‹ Dix-huit ans chez les sauvages [microforme]Chapitre 52 sur 100 · VI · texte numérisé non relu

VI

Le froid était devenu très-intense, jamais, même dans ces régions polaires, je n’en avais éprouvé de pareil. Nous fûmes bientôt obligés de quitter notre abri, car nousgelions. Il fallait marcherquand même; mais ces pauvres chiens, avec lesquels nous avions partagé nos dernières provisions, étaient devenus si faibles et si engourdis qu'ils ne pouvaient plus se relever ; bon gré, mal gré, nous parvinmes à les mettre sur pied. |

Bourchet, bien faible lui aussi, marchait devant au petit pas, et moi je venais derrière, m’épuisant à aider les chiens à mener leur traîne. Ceci eut son bon côté, carces efforts continuels meréchauffèrent. Bientôt il fallut nous arrêter encore, les chiens ne pouvaient plus marcher.

Le soleil était brillant, le froid n’était pas moins terrible. Je vis le moment où j'allais metrouver complétement seul. Bourchet, affaibli par la marche, la faim et le manque de sommeil, s’évanouissait à chaque instant et gelait.

Je me mis alors à chercher du bois sec; j'avais trois doigts de la main droite complétement gelés ; malgré ma souffrance, Dieu aidant, je parvins à

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allumer du feu, mais quel feu... pas de flamme et beaucoup de fumée. Je plaçai mon jeune ami d'un côté de ce foyer fumeux, de l’autre côté je mis les chiens. Nous parvinmes à nous réchauffer un peu, Bourchet avait repris connaissance. Nous nous par: tageâmes alors un tout petit morceau de taureau, et après nous nous remimes en marche.

En ce moment je fus témoin d’une chose inouïe même dans ces climats du Nord, Deux de nos chiens avaient les quatre pattes gelées, nous les abandonnâmes sur place à leur triste sort,

Après quelques heures, de marche, nous trouvàmes une excellente place au milieu de grands arbres entourés de broussailles. Là nous sentimes moins les rigueurs du froid, nous pûmes y établir un foyer plus ardent que celui de la veille, et bientôt hommes et chiens, blottis à l’entour, nous pûmes prendre du repos. Nous dormimes pendant douze heures.

A mon réveil, je me sentis tout rajeuni, Bourchet paraissait moins faible que la veille. Ilne nous manquait qu'un bon déjeuner. Hélas ! il ne nous restait plus qu'un tout petit morceau de taureau, nous nous le partageâmes avec nos chiens et nous nous remîmes en route.

Cette fois j'ouvrais la marche; comme les côtes étaient moins hautes, la neige était moins amoncelée, —

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