‹ Dix inscriptions chinoises de l'Asie centrale d'après les estampages de M. Ch.-E. BoninChapitre 9 sur 12 · SÛTRA DU DISCOURS DU BUDDHA SUR LE BASSIN D'AVALAMBANA · texte numérisé non relu

SÛTRA DU DISCOURS DU BUDDHA SUR LE BASSIN D'AVALAMBANA

Traduit sous les Tsin occidentaux par le Yae-tche, maître du Tripitaka ,

l'Hindou /««-Aou (Dharmaraksa)*.

( Tripitaka japonais , vol» VI g , fasc. 6, p. 87 v° et 58 r".)

Voici ce que j'ai entendu dire : une fois , le Buddha se trouvait dans le royaume de Çrâvastî, sous les arbres de Jeta dans le jardin d'Ânâthapindika. Mahâmaudgalyâyana venait d'obtenir les six pénétrations^; il désira sauver son père et sa mère et reconnaître le bienfait qu'ils lui avaient 1 endu en l'allaitant et en le nourrissant ; il jeta donc un regard sur l'univers avec l'œil de l'intelligence ; il \\t que sa mère défunte était née parmi les prêtas affamés ; elle ne voyait ni boire ni manger et sa peau était collée sur ses os. Maudgalyàyana eut compassion d'elle, il remplît donc son bol (pàtra) de nourriture et alla donner à manger à sa mère; quand sa mère eut la nourriture cîu bol, elle protégea de sa main gauche la nourriture et de la main droite elle la roula en boule; mais, avant que les aliments fussent entrés dans sa bouche, ils se transformèrent en charbons brûlants; elle ne put donc pas manger; Maudgalyâyana poussa un grand cri ; il se lamenta et pleura en gémissant.

Il revint en toute hâte dire la chose au Buddha et lui exposa entièrement ce qui en était. Le Buddha lui dit : « Les crimes de votre mère ont une racine profonde et tenace; ce n'est pas votre puissance, à vous un seul homme,

' W f >g .K H K ^ ?^ ^ Ei- Les jap., vol. XXX g , fasc. 4, p. 2 v"). Cf.

variantes du Tripitaka japonais montrent BoNYiu Nanjio, Catalogue, Appendix II,

que les deux mots J^ $^ sont suspects. n' aS. Un court abrégé de ce sûtra

Le nom de Dharmaraksa est écrit ^Ij f^ a été traduit par De Groot, Les fêtes an-

Êi5 «lemaitre de la Loi 7c/i'a» , par TsoH*/- miellés à Emoai, trad. française, p. 4if>-

wi, qui nous apprend en outre quf cetto A 16.

traduction fut l'aite au temps dc! l'empereur " ^ ji^ 1 'es six abhijnàs. Voyez le

On (266-289), de la dynastie Tsin [Tvip. Handbook ofchinese Buddkism d'ElTEi-.

qui y pourrait porter remède ; quoique la renommée de votre piété filiale et de votre obéissance ait ébranlé le ciel et la terre, ni les dieux du ciel, ni les génies de la terre, ni les démons pervers, m les maîtres hérétiques, ni ceux de la vraie doctrine ^ ni les quatre dieux devarâjas n'y pourraient, eux non plus, porter remède. 11 est nécessaire d'avoir la puissance de la force divine de l'assemblée des religieux des dix régions , et alors vous obtiendrez la délivrapce. Je vais maintenant vous dire le moyen qu'il faut employer pour secourir et sauver, pour faire que dans tous les mondes d*i peine soient écartées la tristesse et les souffrances, et que les obstacles créés par les crimes disparaissent. »

Le Buddha dit à Maudgalyâyana : « A l'époque où l'assemblée des religieux des dix régions , le quinzième jour de la septième lune, se livre tout entière à (la dénonciation des fautes de) chacun ', il vous faut, en faveur de ceux d'entre vos parents en ligne directe pendant sept générations et d'entre votre père et votre mère actuels qui sont dans le danger et dans la peine , réimir des aliments de cent saveurs et les cinq sortes de fruits , des bassins pour se laver, des parfums et des huiles, des réchauds et des lampes, des lits et des objets de literie, rassembler tout ce qu'il y a de bon et de beau dans le monde pour le placer dans un vase' et en faire une offrande à l'assemblée des religieux

* L'expression j]^ ^ , qui déwg^ait les autres vous les reprocher •. A la fin des proprement un docteur taoïste , aveùt été neuf décades de la retraite d'été , pendant aussi appliquée aux religieux bouddhistes , les trois jours qui étaient le 1 4 > le 1 5 et dans les premiers temps de leur venue en le i,6 de la septième lune, les religieux se Chine 'l^^^'l^jlfcJSrP^fi'^iiË réunissaient et chacun d'eux a tour de rôle ■j^ (comm. de Tsong-mi; Trrp.jap., s'avançait au milieu de l'assemblée en devol. XXX § , fasc. 4-, p. 5 v"). La traJuc- mandant qu'on voulût bien lui dire quelles tion du Yu lan p'en king remontant au avaient été les fautes qu'il avait commises ni' siècle de notre ère, il n'y a rien de afin qu'il pût s'en repentir (cf. Trip.jap., surprenant à ce qu'on y rencontre ce vol. XXX Q.fasc. d, p. 6 r"). Comme a terme avec cette acception. eu l'obligeance de me l'indiquer M. Sylvain

* Dans le membre de phrase f^ § j^ Lévi , l'expression chinoise traduit le saus-

fl^ , le mot f^ , comme le remarque Tfong- crit pratideçanà^ formation causative que

mi. doit être erroné; il faut sans douté le le commentaire explique très exactement,

lemplacer parle mot it. Quant à l'exprès- ^SlS'^'^.y^â^'* Cette

sien § ^ , elle est fort elliptique ; Tsong- phrase du sûtra prouve péremptoirement

mi l'explique par la périphrase : § 2i ^ q^^ le mot ^ a bien le sens <\e « vase »

>â ^ fÉ» ^ ^ « vos propres fautes , laisser dans l'expression 3Ê ^*â •

de haute vertu des dix régions. En ce jour-là , l'assemblée de tous les saints, soit ceux qui dans les montagnes atteignent le samâdhi, soit ceux qui ont obtenu le finit des quatre voies H soit ceux qui sous les arbres se conduisent selon la règle, soit ceux qui ont les six pénétrations (abhijnàs), ceux qui ont les maîtrises (vaçitâs), ceux qui se transforment par la puissance de la doctrine (rddhi) , ceux qui ont entendu la voix (çrâvakas) , ceux qui ont compris les causes (pratyeka Buddhas) , soit les bhiksus en qui sont présents en puissance les Bodhissattvas mahâsattvas des dix régions, tous ceux (en un mot) qui font partie de la grande assemblée (mahâsamgha) recevront tous d'un cœur unanime la nourriture du pàtra-'. Pour ce qui est de la conduite de l'assemblée des saints qui renferme en elle toutes les puretés par l'observation des défenses , sa vertu est immense. Quand vous aurez ainsi fait une offra ide à ces classes de religieux (au temps où) ils se li>Tent (à la dénonciation des fautes de) chacun , votre père et votre mère actuels , vos parents en ligne directe pendant sept générations et vos six degrés de parenté obtiendront de sortir des tourments des trois voies ^; en ce moment même ils seront déhvrés et seront tout naturellement vêtus et nourris. Ouant à ceux dont les pères et mères sont encore en vie , ils leur assureront cent années de bonheur et de joie ; quant aux parents en ligne directe pendant sept générations qui sont déjà morts.

^ Les quatre voies qui permettent d'obtenirles quatre fruits sont celles qui mènent aux quatre degrés de sainteté appelés : çrotapanna, sakrdâgâmin, anâgâmin et arhat.

* Le texte porte la leçon §^ %l j^ qui est moins usuelle que la leçon i^ $ j^ «pâtra». Tsong-mi, qui indique cette correction de texte , ajoute : « Dans le titre du sùtra , on dit ^ , ce qui est la même choso que ^. Au temps où fut faite cette traduction, on se conforma à l'usage et on employa dans le titre le mot ^; en effet, ^ et ^ sont tous deux des ustensiles.

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^^^WC [Trip.jap., vol. XXX g, fasc. ^, p. 6 v"). On voit par là que le vase d'avalambana n'était à l'origine pas autre

chose que le bol ou pàtra des religieux. — Gomme me l'a fait remarquer M. Sylvain Lévy, il est fort possible que la leçon pîoho-lo ne soit pas simplement une erreur de transcription , comme le suppose Tsang-mi. Elle peut représenter la prononciation authentique en usage dans le pays d'origine de Dharmarakfa, qui venait du royaume des Yue-tche, c'est-à-dire des conftns du monde iranien et du monde indien. C'est vers cette époque même en effet que se passe le phénomène phonétique qui substitue dans les langues iraniennes au groupe ira originel une altération moderne kl. Pâtra aurait donc passé par le stage pahl, de même que mitra est devenu mihrj Parthava, Pahlava; Baktra, Bakl, etc.

'^ Les enfers , les prêtas , les animaux.

ils naîtront paimi les tlevas; naissant spontanément par transformation, ils entreront dans l'éclat des fleurs célestes et recevront une joie illimitée. »

Alors le Biiddha décréta que les religieux assemblés des dix régions commenceraient par donner aux maîtres de maison la formule du vœu pour les parents en ligne directe pendant sept générations, qu'ils pratiqueraient les pensées de samâdhi et qu'ensuite seulement ils recevraient la nourriture '. D'abord quand ils auraient reçu la nourriture, ils commenceraient par ia placer devant le stupa du Buddha; les religieux assemblés prononceraient la formule du vœu et concoTaient les pensées (de samâdhi), puis ils pourraient recevoir la nourriture.

Alors le bliiksu Maudgalyâyana ^ et l'assemblée des grands Bodbisattvas éprouvèrent tous une giande joie. Les gémissements, les larmes et les cris de Maudgalyâyana cessèrent en se dissipant; alors ce jour-là même, la mère de Maudgalyâyana obtint d'être délivrée des peines du monde des prêtas af famés.

Puis Maudgalyâyana dit encore au Buddha : « Le père et la mère qui m'ont enfanté, moi votre disciple, ont obtenu le bienfait de la puissance des mérites d u Triratna , grâce à la puissance de la force divine des religieux assemblés. Mais s il s'agit de tous les disciples à venir du Buddha, de ceux qui pratiqueront la piété filiale et l'obéissance, pourront-ils eux aussi ou ne pourront-ils pas, en s'acquittant comme il convient (de cette cérémonie) du vase d'avalambana, secourir et sauver leur père et leur mère actuels et leurs parents en ligne directe pendant sept générations .►^ »

Le Buddha dit : « Elle est grandement excellente cette question qui me réjouit. Je ^oulais précisément vous parfer de cela; écoutez donc de nouveau. O hommes excellents, s'il y a des bhiksus et des bhiksunis, des rois de royaumes, des héritiers présomptifs , desfdsde rois, des grands ministres, des conseillers, des dignitaires des trois grades les plus élevés, des fonctionnaires de tout rang et des gens du commun peuple qui pratiquent la piété et l'affection filiales, il faut que tous, en faveur du père et de la mère encore en vie qui les ont mis au monde, et en faveur de leurs parents défunts en ligne directe

Ces trois actes successifs correspondent comme l'indique une variante accréditée

aux trois sortes d'actions qui sont celles de par plusieurs éditions du Tripituka. les

la bouche , de la pensée et .'lu corps. trois mots jlfc ;;^ '^ , q«i sont ici une su-

' Après le mot bliiksu, je supprime, perfétation.

pendant sept générations, ie quinzième jour du septième mois, jour de joie pour ie Buddha, joui' où les religieux se livrent k (la dénonciation des fautes de) chacun , placent dans le vase d'avalambana des boissons et des aliments de cent saveurs et les donnent , en faisant leuis prières et leurs vœux , aux religieux des dix régions qui se livrent à (la dénonciation des fautes de) chacun; ils feront ainsi que leur père et leur mère actuellement en vie jouiront d'une longévité de cent années sans avoir de maladies et sans souffrir d'aucune de toutes les doiJeurs, et que même leurs parents en ligne directe pendant sept générations seront délivrés des peines des prêtas affamés, pourront naître parmi les devas et les hommes et jouiront d'un bonheur sans limites. » Le Buddha dit à tous les hommes de bien et à toutes les femmes de bien : « S'il y a des disciples du Buddha qui pratiquent la piété fdiale et l'obéissance , ils doivent conserver constamment dans leur pensée le souvenir de leur père et de leur mère et même de leurs parents en ligne directe pendant sept générations. Chaque année, le quinzième jour du septième mois, ils doivent toujours par piété fdiale et par obéissance, par affection et par souvenir pour leui' père et leur mère qui les ont mis au monde et pom' leurs parents en ligne directe pendant sept générations , faire en leur faveur l'offrande du vase d'avalambana au Buddha et aux rehgieux, afin de répondre au bienfait que leur ont rendu leur père et leur mère en les élevant et en les chérissant. Vous, tous les disciples du Buddha, il est nécessaire que vous observiez cette règle. »

Alors le bhiksu Maudgalyâyana et les disciples des quatre catégories \ après avoir entendu ce qu'avait dit le Buddha, s'y conformèrent avec joie.

Tel est ce petit texte qui a pris une singulière importance en Chine, puisqu'il est l'origine de la grande cérémonie du quinzième jour du septième mois où les associations d'avalambana :^ ^ S # font les frais de messes et d'offrandes pour le repos des âmes des morts. Mais ce n'est pas en un seul jour de l'année que l'on secourt les infortunés pécheurs réduits à la condition de prêtas affamés; toute œuvre pieuse, toute fondation religieuse est une source de mérites qui peut être employée au

' Les religieux et les religieuses , les hommes et les femmes laïques.

IKfllUCSIt KtllOlÀlt,

salut des âmes en peine; les associations d'avalambana s'occuperont donc de la réfection et de l'entretien des temples et notre inscription offre précisément cet intérêt de montrer comment , en l'absence d'un budget des cultes, ce sont ces associations locales qui subviennent aux besoins matériels de la religion.

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