CHAPITRE XXI
Les Cris ({yiniwok, les hommes),
Ces sauvages sont disséminés entre 80° et 115° de longitude O.
Les Cris sont généralement petits, ils ont la figure grêle et allongée, les pommettes sailantes, le nez aquilin, les yeux vifs et sortant presque de leur orbite; tout en eux annonce l’homme de l’action; on les dirait toujours prêts à livrer combat. Le repos leur est it: sible; fiers à l'excès, ils regardent, avec une tn uine hauteur mêlée de dédain, tout ce qui n'appartient pas à leur tribu.
— Que penses-tu des Français et des Anglais ? disait un jour un missionnaire à un Cris.
— Père, lui répondit-il, ma nation les admire et les estime; mais nous les valons bien.
Le Cris est bon et compatissant pour sa famille, mais, comme il est irascible, ilse porte facilement à desexcès déplorables: dans ses moments de colère, il tuera sa femme et ses enfants. Ces exécutions sont faites avec un cynisme poussé jusqu’à la dernière limite, et il s’en vante volontiers.
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En vertu de ses principes religieux le Cris ne recule pas devant le meurtre et le pillage; la seule pensée qu’il est mésestimé de quelqu'un le pousse à des animosités cruelles; si c’est un de ses compatriotes, il le suit dans la forêt et le tue; si c'est un étranger, il ne rêve que sa vengeance; il est ombrageux, dissimulé et vindicatif.
11 résulte d’un tel caractère que les Cris, habitant les vastes plaines qu’on appelle prairies, sont en guerre continuelle avec les tribus qui les avoisinent ; le plus souvent même, sans motifs avouables, ils provoquent les autres sauvages en leur volant tout ce qu'ils peuvent, en brûlant et saccageant leurs tentes.
Dans les rencontres qu'ils ont avec leurs ennemis, les Cris sont braves et courageux, ils méprisent le péril; à l’issue d’un combat, ils deviennent d’une férocité sans égale, ils se jettent comme des forcenés sur leurs victimes, leur arrachent la chevelure, leur ouvrent ensuite la poitrine et en dévorent le cœur ensanglanté pour se donner du courage.
Quand ils ont assouvi leur rage sanguinaire, ils ornent de perles les chevelures des vaincus, arborent ces chevelures comme des trophées, au bout de longues perches, et célèbrent par des chants la gloire des vainqueurs.
Dans ces chansons de guerre ils se promettent de nouveaux combats.