‹ Dix-huit ans chez les sauvages [microforme]Chapitre 75 sur 100 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Le missionnaire en voyage. — Les tribus sauvages.

A ce titre : Tribus sauvages, nous sommes à nous demander quelle somme de charité et d'amour il faut à ceux qui ne craignent pas de quitter famille et patrie, pour aller évangéliser les peuples errants dans les forêts du Nouveau-Monde ; nous sommes à nous demander quelle récompense Dieu réserve, dans le ciel, aux missionnaires qui se sont voués à cette œuvre divine.

Récompense dans le ciel! Souriez à ces mots Ô prétendus sages de la terre, qui ne comprenez que la récompense dans ce monde ; souriez à la pensée de ces hommes qui se condamnent à toutes les souffrances du corps et de l’esprit. Folie ces souffrances volontaires, dites-vous?.. Ah! dites plutôt Sagesse !!! Oui ! sagesse cette folie de la croix!!! Le missionnaire veut être cloué à cetle croix bénie avec l'auteur de notre régénération : voilà pourquoi tout ce qui s'appelle douleur devient pour lui une manne céleste, qui se renouvelle chaque jour, comme chaque jour se renouvellent ses souffrances. Les soldats des rois reçoivent en récompense une paye quotidienne ; les souffrances sont la paye quotidienne des soldats

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du Christ. De ces souffrances, ils ne voudraient pas en retrancher une seule, sachant bien que, quand le jour de la reddition des comptes viendra, chacun sera récompensé suivant ses œuvresi Voilà pourquoi, quittant famiie et patrie, les missionnaires entreprennent ces voyages que ne pourraient accomplir quiconque serait mû par un motif humain.

Dans les pays civilisés le peuple va à l’église et au prêtre.

Dans les pays sauvages, c’est le prêtre et l’église qui vont au peuple.

Ce peuple disséminé, perdu pour ainsi dire au milieu des forêts immenses, ne se rassemble que l'hiver, dans les postes où il vend le produit de sa chasse. C’est là, qu’il faut aller le chercher... et c’est alors que le missionnaire doit quitter sa résidence et se mettre en route.

Un voyage en hiver, à travers les forêts de l’Amérique, c’est à coup sûr le plus pittoresque et le plus poétique des voyages, en même temps que le pius pénible et le plus dangereux.

Mais que sont les peines et les dangers, pour celui que l’amour de ses semblables domine et qui, mû par la charité chrétienne, se réveiile le matin sur une couche de neige en se disant, réchauffé par sa foi : — ÆE’vangelizari pauperibus misit me Deus.

Ce n’est donc pas le voyage en cheï:n de fer ou en diligence que nous allons décrire ici! — c’est le voyage en raquettes.

Nous sommes au milieu des régions de glace de l'extrême nord du continent américain; des tribus sauvages sont éparses, un peu partout, sur le bord des rivières et dans la profondeur des bois... Il faut aller à elles, leur porter le pain de la parole évangélique, afin que l’apôtre du Christ puisse se dire au retour : Pauperibus evangelizantur.

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Le jour commence à poindre à l'horizon! bientôt il brillera de ses premiers feux... Il faut partir!.……

La distance à parcourir est immense; un vent glacial annonce la rigueur du froid, la neige gelée blanchit le sol, n’importe.. Il faut partir 1...

Et le missionnaire part.

Deux sauvages, montés sur leurs raquettes, le fusil à l'épaule et la hache à la main sont devant, chacun attelé à un petit traîneau qui porte leurs provisions et leurs couvertures.

Derrière ces deux traineaux, qui servent surtout à frayer la route, marche le missionnaire, monté aussi sur des raquettes et armé, lui, d’une pensée diviue. 11 est suivi d’un traîneau, attelé de quatre chiens où se trouve sa batterie de cuisine, ses provisions, sa garde-robe et sa chapelle, c’est-à-dire

. tout ce qui est nécessaire pour dire la messe,

Un troisième sauvage, chargé de stimuler le courage des chiens, et de les aider au besoin à diriger le traîneau, ferme la marche.

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Et la caravane apostoliques’enfonce dans la forêt.

La journée est toute consacrée à la marche; il ne faut pas songer à s’arrêter en chemin. Quand le soleii sera prêt de disparaître derrière les monts brumeux de la mer glaciale, le missionnaire donnera le signal de la halte,

Tous les endroits ne sont pas également propices à cette halte, parfois longtemps désirée. Il est indispensable de choisir une place, assez abritée du vent, et où la neige ne soit pas trop compacte, afin de pouvoir la déblayer et sur la terre ferme établir le campement.

Si on part toujours à la même heure, on ne s’arrêle pas toujours quand on veut.

Dès qu’un emplacement convenable est trouvé, on

‘s’y installe. Les chiens sont d’abord mis en liberté,

mais les pauvres bêtes sont si lasses qu’elles n'ont guère que le courage d'aller dormir au pied d’un arbre, tandis que leurs maîtres se mettent en devoir de préparer le lieu du repos. — Il faudra une bonne heure de travail, pour que l'hôtellerie en plein air soit prête à recevoir les voyageurs.

Les sauvages, au moyen de leurs raquettes, servant alors de pelles, s'occupent à déblayer la neige. Ce travail accompli, ils coupent des branches de sapin dont ils jonchent le sol découvert : c’est sur ces branches que le missionnaire fera son lit.

Lé missionnaire aussi n’est pas inaclif, eu ce mo-

ment; la hache et la coignée à la main, il travaille à décimer quelques arbres morts qui sont prestement amoncelés à la place déblayée.

Bientôt un vaste foyer pétille et les voyageurs, assis autour, réchauffent en silence leurs membres engourdis.

Si le feu n’est pas suffisant, pour rétablir la circulation du sang, la neige, dont on se frotte vigoureusement la figure, devient un précieux auxiliaire,

Quand la chaleur naturelle est revenue, quand les lèvres crispées par le froid peuvent se desserrer enfin,on se fait part des impressions de la journée et l’on prépare le repas du soir.

Ce repas consiste habituellement dans de la viande sèche de taureau, qu’on fait bouillir dans de l’eau de neige. Si les mets ne sont pas succulents, ils sont du moins absorbés avec un appétit qui défierait les plus robustes mangeurs.

Après une journée de marche, à la raquette, dans un climat des plus froids du globe, on peut manger beaucoup, et les mets les plus lourds, sans craindre une indigestion.

Les chiens, qui ont senti les apprêts du festin, sortent alors de leur torpeur et viennent aussi prendre place autour du foyer, impatients de recevoir leur ration habituelle.

On conçoit difficilement combien ces fidèles compagnons de l’homme peuvent endurer de fatigues et de privations, et combien ils rendent de services aux missionnaires en voyage.

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Le repas terminé, les voyageurs récitent la prière du soir et chatun prépare sa couche.

Celle du missionnaire sera bien simple. — Sur les branches touffues des sapins, il étendra son paletot ; ses mitaines et sa casquette de fourrures, lui serviront d'oreiller... et, au moyen de deux couvertures de laine, il défiera le vent et la gelée d’oser troubler son repos. — Il aura pour ciel de lit la voûte étoilée, pour rideau le splendide horizon, et il s'endormira, dans une douce quiétude, sous le regard de Dieu.

Les sauvages sont endormis...…. Le missionnaire veille encore; il contemple avec ravissement cette merveilleuse nature : la lune, suspendue dans l'azur, mêle sa limpide clarté aux rougeâtres lueurs du foyer embrasé; des myriades d'étoiles, si belles, si iumineuses dans ces régions polaires, illuminent le firmament, et les aurores boréales, sillonnant l’atmosphère en tous sens, semblent exécuter des danses joyeuses aux sons d’une musique céleste (1).

Ici ma plume s’arrête. La plus brillante description d’une nuit d’hiver dans ces régions septentrionales resterait loin de la réalité.

(1) Les sauvages sont persuedés que les aurores boréales sont les Ames des morts dont les voix sifflantes produisent les bruits qui accompagnent ces phénomènes.

La fatigue et le besoin de sommeil peuvent seuls arracher le missionnaire à celte contemplation.

Dors en paix, infatigable apôtre, — Marie veille sur toi; demain tu reprendras ta course sur la neige,

Entends-tu, au loin, ces crisde viéillards, demères et d'enfants? Ce sort les malheureux hôtes des bois qui t’appellent..…... Tu es le messie attendu et désiré des tribus sauvages.

On peut se faire une idée des nombreuses tribus sauvages, qui peuplent l'extrême nord de l'Amérique Britannique, par celles qui résident seulement à l'E. .des montagnes Rocheuses :

Les Cris du bois fort.

Les Castors.

Les Sauteux.

Les Pieds-Noirs.

Les Hommes de Sang.

Les Piégan.

Les Gros Ventres.

Les Hommes des Chutes.

Les Assiniboines des prairies.

Les Assiniboines du bois fort.

Les Céréis.

Les Bois brûlés (métis).

Les Chipaveyant ou Montagnais.

Les Siccanets.

Les Loucheux.

Les Sauvages des montagnes Rocheuses.

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Les Couteaux Jaunes.

Les Plats côtés de chiens.

Les Peaux de lièvres.

Les Nohanais,

Les Sarsis,

Cette liste partielle démontre suffisamment combien est vaste ce champ, où la semence civilisatrice adéjà donné de si bons fruits, et où les ouvriers évangéliques ne seront jamais trop nombreux.

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