‹ Dix-huitième siècleChapitre 10 sur 53 · XVI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XVI AVANT-PROPOS

et grande estime de soi, mais frères ennemis, qui se défiaient fort Tun de l'autre en s'apercevant qu'ils menaient aux conclusions, aux règles de conduite, aux morales les plus différentes; et aussi, dans les esprits communs et peu capables de discernement, dans la foule, frères ennemis vivant côte à côte, prenant tour à tour la parole, mêlant leurs voix en des phrases obscures autant que solennelles ; dieux invoqués en même temps d'une même foi indiscrète et d'un même enthousiasme confus.

N'importe, c'étaient des. enthousiasmes, des cultes, des élévations, des manières de religions en un mot; car tout sentiment désintéressé a déjà un caractère religieux. De l'instrument même dont il s'était servi pour détruire lareligion traditionnelle, le xviu® siècle avait fini par faire une religion nouvelle, et la pensée humaine avait parcouru le cercle qu'elle parcourt toujours. — De même le sentiment, la passion, sévèrement refoulés, et tenus en suspicion comme dangereux par la religion traditionnelle, après avoir protesté contre elle et réclamé leurs droits (avec Vauvenargues, par exemple), de protestataires, puis d'insurgés, étaient devenus dogmes eux-mêmes et religions, et le cercle, de ce côté-là aussi, était parcouru.

Entre ces deux divinités nouvelles et les deux groupes de leurs croyants, restaient en grand nombre, et restèrent toujours, ceux que l'évolution

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de pensée que je viens d'indiquer n'avait pas entraînés jusqu'à son terme, les hommes du « pur » xvin® siècle, les hommes à la d'Holbach, qui s'en tenaient à la pure négation, et qui se refusèrent à n'abandonner un culte que pour en embrasser un autre. — Plus tard et la pure et simple négation, comme trop sèche et trop attristante; et le sentiment et la raison comme choses trop évidemment individuelles, et qui sont trop autres d'un homme à un autre, pour être de vrais liens des âmes, relligiones, et soupçonnées de n'être devenues des divinités que par un effort singulier et un coup de force d'abstraction^ devaient cesser d'exercer un empire sur les esprits : et les tlommes devaient, ou s'essayer à revenir à l'ancienne foi, ou se remettre en marche vers d'autres solutions encore ou expédients. Mais il était important de marquer la dernière borne du stade parcouru par le xvin® siècle, et celle surtout oii il a comme a tourné ». On a fait remarquer, et avec grande raison (1), que le xvni° siècle, à le prendre en général, et avec beaucoup de complaisance, avait eu une irréligion plutôt déiste, tandis que l'irréligion du xvu® siècle était athée. Cette vue est très ingénieuse et elle est presque vraie. La minorité irréligieuse du xvii'* siècle nie Dieu ;

(1) Vinct, Histoire de la littérature française au XVIIP siècle. — Appendice : Les moralistes français au XVII" siècle.

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