‹ Dix-huit ans chez les sauvages [microforme]Chapitre 47 sur 100 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Le rêve est devenu réalité. — La mission est assurée pour l’avenir. — Le missionnaire est proclamé par les sauvages le nelit f'aiseur de terre, — Projet d’un voyage chez les Castors,

C'était en 1859, il y avait près de dix ans que j'étais arrivé à Atthabaskaw, seul et ne connaissant ni les mœurs, ni les coutumes, ni les langages des peuples qui fréquentaient ce poste.

Mes longues veilles d’études avaient porté leur fruit, À force de persévérance, j'étais alors parvenu à approfondir ces différentes langues sauvages, que nul étranger encore n'avait pu apprendre et qu’il fallait savoir, sous peine de reprendre le chemin par où j'étais venu.

Mon désir de créer sur cette place une mission qui pût rayonner sur tout l’extrême nord du continent américain, s'était accompli, mon rêve s'était presque réalisé.

La première année j’avais construit une maison et une chapelle ; la seconde année j'avais transformé les marais en champs fertiles et en jardins; la troisième, je construisais une nouvelle église, une nouvelle maison et cuisine, une étable,une autre maison pour les engagés de la mission, puis j’entreprenais enfin une grande église qui, sur cette plage, peul passer pour un véritable monument et que j'avais terminée après quatre ans de travail.

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Quelle différence du jour où j'étais arrivé à Atthabaskaw ! Maintenant en ceslieux déserts si longtemps, une population considérable venait s’agglomérer. Chez ces hommes, qui désormais se regardaient comme des frères, le christianisme avait remplacé l'idolâtrie, la barbarie avait fait place à la civilisation, et quand les tentes se dressaient autour de mon établissement, quand la cloche se faisait entendre, ce n'étaient pas des peuplades sauvages qui étaient là réunies, c'était une société de chrétiens.

Quel triomphe pour la religion!

Quelle joie pour le ciel!

Quelle consolation pour le missionnaire !

Sous le rapport matériel, la mission était désormais assurée de l’avenir. J’avais pu engager des sertiteurs, sans crainte de ne pouvoir les nourrir, Dans les champs que j'avais créés, les pommes de terre poussaient à merveille, l’orge nous promettait une récolte, des vaches à lait étaient à l’étable, et nos chiens, si utiles dans ces contrées, se multipliaient.

En autourne 1858 nous récollions 150 sacs de pon.mes de terre, 70 sacs d'orge el un peu de froment : éta..e renfermait des bœufs, des vaches et des : :,evaux.

Les saw ages, habituellement si pauvres, et dont ‘ambition se borne au bien-être que leur procure la chasse ou la pêche, étaient grandement surpris de tout ce qu’ils voyaient, aussi ne m’appelaient-ils plus

Que : LE PETIT CRÉATEUR, Ou, pour mieux dire, LE PETIT FAISEUR DE TERRE.

A Dieu ne plaise que je me glorifie dans ces souvenirs ! les œuvres de la foi ne sauraient être dominées par un motif humain.

Est-ce à l’instrument de s’altribuer l’œuvre de celui qui le met en mouvement ?..

Mais je n’ignorais pas que j'avais été envoyé en ces lieux, non pas uniquement pour bâtir des maisons, construire des églises, drainer des marais el ensemencer des champs.

J'étais venu, surtout, pour répandre la semence évangélique, et si Dieu m'avait donné l'intelligence des langues sauvages, ce n’était pas pour ma gloire, mais pour la sienne. Le moment était donc arrivi pour moi d’aller faire entendre sa parole, un peu partout, dans ces immenses contrées, d'aller pré: cher la bonne nouvelle aux nations encore ensevelies dans les ténèbres de l'ignorance.

Confiant donc en Dieu, plus qu’en moi-même, je résolus de visiter tour à tour les tribus disséminées sur ce leintain continent.

Tantôt entrainé sur une frêle barque, je traversais les laes ou côtoyais les rivières, tac tôt je m’aventurais à petites journées à travers les neiges et les glaces, ayant pour toit la voûte azurée, pour lit là

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terre nue, et pour voiture mes raquettes et mon bäton. J’allais semant, d'ici, de là, dans toutes les directions, et quand au bout de plusieurs mois je revenais de ces courses lointaines à ma demeure d'Atthabaskaw, j'étais heureux de penser que le grain que je venais de répandre, au milieu des forêts ou sur les bords des rivières, ne serait pas tout à fait stérile pour la moisson du Seigneur.

C'est ainsi que j’ai pu visiter toutes les tribus qui forment aujourd’hui le district auquel Atthabaskaw a donné son nom; c’est ainsi que j'ai pu voir la sauvagerie dans tout ce qu’elle a de plus navrant, Quand j'arrivais au milieu d’une peuplade non encore convertie, que je voyais ces malheureux Indiens s’enfuir à mon approche, comme des animaux effarouchés, parfois le découragement s’emparait de mon âme, et je regrettais même d’être venu apporter la parole de vie à ces êtres dégénérés, qui semblent n'être nés que pour végéter et mourir, Par. fois aussi j’étais reçu sans crainte, mes paroles étaient comprises, et 2:ors j'étais heureux, le courage revenait dans mon âme. C’étaient là mes grandes consolations. Les sauvages, toujours avides de nouvelles, m'écoutaient avec avidité, me promettaient de venir me voir à Atthabaskaw. Ces promesses, presque toujours tenues, étaient un succès pour le missionnaire.

Lorsqu’au milieu du désert, sur le haut d’un rocher ou au bord d’un lac, j'apercevais tout à coup une croix, quand ce signe triomphant m'indiquait que des tentes chrétiennes étaient dressées non loin de là, oh ! comme alors mon âme débordait de joie! A mon entrée dans latribu, les sauvages pousssaient des cris d’allégresse, comme des enfants qui revoient un père.

Oui, j'étais heureux alors, car je sentais que la semence évangélique avait porté son fruit.

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