ASPECT GÉNÉRAL DES PAMPAS
faire pour en prendre possession , il doit encore se garer des Indiens, dont les fréquentes incursions menacent à chaque instant de le priver de son bien et de lui enlever les fruits, acquis déjà, de pénibles labeurs.
A voir les grands troupeaux de bœufs et les chevaux innombrables qui folâtrent dans les prairies, où ils vivent sans garde et à Pélat presque sauvage, on croirait que ces espèces ne sont dans ces régions que la continuation d'espèces préexistantes ou de races appropriées. Qu'on se détrompe : lorsque Colomb découvrit l'Amérique, ni chevaux ni bêtes à cornes n'y étaient encore connus; et, chose à peine croyable, en regard des chiffres actuels, ce sont les conquérants espagnols qui en apportèrent, il y a trois siècles à peine, les premiers individus.
Aussi le type de ces animaux n'est assurément pas ce que l'on connaît de mieux, et aux qualités vraies qui les distinguent, sans doute, il y aurait certainement beaucoup à ajouter. C'est ce qu'ont enfin compris quelques éleveurs du Sud, qui, jaloux d'en faire lia preuve, ont pris sur eux de faire arriver à grands frais des étalons anglais et des taureaux du Durham. Ceux-ci n'ont pas tardé B donner de jolis produits et semblent sous peu
destinés à renouveler complètement les races d'Amérique.
Quoique vivant où bon leur semble sur les vastes terrains qui leur sont affectés , cependant ces animaux ne sont pas tellement livrés à l'abandon qu'on n'ait sur eux aucune action. Aux confins de chaque propriété s'élèvent des cabanes (puestos) habitées par de pauvres diables {posteros) dont la charge, d'ailleurs faiblement rétribuée, est de veiller à ce que les bétes ne s'écartent pas trop des limites qu'elles ne peuvent connaître, et de les empêcher, par conséquent, d'aller vaguer chez le voisin. Ils doivent donc, matin et soir, s'appliquer à faire converger vers le centre les bétes de leur circonscription, quelquefois même aller les reconnaître et les reprendre dans les prairies voisines, chose, du reste plus simple, qu'il ne paraît à première vue , la propriété , làbas, s' affirmant par une marque au fer rouge que chacun des animaux porte imprimée sur la cuisse gauche.
Enfin, les troupeaux tout entiers sont, en maintes circonstances, réunis et travaillés. De ces intéressants et multiples travaux, je dirai bientôt quelques mots ; mais, tout d'abord , pour procéder par ordre et me faire mieux suivre du