‹ Dix-huit mois dans l'Amérique du SudChapitre 10 sur 17 · LES SALADEROS ET LLSIXE LIEBIG · texte numérisé non relu

LES SALADEROS ET LLSIXE LIEBIG

et foute la suite des hangars qu'il comporte; derrière lui , les corrales, plus vastes à mesure qu'ils s'éloignent du centre; enfin d'immenses prairies entourées de fils de fer; ces prairies, remplies de bétail, constituent à elles seules tout le fonds d'une estancia.

Le terrain ainsi exploité par la Société est d'environ neuf lieues carrées. On lâche sur les prairies les bœufs qui, venant de trop loin, ont à se refaire du voyage, et l'on enferme dans les corrales les animaux en état qui feront l'objet de la besogne du jour ou qui constitueront la réserve du lendemain.

Le travail commence de fort grand matin. Les animaux sont successivement chassés des grands corrales dans d'autres plus petits; ils arrivent ainsi jusqu'au brette, dernière enceinte circulaire où le coup fatal les attend. Une porte à guillotine n'y laisse pénétrer que vingt bœufs à la fois; ils y trouveront des dalles inclinées et glissantes qui les priveront de toute résistance quand le lazo viendra à s'abattre sur eux.

Le lazo, dont le nœud coulant est lancé par un gaucho debout sur une petite estrade, passe dans une poulie pour aboutir par l'autre extrémité à la selle d'un cheval monté. Aussitôt le

lazo lancé, le cheval est mis au galop, et le bœul, violemment amené, vient donner de la téfe contre une grosse poutre qui l'arrête. Le desnucador, l'homme spécialement chargé du coup de couteau, est assis sur cette poutre. Il se sert, pour cette besogne, d'un petit poignard large de deux doigts, long de cinq, et frappe la béte à la nuque d'un coup qui la foudroie. Comme la place sensible n'a guère que la largeur d'une pièce de cent sous, ce coup suppose une très-grande adresse, qu'on reconnaît d'ailleurs en payant cet employé spécialiste à raison de dix francs par cent têtes de bœufs.

La bête ainsi frappée tombe sur un wagon à rails \ on ]ui enlève ]e lazo, on ouvre une porte à coulisse, et le wagon, roulant sous un hangar dallé appelé la playa, dépose ce corps encore presque vivant aux pieds de celui des travailleurs qui a a fini son bœuf » et qui attend une nouvelle besogne. Sur des voies parallèles deux wagons vont et viennent, se succédant sans cesse.

Car le travail de boucherie qui s'accomplit sur la playa est rondement mené, et les ouvriers qui s'en occupent sont nombreux : ils sont là cinquante ou soixante qui, les bras dans le sang, demi-nus, le couteau à la main , saignent, écor-

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