CHAPITRE II
Bruits et nouvelles du quartier- général. — La Portc-Saint- Dcnis. — Le faubourg Saint-Antoine. — Courses militaires.
Attaques du peuple mieux combinées. — Mauvaises ligues
de défense.— Belle conduite de nos soldats. — Observations. — L’état-major général. — Les autorités.
Dans la soirée du 28 , pendant, que nos soldats campés sur la place du Carrousel étaient pat v cnus à se procurer quelques vivres dont ils avaient grand besoin, ayant été continuellement en mouvement depuis leur entrée dans Paris, je courus aux nouvelles. Il nous tardait d’avoir des détails sur les évènemensde la matinée, et de connaître le sort de nos camarades engagés dans les autres quartiers ; car les coups de canon , la fusillade qui s’étaient fait entendre dans tant de directions, pendant la plus grande partie de la journée, ne nous laissaient aucun doute sur le vaste mouvement de l’insurrection parisienne et sur la lutte opiniâtre des combaltans.
Dans le désordre qui déjà régnait au quartiergénéral, et au milieu des rapports contradictoires qui arrivaient à chaque instant des différens points
tj»
Digiteed by Googk
où les combats avaient été livrés, il était assez difficile de démêler la vérité.
Les rasscmblemeus qui s’étaient formés le matin dans les rues Saint-Victor , des Noyers et Saint- Jean-de-Bcauvais avaient, disait-on, envahi la Caserne située dans cette dernière rue , et s’étaient emparés des armes et de quelques munitions qui s’y - trouvaient; les Casernes des rues du Foin et de Toui’non avaient été prises par d’autres masses sans que le peu de soldats laissés pour les défendre fussent en état de le faire. De la place de l’Estrapade où ils s’étaient réunis au nombre de trois à quatre mille, les insurgés de ces quartiers populeux s’étaient dirigés sur la Poudrière, boulevard de l’Hôpital, partout enlevant , partout désarmant les postes isolés qu’ils rencontraient. C’était un torrent que nul obstacle ne pouvait arrêter. A la Poudrière, les postes trop faibles avaient été forcés ; la sentinelle placée à l’entrée avait eu le bras abattu , et les magasins à poudre étaient en leur pouvoir : bientôt des barils de poudre dirigés place Saint- Victor et de la place del’Odéon,du Panthéon , au parvis Notre-Dame , furent distribués au peuple de ces quartiers , qui se préparait au combat. » ,
A la Grève, une foule d’ouvriers armés depuis la veille avaient formé des barricades , bien résolus de s’y défendre. A la place du Châtelet , on assurait que deux ecclésiastiques passant dans un fiacre, et revenant d’un convoi, avaient été assaillis par une troupe de gens du peuple, forcés de descendre , et foulés aux pieds. Des agens de la police subalterne, reconnusdansla foule, avaient été horriblemfent maltraités ; l’un d’eux avait été pendu à une lanterne voisine de la place. AlaPortc- Saint-Denis, dans les rue et faubourg Saint- Antoine mêmes dispositions, mêmes désordres, mêmes agitations. Le mouvement, comme on le voit, était général. Il fallait pour le comprimer d’autres moyens que ceux qu’on employa, d autres mesures que celles qui furent prises ; et les courses militaires exécutées pendant le cours de cette journée au milieu des quartiers dont toute la classe ouvrière avait pris les armes , ne pouvaient qu’exaspérer inutilement la population auprès de laquelle on ne négligeait d’ailleurs rien pour atteindre ce but.
J’ai dit qu’un bataillon de mon régiment avait reçu l’ordre de se porter sur le boulevard de la Madeleine pour s’y joindre au 2 e bataillon du i" de la Garde et à deux escadrons de Lanciers ; cette
Digi
colonne composée d’environ six cents hommes d’infanterie , cent cinquante lanciers et deux pièces d’artillerie, parcourut les boulevards jusqu’à la hauteur environ de la Porte-Saint-Denis. Le général Saint-Chamans la commandait. A une centaine de pas de la Porte , des coups de fusil furent tirés sur la tète de la colonne formée pâlies Lanciers : un adjudant-major de ce régiment fut blessé. Ainsi, là , comme partout , les premières provocations n’étaient point de notre côté. Le général fit tirer sur la Porte-Saint-Denis deux coups de canon , qui suffirent pour en déloger les hommes qui l’occupaient, et d’où ils tiraient sur la troupe. Une compagnie resta en observation en arrière sur le boulevard Bonne-Nouvelle , et le reste de la colonne passa devant la Porte-Saint-Denis. Une fusillade nourrie venant des rue et faubourg de ce nom , blessa quelques hommes ; cependant , à l’exception d’une barricade élevée à quelque distance du théâtre de la Porte Saint-Martin, défendue par une centaine d’ouvriers ou hommes du peuple , promptement enlevée par une compagnie de Voltigeurs, aucun obstacle n’arrêta la colonne jusqu’à la place de la Bastille : là, le 5o c de ligne et un escadron de Cuirassiers se trouvaient en po-
sition. Des niasses de peuple se faisaient voir dans différentes directions : suivant le lieutenant-colonel D. ... du 5o% il était temps que la Garde leur arrivât, ils allaient être forcés par le peuple ; suivant le chef d’escadron des Cuirassiers, la Ligne ne voulait pas se battre et abandonnait. Le général Saint- Chamans arrêta sa colonne sur la place , et dirigea d’un côté sur la rue Saint-Antoine le 5o c et un peloton de Cuirassiers qui devaient se porter à la Grève , et de l’autre , sur le faubourg Saint- Antoine , la plus grande partie de la colonne qu’il avait amenée avec lui de là Madeleine : lé'cQïhmandement en fut donné au colonel de notre régiment; quelques compagnies restèrent sur la place de la Bastille , en observation.
Plusieurs barricades avaient été formées dans la rue du faubourg Saint-Antoine ; le peuple y paraissait en force. Le mouvement fut à peine commencé de ce côté que les troupes furent accueillies par des décharges de coups de fusil, partant d’un grand nombre de maisons ; cependant toutes les barricades furent enlevées : sur une d’elles un drapeau tricolore avait été arboré, le sergent Bonneton courut rapidement dessus, y monta seul, arracha le drapeau , eu brisa le bâton sur ses
— BrgffizedTty Goegte
genoux et franchit la barricade , malgré un feu très vif et une quantité de pavés et de meubles que l'on jetait sur les soldats qui le suivaient. Une vingtaine d'hommes furent blessés dans ces différentes attaques ; un bien plus grand nombre aurait péri sans la précaution qu’avait prise notre brave colonel de mettre ses hommes sur deux rangs , chaque rang longeant les maisons ; le rang de droite tix-ant aux fenêtres de gauche , et celui de gauche aux fenêtres de droite ; ce moyen , dont on s’était servi si souvent pendant la guerre de l’indépendance en Espagne , réussit parfaitement, et empêcha nos adversaires de trop se découvrir et d’ajuster nos soldats ; plusieurs des leurs furent atteints au moment où ils se montraient aux croisées pour tirer sur la troupe.
Depuis l’hôpital du faubourg Saint-Antoine où furent déposés les blessés qu’avait eus la Garde, jusqu’à la barrière duTrône , il n’y avait ni barricades à enlever, ni ennemis à combattre : ceuxci avaient partout disparu ou s’étaient cachés , ne se souciant pas de se mesurer avec des troupes qui avaient montré autant de sang-froid que de rapidité dans leurs mouvemens. Après avoir été jusqu’au Rond-point en dedans de la barrière du
Trône, où les soldats tout lialctans de soif et de chaleur , purent se reposer quelques instans , le général Saint-Chamans vint faire compliment au colonel sur la conduite de ses hommes et retourna vers la place de la Bastille. Bientôt, d’après ses ordres, le bataillon rétrograda jusqu’au corps-degarde des pompiers , en face l’Hôpital ; le général y était établi , et toute la colonne réunie redescendit jusque sur la place sans trouver d’autre empêchement à sa marche qu’une des barricades qu’elle avait enlevée en montant le faubourg, qu’on avait presque rétablie. Elle fut de nouveau détruite; mais quelques coups de fusils tirés et des pavés lancés sur les soldats , d’une maison , au rez-de-chaussée de laquelle était un grand magasin de meubles , les indignèrent : ils étaient furieux de voir qu’après en avoir usé avec tant de modération , on voulait encore les assassiner ; ils enfoncèrent les portes du magasin et auraient tiré une vengeance éclatante de leurs assaillans, sans les représentations de leurs chefs.
Certes , si nous avions été aussi cruels qu’on a bien voulu nous dépeindre , là plus que partout ailleurs, il eût été facile, étant maîtres des rues où personne n’osait plus paraître , de monter dans
mfm «- «s-
ccs maisons d’où l’on assaillait si lâchement les soldats et d’avoir prompte et bonne justice ; mais ccs hommes étaient des Français , on ne les croyait qu’égarés, on les épargna. Avec les deux pièces d’artillerie qui accompagnaient la colonne, quel mal n’eût-on pas fait si elles eussent tiré à mitraille et de manière à enfoncer les maisons d’où partaient sur les troupes les décharges les plus meurtrières? Cependant on ne s’en servit que pour tirer de biais et à boulets. Tout le mal qu’on voulait faire était d’épouvanter , et les détonations qui faisaient casser les vitres produisirent l’effet que l’on en attendait ; car l’attaque vigoureuse du faubourg, d’ailleurs bien découvert dans tout son prolongement, eut bientôt fait disparaître les milliers de combattans que l’on avait cru y trouver.
Quand la colonne revint sur la place de la Bastille, les quinze cartouches par homme données en partant de Saint - Denis étaient épuisées. Le 1" de la Garde avait aussi fort avancé ses munitions. Il faut se rappeler que depuis onze heures et demie du matin jusqu’à près de cinq heures qu’il était alors, les troupes avaient été presque toujours engagées. En descendant la rue Saint-Antoine \ le 1 er régiment en tète dut enlever
deux ou trois barricades au passage desquelles on était assailli de coups de fusils et de pavés. Dans cette rue, que le 5o'de ligne, soutenu d’un escadron de cuirassiers, devait balayer, les soldats de ligne n’ayant pas voulu tirer, les Cuirassiers sétaient trouvés engagés entre les fusillades du peuple aposté à tous les coins des petites rues qui débouchent dans la grande rue Saint- Antoine et avaient beaucoup souffert. Les tuiles, les pavés, les meubles étaient jetés sur eux du haut de plusieurs maisons, sans que l’infanterie de ligne voulût prendre leur défense. La colonne qui avait remonté le faubourg parvint à faire cesser de ce côté les attaques du peuple , et détruisit les barricades. Arrivée à la hauteur de l’église Saint-Ger vais, le général lit faire halte pour attendre des ordres; mais comme les pièces n’avaient plus de munitions et que l’infanterie était sans cartouches, la colonne , ne pouvant être utile de ce cote , rebroussa chemin et revint à la Bastille , où étaient encore les compagnies du 5o c . Celles-ci devaient oc
cupcr la place ; mais le chel de bataillon qui les ^ commandait dit qne ses soldats ne voulaient pas se - battre , et qu’il allait suivre la colonne de la Garde. • '• Le général le laissa maître de le faire ou de ne pas
le faii’c; et, apres avoir passé la Seine an pont d’Auslei'litz, ces troupes longèrent les Boulevards jusqu’à l’esplanade des Invalides , inquiétées de temps à autre par quelques coups de fusils tirés des encoignures des rues. Il était neuf heures du soir ; ou expédia à l’Ecolc-Militaire pour avoir des cartouches. En attendant, le général Latour-Maubourg,* gouverneur des Invalides, faisait donner huit pains par compagnie aux soldats tellement exténués de fatigue, qu’ils aimèrent mieux se jeter par terre surleurs sacs pour s’y reposer de leurs courses que de profiter de ces faibles provisions. Après quelques moincnsde repos, la colonne, munie des cartouches rapportécsdel’Ecole-Militaireetdislribuéesà raison de deux paquets par homme, revint à son point de départ du matin et bivouaqua le reste de la nuit dans les Champs-Elysées. Elle avait fait plusieurs lieues, presque toujours engagée, le sac sur le dos, sans vivres , dévorée de soif et par une chaleur de 26 degrés.
Par ce récit peut-être un peu long des combats .soutenus à la Porte-Saint-Denis, clans les rue et faubourg Saint-Antoine, où les barricades offraient déjà tant d’obstacles à la troupe, ou peut juger de ce que la Garde avait souffert. Le bataillon du
i cr régiment avait été plus maltraité que le nôtre, l’artillerie avait perdu quelques hommes et un cheval, mais tous les avantages que ce petitnombre de troupes avait pu remporter , ne servaient plus à rien , du moment qu’on ne pouvait continuer à occuper les points où l’on avait combattu. Et com- • ment l’aurait-on pu , disséminés que nous étions sur tant de lignes differentes; sans vivres, sans munitions, ayant à lutter contre un ennemi que souvent l’on ne voyait pas , qui harcelait par son feu partant des maisons, où les pavés des rues étaient aussi des armes si redoutables?
La Grève , le marché des Innoccns , la place du Châtelet étaient envahis par des masses de gens armés ; du quartier-général on avait dû expédier contre ces points d’autres colonnes qui soutenaient des combats où la discipline et la tactique militaires franchissaient bien tous les obstacles opposés, r mais qui n’avaient pas de résultats plus favorables. Pendant qu’une colonne composée d’un bataillon du 5“ de la Garde tournait la position de la place du Châtelet , en longeant le quai de l’Horloge , et refoulait dans les rues voisines les masses populaires , une autre composée par moitié de troupes suisses et françaises se portait sur la Grève. Là , la
lutte était plus vive et plus opiniâtre, il fallut employer plusieurs fois le canon ; mais la place avait été occupée. Tandis que la Garde rejetait ainsi partout devant elle les ennemis qui venaient l’attaquer avec une hardiesse et un courage souvent dignes défigurer sur un plus noble théâtre, la Ligne gênait scs mouvemens : au marché des Innoccns, des compagnies avaient tiré d’abord ; mais sur les quais , au marché aux Fleurs, la neutralité qu’elle voulait, disait-on , garder dans d’aussi tristes circonstances , était bien fatale à notre arme : les rues qu’elle devait observer ne l’étaient point; des hommes du peuple traversaient ses rangs, s’embusquaient derrière les parapets, et tiraient fort à leur aise sur l’autre rive ; bien des coups portaient. Dans la rue Saint- Antoine , l’attitude du 5o° avait été également funeste aux escadrons de Cuirassiers.
Au milieu de tant de désordres, livrée presqu’à elle-même ( chaque chef de colonne ne pouvant d’ailleurs exécuter les ordres supérieurs, mais
* 't ' ♦ *ïf * > • • ,Ç
obligé d’agir suivant les circonstances qui l’environnaient), la Garde toujours agissante et chargée de dissiper les rasscmblemens de la capitale, ne faisait usage de ses armes qu’à la dernière extrémité.
Les vieux soldats dont les rangs de cette troupe d’élite s’enorgueillissaient , croyant reconnaître dans les adversaires qui leur étaient opposés des amis ou de vieux compagnons de leurs anciennes campagnes , exhortaient , priaient pour qu’on se retirât, pour qu’on ne les mît pas dans la dure nécessité de faire couler un sang précieux à laFrance ; ils parlaient de la rigueur de l'obéissance militaire, et quelquefois ils parvenaient à persuader. Les soins donnés à leurs chefs , par ces braves soldats que nous étions si fiers de commander, sont audessus de tout éloge et ne sauraient être oubliés.
Le bataillon du 3° qui , du marché des Innocens, avait été forcé de remonter à travers les barricades la rue Saint-Denis , était commandé par le colonel Pleineselve, qui fut frappé d’un coup mortel. Relevé aussitôt par ses soldats et déposé sur un brancard qu’ils lui avaient dressé, il fut ainsi porté au milieu d’eux jusqu’à la barrière Saint-Denis. Cette colonne retrouva à la Porte- Saint-Denis, les compagnies de mon régiment qu’on y avait laissées le matin. Elles profitèrentde son passage pour opérer leur retraite sur le faubourg, sous un feu continuel que de tous côtés on dirigeait des fenêtres sur la troupe.
Telles avaient été les scènes déplorables de la
journée. L’inutilité des courses qui avaient été commandées par le maréchal , et l’aspect de plus en plus menaçant de la force populaire devant d’aussi faibles détachemens de troupes, forcèrent à évacuer de toutes parts 3 ou ne songea donc plus, dans la nuit , qu’à concentrer les forces qui restaient disponibles.
On allait occuper une position défensive; mais sans examiner si dans une ville comme Paris . le Roi absent et connaissant le caractère particulier de cette insurrection, il était conforme à la tactique militaire de se borner à la défensive qui ne permettait pas de profiter d’un succès , à cause des barricades opposées , et exposait à être assiège par des masses , tandis que l’on était privé des ressources de tous genres qui ne pouvaient venir du dehors , pourquoi au moins n’avoir pas complété ce système , et n’avoir pas opposé des barricades aux barricades? Ainsi la communication entre les deux rives de la Seine libre dans le haut de la ville, permettait aux assaillans de se réunir ou se diviser à volonté : à chaque instant le passage du pont Royal pouvait être menacé et exposé à une attaque de flanc , contre- laquelle on n’était nullement préparé. Les tirailleurs
placés dans les maisons auraient bientôt fait taire le feu des artilleurs à découvert, si l’on y eût porté une ou deux pièces. Une coupure faite sur le pont, un réduit établi en avant du pavillon de Flore, auraient procuré un flanquement à la terrasse du Bord-de-l’eau et à la grande galerie du Louvre. Le quartier-général était déjà menacé.
Des coupures faites aux rues en avant des maisons occupées , auraient rendu facile la communication d’un poste à l’autre , et arrêté les efforts des assaillans. La cour des Tuileries , le château auraient dû être disposés pour la défense en cas de retraite des postes avancés. Rien ne fut fait. Les grilles sur le Carrousel n’étaient même pas confiées à des postes particuliers , et celle du milieu seulement donna passage le lendemain à toutes les troupes. Ce fut une cause première de désordre.
Nous aurions eu ainsi notre front d’attaque autour du château , échelonnés jusque dans les Champs-Elysées pour opérer la retraite : c’était, je crois, le plan du maréchal. Mais ïlj, a n'égligé les moyens nécessaires pour en assq^r le succès. Les Casernes qui n’étaient pas encore toutes pillées auraient dû être complètement évacuées pendant la nuit , pour détruire ainsi les armes et les munitions
que le peuple s’y procura. Au contraire, l’ordre fat envoyé aux Suisses de la rue de Babylone de tenir à toute extrémité. Les papiers les plus importans des ministères, le trésor , le gouvernement enfin , devait se concentrer dans le camp pour ne pas le laisser tomber au pouvoir de l’insurrection , si la
journée du lendemain nécessitait une retraite : la
nombreuse cavalerie de la Garde, inutile dans
Paris , devait courir la campagne, empêcher les grandes communications par la poste , détruire les télégraphes : enfin du moment que la guerre était ' déclarée , il fallait savoir la faire , et ne pas ignorer ce que nous savions tous , l’apparition des chefs po-
pulaires, et apprécier la force d’une ville de huit cent mille habitans soulevés contre trois ou quatre
mille combattans- .» ' *
Je ne fais ici qu’indiquer quelques mesures rassurantes pour le moral de la troupe. Après une journée si fatigante où elle avait été sans cesse occupée à se faire jour, réunie enfin presque sur un même point , elle avait besoin de savoir comment et par qui elle serait réciproquement soutenue. En
un mot, si l’on devait négocier le lendemain, il fallait nous mettre à même de dicter et non de recevoir des conditions ; si l’on devait se battre , il
fallait' songer à notre sûreté autant qu’à celle des
habitans ; et si l’on devait évacuer , préparer les moyens d’une retraite du Gouvernement et non d’un abandon de positions.
La nuit , au contraire , se passa pour les troupes du Carrousel dans la plus grande incertitude. Des
postes , des portions de corps furent placés et déplacés; on avait envoyé relever le fort détachement du i* r de la Garde qui occupait le poste du Palais-Royal, pardescompagniesde mon régiment.
Les rues de Rohan, de l’Échelle, le coin de la rue • •
Saint-Honoré reçurent ces petites garnisons destinées à défendre de c® côté l’approclie du Carrousel. Le moral s’entamait déjà. Tout en renou-
« . » . . . J vêlant les cartouche? des gibernes les plus dégarnies, on avertissait de lés ménager. On envoya des détachemens chez des boulangers, ce qui procura quelques centaines dë rations pour les régimens où le besoin s’en faisait le plug' spntir. Ces mesures n’étaient qu’un détail , l’ensemble manquait d’une forte direction, le soldat commençait à s’en apercevoir. • à ■ »
Dans les temps calmes, à l’état - major général nos tours de garde et mille petits détails étaient surveillés par de nombreux employés des divisions.
Cette nuit il n’y avait plus cette activité ; le maréchal, ses aides-decamp ne dormaient pas; inaitf* combien de personnes étendues sur les canapés des salons de service ! Combien de ceux que nous
étions habitués à voir figurer aux parades et aux
revues ne s’y trouvaient pas ! On peut dormir la veille d’un combat, mais quand tout a été prévu , et ici tout était incertitude. Les bataillons des mômes régimens étaient fractionnés , les brigades entremêlées , enfin l’ensemble qui fait notre force se détruisait , tandis que l’ensemble se formait dans le peuple. Le demi -succès de la veille avait encouragé les chefs du parti , ils commencèrent à signer des proclamations. L’insurrection se régu^ larisait , c’était presque une victoire. N’aurait-ou pas pu pendant la nuit faire quelques courses plus* utiles que celles de la journée , chercher à communiquer avec les maires et les autorités munici-
pales? ces messieurs ont-ils été mandés? s’ils ne sont pas venus, la preuve était évidente que la masse entière s’opposait à toute intervention. Ne font-ils pas été, ce que je croirais, ç’a été une faute encore et un moyen négligé comme tant d’autres.
,««« W\W\WVW\W»VWW\ W>W»W\W\V»I\W»WVW\^%V^\V%\W\VV%V»\