X AVANT-PROPOS
nier,Tournefort, Plumier, Feuillée,Fagon, Delancé, Duverney, les sciences physiques et naturelles deviennent la préoccupation des esprits. Elles profitent, pour devenir populaires, de la décadence des lettres et de la philosophie, de cette sorte de vide intellectuel qui n'est que trop apparent de 1700 à 1720 environ ; elles deviennent même à la mode, et les femmes savantes ont partout remplacé les précieuses, et les présidents à mortier en leurs académies de province ne dédaignent point de « considérer des moucherons », et de disséquer des grenouilles. Elles ont cause gagnée en 1725 et ont déjà donné son pli à l'esprit du siècle. Comme il arrive toujours à l'intelligence humaine, trop faible pour voir à la fois plus d'un côté des choses, la science nouvelle paraît toute la science, semble apporter avec elle le secret de l'univers, et relègue dans l'ombre les explications théologiques, ou métaphysiques, ou psychologiques qui en avaient été données. Tout sera expliqué désormais par les « lois de la nature ï>, le surnaturel n'existera plus, r humain môme disparaîtra ; plus de métaphysique, plus de religion ; et jusqu'à la morale, qui n'est pas dans la nature, n'étant que dans l'homme, finira elle-même par être considérée comme le dernier des « préjugés ».
Ajoutez à cela des causes historiques dont la principale est la funeste et à jamais détestable révo-
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cation de l'Edit de Nantes. Encore que le protestantisme n'ait nullement été, en ses commencements et en son principe, une doctrine de libre examen, une religion individuelle, insensiblement et indéfiniment ployable jusqu^à se transformer par degrés en pur rationalisme, encore est-il qu'il était dans sa destinée de devenir tel. Il a été, chez les peuples qui l'ont adopté, un passage, une transition lente d'une religion à un état religieux, et d'un état religieux à une simple disposition spiritualiste. Ce passage progressif et lent eût pu avoir lieu en France comme ailleurs, sans la proscription des protestants sous Louis XIV. La Révocation a eu, comme toute mesure intransigeante, des conséquences radicales; elle a supprimé les transitions, et jeté brusquement dans le « libertinage » tous ceux qui auraient simplement incliné vers une forme de l'esprit religieux plus à leur gré. Ce n'est pas en vain qu'on déclare qu'on préfère un athée à un schismatique. A parler ainsi, on réussit trop, et ce sont des alliées que Ton fait.
Pour ces raisons, pour d'autres encore, moins importantes, comme le trouble moral qu'ont jeté dans les esprits la Régence et les scandales financiers de 1718, le xvni° siècle a, dès son point de départ, absolument perdu tout esprit chrétien.
Ni chrétien, ni français, il avait un caractère bien singulier pour un âge qui venait après cinq ou