IV
Les Montagnais, quoique très-doux de caractère, avant de connaître la religion avaient la barbare coutume de laisser mourir tous ceux qui leur paraissaient être devenus inutiles. ”
Lorsqu'un père, une mère, étaient vieux ou infirmes, leurs enfants leur disaient:
— Tu souffres, tu n’es plus bon à rien, il vaut bien mieux que tu meures.
Et alorsils les couchaient à côté d’un petit feu sur la neige, leur donnaient un morceau de viande, et leur touchaient la main en disant :
— Demain vous serez mort... vous n'aurez plus à souffrir... adieu...
Cette barbarie était selon eux une action de charité.
*. Aujourd’hui cette coutume inhumaine a disparu des tribus montagnaises où le christianisme à pénétré.
Leur sentiment de sensibilité était marqué par ceci : — c'est qu'ils ne repassaient plus jamais près du lieu où ils avaient laissé mourir les vieillards. :
Ce que les enfants faisaient pour leurs parents vieux ou infirmes, les parents à leur tour le faisaient pour leurs enfants, lorsqu'ils en avaient trop ou qu’ils n'étaient pas bien constitués.
Voici, comme témoignage, quelques récits du missionnaire :
a Un jour, en passant le long d’une rivière, j’aperçus sur la rive une vieille femme se traînant sur les genoux, je lui demandai:
— Qui donc t'a laissée là?
— Père, me répondit-elle d’une voix mourante, ce sont mes enfants.
— Et où sont tes enfants?
Elle me fil signe qu'ils étaient de l’autre côté de la rivière.
La pauvre vieille était si faible, que je compris qu’elle allait expirer.
Je tâchai de la ranimer un peu, et voici les dernières paroles qu’elle put me dire:
— J'ai six enfants... tous grands et forts... ils m'ont dit l’autre soir : — Écoute, mère... tu es vieille, tu ne peux plus travailler, nous allons te laisser ici seule dans le bois... dans peu de jours tu seras morte... et tu n’auras plus de misères ;.…. je me suis traînée jusqu'ici comme j'ai pu... j'avais soif... maintenant la soif m'a passé... »
Et la pauvre sauvagesse expira. »
a Une autre fois, en traversant une épaisse forêt, j'entendis un faible gémissement, je dirigeai mes pas du côté d’où venait la voix, et je trouvai une jeune
aperur les
rante,
té de )mpris s der-
s... ils tu es ons te > jours CS je.
j'avais
forêt, es pas > jeune
enfant âgée à peine de sept ans, ayant déjà les pieds et les doigts gelés, elle était étendue sur la neige, au pied d’un arbre couvert de glaçons.
Ému à cet aspect navrant, je pris la pauvre créature dans mes bras... je la réchauffai et je lui demandai qui l’avait laissée en cet état.
Elle me répondit:
— Mon père et ma mère moururent l’an passé, mes parents depuis ont eu soin de moi, mais hier ils m'’ontamenéeici et ilsm'ont dit: — Tu es une petite fille, tu ne chasses pas... tu ne pêches pas. tu n’es donc bonne à rien... nous allons te laisser là, dans peu de jours tu seras morte... cttu ne souffriras plus.
— Non, tu ne mourras pas, m’écriai-je : Ô Marie, prenez pitié de cette innocente enfant.
Je m’empressai d'allumer du feu; après quelques heures de soin, la pauvre petite sentit ses forces lui revenir, ses pieds et ses doigts dégelèrent et je pus la conduire jusqu’à Atthabaskaw. Ma maison était bien pauvre, mais je pus cependant y recevoir l’orpheline. Quand elle fut revenue à la santé, je l’instruisis et je la baptisai; elle reçut le nom de MaRtE, Cette enfant fut cause plus tard d’une de mes plus
grandes douleurs, écoutez son histoire,
C'était une bonne et douce nature: tout charmait dans cette naïve enfant des déserts : son sourire expressif, sa joie enfantine, son angélique piété,
Bientôt elle était devenue l’ange visible de la maison; elle n'avait pas encore huit ans, mais son intelligence avait devancé son âge.
La petite Marie vivait donc bien heureuse, une crainte pourtant troublait sa joie, elle me disait souvent :
— N'est-ce pas, mon père, que vous ne me renverrez plus dans les bois... que vous me garderez toujours. .….?
Ces paroles m'attristaient, sachant que je ne pourrais pas la garder longtemps. En effet, pouvais-je laisser la pauvre enfant, seule dans ma maison, quand je partirais pour un voyage? Je pouvais encore moins la conduire avec moi. Cette pensée ! me jetait dans une pénible perplexité.
Un jour il m'arriva un sauvage cris suivi de sa femme, tous deux me demandèrent de les instruire. Je les gardai quelques jours, et, quand ils furent sur le point de partir, je leur dis:
— Revenez à la saison prochaine, je serai de retour de mon voyage, et si vous êtes dans les mêmes intentions, je vous baptiserai,
— AYMIHAWIYINIWOK (1), nous te promettons de revenir, rne répondirènt-ils.
Je leur dis alors :
— Puisque vous me promettez de revenir, je le crois, et si vous me promeltiez aussi d’avoir bien soin de ma petite Marie, je vous la confierais ; vous n’avez point d'enfant, elle sera la vôtre, — elle est
| (:) Nom que ces sauvages donnent aux missionnaires et qui signifie homme religieux.
a mai- \ intel-
e, une disait
16 renirderez
e pourvais-je naison, ais ensée me
i de sa struire.
rent sur
i de remêmes
tons de ir, je le Dir bien
is ; VOUS elle est
es et qui
ee een eee entre ns
chrétienne, vous deviendrez chrétiens aussi. Le Puissant-Bon vous en récompensera et moi je vous promets de vous donner beaucoup quand vous reviendrez.
Le mari et la femme se consultèrent, puis me dirent qu’ils acceptaient.
— Me promettez-vous de m’amener la petite Marie chaque printemps ? leur dis-je.
— Nous te le promettons.
— D’en prendre bien soin ?
— Nous te le promettons.
— Eh bien, je vous confierai mon enfant, mais sachez que ce n’est pas seulement moi qui vous charge de ce dépôt sacré, c'est aussi Dieu le père qui vous regardera du haut du ciel; et qui vous punira, si vous faites subir à la petite Marie le moindre mauvais traitement, et si vous ne tenez pas votre promesse de me l’amencr . Atthabaskaw chaque printemps.
Alors j'appelai l'onphelisie: : elle arriva toute joyeuse, en courant.
— Me voilà, père, me voilà, que vous faut-il?
— Que faisais-tu, lui dis-je en souriant, mais le cœur plein de sanglots, — tu es tout essouflée?
— Je jouais.
— Bien, assieds-toi. j'ai à te parler.
Elle s’assit pensive, — on eût dit qu'elle comprenait déjà... J'hésitais.…
— Écoute, mon enfart, tu sais que je vais partir pour un long voyage, lui dis-je enfin.
A ces mots, un voile de tristesse assombrit ce front naguère si radieux. |
— Tu sais que je ne puis te laisser toute seule dans cette maison où tu mourrais de faim, voici une bonne famille qui va t'emmener avec elle et me remplacer auprès de toi.
À ces mots l’orpheline pleura.
— Je veux rester avec vous... je ne veux point vous quitter, me dit-elle en sanglotant..... O mon père, Ô mon bon père, ne me renvoyez pas au milieu des déserts...
La pauvre Marie s'était jetée à mes genoux. Je la raisonnai, je tâchai de lui faire comprendre la nécessité où j'étais de me séparer d’elle...., mais ses larmes ne tarissaient pas; hélas! elle avait le pressentiment du sort qui l’attendait.
Si j'avais osé, moi-même, donner un libre cours à ma douleur, que de larmes aussi j'aurais répandues sur le front pur de cette énfant!
Le lendemain de ce jour, j’embrassai une dernière fois la pauvre Marie, je lui donnai sa croix, son chapelet, une image de la sainte Vierge sa patronne, puis je la vis partir.
Du haut de mon rocher je la suivis longtemps des veux; plusieurs fois je la vis se retourner et agiter ses petites mains, comme pour me dire un éternel adieu.
Mon voyage dura trois mois. A mon retour, je trouvai ma maison bien vide, l’ange qui l’égayait n’était plus là ; mais j'étais heureux de penser qu’elle était bien soignée, et que j'allais la revoir au printemps.
Hélas ! le printemps arriva, et la famille à laquelle je l’avais confiée ne parut point, — Ils me
sa
> seule ), voici elle et
« point O mon au mi-
ux. Je ndre la ,, Mais avait le
> COUrS répan-
1e dercroix, > Sa pa-
vtemps ner et ire un
pur, je égayait penser
revoir
e à la- Ils me
ee me
ee ne ee ee me =
l’amèneront à l’automne, pensai-je. L'automne vint, d’autres chasseurs arrivèrent, mais l'enfant ne parut point encore.
Alors l'inquiétude — une inquiétude sérieuse, s’'empara de mon esprit.
Vainement j'interrogeai les chasseurs, nul ne put rien m'’apprendre.
Je résolus d'aller à la recherche de la famille crise à laquelle j'avais confié l’orpheline. Je savais à peu près où elle devait habiter.
L'été venu, je partis. c'était à l’époque de la pêche, je supposais trouver la tente au bord d’un lac ou d’une rivière. Depuis sept jours j’explorais le pays; je commençais à désespérer lorsqu'un soir, non loin d’une rivière où des tentes étaient dressées, j'aperçus tout à coup, dans l’éclaircie d’une futaie, une sauvagesse qui ramassait du bois : je m'approche... Ô surprise. c’est la femme crise à laquelle j’ai confié Marie.
A ma vue la sauvagesse se troubla.
— Où est ma fille, lui dis-je, et pourquoi n’avezvous pas tenu votre promesse ?
— Père, me répondit-elle, elle est morte.
— Morte, m'écriai-je, tu dis qu'elle est morte... ! Où, quand... comment... ?
— Elle est morte le printemps dernier, reprit la sauvagesse en tremblant.
— Où est ta tente?
— Là-bas au bord de la rivière.
— Où est ton mari?
— À la pêche.
— Et tu dis que ma fille est morte?
— Oui, Père.
— Tu mens, m'écriai-je, dominé par un horrible pressentiment, dis-moi la vérité... qu’est devenue mon enfant ?
— Père, me répondit alors la sauvagesse, l'hiver a été mauvais, nous n’avions plus de viande... plus de poisson... la pauvre pelite était bien maigre... elle allait mourir... mon mari et moi nous avions faim... alors nous l’avons mangée.
Je n’eus pas la force de maudire cette malheureuse, j'étais anéanti,
— O mon Dieu! m’écriai-je enfin, pardonnez-leur, pardonnez-moi. |
La sauvagesse avait fui.
VIIT
Quand les Européens pénétrèrent dans leur contrée, les Montagnais n'avaient, à proprement parler, aucun culte intérieur; comme pourtant l'idée d’un Dieu créateur était vivace parmi eux, quelques-uns, en reconnaissant sa puissance, lui rendaient un culte méditatif qui devait lui être agréable, mais ce nombre était bien petit.
Quant au culte extérieur, ils lui offraient quelquefois les prémices de leur repas, en jelant, hors de leurs tentes, quelques morceaux de viande, et même en lui consacrant la première fumée de leur pipe.
Souvent aussi, pour apaiser les mânes de leurs morts ou leurs esprits mauvais, ils déposaient sur
un horrible est devenue
esse, l’hiver de... plus n maigre...
nous avions
nalheureuse,
donnez-leur,
ans leur conement parler, t l’idée d’un uelques-uns, aient un culte jais CE nom-
ient quelquelant, hors de nde, et même e leur pipe.
nes de leurs éposaient sur
certains arbres un morceau de tabac en sacrifice. Offrande puérile, à la considérer humainement, mais qui, vu la gourmandise et l’avarice de ceux qui la faisaient, pouvait être regardée comme un vrai sacrifice, — si, d’après l’acception du mot, sacrifier c’est se défaire pour la Divinité d’une chose que l’on aime.
Depuis un certain temps, les rapports des Montagnais avec les Cris étant dévenus plus fréquents ; l'usage des banquets propitiatoires s’était introduit parmi eux : c’est ce qu’ils appelaient Nasuwalei, mot intraduisible, mais qu'on pourrait rendre facilement par — commerce sublime avec la Divinité. Le Nasuwaleï consistait à se réunir la nuit en famille, entre amis, dans un grand gala ; les sauvages allumaient un feu au milieu d’eux, dans lequel était répandue la graisse la plus pure ; à l’entour et aux lueurs de cette flamme, ils faisaient un repas.
Par extension, on pourrait considérer comme sacrifice, l'usage général introduit dans cette tribu d’après lequel, quand un membre de la famille mourait, les Montagnais brûlaient absolument tous leurs vêtements, toutes leurs fourrures et se mettaient, en un mot, dans un état de nudité complète. — Ils pleuraient les morts officiensement. Pour les pleurer, ils se reliraient à l’écart, mettaient leurs chevelures en désordre et poussaient des burlements affreux, en commençani sur un ton très-bas et remontant graduellement jusqu’à la note la plus élevée.
Avec un culte si imparfait, les Montagnais ont pourtant conservé d'excellentes traditions.
ou
F1 hi!)
(ue
Les Couteaux jaunes — ACANTCAN-OTTINÉ — les Aabitants des cuivres, sont aussi des Montagnais; ils habitent entre le lac des Esclaves et l’extrémité du lac Atthabaskaw. Contrairement aux autres sauvages, ceux-ci vont en grosses bandes dirigées par quelques chefs; leur chasse habituelle est le caribou appelé de la vaste plaine; ils vivent en commun, ce qui lesrend plus vicieux que les autres Montagnais : ils sont aussi plus irascibles, ils ont plus d’énergie et ne reculent .pas devant le meurtre; cependant ils vivent en paix avec les tribus circonvoisines.
La langue des Couteaux jaunes, à peu d’exceptions près, est la même que celle des Montagnais.
les Lails hadu lac
avages, r quelaribou un, ce agnais :
énergie dant ils
eptions