CHAPITRE XII
Les MonrTaGNais (Olchipweyanac), ceux qui ont la langue aiguë.
Les Montagnais habitent à peu près entre 58° et 63° de latitude N., et 90° à 120° longitude O.
Ces sauvages sont divisés en deux classes : les Montagnais des bois, et les Montagnais du désert, appelés plus communément mangeurs de caribous. Les uns et les autres ont les mêmes mœurs, les mêmes coutumes et la même physionomie; ils sont généralement hauts de taille; ils ont les épaules larges, le front proéminent, la figure carrée, la chevelure noire, les sourcils épais; leurs yeux, très-noirs, sont enfoncés dans leur orbite et n’ont aucune vivacité : ils semblent au premier aspect annoncer la timidité; en les considérant de plus près, on reconnaît l’homme intelligent et réfléchi. Leur nez est plutôt camus qu'aquilin; leur abondante chevelure tombe en désordre sur leurs épaules. De tous les sauvages, les Montagnais sont ceux qui se rapprochent le plus des Européens. Ils ont une inclination très-prononcée pour nos usages, et renonceraient volontiers à leur nationalité pour devenir Français.
Les Montagnais, comme la plupart des autres sauvages, sont très-interessés; ils ne donnent rien pour rien, mais, d’un autre côté, ils sont d’une honnêteté parfaite.
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Le vol leur est inconnu ; ils ne comprennent pas qu’on soit assez méchant pour prendre le bien d'autrui; ils sont doux de caractère et ne paraissent rien tant craindre qu’une querelle; quand il s’élève une petite dispute entre eux, ils ont les yeux comme égarés et semblent ne pas oser se regarder en face. Le meurtre leur fait horreur aussi. Depuis déjà bien longtemps ces sauvages vivent en paix avec toutes les tribus circonvoisines, de là naît chez eux une apparente lâcheté qui est plutôt une crainte puérile d’ennemis imaginaires.
Il arrive souvent de voir accourir des bandes de ces sauvages effarouchés en criant:
— Nous avons vu les ennemis... ici... 1à.....
D’autres fois ils tirent des coups de fusil, au milieu de touffes &’arbres où leur imagination frappée leur montre des ennemis.
Quand monseigneur Faraud arriva à Atthabaskaw, ce peuple, doux envers tout le monde, semblait avoir réservé sa fureur pour les femmes; après de faibles querelles, ils les renvoyaient à coups de bâton, et très-souvent ils leur coupaient les doigts ou les oreilles d'un cuup de dent ou de couteau; que de pauvres femmes sont venues à lui ainsi mutilées!
La femme, dans leur idée, était un animal domestique. La polygamie, qui était presque universelle chez eux, les avait complétement démoralisés.
Quand un Montagnais voulait s'emparer d’une femme, si elle était mariée, il cherchait querelle au
mari, et s’il était le plus fort, il enlevait sa femme sans qu’il fût permis de réclamer.
Il existait chez eux une coutume tout à fait contraire au sent'inent le plus élémentaire de la vie conjugale.
Les amis croyaient se donner des preuves de leur amitié, en se prêtant mutuellement leurs femmes, et cela, joint à la facilité avec laquelle ils s’en emparaient, était cause qu'il n’y avait aucun lien de famille chez ce peuple; il résultait aussi de ces usages que les enfants connaissaient leur mère, mais rarement leur père.
La femme montagnaise est fortement constituée; elle a les épaules larges, le buste carré, la tête grosse et ronde, les bras robustes, les mains et les pieds courts et nerveux; c’est à elle qu’est réservé le soin du ménage; le mari ne s’occupe que de la chasse et de ia pêche.
Pendant l'hiver on îies rencontre au milieu des bois, ou dans ies prairies, portant de lourds fardeaux; lorsque les sauvages changent de place leurs tenles, ce sont elles qui transportent les provisions et les enfants. Il est curieux et touchant à la fois, de voir ces pauvres femmes, portant un enfant sur le dos, un autre dans les bras, el poussant avec un bâton une petite traîne attelée de petits chiens.
Rarement on les entend se plaindre, elles comprennent qu’il est bien difficile qu’il en soit autrement.
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Le mari, exclusivement occupé de la chasse ou de la pêche, part ordinairement de grand matin et. ne rentre que très-tard chez lui; il lui est donc impossible de s’occuper de son intérieur.