leurs familles, conduisant environ onze cents charrettes attelées la plupart de bœufs, quelques-unes de chevaux.

L'organisation de ces sortes de chasse est trèspittoresque.

Les chasseurs, tous à cheval, armés de fusils et d’un grand coutelas pendu à la ceinture, marchent devant en bon ordre. Les charrettes, conduites par les femmes, les vieillards et les enfants, suivent au petit pas gardant une assez grande distance. Les chefs de la chasse — quatre capitaines — galopent en tête,

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traçant ainsi le chemin à suivre et cF: chant à découvrir les troupeaux de buffles. C’est une véritable organisation militaire.

Quant à moi, j'avais reçu le titre de général en chef de l'expédition, et je fermais la marche, à cheval sur un vigoureux Coursier.

La première soirée de notre départ, nous établimes notre campement sur les bords de larivière Pimbina. En moins d'une heure, cent vingt à cent trente loges étaient construites, les chevaux attachés aux arbres broutaient l'herbe de la prairie, et les familles réunies prenaient leur repes.

Les loges sont des tentes faites avec des peaux de buffles : leur forme est conique, le foyer se place au milieu, et par le haut s'échappe la fumée.

Le lendemain, au lever du jour, les chefs de chasse montaient les premiers à cheval et annonçaient l’heure du départ. — Bientôt le village, improvisé la veille, avait disparu, et les chasseurs étaient en marche.

Nous marchions ainsi depuis trois jours sans rencontrer les buffles. Au milieu de la nuit de la quatrième journée, et comme je dormais profondément, j'entendis plusieurs voix crier ce mot si terrible aux voyageurs endormis :

— Lève, lève! — Waniskak, waniskak! Tout le monde, éveillé par ce cri redoutable, est bientôt sur pied. Les chasseurs emjambent leurs chevaux, les femmes et les enfants attellent les charrettes, et nous partons.

Les capitaines avaient entendu les vieux bœufs 1, indices certains que bientôt nous arriverions à la bande des vaches.

Nos chasseurs tuèrent quelques-uns de ces vieux bœufs, se promettant bien d’être mieux nourris le lendemain.

Vers la fin de la journée, nous arrivâmes au lac des Cygnes, et là je fus témoin d’un spectacle encore inconnu pour moi: j’aperçus le fort succombant avec rage à sa faiblesse.

C'était un vieux bœuf affaissé dans un bourbier, qui, les yeux ensanglantés par la colère, s’efforçaiten vain de se relever. Ma première pensée fut de descendre de cheval el de voler à son secours; mais, prévoyant mon imnuissance, je l’abandonnai à son malheureux sort.

Bientôt après, nous dressions denouveaulestentes et notre village ambulant était improvisé. C'était un samedi.

Le lendemain, le ciel était témoin d’un spectacle digne de lui : tout cepeuple, réuni autour de matente transformée en autel, assistait au saint sacrifice de la merñse, et ces lieux solitaires retentissaient de la parole de Dieu.

Nous repartimes, les chasseurs pleins d’espcir de rencontrer bientôt les buffles.

Tout à coup, vers la troisième heure de l’aprèsmidi, la voix des capitaines se fit entendre :

— Les buffles, — les buffles ! — criaient-ils.

1 On appelle vieux bœufs les buffles qui, ne pouvant plus marcher, sont délaissés par les jeunes et finissent par mourir sur la route,

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J'étais en ce moment sur un tertre assez élevé, à un demi-kilomètre à peu près en avant des chasseurs.

Je porte mes regards du côté d’où venaient les voix, et j’aperçois dans le lointain comme destaches noires qui se mouvaient.

C'était un immense troupeau de buffles. Au même instant, les cent vingt-cinq cavaliers passent à mes côtéscomme un éclair, et je me précipite à leur suite.

Arrivés à deux portées de fusil du troupeau, les chasseurs s’arrêtent et les capitaines dressent les plans de la bataille.

Les buffles, que j'évaluai à deux mille environ, se trouvaient au centre d’une immense prairie,

Nos chasseurs forment subitement un vaste cercle, et, au signal donné, ils se précipitent sur le troupeau.

Ce fut pendant quelques heures une mêlée épouvantable, Les bufflles effarc: cherchaient à se frayer un passage à travers le réseau de feu et d’acier qui les enlaçait. Le râle de ceux qui expiraient se mélait aux beuglements de ceux qui cherchaient à fuir, et, chaque fois qu’une victime tombait, on entendait un cri de joie parmi cette armée de chasseurs.

La moitié du troupeau avait pu s'échapper: huit cent trente buffles restèrent sur le champ de bataille.

Dans la soirée, nous dressions nos loges au bord d'une rivière, et le lendemain les buffles étaient dé pecés et les viandes préparées.

nppesenrtonsieepinemeens

On fait de cette viande des espèces de pâtés fortement épicés et salés, qui se conservent très-bien, et dont ces peuples sont très-friands.

Deux jours après, nous eûmes la rencontre d’un troupeau plus cons'dérable, et bientôt nos charrettes étaient chargées üe plus de deux mille buffles,

| IV EL Un jour, nous étions campés sur les bords d'un [LH petit lac. Tout à coup un cri se fit entendre : — Les | ji | Sioux, les Sioux!

| | El | A ce sinistre avertissement, nos chasseurs s’em- | | {1 pressent de courir à leurs armes, et tout le monde | qu || sort des tentes.

h || Une bande de sauvages Sioux, en effet, apparaissait dans le lointain, se dirigeant du côté de notre campement.

Les quatre capitaines et moi nous montons à cheval. Il est ordonné à notre monde de rester calme. | Voulant nous assurer d’abord des dispositions des All |! sauvages, nous allâmes à leur rencontre. Le chef | de la bande siouse nous aperçut et nous nous ark | rêétàmes.

(| Aussiiôt nous le vimes venir à nous, au triple galop : de son cheval, en agitant son calumet en signe de 14 paix.

| | à — Mort aux Sauteux,— paix aux métis! — nous [)

cria le chef sioux aussitôt qu’il put se faire en- [ER LL tendre.

El —Paixaux Sioux! —répondimes-nous en chœur.

Qi Le chef sioux nous apprit alors qu’ils étaient à la

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