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Le vendredi 29 avril 1774, le Roi étant àTiianoii, se sentit, à sept heures du nnatin, des maux de tête et des envies de vomir. Vers midi, cela reprit. Il voulut partir, on s'y opposa. Enfin, à six heures du soir, il arriva à Versailles, n'ayant mis que trois minutes de Trianon ; il fut saigné deux fois, prit de l'émétique, et la petite vérole parut entre onze heures et minuit.
Le l'"" et le 2 mai la maladie fît des progrès. Le 3, à minuit, madame Du Barry vit le Roi. Le 4, M. d'Aiguillon prit les ordres de Sa Majesté pendant dix minutes, et de là fut causer une demi-heure avec Madame Adélaïde ; il revint ensuite un instant chez le Roi, et monta à midi chez madame Du Barry avec M. de RicheUeu. Madame Du Barry partit à trois heures et demie du soir pour Rueil , château de M. d'Aiguillon, avec madame d'Aiguillon, la vicomtesse Du Barry et mademoiselle Du Barry.
Le 5, M. le duc d'Orléans écriyit qu'à quatre heures les boutons s'étaient aplatis et que la suppur'-ation n'allait plus. A six heures, on donna au Roi du vin d'Alicante qui rétablit la suppuration. M. l'archevêque de Paris était entré dans la chambre du Roi, qui avait dit uniquement: « Ah! voilà M. l'archevêque.» L'abbé Mandoux, confesseur, entra à huit heures du soir dans le cabinet, et en sortit à dix, sans avoir vu le Roi. On le renvoya chercher à minuit; il resta dans le cabinet jusqu'à sept heures du matin, mais il ne vit pas encore le Roi.
Le 6, M. l'archevêque se présenta deux fois, on
lui (lit qu'il entrerait avec tout le monde à neuf heures du soir, heure de l'ordre que le Roi a toujours donné.
Le 7, le Roi a demandé de lui-même son confesseur. A trois heures du matin il avait eu trois faiblesses ; il s'est confessé, a demandé le cardinal de la Roche- Aymon, grand aumônier, et lui a donné l'ordre pour être administré à sept heures du matin, ce qui a été exécuté. On assure que, la cérémonie terminée, il a dit : (( Enfin me voilà content. »
Le 8, le Roi a été très-mal, la nature ne s'est point aidée ; ce n'est qu'à force de cordiaux qu'il a existé.
Le 9, le Roi, conservant toujours sa tête, a été très-assoupi, et si mal, qu'il a reçu l'extrême-onction entre onze heures et minuit.
Le 10, le Roi avait encore parlé à midi, et avait dit à M, de la Yrillière de lui tàter le pouls, qui a été trouvé moins fort ; le Roi a dit : « Il n'y a plus de ressource. »
Il est mort à deux heures cinquante-deux minutes après midi, ayant poussé deuxhoquets.
Yers quatre heures et demie du soir, M. le duc de Bouillon, grand chambellan, sortant de la chambre du Roi, s'est avancé jusqu'à la barrière qui séparait rOEil-de-bœuf en deux et a dit : a Messieurs, le Roi est mort. » L'huissier de la chambre a ajouté : « Passez , messieurs , » et a fciit sortir tout le monde.
Les ambassadeurs ont dîné chez M. d'Aiguillon,
OÙ était madame d'Aiguillon, revenue de Kueil, et qui n'a cessé de verser des larmes.
M. le Dauphin, devenu Roi, Madame la Dauphine, M. le comte et madame la comtesse de Provence, M. le comte et madame la comtesse d'Artois, étant descendus pour monter en carrosse, les cours pleines de monde, une voix a crié : « Vive le Roi! » Ce cri a été répété par le peuple avec transport ; toute la famille royale attendrie a versé des larmes, et est partie le 10, àcinqheurcsdusoir, pourChoisy. Mesdames Adélaïde, Yictoire , Sophie, ont suivi et logent au petit château. Madame et Madame Élisaheth, sœur du Roi, sont à Rellevue.
M. le Dauphin a donné l'ordre avant de partir.
Le 12 mai 1774, jour de l'Ascension, le corps du feu Roi Louis XV a été transporté, en passant par le hois de Boulogne et la porte Maillot, pour aller à Saint-Denis, à dix heures du soir, dans un graud carrosse à douze places , suivi d'un seul autre carrosse, tous les deux de couleur et point noirs, escortés de cinquante gardes du corps et de beaucoup de pages, en tout trois cents personnes à cheval avec des flambeaux, et allant au grand trot.
Le même jour, madame la comtesse Du Barry est partie du château de Rueil à dix heures du matin, par lettre de cachet, avec deux seules femmes de chambre, pour aller au couvent de Pont-aux-Dames, à dix lieues de Paris, près de Meaux.L'abbesse,
madame de Fonieniile, a reçu l'ordre de ne la laisser parlera personne, surtout de sa famille. Madame la vicomtesse Du Barry-Tournon et sa beile-sœur, mademoiselle Du Barry-Chon , ne l'ont point suivie.
La fortune actuelle de madame Du Barry consiste en quatre-vingt-quinze mille livres de rentes viagères, quarante mille livres de rentes en contrat à 4 p. 100, les boutiques de Nantes, valant vingt mille francs par an , et trois millions de diamants ou mobilier, sur quoi on dit qu'elle doit douze cent mille francs.
Le 1 1 , le Roi a accordé les grandes entrées à ses menins et leurs appointements : ce sont MM. de Lavauguyon, de Damas, de Montmorin, de Bourbon- Busset, de la Rocbe-Aymon, de Beaumont, de (uhoiseul, Quinlin, prince de Montmorency, de Belsunce, de Pons.
Le mercredi 18, le Roi quitta Choisy à cause de la petite vérole de Mesdames Adélaïde et Sophie, et vint à la Muette avec la Reine, Monsieur, Madame, M. le comte et madame la comtesse d'Artois.
Les lettres de cachet de M. de Praslin et du duc de Choiseul ont été levées le 10 juin.
Madame la duchesse de Praslin parut à la Muette, où était la cour. La Reine l'accueillit et la caressa beaucoup. M. le duc de Praslin ne put y aller à cause de la goutte. M. de Beauvau annonça par un courrier à M. le duc de Choiseul qu'il pouvait revenir, et
il arriva à Paris le 12. Le 13 au matin il fui à la Muette au lever du Roi , qui lui dit qu'il paraissait avoir perdu de ses cheveux.
Monsieur, frère du Roi, le reçut très-sérieusement, M. le comte d'Artois beaucoup mieux, et la Reine très-bien. Toutes ses amies l'accueillirent à merveille : mesdames de Chaulnes, de Fitz-James, de Brionne, de Guémenée, de Beauvau, tout le Palais- Royal et bien d'autres. Il repartit le 14 juin 1774, à huit heures du matin, pour Chanteloup.
Le 20 juillet, M. de Boine a reçu Tordre du Roi, par M. le duc de laYriUière, de remettre sa démission de secrétaire d'État de la marine. M. de Turgot, intendant de Limoges, a été nommé à sa place.
Le même jour, MM. les ducs d'Orléans et de Chartres ont reçu ordre du Roi de ne pas paraître à la cour, pour s'être dédits de la promesse qu'ils avaient faite d'aller le 27 juillet, h Saint-Denis, au catafalque avec le nouveau pnriement.
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