‹ Dix-huit ans chez les sauvages [microforme]Chapitre 38 sur 100 · PEER EN AE · texte numérisé non relu

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mes au pied d’une côte escarpée. Comme nous devions partir le lendemain dans la matinée, la barque fut ainarrée à un petit îlot de sables à peine élevé de quelques centimètres, au-dessus de la surface de l’eau, et là nous dressâmes nos tentes. C'était un samedi soir, veille de la Pentecôte.

Et voilà que pendant la nuit, le cielse couvre de nuages, un vent orageux se lève faisant rebrousser la rivière vers sa source. Bientôt la pluie tombe par

. torrents, et l’ilot où nous nous trouvons est inondé.

Mes deux sauvages rivalisent de zèle pour me pré-

Server de l’eau. Ils coupent des branches de saule

et les étendent dans ma tente, formant ainsi un échafaudage sur lequei je me Lilottis péniblement. Mais l’eau montait toujours. Ils mettent branches sur branches, en mettent encore, jusqu’à ce qu’ilne reste plus qu’un petit espace tout à fait au haut de la tente... L’eau continuait de s’élever.

Ne pouvant plus exhausser ce parquet d’un nouveau genre, mes deux sauvages vinrent se placer à côté de moi, s’estimant heureux, disaient-ils, d’être noyés près de leur père.

Un instant nous fûmes obligés de nous tenir debout... Le niveau de l’eau s'était considérablement exhaussé... Et la tempête grondait toujours, et toujours la pluie tombait à torrents. — O mon Dieu! disais-je intérieurement, permettrez-vous que je meure ayant encore si peu fait pour votre gloire?

Parfois mes deux compagnon: se désespéraient ; et je relevais leur courage en leur montrant ma croix de missionnaire.

— Vous mourrez martyrs de votre dévoyruent à

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or

votre père, leur disais-je, et celui qui est mort pour vous sur cette croix vous récompensera, Et quand je les voyais plus abattus encore :

— Ne craignez rien, disais-je, le missionnaire ne meurt point, et vous êtes avec moi.

Comme nous n'avions aucune espèce de nourriture, mes sauvages avaient pratiqué un petit trou au haut de la tente, et quand les oïes ou les outardes tombaient abattues par la tempête, ils parvenaient à en tuer quelques-unes. Nouslessaisissions au moyen d’une longue perche, et nous les mangions toutes crues.

Pendant trois jours et quatre nuits nous restâmes dans cette horrible situation.

Non, le missionnaire ne meurt point. Dieu veillait sur lui, car Marie protégeait son enfant. Après une dernière nuit de souffrances et d’anxiété des plus cruelles -— nous vimes que la rivière avait diminué : l'orage ne grondait plus. Nous pûmes alors desc re denotre échafaudage de branches etsortir de 1: ::.e. n'ayant de l’eau qne jusqu’à mi-jambe.

Le cie: était redevenu clair, les oiseaux dans les forêts voisines chantaient la gloire de l’astre du jour qui se levait radieux derrière la cime des grands arbres.

Notre frêle esquif était remis à flot; à chaque instant nous rencontrions des volées d’oies et d’ou-

tardes ; ces oiseaux élaient tellement joyeux de voir le beautemps qu'ils semblaient avoir perdu l'instinct de leur conservation, aussi mes sauvagesen profitèrent-iis pour en tuer un grand nombre: en moins de

deux heures nous en avions une trentaine dans

notre canot.

Le soir nous reposions nos mernbres fatigués sur une belle pelouse, oubliant déjà les souffrances passées, quand nous entendimes à deux pas de nous une voix qui disait :

— Tous nos fr. sont dans l’impatience, et le parleur du bon Dieu ne paraît pas encore; lui serait-il arrivé quelque malheur ?

A ces mots, je vis mes deux compagnons se lever, puis je les entendis pousser un gros éclat de rire.

C'étaient deux sauvages qui venaient à ma rencontre et qui, me voyant si attardé, faisaient ainsi leurs réflexions tout haut.

Mes deux compagnons les appelèrent. Qand les deux nouveaux venus m'aperçurent, ils tombèrent à genoux, comme frappés de la foudre.

— Père, me dirent-ils, quand leur émotion leur permit de parler, nous étions impatients de te voir, nous avions faim de ta parole; c’est pour cela que nous sommes venus, sachant ce que tu avais promis l’an dernier à nos vieillards,

Nous parlimes le lendemain matin vers neuf heures, avec ces nouveaux rameurs. — Nous arrivâmes bientôt aux cinq branches de la rivière, -et

le grand lac des Esclaves se déroula à nos regards avec ses myriades d’ilots verdcyants.

Avant de traverser la dernière baie qui nous séparait du fort Résolution situé sur l’autre rive du lac et où se trouvaient réunis les sauvages, nous fimes halte, car le vent me paraissait trop violent pour hasarder le passage.

Cette multitude d'hommes, venus presque de tous les postes du district du fleuve Mackensie,étaient cam. pés sur l’autre bord, impatients de me voir ; je demandai à mes conducteurs s’ils croyaient qu’on püût passer : eux qui autant que moi étaient désireux d'arriver, dissimulant le danger à mes yeux, me dirent qu’à la rigueur on pouvait le tenter.

Mais à peine avions-nous fait un demi-kilomètre que, n'étant plusabrités parlesiles circonvoisines, et un vent affreux soulevant les vagues, nous vimes notre canot battu affreusement. Déjà de grosseslames avaient innondé le frêle esquif que je tentais vainement de vider; je sentais le canot plier devant les flots courroucés ; la poupe et la proue menaçaient de se réunir; nous allions être engloutis... — Mes compagnons épouvantés s'écriaien t :

— C’est en vain que nous luttons et que vous cherchez à vider le canot, nous sommes perdus.

— Ayez confiance, leur répondis-je,

Sortant en ce moment suprêmeune petite statuette de la sainte Vierge, qui ne m'a jamais quitté et m'a toujours protégé, je leur dis :

— Voici la protectrice des voyageurs, c’est notre mère, meltons-nous à genoux et laissons aux vagues la liberté d’agiter notre canot.

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À | Roc Nousavionsà peine commencénotre prière queles À po | seize cents ou dix-huit cents sauvages qui nous regar- | Fi daient venir, en poussant des cris de terreur à l'aspect HN np denotrelutte désespérée,s’agenouillèrentinstinctiveje nt ment sur le rivage en faisant le signe de la croix, seul 1 É À k, signe religieux qu’ils connussent encore ; ils sem- ; (É ur … blaïent ainsi unir leurs prières aux nôtres. . .

Î (E: Er | . . . . . . . . . . . . . . à + k IE dar Quelques instants après le vent se calmait et nous | Dr nee élions hors de danger.

HN ter Je m'écriai alors, dans an transport de reconhe naissance :

| (le — Quel est celui, quelle est celle qui nous pro-

(RE: tége ? Les vents et les flots lui obéissent.

Hd Bientôt nous abordions au petit quai en avant du NÉE

hi … fort Résolution.

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