‹ Dix jours en ItalieChapitre 17 sur 46 · DANS LES ALPES JULIENNES · texte numérisé non relu

DANS LES ALPES JULIENNES

SOUS leurs sabots et glissèrent dans l'abîme au milieu d'une avalanche de cailloux. Y faire passer de l'artillerie lourde? Les Autrichiens ne soupçonnaient pas que le projet put être conçu. Aujourd'hui, écoutez le chant de triomphe que Luigi Barzini dédie à la route carrossable du val de Raccolana :

« Il semble que la route monte à l'assaut ; elle passe d'un flanc à l'autre, avec ce serpentement ascendant, rétréci et fou, qui est celui de certaines fusées. Elle monte, monte encore, taillée dans le roc ; elle s'accroche à de véritables murailles; sur certains points, elle semble de loin un zigzag tracé sur un mur gigantesque. Nul parapet encore ; à peine est-elle plus large que la voiture, dont les roues, habilement guidées, laissent leurs traces \ quelques centimètres de l'abîme. En se penchant.

■on aperçoit le scintillement vif de l'eau, qui jaillit au bas, dans l'ombre, parmi les roches lavées, autour desquelles elle met d'effervescents colliers d'écume.

Les lacets parcourus peu auparavant ,sont là, sous nos pieds, à pic, bien loin de nous. Derrière ou devant nous, la route semble toujours trop étroite pour qu'on y puisse passer, et l'on a l'impression qu'on va être d'un moment à l'autre projeté dans le vide ; à <chaque détour, elle échappe au regard, .disparaît; ce n'est plus qu'une entaille au delà de laquelle il n'y a plus rien... » Étrange guerre ! On est tout au vertige des abîmes, aux splendeurs d'un paysage à la Manfred, à la curiosité de ces « marches-avant », « marches-arrière » que chaque tournant nécessite, et voici que des ennemis, que nous ne soyons pas plus qu'ils ne nous voient,

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