CHAPITRE III
Matinée du 39. — Calomnies contre la Garde. — Emploi
nul de l’artillerie. — Argent distribué. — Conseil des
ministres. — Camps de Saint-Omer et de Lunéville. — Suspension d’armes. — Proclamation du maréchal. — Mal- • entendu. — Mauvaises nouvelles. — Evacuation du Louvre. — Retraite.
Un bataillon du régiment avait, ainsi que je l’ai dit , occupé des maisons situées auprès du Palais-
•Royal , dans les rues de Rohan , de l’Echelle et Richelieu; un autre le Carrousel. J’invoque ici le té- . moignage deshabitans des maisens occupées, et leur demande si ces soldats qu’on s’est plu à appeler de farouches soldats , ont, tant qu’ils y ont été seuls, commis auëun d£gàt, porté aucune atteinte à la propriété. * *"• *
Vers èinq heures du matin, le 29, quelques coups de fusil se firent entendre. Chargé d’observer la
communication du pont Royal , mon détachement
fut aperçu par les éclaireurs placés sur l’autre rive. Leurs balles bien dirigées nous blessèrent plusieurs
hommes. La fusillade s’engagea sur le pont des Arts et à la colonnade du Louvre. Les rues de Richelieu et Saint-Honoré ne tardèrent pas à être attaquées.
On accuse la Garde d’avoir blessé des femmes et des enfans. Mais j’en appelle aux gens de bonne
foi, n’a-t-on pas vu des femmes , par curiosité, par
entêtement, ou par patriotisme, puisque plus tard elles s’en sont vantées, se mêler aux combattant?
Nos balles pouvaient - elles les épargner , et le ha-
sard ne dirige- 1- il pas les coups? Quant aux en-
fans, il en est une certaine classe qui se montra
surtout redoutable, s’approchant presque sans être aperçus, et nous tirant des coups à bout pqrtant.
Le Motteux, officier du i", tomba à Chaillot vie-
time d’un guerrier de douze ans ! On nous a re- ^ . 1 * proche des balles mâchées x de cuivre , ou cuivrées; cette assertion ridicule faite pour exciter le
peuple, peutKîlle* être “froidement soutenue par
quiconque sait comment s approvisionne la giberne
du fantassin : et je le demande , de quel arsenal
sont sorties ces cartouches? Aujourd’hui tout se dé-
couvre ; ce serait le sujet d’une utile dénonciation.
Les Suisses surtout étant un objet de haine ont eu à repousser de semblables récriminations. Quant à
v moi , je ne dirai rien des armes de nos adversaires, de la gravité des blessures que nous avons reçues. Le peuple n’avait pas d’armes légales , tout en de-
• venait dans ses mains : mais ces inculpations dirigées contre nous , prouvent que des gens habiles savaient, en faisant courir les bruits les plus absurdes, choisir les plus adaptés à la circonstance.
Ainsi la ligne avait passé, disait-on , avant même que les combats ne Fussent engagés ; tandis que la
ligne a pris d’abord part à la répression des désordres ; puis a voulu rester spectatrice des combats , et n’a enfin passé en partie que le iq a 10 heures du matin. La Garde française, disait-on, n’altendâit que le moment de refuser son service, et toute la haine devait être réservée contre les Suisses
étrangers , satellites privilégiés parmi les privilè-
giés. Yoilà pourquoi l’on assaillit avec tant de fu-
reur leur caserne de BabyJone ; voilà pourquoi , à l’attaque des maisons de 1 ^ rue de Rohan , de l’Echelle , place du palais- Royal et autres ,' on fit courir le bruit qüe les Suisses y étaient, tandis
que les compagnies du régiment et un détache-
ment du i"y ont combattu seuls. Braves Suisses, combien notre soit commun eût été différent, si des ordres opportuns n’avaient pas laissé pénétrer
l’indécision, la crainte non pas du danger, mais de
ses conséquences , et amené les funestes résultats
de la journée qui vient de commencer ! ,
Nos compagnies logées dans les maisons ripostaient modérément au feu qu’elles .essuyqjènt. Bjen placées individuellement, nullement inquiètes sur leur sort, leur conduite prouve ce qu£ l’on eût fait ailleurs, si les disposition eussent été assez bonnes . pour inspirer plus de coufianpe de notre côté, et •
• • if » ^
plus d’hésitation chez l’assaillant. Les Suisses occupaient le Louvre et ne le laissaient point appro-
cher. Mais toutes ces défenses bonnes pour résister
à l’attaque d’un moment auraient dû être flan-
quées; faute de quoi, une surprise , Je manque momentané de munitions sur un point ,*un ordre mal exécuté, mille causes enfin pouvaient faire t perdre dç telles positions.
La fusillade du . pont des Arts et du corps de < «garde, situé sur le quai Voltaire, augmentait sensi^ élément. Les attaques multipliée^ pontre toutes qos positions prenaient déjà un caractère plu» ré— > ' gulier ; il nous fut facile dé comprendre qu’elles étaient tond ni tes et dirigées par des gens de l’art. Dans la, ruç de Richelieu , les barricades n’étaient plus’ faites seulement pour empêcher la circula-
tion ; mais pour garantir du feu des pièces que l’on aurait pu faire jouer. On les rapprochait de plus en plus , et elles Revenaient des espèces de tranchées
d’attâque, ouvertes avec une promptitude éton-
nante.
Une pièce de 8 était à la rue de Rohan ; si dès le
commencement de ce genre d’attaque elle eût été
utilisée, plus tard nous n’aurions pas vu les masses
. desassaillans à quelques toises de nous. Les artil-
leurs sollicitèrent vainement plusieurs fois l’ordre
de faire feu. J’ai toujours vu le maréchal s’y refuser. De même quelques boulets lancés sur le quai Voltaire, eussent délogé les tirailleurs dont le feu
inquiétait notre poste d’observation. On le de-
manda et toujours inutilement. Sans doute, le maréchal voulait épargner de plus grands désastres ; mais en ne prenant jamais une mesure à propos , en voulant ménager les moyens extrêmes, on finit par être sa propre victime. La suite des évèneinens
nous le prouva. • *»«*•? *
Pendant la matinée , les réclamations des chefs
de corps parvinrent dte tous les points au quartier- t général. Les soldats ne s’étaient, comme nous l’avons vu, procuré quelques vivres qu’aux dépens • • de leur modeste bourse. Les officiers avaient épuisé
leurs ressources (1) ; on en était aux expédiens. On
annonçait une distribution de viande, mais où et
comment la faire cuire?
Pour remédier à tout , pour assurer au moins la subsistance de la troupe pendant quelque temps,* un mois et demi de solde fut alloué à chaque mili— ' taire présent, à titre de gratification.
Telle est l’origine de ce bruit devenu presque .
une certitude que de l’argent nous avait été distribué pour être les assassins du peuple ! La troupe était sous les armes depuist le mardi, et c’est le jeudi vers 9 heures du matin que cet ordrç fut donné. La proximité du trésor rendit facile ■ pour quelques corps le recouvrement d une partiç , * de la somme allouée : pour d’autres , il fut d’abord
( 1 ) Etant moi- même dans ce cas , j’avais envoyé , le soir, ■ chez moi , avec un mot au crayon , ur^ enfant qui passait près de nous , pour qu’il me rapportât quelqu’argent : il s’acquitta de sa commission dans la nuit ; mais en s’éloignant , après l’avoir remplie, il fut accosté et interrogé sur l’objet de sa course , et dit qu’il avait apporté do l’argent à un officier. Depuis j ai su que les interrogateurs avaient aussitôt répandu le bruit qu on avait envoyé une somme de 3oo francs en or à mon régiment; et il s'agissait de 3o francs en petitemonnaie envoyés à un simple officier.
* ignoré ; et pour le plus grand nombre incomplet. Nos compagnies reçurent la moitié de leur quote part , et je suis sûr d’avoir été des plus favorisés.
A peine avions-nous reçu quelques sacs , nous
* les distribuâmes aux soldats. Aussitôt on courut
•dire que l’or et l’argent circulaient dans nos rangs.
Mais personne ne disait que des bataillons entiers n’avaient rien pris depuis 36 heures , que d’autres avaient épuisé toutes leurs ressources pour acheter en courant les rues , quelques provisions , et que nqus ne savions même pas si nous pourrions conti- ■ .nuer à le faire. J’ai vu figurer cette mesure parmi les chefs d’accusation du ministère : d’après ce que ’ * wj’en ai dit , était-ce line prodigalité faite dans le but de nous exciter au combat, ou bien le résultat de la position fâcheuse où nous étions ?
* Pendant ce temps les ministres étaient dans les
Tuileries en cons«il» Ils y avaient décidé que les camps de Saint-Omer, et 'Lunéville seraient mis en mouvement. Mesure tardive ! Un officier du régiment, L fut appelé. 11 coupages moustaches,
prit un habit bourgeois e ; t partit en poste ( 1 ). ‘ ,
(1) L me donna depuis des details curieux sur l inertie
et l'irrésolution qui environnaient les Ministres et sur le vésul-
( Si )
La fusillade prenait un caractère de plus en plus sérieux, et les masses assaillantes avaient de plus en plus de profondeur j de notre côté aucune me-
sure énergique , on épuisait ses munitions , cependant personne n’hésitait. En vain quelques avis peut-être trop officieux nous étaient parvenus que la ligne avait posé les armes, que nous étions seuls à soutenir le Château.
Yers 10 heures, les fourriers des compagnies présentes furent appelés pour copier un ordre. C’était une proclamation du maréchal aux Pari-
siens. Elle nous fut communiquée , il ne s’agissait plus que de la répandre parmi le peuple, pour qu’il pût accepter ou refuser la suspension d’armes.
En attendant , l’ordre est envoyé dans- tous nos
tat de sa mission. Personne n’était prêta partir, aucune calèche
de voyage n’était disposée. Voilà pourquoi un sous-lieutenant
et un officier d’état-major, connus île M. de furent chargés
de ces dépêches importantes. A son arrivée à Lille , L
* • * put à peine persuader au général jadis si formidable
pour les inférieurs, de prendre quelques mesures en faveur 4u Gouvernement ; tout le monde craignait de se compromettre , tant on avait pris des mesures pour se préparer à ces terribléS journées; tant l’imprévoyance et non la tyrannie avait tout dirigé ! * f
postes de cesser le feu. Personne n’était là pour
pénétrer parmi le peuple en armes; pouvait -on es-
pérer que quelques voix calmeraient celte effrayante multitude? Une telle mesure aurait dû être prise au commencement de la journée , à dix heures et demie elle était presque impossible.
Cependant deux ou trois maires ou adjoints réunis au quartier-général ceignirent leurs échar- / pes. Des trompettes partirent avec eux, et bientôt
le feu cessa sur la place du Palais-Royal et dans tout
ce quartier. Mais au Louvre il continuait du côté » » # , * du peuple ; sans doute aucun parlementaire ne lui
était parvenu , ou bien la suspension d’armes avait
été violée par lui dès qu’il s’aperçut que les Suisses évacuaient les appartemens sur un ordre mal
rendu du maréchal (1). • * t
(i) Le maréchal Marmont , dans une lettre rendue publique à l'époque des évènemens ,* a accusé le»' Suisses d’une terreur panique. La lettre suivante de M. de Salis , insérée dans quelques journaux de la Confédération , prouvera jusqu’à l’évidence, que le mal est venu plutôt du désordre du commandement , là , Comme à Saiut - Cloud , à Versailles , à Ram- • bouillet !
« À peu près à 9 heures du matin-, le duc de Raguse « m’envoya l’ordre, par son aide-dc-camp , d’abandonner les
Pendant ce temps des officiers en bourgeois affirment que sur la place Vendôme, la ligne a con-
« appartemens du Louvre ; ce que je fis aussitôt que possible.
« Sur ma représentation que le château pourrait être pris
a facilement , et le bataillon qui se trouvait dans la cour at-
tt taqué , le duc de Raguse me fit répondre qu'il y avait une
« trêve et que je devais faire cesser le feu. Je fis alors emme-
« ner les deux canons qui se trouvaient au Louvre. Je me
a donnais toute la peine imaginable pour faire entendre aux “ • *
« assaillansque la trêve était conclue ; mais ils ne répondaient
« que par des coups de carabine et se préparaient à attaquer.
te Il est vrai que lç Louvre est un poste imprenable aussi
« long-temps qu’on veut le défendre , mais celui qui comte mandait dans de pareilles circonstances , et qui aurait ente trepris une chose semblable , se serait chargé d’une très « grande responsabilité en faisant répandre le sang inutilett ment.
« Je donnai donc l’ordre de la retraite , et le bataillon
tt quitta la cour du château au pas ordinaire. M. le maréchal
« doit se rappeler que je lui fis verbalement ce rapporteur
« la place du Carrousel , où je le rencontrai à cheval , et tt qu’alors j’étais si peu pressé que je fis conduire mes deux a chevaux en main par mon domestique. Un d’eux fut monté «'par un officier de l’état-major du maréchal. Je suivais tt moi-même, à pied , le dernier peloton.
tt Je ne sais pas , et ce n’est pas à moi d’examiner ce qui a « pu occasioner la fuite précipitée de la place du Carrousel
f ondu ses rangs avec les citoyens. Déjà nous apercevons du Carrousel quelques compagnies suisses *■ * •' qui semblent évacuer le poste si important du
Louvre. Bientôt le bataillon tout entier se met en mouvement et se retiré vers le Carrousel. L’officier suisse q,ui le commandait cherche en vain à faire comprendre au peuple qu’une trêve a été conclue. Nos soldats s’inquiètent de celte confusion dont ils s’aperçoivent. Les çoloncls présens se réunissent pour faire observer au maréchal que celte retraite va nousjcompromettre, que le peuple ne reconnaît pas la suspension d’armes, et que Si l’on doit traiter, la Carde doit être à Saint-Cloud et en position.
Tous ces pourparlers , toutes ces démarches faisaient peine à voir, les compagnies suisses arrivent au Carrousel poursuivies par le feu de quelques tirailleurs. Aucun ordre n’est donné, aucune résolut ion prompte n’est prise,. Les Lanciers passent sous le pavillon de l’horloge pour éviter, quelques coups tirés des fenêtres de la grande galerie du
« rl des Tuileries ; mais j’espère que M. le maréchal se rap- « pellera que j’ai formé l’arrière-garde dans le meilleur « ordre , avec un demi-bataillon de mon régiment et quel- « qties détachrmens de la Garde française, etc., etc. »
Musée, par les Parisiens qui s’y étaient introduits par le Louvre. La Gendarmerie les suit. Le bataillon Suisse vient augmenter le désordre, en voulant se rallie? dan» la cour des Tuileries. Nos compagnies suivirent le mouvement. Ainsi sur la gauche
• ir
le feu avait cessé, chacun conservait sa position, tandis que le centre se retirait. Au coin de l’Arc de Triomphe, j’ai vu le maréchal au milieu de nous, s’efforçant , mais en vain de faire parvenir la suspension d’armes a uxtirail leurs qui débouchaient du Louvre. Nous n’avions aucun officier municipal à leur envoyer. Un des tambours de notre régiment, entendant, ce dont il s’agissait , prit son mouchoir blanc et courut en avant. Cette démarche était inutile. Il nereçutquedescoupsdefus\l. Etait-ce donc le moment de négocier? 11 fallait alors un général ; nous n’en avions plus. Ce moment fut décisif. Les petits postes détachés à droite'çt à gauche sur le Carrousel, voyant la retraiteconunencée, la suivi- , rent précipitamment; l’artillerie se mêla parmi nous pour augmenter la bagarre.
« Qu’on ne dise donc point que le Louvre et les . 1 uilcnes ont été pris d'assaut. J’ai dit comment les
Suisses ont évacué le Louvre. Quant aux Tuileries, si tant de combats y avaient eu lieu , si toutes
rcs pièces que j’ai vues en batterie de notre côté(a ) , (
et sur des tableaux de circonstance du côté du peuple , avaient fait feu , les maisons de la place , les grilles du Château, le Chàteau* *lui - même en porteraient des marques; tandis qu’on n’y voit que quelques sillons de balles tirées en très petit nombre pendant le moment de l’évacuation . Du côté du * *
jardin , on tira , je crois, un ou deux coups de canon de la terrasse du bord de l’eau , et les traces
des balles sont des coups partis de l’édifice en con-
struction sur le quai d’Orsay, d’où les Parisiens gênaient notre communication dans le jardin.
La masse qui s’était précipitée dans le Louvre suivit bientôt les plus avancés , sur le Carrousel ou dans la grande galerie , et pénétra tout entière dans
( i ) Le peuple ri’avait sur fce poi nt aucune pièce d’artillerie ;
•s il» en avait eu, nous nous en serions aperçus. Unepiece*
abandonnée par nos artilleurs près de la rue de l’Echelle , n’a
tiré qu’un seul coup, et s’est trouvée plus de dix minutes
seule au milieu de la rue. Sur le Carrousel , il gavait quatre
pièces de canon et deux sur la terrasse du bord de l’eau : si P
l'on eût fait feu , je le demande aux lecteurs de bonne foi , n’y eût-il pas eu de ce côté un bien plus grand nombre de victimes ! ' •
le Château. Les appartemens des princes furent
pillés et dévastés, personne ne songea plus à nous
poursuivre : une preuve évidente de ce fait, c’est
que le sergent commandant le détachement de ma
compagnie sous le guichet du pavillon de Flore,
c’est que tous les officiers qfci de la position qu’ils
occupaient enarrière , soit près de la rue de Rohan, soit sur la place, étaient "a portée d’apercevoir ce, qui se passait, se replièrent sur la cour et nous
rejoignirent sans perdre aucun des leurs. L’eus-
* • • > a t sent -ils fait aisément si les cours et les jardins
eussent été remplis d’une masse victorieuse? Oui, nous avons vu quelques intrépides venir jusque sur nos rangs , mais ils étaient en petit nombre , et quelques-uns payèrent bien cher leur courage irréfléchi (1).
Tel fut le moment décisif de l’évacuation du Château, évacuation faite sans ordre ; elle eût été pour nous une "retraite terrible, si les assaillans avaient été ce qu’on les représente aujourd’hui.
Les mauvaises dispositions l’avaient préparée , le
(i) J'ai surtout remarqué un habitant du faubourg, porteur d’un drapeau tricolore : il vint le placer près de celui du bataillon , porté par un de nos sergens-majors.
hasard la décida". C'çst aitîsi que l’on perd les batailles.
Le mot trahison est habituel en France dans de semblables circonstances; ainsi Waterloo est, dit-
on , l’œuvre de la trahison. Mais j’en appelle au
comte Gérard ; si l’on eût marché au feu , une défection connue avant les hostilités, et individuelle, . » • ■ , • • \ eût-elle paralysé les quarante mille hommes du
maréchal Grouchy ?
Parmi nous, chacun en se retirant disait ; Le Maréchal a trahi ; on l’a répété, on l’a écrit. Je ne le crois pas. Le maréfchal, placé dans une position
"fâcheuse pour tout militaire chargé d’un pareil
commandement , n’ayant pas su maîtriser la mar-
’ che et l’action des troupes la veille , craignant aujourd’hui de faire répandre plus de sang , persuadé sans doute que des arrangemens devaient avoir lieu, avait manqué à •ses devoirs erivertf nous, il avait négligé lés précautions dont l’absence nous perdit par sa faute , j’ose le dite , mais non par sa trahison. , * ’. 4 '* *
Il était environ midi quand nous quittâmes le ‘ Carrousel. En traversantes Tuileries, nous vîmes deux régimens de Ligne, le 5o' et le i5* léger qui suivaient le mouvement. A chaque instant , des
petits postes détachés nous rejoignaient , preuve que l’ennemi n’était ni en force, ni en mesure pour les arrêter. Mais toutes nos compagnies ne furent pas assez heureuses pour connaître notre retraite , et plusieurs n’en ayant nullement été averties, se virent tout a coupcernéesdans les maisons où elles étaient , et rédaites à consommer leurs dernières munitions pour leur défense et l’honneur de leurs armes. Courage inutile et malheureux, sacrifié par l’absence de tout ordre envoyé à propos !
Aucune disposition ne fut prise sur la place Louis XV ; chaque bataillon suivit au hasard la route des Champs-Elysées ou du Cours-la-Reine. La Garde savait que Saint-Cloud était son point de ralliement, et chacun s’y rendit, soit en corps, soit isolément. 1
Mon bataillon s’arrêta dans le grand carré. M. C.. . notre chef, espérait recevoir quelqueordre ; il n’en arriva aucun. Nous repartîmes pour suivre le mouvement par le Cours-la-Reine et le quai de Chaillot.
Les bataillons suisses, le 1 5* léger suivaient cette route en même temps que des détachemens du i" de la Garde.
A Chaillot, des groupes de gens des faubourgs
noos assaillirent de coups de fusil. A plusieurs coins de rues nous reçûmes des .balles à bout por-
tant , et les soldats de la droite des pelotons furent
obligés, pour leur défense personnelle, de faire * . ' . * * feu sur ces éclaireurs incommodes On ne parlait .* • ' •*» * dans les rangs que de la su3pension d’armes. On
criait à la trahison , et aucun ordre n’était donné
pour prendre position; quand des hauteurs deChail-
lot une fusillade mpurtrière fit tomber un* assez grand nombre d’officiers et de soldats, on’ se contenta de crier qu’il y avait suspension d’armes.
A la barrière de Passy, le feu cessa; les habitans ’ » « » , « *
ne partageaient pas l’exaltation de l’intérieur de
Paris; ils nous virent passer avec douléur. Les soldats harassés de fatigue, de soif, de chagrin, faisaient peine à voir. Des compagnies entières s’arrêtaient pour prendre de l’eau , et peu à peu se re-
formaient. On entendait tirer quelques coups en l’air; mais notre conduite si peu hostile empêcha tout excès de la part des partisans parisiens placés
le long de la route. Personne n’inquiétait notre re-
traite. Les habitans de Chaillot pillaient la petite Caserne de l’avenue des Champs-ÉlyséeS. Les Tuileries, la Pépinière, la rue Verte occüpaient une partie des combattans. Une masse considérable
portait les derniers coups à une centaine de Suisses environ (fui se détendaient héroïquement a^Babylone , et des colonnes profondes se foulaient
autour des rues de Rohan et de l’Echelle , où
nos malheureux camarades étaient dans la pins
cruelle position. , • ' .
,En route, nous rencontrâmes un détachement d’artillerie, un bataillon-du 3” et les Suisses qui s’é-
taient faitjour à Babylone. Nous apprîmes que cette faible colonne venait dq l’École-Militaire abandonnée au pillage. . . . ‘ .
Le 1.5^ léger avait ses faisceaux formés dans le • bois de Boulogne ; de tons côtés on Voyait rejoindre
des soldats -de la Garde, laissés d’abord en arrière.
; Enfin nous arrivâmes , à Saint-Cloud. Par celte'.
même route ; ordinairement , noùs allions relc-
. ,ver le serviçg du château. Cette Garde si belle, si fière de son titre de grenadiers français , qui ,
sur Un chaïnp de bataille; aurait été si forte contre
l’ennçmi du Roi et de la France, allait se trouver
presque toute reunie, pour voir ses principaux
chef? 1’âbandôunej; on allait la laisser se fondre iiutour du trône, et la semer sur la route jusqu’aux
. lieux où , sans avoir combattu , elle lut dissoute avant d’être licçneice.-
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