‹ Dix-huitième siècleChapitre 13 sur 53 · XXII AVANT. PROPOS · texte numérisé non relu

XXII AVANT. PROPOS

font les plus grands d^entre eux. Celle première école, malgré un bon roman de mauvaises mœurs, deux ou trois jolies comédies et un brillant pamphlet, sent singulièrement Timpuissance, et n'est pas la promesse d'un grand siècle.

Le siècle tourna, brusquement, fit volle-face, non pas tout entier, nous le verrons, mais en majorité, sous rimpulsion vigoureuse et multipliée de Voltaire. Celui-ci n'était pas novateur le moins du monde. Conservateur en touteschoses, et seulement forcé, pour les intérêts de sa gloire, à feindre et h imiter une foule d'audaces qui n'étaient nullement conformes à son goût intime, dans le domaine purement littéraire il était libre d'être conservateur décidé et obstiné, et il le fut de tout son cœur. Il ramena vivement à la tradition ses contemporains qui s'en détachaient. Il prêcha Boileau et crut continuer Racine. Il fut franchement traditionnel, et beaucoup le furent à sa suite. Mais c'était là la tradition prise par son petit côté. Ce que, surtout au théâtre, l'école de Voltaire nous donna, ce fut une « imitation d des « modèles d du xvn® siècle. Pour être dans la grande tradition et dans le vrai esprit classique, il ne s'agissait pas de les imiter^ il s'agissait de faire comme eux ; il s'agissait de comprendre l'antique et de s'en inspirer librement; et au lieu de remonter à la première source, imiter ceux qui déjà empruntent, c'est risquer de faire des

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imitations d'imitalions. La tradition telle que Ta comprise le xviii® siècle est une sorte de conservation des procédés, et c'est pour cela que, plusqu'ailleurs, ce fut alors un métier de faire une tragédie ou une comédie. Une tragédie coulée dans le moule de Racine, ou une comédie développée sur un portrait de La Bruyère comme un devoir d'écolier sur une matière, voilà bien souvent le grand art du xvni® siècle. Elles viennent delà lasensationi de vide et Timpression de profonde lassitude que laissèrent dans les esprits, vers 1810, les dernicrs^ survivants de cette sorte d'atelier littéraire. Legrand art duxvm® siècle est une manière de mandarinat très lettré, très circonspect, très digne, et très impuissant.

Le petit vaut mieux. L'école de 1713, nonobstant Voltaire, avait laissé quelque chose derrière elle. Les précieux s'étaient évanouis, ou atténués ou transformés en faiseurs de madrigaux cl en poètcs^ du Mercure ; mais les réalistes étaient restés. Partis d'assez bas, ils ne s'élevèrent jamais, et même aucontraire ; mais ils furent intéressants ; ils contèrent bien leucs vulgaires histoires, quelquefois vilaines, ils créèrent toute une école de romanciers et denovellistes intelligents, vifs de style, piquants, parfois même, quoique trop peu, observateurs, parfois même et, comme par hasard, donnant un petit livre 011 il y a du génie. De Le Sage à Laclos c'est

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