‹ Dix inscriptions chinoises de l'Asie centrale d'après les estampages de M. Ch.-E. BoninChapitre 8 sur 12 · UNE FONDATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

UNE FONDATION RELIGIEUSE

A l'angle nord-est de la ville se trouve un temple dont le nom est Ta-yun; c'est un lieu qui procure le bonheur aux cinq (parties du territoire de) Leang. Depuis le moment où, pour la première fois, on déblaya la montagne (pour établir ce temple) jusqu'à maintenant, il s'est écoulé un fort long temps; ensuite (ce bâtiment) fut incendié au cours des guerres et tomba en ruines; peu s'en fallut qu'il ne devînt la résidence de gens incultes.

A l'époque où le « général qui fait cesser les hostilités » , l'honorable Suen, avait le commandement suprême des troupes dans cette province, il vit (cet état de choses) et en fut apitoyé. Avec son secrétaire, l'honorable Yen, dont le nom personnel était I-tch'ao, et qui était originaire de Leon-si, il prit des mesures pour faire une grande construction en briques et en bois et ce travail fut recommencé. Cependant, comme, lorsque l'œuvre accomplie aurait été terminée, et lorsque l'alï'aire serait ancienne et que les hommes (qui s'y

étaient intéressés) auraient disparu, il craignait que dans de telles circonstances les causes de destruction des choses ne pussent être évitées, il ordonna donc aux fonctionnaires nommés Foa PVan-k'ing , Yuen Yu , PVang Tse-koang , Tch'ai Foii-kouo, Ydng Ki-is'e, Tch'en Leang-ts'e , Yang Teng-k'o et à d'autres, au nombre de, plusieurs dizaines de personnes, de se réunir pour fonner une association religieuse bouddhique d'avalambana ' . Chaque mois , le quatorzième jour, ces personnages viendraient se réunir (dans le temple) et les vénérables religieux feraient leurs prières et célébreraient le culte bouddhique. Par ce moyen, on prolongerait et on ferait durer l'excellente œuNTe méritoire du général; par ce moyen, on donnerait une aide à la protection et à la sollicitude exercée par le temple lui-même (sur le pays environnant).

Alors donc , derrière lo temple , à droite de l'enceinte de la pagode , à l'est de l'enceinte du dhyâna, les religieux délégués Hoei-toa et Hoei-ya, et à l'ouest (de cette enceinte) , le religieux délégué Tcken-foa, ont été chargés de présider aux soins (qu'il faut prendre); ces deux (groupes de) religieux, avant d'aller se coucher et au moment où ils se lèvent , arroseront et balayeront ; le pre mier et le quinzième jour de chaque mois, ils brûleront (des parfums) et célébreront (le culte).

En outre, les notables laïques fVang Kouo-hing et Wang San~kou ont abandonné en présent au temple un bâtiment à trois pièces en pisé qui se trouve dans la rue .devant le temple, pour qu'il fournisse aux frais de l'entretien des parfums et des lampes du matin jusqu'au soir.

Pai' ces moyens , le tambour du crépuscule et la cloche de l'aurore prolon geront pendant cent années le parfum et la flamme. Telle était en effet notre intention première en formant cette association religieuse, et c'est pour cela que nous avons fait cette notice .

Ont surveillé l'exécution de l'œuvre méritoire :

Tcluw Yng-p'ang; — Tchang Yaen; — Yuen fVen-sieoa; — Chen Tien-yn.

(Font partie de) la société officielle d'avalambana ^ :

PVang Tse-koang; — Tchou Yan-long; - Ts'oei Ngo; — Ti Yng-hia; — Tsiao Nan-yaen; — Chou Hoa; — Yang Yun.

Yaen Yu; — Tch'ai Fou-kouo; — Yuen fVen-Tiie; — Hiu Koao-isai; — Fong I; — Tchao Panq-meoa; — Uoang Wei-choen.

Fou. fVan-k'ing; — Yang Ki-ts'e; — Kao Ki-fong; — Hia Tche-je; — Li Hiotsing; — Hiu Eul-heon; — Lieoa Tchouo.

Tch'en Leang-ts'e; — Ho Cheng-li; — Kan Tchen-hing; — Sucn Hiun; — Tchang Siu; — Yang Koao-hoa; — Tchang Min.

Yang Teng-k'o; — Ho K'i-long ; — Hoa Yong-nien; — Tch'ai Lan; — Li Tch'eng-tsio; — Tsiang Hong Ion ; — Siao Yuen-chan.

On trouve deux fois dans ce texte l'expression 3t B, qui correspond au mot sanscrit avalambana, comme le prouve la transcription plus complète ,%W ^^' Dans la seconde édition de son Hàndbook oj chmese Buddhism, E.-J. Eitel a défini très exactement la valeur de ce terme; il n'est cependant pas inutile de confirmer les explications qu'il a données' :

Dans un commentaire du sûtra intitulé 3Ê ^ â H (Tripitaka

' Voyez sur ce même sujet les remarques de M. Pelliot {Bulletin de l'École française d' Extrême-Orient , t. I, p. ay-j- 378 ). — La restauration allambana qui est adoptée par E.-J. Eitel et par Bdnyiu Nanjio paraît moins acceptable que le mot avalambana déjà proposé par Stamslas Julien. fiUllaTnbuna, me dit M. Sylvain Lévi , serait formé du verbe uUamb, composé lui-même de la racine lamb qui signifie suspendre et du préfixe ut qui indique un mouvement de bas en haut (grec ivà)] ullamb signifie donc étymologiquement et en fait soulever pour suspendre. Au contraire , avalamb présenté la même racine lamb combinée avec le préfixe ava qui s'oppose à ut et exprime l'idée de mouvement de haut en Ijas (gi'ec xarà, latin de). Avalamb signifie donc bien suspendre de haut en bas, et avalambana est )a suspension de haut en

bas; ce sens correspond donc exactement à la glose chinoise ^ ^ suspendre renversé. Les transcriptions chinoises yu-lan et ou-lan-p'o-nou peuvent se ramener à deux formations sanscrites à l'aide de suflixes difîérents , mais de sens identiques : avalamb-a et avalamb-aiia. Quant à la syllabe' initiale de la transcription chinoise, elle ne peut pas répondre directement au sanscrit ava; elle suppose un intermédiaire o, lequel est la contraction régulière du groupe ara dans tous les prâcrits. On voit ainsi que ce mot n'est pas arrivé en Chine par le moyen des livres écrits auxquels on aurait emprunté fidèlement une transcription littérale du sanscrit, mais qu'il s'est propagé par le véhicule de la langue parlée en même temps que certaines pratiques religieuses. »

japonais, vol. XXX S, fasc. /i, p. 2 v"), on lit les explications suivantes, qui sont mises sous l'autorité d'I-tsing H î^^ :

Ya-lan est un mot des pays d'Occident qui signifie « suspendu la tête en bas » ; p €n est un vocable chinois ; c'est d'ailleurs un ustensile qui sert à secourir; si l'on voulait se conformer au parler vulgaire, il faudrait dire : « le vase qui sert à secourir ceux qui sont suspendus la tête en bas ». Voici quelle on est la raison : l'âme de la mère du Vénérable (Maudgalyâyana) se trouvait enfoncée dans une destinée obscure; elle souftVait donc de la faim et de la soif; sa vie ressemblait à (celle de quelqu'un qui serait) suspendu la tête en bas. Quelle que fût la puissance surnaturelle du saint homme ( Maudgalyâyana) , ii ne parvenait point à secourir son infortune. Le Buddha l'invita à disposer dans un vase des ïJiments de cent saveurs pour en faire une offrande aux trois vénérables (triratna), et à mettre son espoir dans l'éclat bienfaiteur de la grande assemblée (mahâsamgha) pour sauver de leur détresse ceux qui sont suspendus la tête en bas. Telle est l'idée d'où l'on a tiré le titre de ce sûtra.

Il résulte manifestement de ces explications que le mot ^ désigne bien un vase dans lequel on empilait des aliments et n'est pas, tout au moins exclusivement, un caractère de transcription. Les textes historiques confirment d'ailleurs cette manière de voir; pour n'en citer qu'un seul, le Tse tche t'ong Men (chap. ccxxiv, p. 6 v°) nous apprend qu'au septième mois de l'année 768, on fit sortir du palais le vase d'avalambana et qu'on le donna au temple Tchang-klng fy |ii:Slllâ.^^^"#.Il

' L'auteur de ce commentaire est le qui lui est consacrée à la fin de ce com

maître du dhyàna Tsong-mi ^ ^ , origi- mentaire même , Tripitaka japonais ,

nairc de la sous-pret'ecture de Si-tch'ong vol. XXX § , fasc. 4, p- 8 v°). W 3te ' M"i vécut de 780 à 84 1 (cf. la note

est évident qu'il s'agit là d'un objet matériel qui est transporté d'un lieu dans un autre.

Voici maintenant le texte même du sûtra qui a donné naissance à toutes les cérémonies dites d'avalambana :

FO CHOUO YU LAN p'eN KING.

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