CHAPITRE IV
Combats particuliers des détacbenrens abandonnés. •*- Géné-
rosi té. — Cruautés. — Com position Hes misses. —Cris pro- ■ • * , ' - *
férés pendant le combat. — Le drapeau tricolore. — Les
nouveaux amis du trône. — L’F.cole Polytechnique. —
Les volontaires Le pillage. — Nombre des victimes. —
Invulnérabilité de quelques-unes. .* , »
Avant de parler de l’état dans lequel nous'fûrnes
laissés pendant deux jours à Saint-Cloud r et de ce m % \ * * ^ » qui se passa jusqu’à Rambouillet et Chartres, je ,
veux dire , en peu de mots , 'le sort de quelques-
uns de nos braves ca In a rades abandonnés dans les
maisons environnant le haut du Palais-Royal.
Au moment où, après une courte suspension des ,
hostilités, le feu avait recommencé , et quand l’évacuation du Château fut connue, les officiers du- ,
i ,r de la Garde , occupant le Palais-Royal , purent * .* ♦ * # * * se taire jour, par une sortie vigoureuse, et un
grand nombre réussità nous rejoindre à lq hauteur des Champs-Elysées. Ceux des nôtres qui étaient ou dans la rue, ou aux 'premiers- étages . des maisons dont les poptes étaient assez larges,
parvinrent aussi à déboucher*, plusieurs, moins
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heureux , tombèrent blessés, itic capitaine S. A...
.est de ce nombre, ije C.... reçoit une balle à la
jambe. Je ne puis parler de ce dernier sans
parler aussi de la générosité , non pas de ces
masses tumultueuses dont on a tant vanté la modération, mais de quelques braves qui combat- . taieut avçc ejlps.
* M} Le Ç..: ., blessé grièvement à la jambe, •tombe deyant le eorps-de-garde du Château- d’Eau; plusieurs soldats, en partie désarmés, y sont réu-
nis; onle relève. La foule se précipitç, demandant du sang et vengeance, quand un jeune homme , •* armé de son fusil , se fait jour au milieu des as- 'saillans; il commande le respect dû au malheur, menace et obtient enfin passage pour notre cama- « rade que les soldats, dépouillés de tout extérieur
militaire, iwrtent dans une maison du quartier.
Là ce jeune héros reste pour veiller sur les jours qu’il a sauvés, console M. Le C./... des rigueurs de sa position qu’il ' cpmpreud ; lui offre tous les . secours dont il peut manquer, et quand madame LeC.j..., avertiè par ses soins, vient le rejoindre, lui-mêrficr dirige et assure le transport du blessé à son domicile.
Des traits de cette nature s'ont «trop consçlans
pour ne pas être cités , et ils ont été répétés par-
tout ou les circonstances 1 ont permis. , «
G de C défendait la maison qu’il occu-
pait; enfin retranché au quatrième étage, n’ayant plus que trois cartouches par homme, il detaande
la vie sauve pour le peu de braves qui restent
avec lui, ou menace de se porter aux dernières .
extrémités. Mort à l’ officier l crie-t'on de toutes
parts dans les escaliers et dans les chambres déjà»
occupées. G..... ouvre la porte qui le séparait de ceux qui demandent son sang , il se précipite au milieu d’eux. Trop d’emportementdans leur fureur sauve ses jours. 11 tombe; ce sang dont omavaitsoif inonde son visage. Deux Gardes nationaux, espé-" ,
rant le sauver, se chargent de le transporter, et le
protègent contre les flots du peuple encombrant la ‘
rue ; enfin ils pârvinrent à le jeter rue Richelieu ,
où il fut accueilli et soigné par des dames. 4
G profita dHiùe^nuit de repos, et, le lende- .
main , traversant les barricades et les barrières à ‘ " - , * ' .• la faveur d’un costume bourgeois, arriva a nôtres • * ^ ^ # * bivpuac à Saint-Cloud'. Son visage était mécon- .. . ' .. ' ; ^ • t ‘
naissable , yiafè son cœur nous le faisait bien re- , • # *■ * . * connaître. On l’entoure, on le presse, on l'em-
brasse. 11 nous dit comment il a combattu, comment il a échappé à la mort , comment l’humanité des Gardes, nationaux le sauvait quand un pistolet fut placé contre sa tête pendant son pénible transport; le chien s’abattit, l’arme mal chargée ne
partit point ! Voilà ce qu’il fallait entendre pour •
bien se convaincre que la portion éclairée des
combattans, aussi brave que généreuse, savait
respecter le malheur de notre position; mais en
même temps, que.l? masse toujours la même,
toujours aussi animépà la- vue du sang) cette fois, « comme toujours /ne connaissait pas plus le respect pour les vaincus que Celui pour les lpis, quand l’impunité est assurée.* » / * »
C blessé allait être attaché à une corde ; de
b raves 5 jeunes gens et un ancien militaire le sau- • vent. M*..., est recueilli dans une maison , et l’on
y panse ses blessures. Ferrand 4 frappé à mort , doit quelques jours' d’existence aux soins d’un jeune étudiant qui lui prodigue tous les secours et se charge d’exécuter ses dernières volontés. R.... . forcé, à cinq heures , de rendre la maison qu’il occupait, n’eut d’autre moyen d’échapper à la rage de ceux qui le poursuivaient qu’en se cacha nt'sous les toits. La nuit vint mettre un terme à sa Cruelle po-
sition. Un coiffeur qui demeurait au rez-de-chaus- », ' » • , ’ »
sée lui fournit les moyens de se sauver. Abandonnant son équipage militaire, il coupa ses mous-
taches, prit un tablier vert et une casquette, et disparut. ' -
* C. .,, B „ C , un grand nombre de
soldats, ayant épuisé toutes leurs cartouches, parviennent à s’évader ou à être cachés par les habitans des maisons ainsi occupées. Leur défense avait irrité les assaillans, ils voulaient leur mort : leurs hôtes les protégèrent. Mais, je le demande , nos camarades, nos soldats auraient-ils trouvé cette générosité dans ces maisons , si , pillards et assassins , ils y eussentconimis tous les excès dorft on a bien voulu les accuser ? Les maisons, ont été
' en partie dévastées et pilléqs; il fallait en accuser * . * . , . • quelqu’un. Lerabsens et les vaincus ont toujours
tort. Vue victis ! * ■
Oui , mille fois hoonçur à cette classe éclairée qui dirigea les. masses : elle a montré courage et
• générosité. Nous l’avons vue d’assez près pour le dire. Mais cette population qu’aujourd’hui l’on en - • cense d’autant plus qu’on la craint davantage , cette population qui menaçait Paris en i8i5 et que la Garde nationale put seule contenir, celle qui
■ rc? > .
-avait été soulevée à l’époque'ttes troubles de la rue Saint-Denis , et qui sera toujours au service de qui saura ou pourra l’employer ; eelle-là se montra encore cette fois ce qu’elle a Ibujours été, ardente, impétueuse, prenant sa force de son nombre,' in- • juste dans ses haines comme dans son amour ,
avide de pillage et de vengeance.
. A l’appui de cèque j’avance, je ne citerai que peu de traits doqt l’authenticité est aujourd’hui bien reconnüe. . - * >
Le capitaine Menuisier, anticn et brave militaire de mon réjriineàt, le même qui, il y a deux
ans , avait été jeté la nuit du poat de Neuilly dans la Seine j après avoir été volé, refuse de se rendre , et pçrcé de mille coups , précipité d’un troi-
: 4 * « 1 / . it • * 4 t '
sièrne étage, jiieurt foulé aux pieds , après trois heures d’agonie. La fureur populaire n’épargna pas
. plus hâs.soldats. Un deux , nommé Brandon , qui
avait été blessé à la main droite, fut pris par la populace et reçut , après avoir été désarmé , un coup r
de broche qui le traversa de part en part, un coup
►de feu au bas- ventre et plusieurs coups de baïôn* nette. Je viens d’apprendre que ce soldat n’est
• "I jf • " » |
•pas mort.de ses blessures j il a été placé dans la
4“ compagnie des fusiliers sédentaires.
Le major Dufay , d’un des régimens suisses ,
blessé à mort à la sortie de la caserne de Ba-
bylone , reçoit encore sur la tête un coup de hache,
sous lequel il succombe,^ Le G..., C... qui ont été
témoins de cette scène de cruauté en frémirent
d’horreur. A la barrière de Fontainebleau , le
régiment des Chasseurs à cheval de la Garde
cherchait à pénétrer dans Paris , une femme *
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s’approche des soldats v * et les provoque en les
injuriant et Cq leur jetant des pierres. Un des
* * fc* v • . ^
chasseurs tire son sabre pour l’éloigner. , mais le comte de la R.... ^ son capitaine , lui ordonne de mépriser cettç attaqué; le soldat n’obéit qu’avec peine. Au même instant cette femme lâche un coup de pistolet à bout portant sur le malheureux cavalier, qui tombe mort. Ses camarades furieux
se précipitent surfile pour le venger, et ^>us ses vêtemens recdnnaisseqt un homme. . *
En jetant un coup d’oeil sur la composition des
masses assaillantes, c’est ici, je crois, le moment
de nous rappeler quels cris ont éjé proférés pendant le combat. Sans doute tous les groupes un peu nombreqx, toutes les émeutes du mardi n’eurent
que le cri de Vi \>e la JC ha rie ! pour ralliement; mais* le mercredi déjà ? et' le jeudi des cris de Vive la
liberté ! vive la république ! vive Napoléon ! se trou-
vèrent mêlés aux autres. Ce dernier surtout s’a- . * . * ....
daptait mieux an combat , et la vue du drapeau
tricolore pour l’habitant des faubourgs , jouissant
de quelque souvenir, rappelle plutôt l’idée de l’em-
pire que celle de la révolution. Pour lui, Napoléon ' * * * * * * .
est un système dont le drapeau tricolore est l’em- » • » * * blême. 11 ignore son origine. Déjà il a vu une
' lutte établie en i8i5, entre le drapeau deFontenoy et l’aigle d’Austerlitz , quand des mains habiles firent triompher celle-ci , *ou plutôt voler de clotchers ën clochers jusqu'aux tours de Notre-Dame. Beaucoup d’anciens militaires , revoyant le drapeau aux trois couleurs, crièrent encore Vives . Napoléon! par la raison que les vieux amis de la
révolution criaient Vive la liberté! - , . >
Ce dernier parti avait pour lui la jeunesse ; le
cri de Vive la Charte prévalut, non pas, je crois, à
.„ la grande satisfaction de tous. Bien dés gens qui avaient trempé dans 'tous le» complots , toujours découverts, au cri de Vive Napoléon 11, espéraient cette fois profiter mieux de la victoire. ,
Le parti des modéranlistes , si j’ose L’appeler
ainsi, ne prit point part au combat. Heureux de
trouver le duc d’Orléans pour réaliser des idées de
légitimité si brusquement renversée, de pondération de pouvoirs, il s’empressa de le saluer du nom de Sauveur de la Patrie. Ses amis étaient là pour
le présenter au peuple et le porter sur le pavois.
Mais était-ce à Neuilly qu’on aurait dû l’aller
chercher? La place de S. A. R. n’était-elle pas M
Saint-Cloud , dès la journée du 27, comme prince
du sang , comme pair de France , comme comblé
des bontés de Charles X (1/. %..*
’ . ( 1 ) Je dois ici relever y fie erreur commune à beaucoup de * . * * personnes qui j “n’ayant point habité Paris, croient que
Charles X tenait le due d’Orléans éloigné de sa cour , ,ou que
ce prince s’en éloignait. J’ai rarement monté une garde au »'
Château sans avoir eu à rendre les honneurs à S. A. R. ou à des membres de sa famille. Tout le monde sait que le titre
<1’ Altesse Royale que le Roi Louis XVIII n’avait jamais voulu
accorder au duc d’Orléans, et auquel il semblait tenir, fut une des premières marques d’amitié de Charles X à son avènement. J’ai souvent vu M. le duc de Chartres avec la famille Royale , soit aux bals , soit aqx spectacles , et toujours j’avais
Laissons à l’histoire la tàchede pénétrer plus avant. Seulement je demanderai si les satellites de l’empire , si les banquiers de tous les rois déchus de la révolution , si les préfets les plus absolus , si les théoriciens auteurs des constitutions primitives et additionnelles, si tous ceux enfin qui ont encensé d’autres idoles que la liberté, peuvent aujourd’hui ne pas avoir un souvenir plus que bénévole de . celui par qui ils furent grands , riches et puissans. Je demanderai si la nature des choses n’indique pas, dans la sympathie populaire manifestée à chaque représentation des pièces à la mode, l’image des sentimens de ceux qui n’osent applaudir tout haut. N’y a-t-il pas une énorme différence entre ce grand nombre et celui si restreint des partisans exclusifs de la liberté , qui n’ont jamais
cru remarquer la plus grande appareDcedeliaison entre lesdeux - familles. J’étais au bal lors du passage du Roi de Naples à Paris, et je me rappelle combien les rigoristes blâmèrent Charles X pour avoir dérogé à l’étiquette en venant ce soir là chez le duc d’Orléans qui paraissait flatté de cetje preuve debienveillance. Je ne dirai pas si l'étiquette était ridicule , seulement elle fut violée en faveur de Mgr. le duc d'Orléans.
courbé la tête devant le tyran qui les appelait
tribuns. N’y a-t-il pas une différence encore entre
ceux-ci et la jeunesse libre, des excès des deux
époques , avide de gloire ou de liberté ?
Tous ces intérêts étaient représentés parmi les
combattant; mais j’ai dit comment le renfort des . ■ * * * , ouvriers habilement congédiés avait grossi les
.rangs de la jeuriessç et de certains habitans des
faubourgs. Ceux-ci que les journaux ont porté * •* * % * aux nues forment la masse toujours redoutable
pour l’ordre et la tranquillité publique. Il ont pris
les armes pour corriger les abus, et n’ont pas cor-
rigé leurs défauts. C’est ce qui arrivera toujours quand la .morale. pôlitique sera* prêchée à une masse assez peu éclairée pour ne pas reconnaître que des moyens de destruction sont tôt ou tard
tournés cpntre elle-même,' . et assez corrompue
pour régardereoinpie superstition ridicule et inu-
tile la morale d’une religion quelle quelle soit, et
craignant plus le code que sa conscience. •
Loin de moi l’idée de confondre sous la même . * * *. ^ >
dénomination tous ceux qui ont pris les armes;.
le cours de mon récit prouve assez combien j’appré-
ciele courage et la générosité de plusieurs acteurs ,
mais je dois dire tout ce que nous avons vu de
cfette scène terrible , et ce qui est clair à quiconque a vu de Paris d’autres quartiers que laChausséed’Antin. Les ouvriers des manufactures ont formé la masse; la jeunesse, quelques anciens militaires ont été les chefs. Mêlés dans la multitude, combattant avec elle, ils ont pu, par leur courage, par *
leurs conseils, prendre un ascendant moral facile
à expliquer, pour obtenir la victoire. Peut-être cesserait-il bientôt si ce peuple , aujourd’hui plus gêné , moins occupé qu’avant les trois jours , demandait le prix du sang versé , des industries exposées, sur l’ordre si connu d’aller demander du pain au Roi.
S’il fallait ajouter une pleine croyance aux différentes relations populaires, l’Ecole Polytechnique aurait pris une part active à l’insurrection parisienne , et ces jeunes généraux de vingt ans , puisque c’est ainsi qu’on s’est plu à les désigner alors , auraient puissamment contribué aux succès des trois journées. 11 est très vrai qu’un certain nombre d’élèves a quitté l’enceinte d’une école ouverte aux plus dignes pour venir y chercher les élémens d’une haute instruction , et que sourds à la voix de leurs professeurs , ils ont été se mêler dans des rangs opposés à ceux dans lesquels par
état un jour la plupart d’entre eux se destinaient à servir le Roi et la patrie : cet oubli de leur devoir et de leurs positions est-il donc si digne d’éloges? Mais la majorité de l’École est restée d’ailleurs étrangère aux désordres, et si des élèves se sont chargés de diriger contre nous les masses
populaires dont ils ont réussi à calmer l’ardeur ,
souvent bien inconsidérée, ce nombre était fort restreint et pourrait aisément s’évaluer. Je n’examinerai pas, si en cédant aux suggestions du dehors , la minorité do l’Ecole s’est laissée emporter par des sentimens de liberté et d’indépendance tout naturels à de jeunes têtes ardentes; ce qui me paraît certain , c’est qne très peu d’élèves ont figuré parmi ceux qui combattaient contre nous.
Je ne parlerai pas d’un certain nombre de Volontaires qui, le jeudi matin, prirent leurs fusils de chasse , et leurs blouses de campagne pour venir tirailler comme ils seraient allés à une revue, à l’Opéra ou aux courses. Celui qui a étudié le caractère et les mœurs des Parisiens et de tous les peuples chez lesquels une révolution s’opère, peut se faire une idée des sentimens qui excitèrent, le jeudi matin , un grand nombre de jeunes Patriotes , à grossir les rangs de nos adversaires.
On a beaucoup vanté l’ordre et l’absence de tout pillage parmi les masses de combattans qui nous étaient opposés. Il est vrai que partout où la jeunesse, où les Gardes nationaux ont pénétré, ils ont pu prévenir de trop grands désordres; mais ils n’ont pu empêcher ni l’incendie de la plupart des barrières , ni celui de trois casernes , ni l’occupation ou le pillage de plusieurs autres où la moindre résistance avait eu lieu; les dévastations commises à l’archevêché , où une bibliothèque de vingt mille volumes a été complètement pillée ; au Palais de justice, où les archives et les dossiers de tant de procès ont été jetés par les fenêtres , et de là dans la Seine ; ils n’ont pu empêcher qu’on ouvrit les portes de la Conciergerie aux malfaiteurs nombreux qui s’y trouvaient , et portèrent pendant plusieurs jours l’effroi dans Paris ; enfin , toutes les parties des Tuileries où cette même jeunesse, ces mêmes Gardes nationaux n’ont pu pénétrer, furent aussi pillées et dévastées; la rage de ces bandes s’exhala avec encore plus de force dans les appartemens d’une Princesse sans cesse occupée à répandre autour d’elle ou les aumônes , ou les bienfaits (1).
(i) On peut accuser l’ancien gouvernement de fautes; sa
Quant aux boutiques et aux maisons particulières, elles étaient des refuges , des lieux d’attaque; on n’y manifestait aucune opposition au peuple il y trouvait à boire et à manger. Que seraitil arrivé à un propriétaire voulant tenir sa porte fermée et conserver seulement une stricte neutralité , quand on montait des pavés sur toutes les fenêtres?
On a beaucoup trop exagéré le nombre des nôtres qui ont succombé. A en croire les premiers rapports de tousceux qui avaient tué quatre ou cinq Suisses , qui avaient descendu cinq ou six Royaux, nous aurions tous perdu la vie, même les absens , et la Garde entière n’aurait pu fournir assez de victimes ; tandis que l’état des entrées à l’hôpital du Gros-Caillou , porte à deux cent quarante-trois le nombre des soldats de ce corps qui y furent transchute en est une immense. Quant au caractère personnel des membres de la famille Royale et surtout à leur excessive cha-
rite, je ne puis voir sans regret comment ces bienfaits ont été
si tôt oubliés. Je n’ai jamais rien demandé; jamais, quoiqu’officier de la Garde, je n'ai été aux présentations au Château ; mais j’ai trop vu demander et obtenir pour des malheureux , pour n’être pas indigné de voir l’ingratitude être le prix de tant de générosité.
portés ; évaluant à environ deux cents les blessés
portés dans différens hôpitaux ou dans des maisons particulières, et ajoutant environ cent morts sur la place , nous aurons une perte de six cents hommes hors de combat (i). Ce nombre est trop considérable sans doute , mais non si l’on se rappelle tout ce qui a été dit et écrit sur les massacres dont nous avions été les exécuteurs ou les victimes. Quant au peuple deParis, les rapports ministériels qui ont été lus à la Chambre des Députés, et auxquels je renvoie les lecteurs , prouvent que le nombre des braves massacres par nous , a été beaucoup moins considérable que ne le portent les relations exagérées des feuilles publiques.
Ici , je dois encore faire une observation , non pas pour relever le caractère particulier des officiers , mais seulement dans l’intérêt de la vérité. Nos chefs de corps blessés ou tués , un grand
(i) Le 6' régiment de la Garde un de ceux qui ont le plus souffert dans les journées des 27, 28 et 29 juillet, compte deux officiers tués et sept blessés , trente-un sous-officiers ou soldats tués ou présumés tels , et quatre - vingts blessés environ.
nombre d’officiers enfin partageant le sort des soldats, prouvent notre présence, tandis que parmi une certaine classe qui dit aujourd’hui : Nous avons combattu , personne ne peut montrer les marques sanglantes de sa gloire. Qui n’auraît cru en entrant à une séance de la Chambre , voir une partie de ces messieurs le bras en écharpe , la tête en bandeau, ou soutenus sur des béquilles? Mais non, ils ont su profiter de la victoire , et tout candidat est
aujourd’hui combattant des trois journées! Ils
ont lancé des masses non encore calmées : qu’en résultera-t-il? je l’ignore. Toujours est-il que si les balles populaires , plus particulièrement dirigées contre nous, ont pu nous atteindre, je ne sais pourquoi les nôtres , causes de tant de désastres, ont épargné ces braves si habiles et soi-disant si terribles dans le combat. Leur absence seule peut expliquer cette question.
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