‹ Dix-huit mois dans l'Amérique du SudChapitre 9 sur 17 · LES SALADEROS ET L'USIXE LIEBIG · texte numérisé non relu

LES SALADEROS ET L'USIXE LIEBIG

vient avec ses hommes choisir pour le compte de cet établissement les plus gras animaux de notre estancia. Il va former sa iropa (troupe), la compter, la payer, puis il l'emmènera à ses risques et périls. Il en aura pour cinq jours de voyage; car trente lieues pour le moins nous séparent de l'usine, et l'on ne marche pas vite lorsqu'il faut chasser devant soi un troupeau d'environ quinze cents bœufs, lui faisant franchir tour à tour des rivières, un fleuve et mille obstacles de diverse nature. Mais les saladeros en général, et en particulier celui de Liebig, qui n'abat jamais moins de mille têtes par jour, font une telle consommation de bétail durant les trois mois qu'ils travaillent, qu'ils se trouvent forces de se fournir au loin. A cet effet, ils envoient leurs troperos jusqu à soixante et quatre-vingts lieues de rayon. Comme chacun de ces troperos doit se faire aider d'au moins cinq ou six peones, on voit d'ici le personnel nombreux que nécessitent ces établissements d'abatage, et les frais de voyage qu'ils ont à supporter. Si d'autre part on réfléchit aux chifires sur lesquels ils opèrent et à ces troupes immenses qu'il faut payer sur place, on comprend aisément combien il leur faut remuer d'importants capitaux.

Ce n'est donc pas une petite industrie que celle des saladeros. Us sont cependant assez nombreux, et leur institution est vieille d'un siècle environ.

Ainsi que l'indique leur dénomination, tous ont pour but principal de conserver la viande dans le sel et la saumure, tout en traitant séparément le cuir et utilisant les débris de l'animal. Seule, l'usine Liebig affecte en plus à son fameux extrait une partie choisie de la chair de ses bœufs. Ainsi, en disant quelques mots de cet établissement célèbre, à la visite duquel j'ai con-^ sacré deux jours, j'aurai parlé de tous les saladeros, où les procédés, à cela près, sont identiquement les mêmes.

Ail fond d'une crique formée par le grand fleuve de l'Uruguay et perchée au sommet d'une falaise pittoresque, est une petite ville d'origine récente, connue sous le nom de Fray-Bentos.

C'est là que la Société fondée en 1863 par le baron Liebig a établi son siège. L'usine proprement dite occupe de vastes bâtiments qui descendent en pente douce jusqu'au fleuve. Là se trouve un grand môle qui lui permet de charger facilement et d'embarquer tous les produits de son importante fabrication. Plus haut est le saladero

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