‹ Dix-huitième siècleChapitre 12 sur 53 · XX AVANT. PROPOS · texte numérisé non relu

XX AVANT. PROPOS

I Aussi sont-ils intéressants et décevants, de peu

(de largeur, de peu d^haleine, de peu de course, et

(surtout de peu d'essor. Deux siècles passés, ils ne

/compteront plus pour rien, je crois, dans Fhistoirc

' de la philosophie.

Il était difficile, à moins d'un grand et beau hasard, c'est-à-dire de l'apparition d'un grand génie^ chose dont on n'a jamais su ce qui la produit, que ce siècle fût un grand siècle poétique. Il ne fut pour cela ni assez novateur, ni assez traditionnel.

Il pouvait, avec du génie, continuer l'œuvre du xvu® siècle, en remontant à la source oîi le xvu® siècle avait puisé et qui était loin d'être tarie; il pouvait continuer de se pénétrer de Tesprit antique et même sert pénétrer mieux que le xvii® siècle^ qui, après tout, s'est beaucoup plus inspiré des Latins que des Grecs, maintenir ainsi et prolonger l'esprit classique français qui n'avait pas dit son dernier mot, et le revivifier d'une nouvelle sève.

Et il pouvait, décidément novateur, avec du génie, créer, à ses risques et périls, ce qui est toujours le mieux, une littérature toute nationale et toute autonome.

Il n'a fait ni Tun ni l'autre. Il a commencé par être novateur stérile; puis il a été traditionnel timide, cauteleux, servile, traditionnel par petite imitationy traditionnel par contrefaçon.

Il a commencé par être novateur. Il était naturel

AVANT-PROPOS. xxi

qu'il le fût en littérature comme en tout le reste, et qu'il repoussât la tradition littéraire comme toutes les autres. C'est ce qu'il fit. Fontenelle, Lamotte, Montesquieu, Marivaux, sont en littérature les représentants d'une réaction presque violente contre l'esprit classique français en général, et le XYii** siècle en particulier. Ils sont t modernes », et irrespectueux autant de l'antiquité classique que de l'école littéraire de 1660. Et cela est permis ; ce qui ne l'était point , c'était d'être novateur par simple négation, et sans avoir rien à mettre à la place de ce qu'on prétendait proscrire. Les novateurs de 4715 ne sont guère que des insurgés. Ils méprisent la poésie classique ; mais ils méprisent toute la poésie ; ils méprisent la haute littérature classique ; mais ils méprisent à peu près toute la haute littérature. Si, comme font d'ordinaire les nouvelles écoles littéraires, ils songeaient à se chercher des ancêtres par delà leurs prédécesseurs immédiats qu'ils attaquent, ils remonteraient à Benserade et à Furetière. Esprit précieux et réalisme superficiel, voilà leurs deux caractères. « Roman bourgeois » avec le GilBlas, comédie romanesque et spirituellement entortillée avec les Fausses Confidences, croquis vifs et humoristiques de la ville, sans la profondeur même de La Bruyère, avec les Lettres Persanes^ églogues fades et prétentieuses, fables élégantes et malicieuses sans un grain de poésie, voilà ce que

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