XII AVANT-PROPOS
six siècles de civilisation et de culture nationales: il était tout neuf, tout primitif et comme tout brut. La tradition est l'expérience d'un peuple; il manquait de tradition, et n'en voulait point. Aussi, et c'est en cela qu'il est d'un si grand intérêt, c'est un siècle enfant^ ou, si l'on veut, adolescent. 11 a de 1 cet âge la fougue, Tardeur indiscrète, la curiosité, la i malice, l'intempérance, le verbiage, la présomption, I l'étourderie, le manque de gravité et de tenue, les polissonneries, et aussi une certaine générosité, bonté de cœur, facilité aux larmes, besoin de s'atj tendrir, et enfin cet optimisme instinctif qui sent i toujours le bonheur tout proche, se croit toujours * tout près de le saisir, et en a perpétuellement le besoin, la certitude et l'impatience.
Il vécut ainsi, dans une agitation incroyable, dans les recherches, les essais, les théories, les visions, et, l'on ne peut pas dire les incertitudes, mais les certitudes contradictoires. Il avait tout coupé et tout brûlé derrière lui : il avait tout à retrouver et à refaire, lltouchait, du moins, à tous les matériaux avec une fièvre de découverte, et une naïveté d'inexpérience à la fois touchante et divertissante, reprenant souvent comme choses nouvelles, et croyant inventer, des idées que l'humanité avait cent fois tournées et retournées en tous sens, et ne les renouvelant guère, parce qu'avant de les trancher il ne commençait pas par les bien connaître. Il est peu