‹ Dix-huitième siècleChapitre 6 sur 53 · VIII AVANT- PROPOS · texte numérisé non relu

VIII AVANT- PROPOS

nous considérons, la Révolution française a été tout d'abord cosmopolite, et non française, a songé à « rhomme » plus qu'à la patrie, et n'est devenue fi patriote » que quand le territoire a été envahi. Quoi qu'il en soit des causes, c'est un fait que la pensée du xviii® siècle n'a été aucunement tournée vers l'idée de patrie, que l'indifférence des penseurs et des lettrés à l'endroit de la grandeur du pays est prodigieuse en ce temps-là, et que la langue seule qu'ils écrivent rappelle le pays dont ils sont. Cela, même au point de vue purement littéraire, n'aura pas, nous le verrons, de petites conséquences.

j La disparition de l'idée chrétienne a des causes plus multiples peut-être et plus confuses. La principale est très probablement ce qu'on appelle « l'esprit scientifique », qui existait à peine au xvii" siècle, et qui date, décidément, en France, de 1700. La « philosophie y> du xvm® siècle n'est pas autre chose, et quand les auteurs de ce temps disent « esprit philosophique », c'est toujours esprit scientifique qu'il faut entendre. Le xyii® siècle avait été peu favorable à l'esprit scientifique, et même Tavait dédaigné. Il était mathématicien et « géomètre D, non scientifique à proprement parler. 11 était mathématicien et géomètre, c'est-à-dire aimait la science purement intellectuelle encore, et que Tesprit seul suffit à faire; il n'aimait point la science

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réaliste, qui a besoin des choses pour se constituer, et qui se fait, avant tout, de l'observation des choses réelles. « Les hommes ne sont pas faits pour considérer des moucherons^ disait Malebranche, et fon rC approuve point la peine que quelques personnes se sont donjiée de nous apprendre comment sont faits certains iyisectes^ et la transformation des vers, etc.. Il est permis de s'amuser à cela quand on na rien à faire^ et pour se divertir, » — Pour les esprits les plus philosophiques et les plus austères, de telles occupations n'étaient pas même un t divertissement permis 3>. C'était une forme de la concupiscence, libido sciendiy libido oculorum, un véritable péché, et une subtile et funeste tentation ; c'était, pour parler comme Jansénius, une « curiosité toujours inquiète, que fon a palliée du nom de science. De là est venue la recherche des secrets de la nature qui ne nous regardait points qu'il est inutile de connaître^ et que les hommes ne veulent savoir que pour les savoir seulement. » — Littérature, art,\ philosophie métaphysique, théologie, science ma-; thématique et toute intellectuelle, voilà les diffé- • rentes directions de l'esprit français au xvii® siècle. Mais vers la fin de cet âge, par les récits des voyageurs, par la médecine qui grandit et que le développement de la vie urbaine invile à grandir, par le Jardin du roi qui sort de son obscurité, par l'Académie des sciences fondée en 1666, par Ber-

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