‹ Dix-huit ans chez les sauvages [microforme]Chapitre 54 sur 100 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Considérations générales. — Comment on devient sauvage, — La civilisation. — La barbarie.

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Le nom de sauvage donne une idée, souvent fausse, de l’organisation physique et intellectuelle des peuples nomades, qui habitent certaines contrées de l'Amérique du Nord.

Lorsque, vers le milieu du seizième siècle, les

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le Canada, alors habité par les Hurons, ils furent bien surpris d’y trouver des peuples qui, avec une extrême naïveté, étaient doués d’une intelligence rare et dont la constitution organique ne le cédait en rien à celle des races civilisées ; ils furent étonnés de la fertilité de cette terre, à laquelle il ne

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manquait que la culture pour la rendre productive, et des mœurs presque sociables de ses habitants, à qui manquait seule la connaissance du bien et du juste, pour les élever au niveau de certains peuples de l’ancien monde.

ANNIQUE , Lorsque en 1556, Jacques Cartier rendit compte 6 à François I°° de son deuxième voyage au Canada, il insista surtout sur ceci: « qu’il était digne d'un prince, qui portait la qualité de Roi Très-Chrétien et de Fils aîné de l’Église, de procurer la connaissance de Jésus-Christ à tant de nations infidèles, qu’il ne serait pas difficile de civiliser en les con- Ivage, — vertissant au Christianisme. »

souvent Bientôt des missionnaires français et espagnols sctuelle se donnèrent rendez-vous sur cette terre nouvelle, et la loi évangélique commença son œuvre de régé-

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nération.

Peu à peu les nouveaux saint Patrice, l’alphabet et la croix à la main, se sont aventurés dans des contrées plus éloignées; franchissant les lacs et les rivières, traversant les forêts et les prairies, ils ont semé partout la parole de Jésus. La civilisation dans sa marche lente, mais progressive, est arrivée jusqu'aux peuples, encore nomades, de l'extrême nord du continent américain :

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À l'heure où nous tracions ces lignes, le pays appelé si longtemps la Vouvelle- France devrait s’appeler la Vouvelle-Chrétienté.

Faut-il désespérer de voir un jour, sur les bords du Mackensie comme sur ceux du fleuve Saint-Laurent, le sauvage n’exister que de nom?

Quelle que soit l’origine des peuples sauvages, ils sont nos frères en Jésus-Christ ; ils ont été créés à

l’image de Dieu, ils sont une portion de l’humanité, .

et, comme tels, ils méritent que les peuples avancés s'intéressent à leur sort. Leur origine n'est-elle pas la même que la nôtre ?

Des navigateurs, poussés par la tempête, échouent sur une plage inhabitée, ils errent longtemps le long de la côte, cherchant à découvrir au loin une voile libératrice ; mais les années s’écoulent et la voile ne paraît point ; alors ils s’en vont dans les forêts ou sur les bords des rivières, vivant de chasse et de pêche : dans ce nouveau genre de vie ils ne se souviennent bientôt plus de celle qu’ils ont abandonnée, la privation des choses nécessaires à l’existence leur en fait oublier le nom avec l'usage ; ils créent de nouveaux mots pour désigner les nouveaux objets qui se présentent à leurs -yeux, leur langage s’altère, ils perdent la religion de vue, l'enfant qui naîtra ne la connaîtra plus que par une tradition déjà obscurcie ; plus tard cette tradition, s’altérant davantage, dégénérera en conte puéril, — et le sauvage paraîtra.

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L'homme n’est pas sauvage seulement parce qu’il habite les déserts, il est sauvage surtout parce qu'il n'a pas la connaissance du vrai Dieu. Tant que la religion n’est pas venue, en l’éclairant, adoucir ses mœurs, il se laisse fatalement entraîner par ses instincts animaux el devient barbare.

Mais que le Christianisme pénètre où la sauvagerie habite, l’homme acquiert alors le sentiment du vrai et du bien, ilcultive les arts, et la civilisationapparaît.

Tous les peuples de la terre ont été barbares à leur heure, tous ont plus ou moins commencé par l'état sauvage.

Ne serait-il donc pas insensé de croire que l’idée chrétienne, qui depuis deux mille ans fait sa marche à travers les siècles, pût trouver au nord de l’Amérique une barrière infranchissabie ?

Nos pères les Gaulois ne furent-ils pas aussi des sauvages ? Le tableau qu'en font Posidonius et Diodore de Sicile est-il plus flatteur que celui que nous allons faire des Cris, des Montagnais, ou des Hommes de Sang ?

« Les Gaulois, dit Rollin, immolent des victimes humaines à Bellone et à Mars, buvant dans le crâne de leurs ennemis, les faisant périr par le fer et le feu ou les étouffant par la fumée, enfin se portant à cet excès d’éventrer les femmes grosses et d’arracher la vie tout à la fois aux mères et à leurs enfants. »

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La barbarie a duré dans les Gaules jusqu'au règne de Tibère, ou plutôt au règne de Jésus-Christ.

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