FRAGMENTS
Mademoiselle Morphise, maîtresse de Louis XV. — Ses deux mariages. — Autre maîtresse^ devenue madame de Molanda (1757). — Le Parc aux Cerfs. — Funérailles de la Reine (1768).— Le dentiste du Dauphin. — La généalogie du gouverneur. — Equité du Dauphin. — Précocité des jeunes princes. — La part du lion. — Bonté du comte de Provence. — Le manuscrit de Jean de Coligny. — Le conseiller gris sur son siège. — La duchesse de Bourgogne et le cardinal de Polignac. — Intrigue de cour. — La croix de Saint- Louis. — Bal paré pour le mariage du comte d'Artois. — Maladie du Roi (1774). —Mort du Roi.
Mademoiselle Morphise, née à Saint-Germain, fut la première fille que le Roi prit après une conversation avec M. de Richelieu, à qui il avait demandé comment, à soixante-cinq ans qu'il avait, il se trouvait les mêmes désirs et la môme force qu'à vingt-cinq.
« Sire, je change souvent d'objet, la nouveauté a son effet; la beauté n'est point une illusion, puisqu'elle crée la réalité. »
Madame de Pompadour, toujours maîtresse et souvent malade, ne fit point la jalouse, contente de posséder l'esprit et les bontés du Roi; elle feignit d'ignorer les nouveaux amusements de son maître, qui garda Morphise cinq ans et en eut plusieurs enfants. 11 finit par la marier à M. d'Ayat, gentilhomme auvergnat, aide-major dans le régiment de Beauvoisis;
M. de Lugeac, qui en était colonel, le proposa au Roi pour ce mariage ; elle eut cent mille écus de dot et beaucoup de diamants qu'elle avait reçus auparavant. Le Roi, voulant être sûr qu'elle était heureuse, chargea M. d'Argenson, qui me l'a dit, d'être en correspondance avec l'intendant d'Auvergne ; celui-ci allait tous les mois chez madame d'Ayat prendre une de ses lettres, qu'il adressait à M. d'Argenson pour la montrer au Roi.
D'Ayat fut fait colonel et aide-major général de l'armée de Soubise : il fut tué à Rosbach. Dix ans après, un certain Le Normand, receveur des tailles de Riom, devint amoureux de madame d'Ayat; elle écrivit au Roi pour demander la permission de l'épouser. Par une première complaisance, le Roi le permit : la lettre arrivée, le mariage se conclut et se consomma sur-le-champ ; mais le courrier suivant, le Roi, ayant réfléchi, fit écrire qu'on le suspendît : il n'était plus temps.
En 1757, M. de Molanda, gentilhomme du Lyonnais, enseigne de grenadiers au régiment des gardes, épousa une demoiselle que le Roi avait beaucoup aimée, qu'il avait comblée de présents etdont il avait eu quatre enfants. Ennuyée de la vie qu'elle menait dans une solitude constante, elle témoigna au Roi les scrupules que lui causait sa fausse position ; l'assurant que, malgré son amour extrême pour lui, elle était très-malheureuse par la crainte de l'ave-
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nir, cl le suppliant de trouver bon qu'elle cessât un commerce trop funeste à son repos, quelque doux qu'il lui parût. Le Roi, toujours bon, consentit à sa retraite; elle s'était formée quarante-deux mille livres de rentes de l'argent reçu du Roi et placé à mesure en viager. Le Roi y ajouta cent mille écus d'argent comptant. Le duc de G*** trouva M. de Molanda, qui épousa la demoiselle et reçut un brevet de colonel dans les grenadiers de France.
Lebel, valet de chambre du Roi, était chargé du détail du Parc aux Cerfs. Il y a eu jusqu'à trois pensionnaires en même temps, qui ne se connaissaient point et ne communiquaient pas ensemble. Chacune avait sa petite maison, une femme de chambre, une cuisinière, un laquais et une espèce de gouvernante ayant soin de tout. On donnait pour la dépense deux mille francs par tête. Elles avaient une loge grillée à la comédie, où elles allaient à tour de rôle. Je les y ai vues souvent Elles ne recevaient personne , mais on leur donnait tous les maîtres qu'elles pouvaient désirer.
Le 2 juillet 1768 eut lieu le convoi de la Reine, composé d'environ vingt carrosses à huit et six chevaux revêtus de grands caparaçons noirs traînant jusqu'à terre, sur lesquels se trouvaient les armoiries du Roi et de la Reine en broderie. Tous les carrosses étaient rassemblés dans la cour Royale. Dans celle
des Ministres, qui la précède et qui est immense, étaient quatre cents gardes françaises en haie; à droite, derrière eux, cinquante gendarmes à cheval ; un peu plus bas cinquante mousquetaires gris, également à cheval; à gauche et vis-à-vis. trois cents gardes suisses; derrière eux cinquante chevau-légers, et un peu plus bas cinquante mousquetaires noirs. Un peuple innombi'able remplissait tous les vides ; toutes les fenêtres du château étaient occupées par des dames.
La marche fut ouverte par les pauvres vêtus de gris, portant des flambeaux, suivis de cent récollets et de deux cents prêtres. Le clergé bordait la haie depuis la grille Royale jusqu'à celle des Ministres. Ces grilles étaient entièrement tapissées de noir avec des écussons armoriés. Des huissiers à cheval précédaient cinq carrosses de deuil destinés aux écuyers. Pendant ce temps, la cour était éclairée par mille flambeaux et quatre globes de feu formés par les quatre troupes à cheval, dont chaque homme avait un gros flambeau à la main.
Les mousquetaires noirs, deux à deux avec leurs flambeaux, suivaient les cinq premiers carrosses, et successivement les mousquetaires gris et les chevau-légers. Vinrent ensuite les cinq carrosses du Roi, dont trois violets occupés par quatre dames du palais ; le quatrième par mademoiselle d'Orléans, deux dames du palais et sa dame d'honneur; le cinquième, plus près du corps, par madame la comtesse de la Marche, mesdames de Noailles, de
Villars et la dame d'honneur de madame de la Marche ; tous les valets de pied portaient des flambeaux, et des écuyers à cheval les entouraient.
Le corbillard suivait. Il était immense et couvert de velours noir, avec de grandes croix d'étoffe d'argent et des armoiries dans les vides; six prêtres, tous les valets de pied de la Reine ainsi que ses pages marchaient en avant. A droite se trouvaient douze pages de la grande écurie et le chevalier d'honneur, le comte de Saulx, à cheval ; à gauche douze pages de la petite écurie, le comte de Tessé, premier écuyer, à cheval, et derrière cent gardes du Roi. Cinq carrosses noirs venaient ensuite, et cinquante gendarmes fermaient la marche.
Tous les cavaliers avaient des crêpes à leur chapeau et de grands crêpes en bandoulière sur leur habit. Les tambours et timbales de la troupe ainsi que de la garde étaient couverts de crêpe. Le défilé fut terminé à neuf heures du soir et fut rendu à Saint-Denis à quatre heures du matin, après avoir passé par le bois de Boulogne. Le corps delà Reine y resta exposé pendant quarante jours. Toute la maison fut conservée et servit à la nouvelle Dauphine.
Capreron, dentiste du Roi, ayant limé une dent à M. le Dauphin, le pria à la fin de l'opération d^ouloir bien demander pour lui le cordon de Saiot-Michel. M. le Dauphin, riant et lui montrant une dent très-saine, lui dit:
« Capreron, ce serait pour trop peu de chose ; mais quand celle-là se gâtera, nous verrons. » Il n'en eut que cette plaisanterie.
M. le Dauphin, étant très-jeune, avait une habitude dont on désirait fort le corriger : c'était de rester trop longtemps à la garde-robe. Un jour, M. Du Muy et M. de Polastron, ses sous-gouverneurs, perdirent leur crédit pour l'en tirer, quoiqu'on lui eut déjà dit plusieurs fois qu'on était trop malheureux d'être forcé d'obéir aux besoins de l'humanité pour s'y complaire et ne pas s'en éloigner aussitôt qu'on le pouvait. Rien n'y fit : les semonces étant inutiles, ils menacèrent M. le Dauphin d'aller chercher M. de Châtillon, son gouverneur :
(( Tant mieux, dit-il, j'y resterai en sa présence autant qu'il me plaira. »
Une réponse aussi peu attendue les étonna beaucoup; on courut en rendre compte à M. de Châtillon, qui était tout près. D'abord que M, le Dauphin le vit:
c( Monsieur, dites-moi, que vous était Gaucher de Châtillon, dont je lisais hier les actions avec tant de plaisir?
— C'était un de mes aïeux, monsieur. » Et puis, commençant sa généalogie, il en énuméra les grands hommes sans songer où il était, a Eh bien, messieurs, dit M. le Dauphin à ses sous-gouverneurs, je savais bien que je resterais ici tant qu'il me plairait. »
M. le Dauphin, fils du précédent, est plein de justice et de fermeté. Étant à la chasse avec ses frères, le cerf se jeta à l'eau; M. le comte d'Artois criait très-vivement de prendre le plus court; le cocher allait obéir en traversant un champ plein de grain : M. le Dauphin, se mettant à la portière, ordonna au cocher de prendre le plus long pour sauver le grain, ce qui fâcha beaucoup M. le comte d'Artois.
c( Mon frère, lui dit M. le Dauphin, avez-vous de l'argent pour indemniser le maître du champ de la perte que nous lui causerions? 11 ne faut point détruire ce qui est si cher à faire venir. »
M. le comte d'Artois, pénétré des raisons de son frère, leva les mains au ciel en disant :
c( Que la France est heureuse d'avoir un prince aussi bon que juste! »
J'ai entendu, l'année d'auparavant, une chose que je ne pourrais croire si je n'en avais été le témoin. Les princes vinrent au camp formé par les Suisses, près du village de la Croix; M. de C..., qui commandait, n'attendant le Roi qu'à quatre heures, n'y était pas encore rendu à trois, quand les princes passèrent devant la ligne sous les armes ; on en fit apercevoir M. le Dauphin et le comte de Provence, qui dit assez haut pour que je l'entendisse ;
« Quand nous serons grands, nous l'en ferons repentir. »
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Le comte d'Artois, qui n'avait que neuf ans, ajouta très en. colère:
(( Pourquoi attendre, mes frères? Cène sont pas les années qui nous rendent grands, c'est notre naissance; je lui dirai dès demain que c'est très-mal. »
En apprenant la géographie, le comte d'Artois demanda comment Louis XIV avait eu la Franche- Comté : « Par droit de conquête, » répondit son maître. Une heure après, étant à table, on donna une fort belle pêche à M. le Dauphin, qui, causant un moment avec le comte de Provence, la laissa sur son assiette; le comte d'Artois, qui n'en avait point, la prit et mordit dedans, ce qui scandalisa beaucoup M. le Dauphin. Le sous-gouverneur lui dit :
« Monseigneur, cette pêche n'est point à vous.
— Pardonnez-moi, monsieur, elle esta moi par droit de conquête. »
J'allais souvent au dîner des princes ; on apporta dans la primeur un petit saladier de fraises des serres du Roi. Le plat fut confié à M. le Dauphin pour le partager ; ce que voyant le comte d'Artois :
« Mon frère, songez à la fable du lion; il ne fut point approuvé quoique le plus fort. »
M. le Dauphin mit la plus grande égalité dans les portions, et de son assiette tomba sur la nappe une
très-belle fraise dont s'empara très-lestement le comte d'Artois en disant :
(( Hélas, voilà ce qui reste à ces pauvres cadets, c'est ce qui tombe et qu'ils peuvent ramasser. »
M. le comte de Provence veut plaire et y réussit très-bien; me voyant un jour à son manège, il me demanda si je montais bien à cheval :
« Assez pour un homme de guerre, » lui répondis-je.
« Oh! je le sais, et M. de Lavauguyon m'a ditque vous marchiez bien aux ennemis. »
Toute la famille royale répond bien à ce ton de bouté qu'on cherche à lui inspirer ; madame de Marsan me procurait quelquefois l'honneur déjouer chez elle au piquet avec Madame, qui n'avait que huit ans. J'étais près de madame de Marsan; elle me dit en regardant mes cartes :
c( Yous avez bien vilain jeu.
— C'est trop juste, il est bon que Madame ait les beaux jeux, qui l'amuseront davantage.
— Non monsieur, répondit Madame, c'est ma partie que vous faites, et je dois souhaiter que vous vous amusiez. »
Le 24 août 1768, étant chez madame de Châteaurenaud, madame la marquise deNesle, fille du comte d'Hautefort, aussi jolie de tigure qu'aimable d'esprit
et de caractère, disait avoir en sa possession un manuscrit fort singulier et très-curieux de Jean de Coligny, de la maison do Chàtillon, écrit sur les marges d'un gros Évangile et commençant par ces mots:
« Comme ainsi soit qu'un gros volume se perd moins que des feuilles volantes, j'ai choisi celui-ci pour écrire tout ce qui m'est arrivé et m 'arrivera de personnel. »
Il y a son mariage, la naissance de ses enfants, les anecdotes de la cour qui le regardent, ses campagnes, etc.
M. le duc de Béthune, qui était aussi à cette conversation, dit avoir en original plus de trois cents lettres de la main de Henri IV sur les affaires d'État et les finances, et environ une douzaine dictées par l'amitié qu'il avait pour son ministre. J'en ai lu cinquante du même Roi que M. d'Argenson a léguées à sa mort à M. le président Hénault, son ami; une surtout, qui m'a le plus frappé, était adressée à Gabrielle d'Estrées pour lui reprocher son peu de désir de se rapprocher de lui J'en ai retenu cette phrase :
« Vous craignez les mauvais chemins ; vous dites qu'ils sont pleins de voleurs, qu'il n'y a nulle sûreté; vous ne faitespas toutes ces réflexions, et vos craintes se dissipent quand il faut aller voir Bellegarde; il est vrai qu'il est plus jeune et plus beau que moi; mais il n'est pas Roi et vous aime moins. »
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Le roi de Danemark Christian VII arriva à Paris au mois d'octobre 1768. Il logea à l'hôtel d'York, rue Jacob. 11 alla aux différents spectacles incognito dans de petites loges.
Le Roi le reçut à Fontainebleau dans son cabinet, et s'ayança jusqu'à la porte intérieurement : on avait un peu reculé le grand bureau du conseil ; en avant il y avait deux fauteuils à hauteur égale. Le Roi lui présenta celui de la droite. Le roi de Danemark ne s'assit point, et après quelques -phrases se retira ; le Roi Faccompagua jusqu'à la porte.
Le soir, il le fit souper avec lui dans ses cabinets, lui donna un fauteuil à sa droite, et mit à la droite du roi de Danemark madame la maréchale de Mirepoix, Beauvau en son nom, mesdames de Chàteaurenaud, de Gramont, de Choiseul et de Flavacourt. Il y eut cinquante-quatre hoûimcs nommés pour souper.
Le lendemain il fut voir M. le Dauphin ; les comtes de Provence et d'Artois y étaient ; il y avait quatre fauteuils; M. le Dauphin lui donna celui de sa droite.
Les Rois ni les Fils de France ne rendent pas de visite. Le Roi passa simplement en habit de chasse chez le roi de Danemark, qui l'accompagna jusqu'au palier de l'escalier, qu'il voulait descendre, mais le Roi l'en empêcha. Il fut voir Madame Adélaïde, chez qui mesdames Victoire, Sophie et Louise s'étaient rendues. Madame s'avança un peu pour le recevoir et l'accompagna deux ou trois pas dans sa chambre. Le soir il soupa avec le Roi dans
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ses cabinets ; il n'y eut que Mesdames et les seuls princes du sang, M. le duc d'Orléans, le prince de Condé, et le comte de la Marche. Les autres dames qui soupaient ordinairement avec le Roi soupèrent à une seconde table avec les dames de Mesdames et quelques hommes; le Roi vint les voir.
Pendant le premier souper le Roi avait dit au roi de Danemark : ^
« J'ai fait de grandes pertes : mon fils le Dauphin, sa femme, la Reine, mes filles aînées ; je vieillis, et par mon âge, je serais le père de la moitié de mes sujets; par mon affection, je le suis de tous. »
Le Roi l'appela souvent Majesté; personne ne se servit devant le Roi de France, en parlant à celui de Danemark, du mot de Sire ; on ne dit jamais que : Votre Majesté. Le Roi à la chasse lui disait quelquefois : Mon frère.
Il a envoyé à toutes les dames de la cour qui ont été le voir à son appartement des billets conçus dans ces termes :
« Sa Majesté Danoise est venue pour remercier madame (nom et qualités) de l'attention qu'elle a eue de passer chez elle.»
Sa Majesté Danoise alla voir en personne mesdames de Brionne, de Choiseul, de Gramont, de Beauvau, de Tengry.
M. le prince de Tengry, capitaine des gardes de quartier, lui présenta tous les chefs de brigade et les exempts de quartier ; le roi de Danemark lui dit:
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« Je serais fort aise de connaître chacun de ces messieurs en particulier ; je vous prie de me les nommer. »
Il eut une indisposition chez M. le duc de Yillars, qui lui donnait une fête ; après avoir vu jouer mademoiselle Clairon, il fut forcé de se retirer avant la fin du spectacle.
Le jeudi au soir, 17, il soupa chez lui avec mesdames de Yilleroy, de Duras et de La VaUière.
Le roi de Danemark est âgé de dix-neuf ans; il a cinq pieds et quelques ligues, blond, les yeux bleus et grands, le nez arqué, la bouche petite, le teint très-blanc, point de couleurs. Il arriva à Fontainebleau pour la seconde fois, le 2 novembre, avec MM. le comte de Olchk, son favori, de Molk, grand maréchal, et Bernstorf, ministre des affaires étrangères. M. le prince de Condé lui donna à souper avec seize dames, dont mesdames de Brionne et de Grarnont, M. le duc d'Orléans, le comte de la Marche et quinze hommes à la petite table.
Le 3, jour de Saint-Hubert, il fut à la chasse et partit dans un carrosse, avant le Roi, pour aller au rendez-vous à la Croix de Toulouse. Au retour il assista à la comédie : on donna l'acte d'Érosine^ le Deuin de Village et un ballet ; puis il soupa avec le Roi.
Le 4, je lui fus présenté par M. de Duras, chargé d'être auprès «de sa personne; le soir, comédie, Toin Jones et le Tonnelier, souper chez le duc d'Orléans et bal; il y avait trente-neuf femmes en tout à la pre-
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mière table : le roi de Danemark avait à sa gauche M. le duc d'Orléans, à sa droite la duchesse de Choiseul, puis vingt autres femmes; MM. de Molk, de Olchk, de Bernstorf et de Choiseul. A la seconde table, tenue par M. le duc d*e Chartres, était la duchesse de Gramont, neuf autres femmes et beaucoup d'hommes. A la troisième table, tenue par M. et madame de Pons, neuf femmes et beaucoup d'hommes; il y avait ensuite bon nombre de petites tables.
Après souper, le roi de Danemark ouvrit le bal par une contredanse à huit; il prit madame d'Egmont. 11 y avait vingt danseuses très-parées en diamants; il dansa avec toutes, entre autres mesdames de Mazarin, de Duras, de Chimay, de Belzunce, de Mellet. Le roi se retira à trois heures du matin.
Le samedi, le Roi lui dit qu'il ne pouvait lui donner à souper qu'en maigre ; le roi de Danemark répondit que le jeûne le plus sévère, près de Sa Majesté, serait préféré au meilleur souper gras.
Il partit de Fontainebleau le dimanche 6 novembre ; il fit remettre quatre- vingt louis à la livrée du Roi, et des boîtes d'or à MM. de la Source et Bi'usseaux, deux intendants des menus, de Fontanieux, chef du garde-meuble, et d'Alinville, maréchal des logis de la Maison ; il donna une montre d'or à répétition à chacun des deux pages du Roi attachés à sa personne. il alla voir le pavillon de M. Bouret à Croix-Fontaine, de là dîner au Coudray, chez M. de Lugeac, et coucher à Paris.
Le lundi 7, il fut chez madame de Mazarin, à
Chilly ; le 8, chez madame de Ville roy, à Paris.
Le Roi lui a fait présent de la belle tapisserie des Gobelins dont le sujet est l'histoire d'Esther, en sept pièces, et a commandé un service à la manufacture de Sèvres aux armes de Danemark; sa livrée était rouge doublée de jaune, ornée de grands galons d'argent. Il logeait à Fontainebleau dans l'appartement de Madame la Dauphine.
Sur le chemin de Chilly il trouva une foule de bourgeois et de peuple rassemblés, criant : Vive le roi ! Il fît arrêter sa voiture et leur dit :
c( Soyez contents, je viens de voir le Roi, il se porte très-bien. »
Au mois d'octobre 1768, les chambres étant assemblées pour l'affah^e du frère Boitin, religieux de Sainte-Geneviève, curé de Saint-Étienne du Mont, qui avait refusé les sacrements à M. Coistin, les différents avis se prolongèrent jusqu'à deux heures. Messieurs se séparèrent pour aller dîner, et remirent la séance à quatre heures après midi.
M. le May, conseiller delà grand'chambre, accoutumé à boire beaucoup de vin, avait doublé la dose, et ayant pris séance, s'assoupissait à sa place, tandis que ses confrères débattaient les moyens. On le réveilla pour prendre sa voix, et son voisin lui analysa ce qu'il n'avait pu entendre. M. le May s'échauffant et criant à tue-téte, apostropha le frère Boitin des épithètes les plus fortes et le plus militairement dites :
« Comment, sacré comment ce b , etc.,
refuser les sacrements à un sujet du Roi ! Non, messieurs, le parlement ne le souffrira pas. ))
Le premier président de Maupeou se servit de tout son esprit pour faire un bon conte de cela au Roi, qui le mena tout de suite chez madame de Pompadour, où il le lui fit répéter.
Madame la duchesse de Bourgogne, aimée du cardinal de Polignac, Favait écouté avec plaisir. M. ie duc de Bourgogne, trouvant les conversations trop fréquentes, en devint inquiet au point qu'il s'en plaignit à sa femme, qui était alors très-malade ; elle se servit d'un expédient qui lui réussit et dont elle profita après sa guérison, ce fut d'ordonner au cardinal de faire son oraison funèbre. Cela attendrit M. le duc de Bourgogne et éloigna de lui toute idée. C'est le comte de Fleury qui 1'^ raconté à M. de Maupeou, de qui je le tiens.
Le l^" juillet 1772, je remerciai M. le marquis de Montcynard de la croix de Saint-Louis accordée à mon neveu, le marquis de Yalfons. L'ordre fut expédié à Nimes à M. de Pierrelevée, chargé de la réception; j'envoyai à mon neveu une très-jolie croix faite à Malle et que m'avait donnée madame la comtesse d'Argenson. Madame de Sebourg y joignit un très-beau ruban fait exprès, et madame de Tallart un superbe nœud d'épée.
cd
-jT-o Trois grandes luges pour les dames de Paris.
■5 ^ Gradins, dames de Paris,
^ I Quatrième banc. — Dames de la cour.
^ S Troisième banc. — Dames de la cour.
o) S . Deuxième banc. — Dames de la cour.
£ I o^ MmeDuBarry.
^ -e ^^ Premier banc. — Danseuses et danseurs.