ASPECT GENERAL DES PAMPAS
Origine du mot. — Ce qu'est la pampa, — Animaux d'élevage. — Posteras, — Estancias et estancieros. — Personnel ef distribution d'une estancia.
Je Fai dit, quitter le Brésil pour les républiques du Sud, c'est dire adieu aux forêts, aux mon* tagues; c'est se séparer brusquement de cette végétation tropicale aux merveilleux , produits ^ c'est briser avec cette grande et sublime nature qui tout d'abord étonne et confond , et qui bientôt captive et séduit.
Ici, sur un espace de plus de mille lieues,
d'immenses plaines ou prairies s'étendent à perte de vue, à Fouest, jusqu'à la chaîne des Andes, au sud, jusqu'au détroit de Illagellan.
Qu'on l'appelle campo, comme dans F Uruguay, ou, comme dans la république Argentine, pampa, cette immense mer de verdure est à peine coupée de petites ondulations de terrain qu'on ne peut même appeler des collines. La végétation y semble à peu près nulle; ou, du moins, ses produits, sous l'action des vents qui sans cesse balayent ces régions ouvertes, ne dépassent jamais une hauteur de trois ou quatre mètres. Enfin, si quelque beau fleuve ou quelque importante rivière vient à traverser les prairies, coulant larges et nus entre des rives plates, ces cours d'eau contribuent à peine à relever la sinistre mélancolie du tableau.
C'est triste et, cependant^ saisissant de grandeur, d'étendue^ d'aspect sauvage. 11 faut se faire à ces sites nouveaux, comme on se fait à la mer, comme on se fait au désert ; puis chercher des sujets d'intérêt, de distraction dans la nature même du sol ou l'appropriation qu'en ont faite les trop rares habitants de ces contrées. Il faut aller chez eux, vivre de leur vie, s'initier à leurs travaux, partager leurs fatigues, pour goûter tout
ASPECT GÉNÉRAL DES PAMPAS, iîT
Pattrait de cette vie des pampas y qui semble au premier abord si austère et si pénible.
Le lecteur complaisant qui voudra bien me suivre dans cette course nouvelle me pardonnera ce qu'elle pourra lui offrir de sérieux ou de banal ; et si je lui parle un peu longuement, cette fois, herbages ou bétail, il voudra bien songer qu'un intérêt particulier s'attache à toute chose, et que les fleurs , même les plus communes , ne croissent pas en tout endroit.
Mais fixons un point tout d'abord. Sans doute j'ai parcouru, dans toute son étendue, l'immense territoire de la république Argentine; mais, d'autre part, j'ai séjourné six mois dans l'intérieur de l'Uruguay. Je vais donc parler surtout d'après ce que j'ai vu dans ce dernier pays ; cependant ce que j'en dirai est également applicable à la république Argentine , oii le soi et la vie se trouvent être identiques. J'emploierai même de préférence, pour désigner le sol, le terme mieux connu de pampa.
Tout d'abord , le nom de pampas éveille en nous l'idée de vastes plaines couvertes de cette herbe haute et dure connue dans nos jardins sous le nom de gynerium argenteum oupampa.
Telle est bien réellement l'origine du mot :
telle était et telle est encore la pampa à l'état sauvage, celle que la civilisation n'a pas encore conquise aux anciens occupants , aux Indiens, aujourd'hui refoulés, au sud, jusqu'aux frontières patagones, jusqu'aux premiers contreforts de la Cordillère à l'ouest.
Mais telle n'est plus la pampa exploitée , celle oiiThomme civilisé est venu planter son drapeau, importer ses richesses et lâcher ses troupeaux.
Les bctes, de leur sabot, et l'homme, par le fer et le feu , ont tout d'abord purgé le sol de cette plante absorbante, de ce jonc élégant, mais, hélas ! inutile : petit à petit, des graines fourragères ont pris la place libre; puis le travail des siècles et le séjour d'innombrables troupeaux ont achevé de former ces immenses pâturages qu'on croirait aujourd'hui les produits, natifs d'une terre qui cependant ne les connaissait pas.
Sans doute ce travail ne s'accomplit que lentement, péniblement, et au prix de grands sacrifices. On le retrouve encore en voie de formation dans les parties les plus reculées des pampas. Là, le terrain n'a aucune valeur; la lieue carrée est l'unité de mesure, et les gouvernements accordent volontiers d'immenses concessions; mais aussi celui qui les reçoit a non-seulement tout à